‹ Le savant du foyerChapitre 45 sur 114 · PL LILLUIIIPI PI IL PPPPID ID POSTE · texte numérisé non relu

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Fig. 121. La Jusquiame.

de l’Europe. Elle croît de préférence parmi les décombres et dans le voisinage des habitations; sa tige est, comme ses feuilles, cotonneuse et visqueuse ; elle exhale une odeur repoussante; sa corolle, en forme d’entonnoir, est d’un jaune pâle, veiné de

pourpre; son fruit est une capsule à deux loges, qui s'ouvre en forme de boîte à savonnette, par une sorte de petite calotte, ou opercule. La jusquiame, comme la belladone, est un poison énergique. On combat les effets de l’empoisonnement par cette plante par les vomitifs, ensuite par les boissons acidulées.

Un médecin allemand raconte que des bénédictins.se trouvèrent fort mal d’avoir mangé, en salade, de la racine de jusquiame, qu'on avait prise par erreur pour de la racine de chicorée. Les moines allèrent se coucher après le repas: À minuit, l’un d’eux était tout à fait fou. Parmi ceux qui purent descendre au chœur, à l'heure de matines, les uns ne pouvaient ouvrir les yeux pour lire, les autres mêlaient à leurs prières des propos extravagants, ou croyaient voir courir des fourmis sur leur livre. Le matin, le frère tailleur ne pouvait enfiler son aiguille: il voyait triple.

La jusquiame constitue en médecine une sorte de succédanée de la belladone.

La stramoine, ou pomme épineuse (datura stramonium), est la plus redoutable des solanées vireuses. C’est une plante annuelle, que les Bohémiens nous ont apportée, au moyen âge, du fond de l’Asie, et qu’on rencontre dans les lieux incultes et près des habitations. Son feuillage triste, sa grande et magnifique fleur blanche ou violacée, sa capsule chargée de piquants très-aigus, son fruit à quatre loges, contenant un grand nombre de petites graines brunâtres, la font aisément reconnaître. C’est un poison des plus dangereux.

Bien que toutes les parties du datura soient actives, on emploie plus spécialement en médecine les feuilles et les graines. Son mode d'action et ses propriétés sont analogues à celles de la belladone, mais à un degré encore plus énergique. Les feuilles du datura stramonium, roulées et desséchées, constituent des cigarettes qu’on donne à fumer aux asthmatiques : les vapeurs narcotiques du datura atténuent la violence des accès de cette maladie spasmodique.

Les graines du datura ont des propriétés narcotiques extrêmement prononcées. Il n’y a pas longtemps, toute une bande de voleurs, connus sous le nom d’endormeurs, fut jugée à Paris. On reconnut que la poudre des graines du datura

stramonium, mélée au tabac ou jetée dans le vin, servait à ces misérables pour accomplir leurs vols : grâce à l’assoupissement dans lequel cette poudre plongeait les victimes, ils pouvaient les dépouiller à leur aise.

Ciguë. — La ciguë maculée (conium maculatum), ou grande ciquë, est la plus commune des Ombellifères vénéneuses. Sa physionomie est repoussante ; sa tige est chargée de taches livides; elle répand une odeur fétide qui ressemble à celle de l’urine de chat; sa racine est fusiforme, blanche; ses feuilles grandes, trèsdécoupées; ses fleurs sont blanches et disposées en ombelles très-ouvertes ; son fruit est couvert de petites aspérités ou de tubercules arrondis.

La ciguë croit dans presque toute la France, et on la trouve aux environs de Paris, dans les lieux incultes et pierreux. C'est

Fig. 122. La ciguë.

un poison violent pour l’homme et beaucoup d’ animaux. Pour combattre les accidents provoqués par l’ingestion de la ciguë, il faut d’abord faire vomir, et administrer ensuite du suc de citron, du vinaigre, du vin, etc.

