‹ Le savant du foyerChapitre 79 sur 114 · LES LAINAGES · texte numérisé non relu

LES LAINAGES

Il y a une profonde différence d’origine entre les draps et les toiles dont nous venons de parler, et qui sont fournis par le coton , le chanvre et le lin. Tandis que les toiles sont d’origine toute végétale, les draps proviennent de la toison de divers animaux, c'est-à-dire de la laine.

La laine est une matière de nature cornée ; elle est sécrétée, à travers une quantité innombrable de pores que présente la peau-du mouton et d’autres mammifères, tels que la vigogne, les chèvres du Thibet et de Cachemire, le lama, etc.

La constitution anatomique de la laine distingue parfaitement ce produit des tissus végétaux. Chaque poil de laine, à quelque mammifère qu'il appartienne, se compose d’une partie centrale plus dense, lisse ou écailleuse, qui prend parfois l’aspect de cornets emboîtés les uns dansles autres. La laine des moutons est cylindrique; sa surface est recouverte d’écailles irrégulières, dont le diamètre est compris entre 0",02 et 0,038. Plusieurs races de chèvres, entre autres les chèvres

À ; . Fig. 171.

de Lhassa, ont une toison composée de longs poils poil de laine vu

au microscope,

rudes, et peu nombreux, et d’un duvet très-doux, très-abondant, qu’on emploie à la fabrication des châles cachemires. Les fibres de vrai cachemire ne sont point recouvertes

d’écailles irrégulières, comme le sont celles des moutons; elles semblent formées de cônes s’emboîtant les uns dans les autres.

Les filaments de laine n’affectent pas une direction rectiligne : ils se contournent sur eux-mêmes. Ces courbes varient de grandeur selon les espèces de laine, et même suivant les qualités de la laine d’une même espèce.

Jetée sur des charbons ardents, la laine se crispe, comme les matières animales , se resserre, noircit, dégage une odeur empyreumatique, et brûle en laissant un charbon brillant assez volumineux, après avoir donné lieu à un abondant dégagement de sels ammoniacaux.

L'industrie a classé toutes les laines en deux grandes catégories : laines longues et laines courtes. On emploie comme laines longues toutes celles dont les brins dépassent une longueur de 8 à 10 centimètres, et qui ne présentent à leur surface ni aspérités ni frisures sensibles ; on emploie comme laines courtes les filaments frisés à surface réticulée, dont la longueur ne dépasse pas de 8 à 10 centimètres.

Les propriétés essentielles à apprécier dans une laine sont la force , la finesse, la longueur, la souplesse, l’élasticité et la douceur des brins. On classe les laines dans le commerce sous la dénomination de 1° laines communes; 2 laines métis ou de qualités intermédiaires ; 3° laines mérinos ou laines fines. Les premières sont le moins ondulées ou frisées; leur longueur et leur finesse varient beaucoup. Elles contiennent une grande quantité de jars, poils sans élasticité et non feutrables, dont il faut les débarrasser. Les autres proviennent des moutons croisés de la race mérinos et d’une race commune.

Il existe plusieurs variétés de laine ; les connaisseurs apprécient leur valeur relative par l'examen d’une seule mèche qui, par l'aspect et le toucher , dénote la finesse et la qualité de la toison.

Mais cette qualité ne diffère pas seulement en raison des races d'animaux qui la produisent, elle diffère aussi dans la même race suivant les climats, et dans le même individu selon qu'on recueille la laine sur telle ou telle partie de son corps. Les laveurs ou marchands de laine forment ordinairement cinq qualités différentes de toutes celles que fournit un mouton.

Les bêtes à laine sont tondues chaque année en mai, juin ou juillet. La toison des gros moutons peut peser jusqu’à 8 kilogrammes; celle des petits de 1500 à 2500 grammes. Celle-ci est en général de meilleure qualité. .

On ne connait nulle part le mouton à l’état sauvage. Beaucoup d'auteurs s'accordent à rapporter à une seule espèce tous les moutons domestiques , qui seraient alors divisés en races issues de cette espèce unique. On s’est beaucoup occupé, depuis le commencement de notre siècle, de l'amélioration de nos moutons indigènes. On avait remarqué depuis longtemps que la qualité d’une laine dépendait de celle du bélier qui avait engendré le mouton, et non de la mère. On savait que la laine de la brebis étant commune et celle du bélier fine, la laine de l’agneau serait fine ; et que. la laine du bélier étant commune et celle de la brebis fine, la laine serait commune. Cest d’après ces anciennes remarques que le naturaliste Daubenton, le célèbre collaborateur de Buffon, s’appliqua à améliorer les races françaises de moutons par les croisements des brebis indigènes avec le bélier mérinos. Le mérinos est, en effet, la variété de mouton, de beaucoup la plus précieuse pour production de laines fines et résistantes.

On a fait depuis Daubenton concourir les moutons de race anglaise à l’amélioration de nos races ovines.

La quantité de laine employée en France est évaluée à 6 millions de kilogrammes, représentant une valeur approximative de 25 millions de francs. Sur cette quantité, les pays étrangers nous en fournissent environ pour 40 ou 50 millions de francs.

Nous recevons des principaux États de l'Allemagne , surtout de la Saxe et de la Silésie , presque toute la laine destinée aux plus beaux draps de Sedan , de Louviers et d’Elbeuf. Les laines longues en usage pour la fabrication des tissus ras, forts et brillants, comme les étoffes, les satins de laine, etc., sont fournies par la Grande-Bretagne à notre industrie du Nord, de Roubaix, de Tourcoing , etc. L'Espagne avait, il y a cinquante ans à peine, le monopole des laines de première qualité; aujourd’hui, elle n'importe plus que des produits affectés à la draperie commune. Presque tous les départements français fournissent de la laine. La Brie, la Beauce, les environs de Versailles, donnent

les plus estimées ; viennent ensuite les laines du Berri et de la Normandie. Ces laines sont employées pour la belle draperie d’Elbeuf. Les laines plus grossières, destinées aux tissus fabriqués dans la Lorraine et le Midi, viennent du sud et de l’est de la France.

