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LES SOIERIES

On a dit que la soie est aux matières textiles ce que l’or est aux métaux. De toutes ces matières, la soieest, en effet, la plus précieuse et la plus curieuse à étudier. Elle tire sa valeur de son éclat, de sa résistance toute particulière, de sa ténacité et de son élasticité.

L'industrie de la fabrication de la sote est fondée sur la propriété que possède une petite chenille de produire un fil très-solide et très-résistant, d’une longueur extraordinaire, avec lequel elle construit sa retraite, c’est-à-dire son cocon. Cette chenille se nomme bombyx du mürier (bombyx mori), parce que c’est la chenille particulière au mûrier. On s’efforce, de nos jours, d’acclimater en France d’autres espèces de bombyx, qui paraissent devoir, dans un certain avenir, multiplier parmi nous la production de la soie, ou nous doter de qualités de soie nouvelles, mais inférieures. Tels sont le Lombyx du chène, celui du ricin et celui de l’ailante (vernis du Japon).

L'art d'élever les vers à soie, d'utiliser leur produit, en les

transformant en vêtements et en tissus, paraît avoir été pratiqué par les Chinois dès les temps les plus reculés.

Ghez les Romains, l’usage de la soie remonte au temps de César; mais cette matière textile se vendait, à Rome, au poids de l'or, soit à cause de la distance de la Chine, d’où les caravanes l'apportaient à travers la Perse, soit à cause du prix élevé de cette substance dans la Chine même.

Vers le milieu du sixième siècle, deux moines grecs introduisirent la soie en Europe, en même temps que le mürier. C’est

la culture de cet arbre qui fit donner au Péloponèse, où elle

Fig. 173. Mürier de la Chine.

se répandit bientôt, le nom de Morée. Jusqu'au douzième siècle, la Grèce fut la seule contrée de l’Europe où l'on produisit

de la soie. Mais en 1147, Roger, roi de Sicile, après avoir ravagé Corinthe, Athènes et Thèbes, ramena avec lui, à Palerme, un grand nombre d'habitants de ces villes grecques. Ges derniers établirent en Sicile l’industrie de l'élevage du ver à soie et de la fabrication des tissus. Venise, Milan, Florence suivirent bientôt l'exemple de Palerme.

C’est en 1440, sous Louis XI, que des artisans italiens introduisirent en France, à Tours, l’industrie de la soie. La fabrication des soieries commença à Lyon en 1520. A cette époque, François I, qui s'était emparé de Milan pendant sa brillante expédition d'Italie, décida quelques artisans à venir s'établir à Lyon, notre grande cité manufacturière. C'est aussi vers cette époque que le midi de la France, les Cévennes, la Provence et le Vivarais commencèrent à élever avec succès des vers à sole.

Henri IV encouragea beaucoup l’industrie séricicole. Il gratifiait d’un titre de noblesse tout fabricant qui s’y livrait pendant douze ans. Il fit établir, dans le jardin de son palais, des magnaneries. « Pour d’autant plus accélérer ladite entreprise, dit l’agronome Olivier de Serres, Sa Majesté fit exprès construire une grande maison au bout de son jardin des Tuileries, accommodée à toutes choses nécessaires, tant pour la nourriture des vers que pour les premiers ouvrages de la soie. » Colbert, qui voyait, avec raison, la cause de la richesse d'un État dans la prospérité des manufactures et du commerce, fit établir, aux frais du roi, des pépinières de müriers dans sept provinces, pour distribuer gratuitement les plants de ces arbres à ceux qui voudraient les cultiver. Il fit plus; il promit une récompense de vingt-quatre sous à tout propriétaire d’un pied de mürier qui subsisterait trois ans après la plantation. Grâce à ces intelligents encouragements, l’industrie de la soie fit de rapides progrès en France; sous Louis XIV, les fabriques de Lyon étaient sans rivales en Europe.