La ciguë a été connue dès les temps les plus reculés. C’est avec le suc de cette plante que les Grecs préparaient le breuvage

destiné aux condamnés à mort. Nos jeunes lecteurs savent que la ciguë fut la récompense des services que Socrate et Phocion avaient rendus à la Grèce :

Mais Socrate élevant la coupe dans ses mains :

« Offrons, offrons d’abord aux maîtres des humains « De l’immortalité cette heureuse prémice. »

Il dit, et vers la terre inclinant le calice

Comme pour épargner un nectar précieux,

En versa seulement deux gouttes pour les Dieux, Et de sa lèvre avide approchant le breuvage,

Le vida lentement sans changer de visage.

Puis sur son lit de mort doucement étendu

Il reprit aussitôt son discours suspendu!

« Espérons dans les Dieux et croyons en notre âme! »

Prise à petite dose, la ciguë occasionne d’abord de légers vertiges, des maux de tête, des nausées, etc. A dose plus élevée, elle cause l’assoupissement, la stupeur, le délire, la syncope et la mort. On à prescrit la ciguë dans la phthisie et les tumeurs scrofuleuses, et quelques autres maladies. On l’a beaucoup employée contre les maladies nerveuses, les toux rebelles, la coqueluche. La poudre des feuilles desséchées, est la préparation de ciguë dont on fait le plus fréquemment usage.

La petite ciguë, qui jouit des mêmes propriétés délétères que la grande ciguë, est plus à redouter encore. En effet, comme elle croît dans les jardins potagers, on peut facilement la prendre, lorsqu'elle n’est point encore développée, ou en fleurs, pour le persil, auquel elle ressemble beaucoup. On la distingue dans ce Cas aux Caractères suivants : les feuilles du persil sont deux fois divisées, ses folioles sont larges, partagées en trois lobes subcunéiformes et dentés; la petite ciguë a les feuilles trois fois divisées, ses folioles sont plus nombreuses, plus étroites, aiguës, incisées et dentées. D'ailleurs l'odeur du persil est agréable et aromatique, tandis que celle de la ciguë est nauséabonde et vireuse. Si les deux plantes sont en fleurs, on les distinguera au premier coup d'œil, car les fleurs du persil sont jaunâtres, tandis que celles de la petite ciguë sont blanches. La tige présente aussi pour ces deux plantes des caractères différentiels : celle de la petite ciguë est presque lisse, rougeâtre inférieurement, et un peu maculée de rouge foncé :

celle de notre légume aromatique est, au contraire, cannelée et de couleur verte. La pelite ciguë n'appartient pas au même genre que la grande ciguë; elle est connue des botanistes sous le nom de æthusa cynapium.

Ellébore. — L’ellébore et l’aconit appartiennent à la famille des Renonculacées. L’ellébore noir (elleborus niger) croît dans les lieux frais et ombragés des montagnes, dans le Dauphiné, la Provence, les Vosges, etc. Les jardiniers le désignent souvent

Fig. 123. Ellébore.

sous le nom de rose de Noël, époque de l’année à laquelle elle fleurit souvent. Ses feuilles sont partagées en sept ou huit lobes très-profonds, et deux fleurs roses, très-grandes, penchées, sont suspendues aux hampes florales. Sa racine est âcre et brûlante; appliquée sur la peau elle produit une petite inflammation. Pris à l’intérieur, l’ellébore est un purgatif très-éner-

Fig. 124. Aconit napel.

gique et d’un usage dangereux; à dose un peu élevée c'est un véritable poison.

On a employé l’ellébore contre diverses maladies de peau. On le vantait beaucoup autrefois contre les maladies mentales.

Ma commère il faut vous purger Avec quatre grains d’ellébore.

(LA FONTAINE

Au reste l’ellébore des anciens paraît être une espèce distincte de notre ellébore noir.

Aconit. — L’aconit napel (aconitum napellus) est cultivé dans nos jardins à cause de son joli feuillage et de ses fleurs bleues en forme de casque. Cette belle plante que les touristes rencontrent souvent dans les montagnes de la Suisse et du Jura, a causé plus d’une fois de terribles accidents, car elle est extrèémement vénéneuse. Cependant, appliquée avec discernement, elle constitue un médicament fortutile. On l’emploie dans les névralgies, dans les paralysies, les rhumatismes, la coqueluche, dans les maladies des yeux et des oreilles, etc.

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