MÉDICAMENTS NARCOTIQUES
Le pavot, la belladone, la jusquiame, le datura, la ciguë, l'ellébore, l’aconit sont des plantes vénéneuses qui, employées à faibles doses, fournissent à la médecine des médicaments énergiques. Il est à remarquer, en effet, que les médicaments les plus actifs ne sont guère que des poisons qui, maniés avec prudence, employés à petite dose, exercent une action curative. Les médicaments narcotiques agissent sur le système nerveux, et principalement sur le cerveau, en diminuant ou en pervertissant son activité, ou même en interrompant momentanément ses fonctions.
‘4 a Opium.— On désigne sous | 1e le nom d’opium le suc épaissi As fourni par les fruits ou capsules du pavot somnifère (papaver somniferum) appartenant à la famille des Papavéracées.
L’opium provient surtout 2}, de l'Orient, de la Perse et \ de l'Inde. Voici la manière dont on le récolte dans l’Asie Fig. 117. Papaver somniferum. Mineure. Peu de jours après que la fleur du pavot est tombée, des ouvriers, hommes et femmes, se rendent dans les champs, et fendent horizontalement la capsule des pavots, en ayant soin que la coupure ne pénètre pas à l'intérieur de la coque. Il en sort aussitôt une substance blanche, qui découle, en forme de larmes, des bords de la section, et présente, l’aspect que l'on voit sur la
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ligure 118. Ce n’est que le lendemain, qu'avec de larges couteaux peu tranchants, on va recueillir le suc épaissi sur chaque tête de pavot : il est alors sous la forme d’une gelée gluante et granuleuse, qu'on dépose dans de petits vases de terre et qu’on façonne en pâte avec de la salive.
Enfin on l'enveloppe dans des feuilles de rumex ou de pavot, et c'est là l’opium.
L’odeur de l’opium est forte et vireuse, sa saveur est amère, nauséeuse et désagréable. Soumis à l'analyse chimique, l’opium a fourni plusieurs alcaloïdes cristallisables, dont le principal et le plus actif est la morphine, substance blanche, solide, trèsamère, qui est très-employée à l’état de sel (acétate de morphine), Fig. 118. Capsule de pavot somnifère pour calmer les douleurs ner- incisée pour la récolte de l'opium. veuses et procurer quelque soulagement aux malades que la souffrance prive de sommeil. La morphine est un poison des plus violents ; aussi ne l’administre-t-on qu’à dose très-faible, Elle représente le plus actif de tous les principes de l’opium, dont elle offre presque tous les avantages.
Les propriétés narcotiques , stupéfiantes, de l’opium, ont été connues dès la plus haute antiquité. Administré à petite dose , l’opium diminue la sensibilité, et produit un état de calme profond, qui porte au sommeil. A dose plus élevée, il détermine une sorte d'ivresse, qui peut aboutir à la mort. Les musulmans et les Chinois absorbent de ce narcotique des quantités successivement croissantes ; à force de s’abandonner à cette ivresse PA cette exaltation qui les charme et les entraîne, ils finissent par tomber dans un complet état d’abrutissement physique et moral. Les Chinois qui, à l'exemple des musulmans, se sont livrés à l'usage de cette dangereuse drogue, en ont éprouvé les plus déplorables effets. Quelques mois suffisent pour que
le Chinois fumeur d'opium, qui en fume quelquefois des heures entières, succombe aux étreintes de ce redoutable narcotique.
Mais détournons nos yeux de ce triste spectacle de l’homme qui, pour satisfaire un plaisir sensuel, se tue avec la substance même qu'il ne devrait employer qu’à combattre ses maladies. Sydenham a dit que l'opium est un présent de Dieu, êt que sans ce remède toute médecine serait impossible. « Entre tous les remèdes dont le Dieu tout-puissant a fait présent aux hommes, dit l’illustre médecin anglais, il n’en est point de plus universel ni de plus efficace que l’opium. Il est si nécessaire à la médecine qu’elle ne saurait absolument s’en passer; et un médecin qui saura le bien manier, fera des choses surprenantes. » L’opium est, en effet, un agent héroïque, selon l’expression médicale. Il combat avec succès toutes les inflammations. Ses effets sont vraiment merveilleux dans les névralgies et les affections rhumatismales; il rend les plus grands services dans le traitement des maladies inflammatoires de la poitrine; il apaise l’irritation et la toux dans les inflammations des voies aériennes : c’est enfin un précieux calmant dans toutes les maladies aiguës, et un agent d’apaisement dans les dernières périodes des maladies dont on n’a point encore trouvé le remède, comme la phthisie pulmonaire et le cancer.