Le ver à soie vit à l’état de larve, ôu de chenille, environ trente-quatre jours, et pendant ce temps, il change quatre fois de peau. Sa faim redouble quand il a changé de peau. On appelle petite frèze le moment de grand appétit qui précède

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chacune des trois premières mues, et grande frèze celui qu’on observe pendant le cinquième âge du ver. A cette époque,

Fig. 174. Ver à soie.

dans les magnaneries, c’est-à-dire les établissements où se fait leur éducation, ces insectes font en mangeant un tel bruit, qu'il ressemble à celui d’une forte averse. Après la grande frèze, les vers cessent de manger. On les voit alors chercher à grimper sur de petites brindilles de bruyère, qu’on a soin de placer au-dessus des claies où ils sont restés jusqu’alors. Bientôt leur corps devient mou, et ils traînent après eux un fil de soie qui sort de leur bouche. Ils forment alors un réseau de mailles irrégulièrement entrecroisées : mais ce n'est là qu’une sorte de voile à l’abri duquel l’insecte se file un splendide linceul. Il construit, en tournant continuellement sur lui-même en divers sens, et en enroulant ainsi le fil de soie autour de son corps, un cocon, dont les parois se composent de couches de fils de soie superposées. Cette soie, qui, au sortir de la bouche de l’insecte, est molle et gluante, mais se durcit rapidement à l'air, est sécrétée par deux glandes en forme de vaisseaux pliés et repliés sur eux-mêmes : ces vaisseaux s'étendent le long de la cavité viscérale, et se dilatent, à

. leur extrémité antérieure, en une sorte de réservoir qui se ter-

mine, au-dessus de la lèvre inférieure, par une filière à peine

visible, tant son ouverture est petite. La soie produite par l’insecte résulte de la soudure de plusieurs brins continus, qu | constituent un filament aplati dont l'épaisseur varie entre 0m" 007 et Ow",017.

La soie est tantôt jaune, tantôt blanche, suivant la variété du ver qui l’a produite. Il est à remarquer que lorsqu'on développe un cocon et qu'on cherche à le dérouler, on parvient à détacher quatre couches bien distinctes, qui semblent s'être formées par la matière que l’insecte s’est assimilée à chacune de ses mues. De plus, le ver ne file pas son cocon d’une manière continue; il s’arrête trois ou quatre fois pendant ce travail. On conçoit dès lors comment les cocons peuvent être facilement séparés en trois ou quatre couches distinctes, et comment on peut ne den les considérer comme formés par le même nomvuaumicroscope. bre de cocons concentriques légèrement collés entre eux, chacun de ces cocons étant en outre le résultat d’un très-grand nombre de couches concentriques, superposées et plus fortement collées. La longueur moyenne d’un fil de cocon dévidable d’une manière continue, est d'environ 600 mètres.

En général, il suffit de trois à quatre jours à la larve pour achever son cocon. Si l’on ouvre alors cette espèce de cellule, on voit que la chenille est remplacée par un être vivant, de forme ovoide, de couleur brune, sans tête ni mâchoires, pou présentant des anneaux mobiles : en un mot,

ce FÈA elle est devenue chrysalide. Au bout de dix-huit Gocon de ver ä soie à vingt jours, si la température est de 15 à 18 mâle. : A degrés, la chrysalide s’est elle-même transformée en papillon. Ce sont là, comme on le sait, les trois modifications propres aux insectes, qui passent successivement à l'état de chenille, de chrysalide et de papillon.

Pour sortir de son cocon, le papillon du ver à soie humecte une extrémité de ce cocon, à l’aide d’une liqueur particulière qu'il dégorge, et il frappe de la tête contre ce point ainsi

ramolli. Il perce Ja coque, et s'échappe au dehors, les ailes encore humides. Presque aussitôt après leur naissance, les

papillons se recherchent entre eux, puis chaque femelle pond

plus de cinq cents œufs. Leur vie ne dure que douze à vingt Jours.

