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tile, c'est-à-dire les cotons, les lins et les chanvres, les lainages et les soieries. 11 nous reste à faire connaître les diverses opérations que l’on exécute pour tisser les étoffes avec ces fils, et pour teindre les étoffes tissées ; c’est-à-dire à parler du tissage et de la teinture des cotons, des lainages et des soieries.
Tissage. — Le tissage des étoffes simples avec le coton, la laine ou la soie, se fait au moyen du métier ordinaire du tisserand,
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Fig. 178. Métier du tisserand,
appareil dont l’origine se perd dans la nuit des temps, et qui n'a subi depuis son invention première que des perfectionnements secondaires. Il n’est aucun de nos lecteurs qui n’ait vu travailler le tisserand, et qui ne puisse dès lors comprendre le mécanisme bien simple de son métier.
Les tissus se font (quand ils sont formés d’une seule es-
pèce de fil) par l’entre-croisement d’un certain nombre de fils qui finissent par donner un ensemble résistant. Le métier du tisserand est l'appareil dans lequel les fils sont enlacés de la manière la plus convenable pour opérer cet entre-croisement. Voici comment ces fils sont disposés dans le métier du tisserand.
Deux lignes de fils longitudinaux sont portées sur deux châssis et tendues horizontalement. Ces deux lignes de fils peuvent s’écarter parallèlement de manière à laisser entre elles un large espace. Le tisserand, par un coup du métier, écarte cette série de fils parallèles, et dans l’espace libre, il lance la navette, c’està dire le fil, qui vient se placer horizontalement en croix avec les premiers, ce qui forme un premier entre-croisement. Un autre coup de métier comprime ces deux premiers entrecroisements. Les deux lignes de fils parallèles s'ouvrent de nouveau, le tisserand lance une seconde fois sa navette, pour former une seconde ligne de fils croisés, et ainsi de suite. On nomme chaîne les fils disposés longitudinalement, et trame le fil tenant à la navetie, qui est lancé transversalement aux premiers.
Rien de plus élémentaire, on le voit, que la composition du métier du tisserand, qui est le même chez tous les peuples, et qui, depuis l’origine des sociétés, sert à la confection des tissus. C’est ainsi que se fabriquent toutes nos étoffes simples, c’està-dire à un seul fil, de toile, de coton et de soie.
Mais quand il s’agit d'obtenir les étoffes fuconnées ou ornées, c’est-à-dire composées de fils de plusieurs couleurs ou de difiérentes natures, telles que les étoffes brochées, les difficultés mécaniques sont considérables, et le mécanisme du tissage à plusieurs fils devient très-compliqué.
On donne le nom de métier Jacquart au métier mécanique qui sert aujourd’hui au tissage des étoffes façonnées. Nous n’entrerons ici dans aucun détail sur le mécanisme de cet appareil, que l’on trouvera suflisamment décrit et représenté dans un de nos précédents ouvrages !,
1. Les Grandes inventions scientifiques et industrielles chez les anciens et les modernes. 1 vol. grand in-8, page 393-396 Paris, 1861, chez L. Hachette.
Les étoffes de coton ou de lin et les étoffes de soie s’obtiennent par le tissage, opéré soit au métier simple du tisserand, soit au métier Jacquart, Mais il n’en est pas de même pour les lainages. Le drap n’est pas un tissu, dans l’acception ordinaire du mot; il n’est pas fabriqué au métier, au moyen de fils de laine entre-croisés, pour former un ensemble résistant. On met ici à profit une propriété toute particulière à la laine, et qui permet de se passer du travail du tissage proprement dit. Quand les fils de laine, ou un tissu grossièrement formé avec des fils de laine, sont soumis à l’action répétée de marteaux de bois ou de fer, que l’on nomme /oulons, par l’effet de ces chocs répétés, les fils se réunissent, se soudent, se feutrent selon l’expression consacrée, et l’on produit de cette manière, par la simple adhérence provoquée par le battage, une étoffe aussi résistante que si elle était tissée. On nomme drap l’étofte ainsi obtenue. Il existe donc entre le mode de fabrication des draps et celui de toutes les autres étoffes, une différence profonde, dont nos jeunes lecteurs doivent tenir note, car cette différence échappe à bien des personnes.
Nous allons donner une idée des opérations qui servent à obtenir les draps au moyen des fils de laine.
Les fils de laine sont d’abord unis au métier, de manière à former une sorte de tissu grossier et clair. Ce tissu est alors porté sous les foulons, c'est-à-dire sous les marteaux qui, par leurs chocs répétés, doivent transformer en drap ce tissu grossier. Les foulons, qui étaient autrefois de simples marteaux de bois, se font aujourd’hui en fer. Par l’action combinée de la chaleur produite par le choc, et de l'humidité, les fibres de la laine finissent par adhérer très-solidement entre elles, de manière à former une véritable étoffe.