Parmi les médicaments à base d’opium qui sont le plus fréquemment mis en usage, nous citerons le laudanum de Sydenham, le laudanum de Rousseau ou vin d'opium, l'extrait d'opium et le sirop diacode.
L’opium est resté jusqu'à ces dernières années un produit exotique; l'Orient avait seul le privilége de nous le fournir. Mais on a fait récemment les plus heureuses tentatives pour récolter en France de l’opium. Ces tentatives, faites surtout en Auvergne, par M. Aubergier, et à Amiens, par M. Decharmes, ont parfaitement réussi, et l’opium indigène est aujourd'hui un produit répandu dans la pharmacie. L’opium indigène est même plus riche en morphine, et par conséquent plus actif que l’opium étranger. C’est la variété de pavot qui porte le nom de
pavot pourpre qui est cultivée en Auvergne pour récolter l’opium
indigène.
Dans nos pays, le papaver somniferum est cultivé, non pour
fournir le suc qui porte le nom d’opium, mais pour récolter les capsules qui, sous le nom vul-
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gaire de têtes de pavot, sont d’un . | de | grand usage en médecine. Les | têtes de pavot jouissent de vertus médicamenteuses analogues à celles de l’opium, mais à un plus faible degré. On ne doit les employer qu'avec prudence dans la médecine domestique.
Dans le nord de la France, en Picardie surtout, on cultive en grand le pavot blanc ou pavot œillette, pour retirer de ses graines l'huile dite d’œillette, qui sert à l'éclairage. Les graines de cette variété de pavot sont inoffensives et n’ont aucune propriété narcotique.
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La belladone, la jusquiame et la stramoine, sont les principales espèces narcotiques fournies par la famille des Solanées. Fig. 119. EPavot Llanc.
Belladone. — La belladone (atropa belladona) est une herbe vivace dont le port est élégant, mais la physionomie suspecte. « Plante d'aspect triste, » disent les anciens auteurs pour la caractériser. En effet, son feuillage est sombre, ses fleurs livides, son fruit noir. Le nom d’atropa lui vient d’Afropos, celle des trois parques mythologiques qui tenait le ciseau fatal; celui de belladone, qui réveille des idées plus agréables, et veut dire belle dame (bella dona), fait allusion à la vogue dont jouissait autrefois cette plante en Italie : l’eau distillée de bel-
ladone servait à entretenir la fraicheur de la peau chez les
jeunes Italiennes. | Les fruits de la belladone constituent un poison violent,
Fig. 120. Belladone.
d'autant plus dangereux que leur ressemblance avec les cerises engage souvent les enfants à en manger; leur saveur douceâtre contribue encore à écarter l’idée du danger. Les cas d’empoisonnement accidentel par les fruits de la belladone sont trèsfréquents. Il faut, pour y remédier, faire vomir le malade, et administrer ensuite des boissons acidulées.
On administre la belladone en médecine pour le traitement des névralgies ; elle est employée contre le spasme, la toux nerveuse, pour prévenir le développement de la fièvre scarlatine, etc. Un très-singulier effet est constamment produit par l’ingestion de la belladone : c’est une remarquable dilatation de la pupille de l'œil. On a eu l’idée de profiter de cette singulière
propriété dans l'opération de la cataracte. Quelques instants avant l'opération, on applique sur l’œil des compresses imbibées d’une solution d'extrait de belladone, ou du suc frais de cette plante. Par l'influence de ce suc, la pupille de l’œil s'ouvre notablement, et il est plus facile au chirurgien de traverser cette ouverture pour aller atteindre le cristallin, ce qui constitue l'opération de la cataracte.
Les feuilles, les racines, l’extrait, ou le suc frais de la plante, sont les formes sous-lesquelles la belladone est employée en médecine. |
Jusquiame. — La jusquiame (hyosciamus niger) est une herbe bisannuelle, qu’on rencontre en beaucoup de contrées différentes
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