Il est bien entendu que, dans les magnaneries, on ne laisse se transformer en papillons que le nombre de chrysalides voulu pour assurer une récolte suflisante de graines. Pour conserver et recueillir la soie, il est indispensable d’étouffer les chrysalides avant leur métamorphose. En effet, les papillons détérioreraient les cocons en les perçant. Les divers modes d’étouffement employés sont : la chaleur du four, la vapeur de l’eau bouillante, le bain-marie, l'air chaud, enfin certains gaz méphytiques. Les œufs, ou graines, se conservent d’une année à l’autre. On les fait éclore, à l’aide d’une chaleur artificielle, au printemps, au moment où s’épanouissent les premières feuilles des müriers.

Nous ne saurions entrer ici dans les détails des soins à donner aux vers dans les magnaneries. Ces soins consistent dans l’établissement d’une ventilation régulière, dans le maintien d’un degré d'humidité suffisant, d’une température convenable, dans la préparation et la distribution des feuilles qui doivent fournir une alimentation continue. Nous n’aborderons pas davantage la question des maladies auxquelles les vers sont sujets. Tout le monde à entendu parler de la muscardine, ce fléau des magnaneries, sorte de choléra, sous l'influence duquel l’insecte qui mangeait un moment avant, tombe presque tout à coup comme foudroyé. Douze heures après la mort, son corps a beaucoup diminué de volume; il ressemble à un petit bonbon provençal connu autrefois sous le nom de muscardin; de là le nom de muscardine donné à cette maladie.

Il s’agit maintenant de préparer les cocons de manière à pouvoir en extraire le fil de soie. Pour cela, on soumet le cocon à l’action de l’eau chaude, sous l’influence de laquelle se ramollit ou se dissout le vernis entourant ce fil de soie, lequel peut alors être dévidé sans se rompre. On procède ensuite à l'opération du tirage, qui a pour but de réunir plusieurs fils, de les souder entre eux, et de disposer le fil complexe qui en ré-

sulte en écheveaux d’un certain poids ou d’une certaine dimension. Pour former un fil, il ne suffirait pas de réunir les brins entre les doigts et de les porter ainsi au dévidoir sur lequel ils formeraient un écheveau : ces brins ne seraient pas adhérents entre eux. On provoque cette adhérence en exerçant sur les brins tout humides une compression qui les réunit en un seul fil.

On voit sur la figure 177 un atelier de filature de soie Les cocons sont placés d’abord dans de l’eau qui est portée à 70° environ par un courant de vapeur. Ensuite, l’ouvrière saisit un brin de cocon, et l’attache à la circonférence d’un rouet. En réunissant ensemble plusieurs fils, et en même temps leur imprimant une torsion, le rouet produit un fil de soie grége.

Mais la soie grége ainsi obtenue ne peut servir à la fabrication des tissus sans avoir été doublée, et surtout tordue. Les doublages et les torsions augmentent la résistance des fils et empêchent les brins de se décoller. Ce double but est atteint dans le moulinage de la soie, opération qui comprend : le dévidage de la soie grége sur des bobines, enfin la réunion au moyen de la torsion, de deux ou d’un plus grand nombre de fils obtenus par l'opération précédente. Le fil résultant de la troisième opération porte le nom de trame. La quatrième opération produit les fils les plus doublés et les plus tordus qui doivent former la chaîne des tissus de soie, et qui portent le nom d’organsins.

Les étoffes de soie comprennent : les talfetas, lévantine, gros de Naples, satin, foulards, blondes et dentelles, gazes, velours unis, peluche, rubannerie, passementerie, etc.

TISSAGE ET TEINTURE DES COTONS, DES LINS ET DES CHANVRES, DES LAINAGES, ET DES SOIERIES.

Nous venons de passer en revue les différentes opérations par lesquelles on amène à l’état de fils les divers produits, d’origine végétale ou animale, mis en œuvre par l’industrie tex-

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