Faisons maintenant connaître les diverses opérations que l’on exécute pour purifier la laine brute, et la transformer en tissu , c’est-à-dire en drap.

La laine sécrétée par l’animal est naturellement chargée de suint, espèce de savon dont il faut se débarrasser avant de commencer aucun travail. On lave donc la laine avant la tonte sur l’animal même , ou bien après la tonte. Le lavage avant la tonte se fait, dans les fermes, au mois de juin ,.en plongeant les moutons chargés de leur toison dans l’eau d’une mare, d’un étang ou d’une rivière ; on les frotte avec soin dans cette eau, jusqu’à ce que leur laine soit blanche et, en apparence, dépouillée de suint. Mais la laine, même la mieux lavée, achetée par le fabricant, contient toujours une notable quantité de suint; on la désuinte définitivement après l'avoir triée en l’assortissant par qualités. À cet effet, l’appréteur de laines les plonge dans une chaudière de cuivre, contenant une dissolution alcaline chauffée à environ 75 degrés. En quinze à vingt minutes, le suint est dissous par l’alcali, en formant un véritable savon. On fait alors dégorger la laine au milieu de l’eau, dans des paniers, à l’intérieur desquels des ouvriers l’agitent au moyen de bâtons, afin de bien l’ouvrir, de l’imprégner d’eau complétement et sans la comprimer.

Entrons dans l’examen des opérations qu’il faut faire subir aux laines pour produire toutes les variétés d’étoffes drapées qui doivent être soumises au feutrage et au foulage. Parlons d’abord des laies courtes.

Les préparations mécaniques auxquelles on soumet la laine courte ont beaucoup d’analogie avec celles que l’on fait subir au Coton. Pour ouvrir et nettoyer la laine, on la bat à l’aide d’une machine, dont la partie essentielle est un tambour, ou cylindre , armé de dents droites, plus ou moins espacées et tournant dans une enveloppe garnie également de dents droites opposées à celles du tambour. Après le battage, la laine a déjà

ue

ja

Fig. 172. Brebis et bélier mérinos.

| Al

au \f nl

IRL

repris son élasticité, qu’elle semblait avoir perdue auparavant; de noueuse et dure au toucher, elle est devenue moelleuse. Le loup qui doit compléter le travail, ne diffère de l'instrument que nous venons de signaler que par l'existence d’un plus grand nombre de dents et par la plus grande rapidité avec laquelle se meut la machine, qui fait au moins six cents tours par minute. Cette opération, dite louvetage, s'effectue ordinairement deux et trois fois sur la laine. Après le premier louvetage on la lubréfie avec de l'huile. Puis , comme pour le coton, on procède au cardage, qui a pour but d'ouvrir et de dénouer les filaments, de les redresser un à un autant que possible, et de les disposer convenablement pour le travail subséquent. Il existe quelques différences entre les cardes à coton et les cardes à laine ; mais nous ne pouvons les noter ici.

Les laines courtes qui ont subi ces divers traitements, et qui sont ainsi arrivées à l’état de laine cardée, sont alors filées grossièrement. Ces fils de laine doivent être soumis ensuite au tissage, et fournir, par des opérations qui seront ultérieurement indiquées, les divers tissus ou étoffes de laine tels que les draps et les lainages divers.

Passons au traitement des laines longues.

Les laines longues, comme les laines courtes, sont désuintées et lavées avant d’être livrées au commerce, et cela par des procédés spéciaux. Aussitôt qu’elles ont été dégraissées, lavées et séchées, on les fait battre à la main ou à la mécanique, puis on procède au peignage. Il s’agit, dans cette opération, de nettoyer à fond les fibres , de les redresser, de les ranger parallèlement entre elles. Pour cela, on laisse dans la laine un léger degré d'humidité; on la graisse ensuite avec une huile végétale ou du beurre, et on la soumet à l’action de peignes chauds ; de là résultent le ramollissement de la matière cornée et le développement des brins. Le peignage de la laine se fait en partie à la main, en partie à la mécanique. La laine longue est ensuite filée, et en cet état, elle est prête à fournir des draps et autres étoffes.

Terminons ce rapide aperçu de l’industrie de la laine par l’'énumération de ses produits.

Les laines courtes fournissent : 1° les mérinos, mousselines-

laine, barége, mousseline de Chine, toile de Perse; 2 les cachemires d'Écosse, tartans écossais, tartanelles, etc. ; 3° les orléans unis et façonnés; 4° les châles; 5° les gilets; 6° les damas pour meubles; 7° les moquettes pour tapis; 8° les tapis et tapisseries ; 9° les tricots ; 10° les dentelles de laine.

Dans les tissus en laine longue on peut signaler : 1° les velours , popelines, reps unis et façonnés ; 2 les velours d'Utrecht ; 3° les cachemires purs; 4° les gazes à filtres pour produits chimiques, etc.

Les lainages foulés nous donnent : 1° les feutres pour tapis, rouleaux, chaussures, etc. ; 2 la draperie tissée et ses nombreuses variétés; 3° les couvertures ; 4° les flanelles lisses et croisées ; 5° les tartans écossais et articles analogues ; 6° les tricots.

Page 1