En sortant des foulons, le drap est tout hérissé de filaments qui ne se sont pas réunis au reste de l’étoffe. En effet, l’action persistante et énergique des foulons a froissé considérablement ces poils, et les a mêlés dans tous les sens. Il faut les démêler, leur faire subir une espèce de peignage, afin de les ranger aussi parallèlement que possible à la surface du tissu. On peigne donc le drap, pour ranger parallèlement ces poils à la surface du tissu : c’est là l’opération du lainage, ou garnissage. On s’est servi
de temps immémorial, pour opérer le lainage, des têtes de fleurs épineuses du dipsucus fullonum, plante de la famille des Scabieuses, connue sous le nom vulgaire de chardon à foulons. On cultive ces plantes dans presque tous les pays où l'on fabrique des draps; aux environs d'Avignon on en fait un com-
Fig. 179. Chardon à foulon.
merce considérable. Malgré bien des tentatives faites jusqu'ici pour remplacer le chardon à foulons par des instruments artificiels, rien n’a pu remplir encore le rôle de cette espèce de peigne naturel. Quand on le fait mouvoir sur le tissu, ses pointes recourbées accrochent les filaments, et les amènent à la surface sans les rompre, à cause de l’élasticité dont sont douées les extrémités des petits crochets végétaux.
Lorsque l'étoffe est lainée, que sa surface est garnie de filaments et fibrilles, on la dit tirée à poils. On ne laisse dans cet état que certaines variétés de tissus communs, tels que les couvertures , les castorines, quelques étoffes mélangées de coton.
Mais les draps qui doivent présenter à leur surface un duvet égal et d’une longueur à peine sensible, sont soumis à l’opération du tondage, dans laquelle on coupe et on égalise toutes les fibrilles qui hérissent la surface du drap par suite de l’opération du lainage.
Jusque vers le commencement de notre siècle, on lainait et on tondait à la main. On formait, au moyen des chardons, une espèce d’étrille, avec laquelle l’ouvrier laineur peignait la surface des draps. Ensuite l’ouvrier tondeur rasait les poils avec d'énormes ciseaux, nommés forces. Ces opérations, très-pénibles et chèrement rétribuées , ont été, de nos jours, remplacées par des machines.
Lorsque les premiers lainages et tondages ont été effectués, les draps encore sont recouverts d’un duvet entremélé et souvent à contre-poil. Afin de leur donner une apparence lisse et unie, il faut les coucher, les aplatir et les lustrer. Pour cela, on les soumet à des pressions réitérées, à chaud, sous l’action de la presse hydraulique. On presse et l’on expose successivement l’étoffe à la vapeur trois ou quatre fois.
Telle est la longue série d'opérations que subissent les fils de laine pour être finalement transformés en draps.
Depuis vingtans, les draps unis étant abandonnés par la mode, on fabrique des étoffes de laine façonnées, en faisant divers mélanges de laine et de coton, ou de soie. Les fils d’alpaga, les poils de chèvre, de vigogne, etc., sont aussi employés jar l’industrie drapière pour fabriquer ces étoffes solides connues sous le nom de draps jaspés qui ont presque banni les draps unis de la grande consommation. Les.moyens de fabrication pour cette variété d’étoffes sont d'ailleurs les mêmes que ceux qui viennent d’être décrits.
Nous terminerons ce chapitre en parlant de la fabrication des châles de laine, dits cachemires, qui se fait dans les Indes-Orientales,, avec les laines indigènes. Ici les procédés de fabrication vont changer notablement.
Les Indiens fabriquent les tissus destinés à donner les chäles, en se servant de navettes lancées à la main. Il y a autant de navettes que de couleurs différentes à produire sur l’étofte. Le
travail des Indiens est long et coûteux. Mais l’expérience séculaire des fabricants, l’habileté des teinturiers, donneront longtemps encore à ces produits une vogue méritée, malgré les défauts qui en sont pour ainsi dire le cachet. En effet, ces châles exigent des coutures pour réunir les différentes pièces qui les composent, et ils offrent dès lors un aspect assez peu élégant.
Victor Jacquemont, ce botaniste voyageur à qui l’on doit de beaux travaux scientifiques, et qui nous a laissé une admirable relation de ses voyages, a recueilli dans les Indes d’intéressants renseignements sur la fabrication des châles cachemires, qu’il observa à Loudhiau.
« Les châles ordinaires, dit Jacquemont, ont 1",20 à 1,"25 de largeur. Trois ouvriers y travaillent à la fois, assis sur un banc de la longueur d’un cylindre qui tourne sur son axe et autour duquel la chaîne est enroulée. Chacun a une soixantaine de navettes au moins qu'il fait jouer avec une grande vitesse lorsqu’il est expert. Généralement, l’ouvrier placé entre ces deux autres est le plus habile et, tout en faisant son ouvrage, il tient l’œil sur le travail de ses voisins, les reprend, les guide, les conseille. Au reste, le chef s’aide souvent lui-même d’un coup d'œil sur un dessin fait à la plume qui représente la forme des palmes qu’il exécute ; car il ne voit en travaillant que le revers très-confus de son ouvrage.
« Quand il est moins habile, il a devant lui un vieux manuscrit toujours fort gras et fort déchiré qui lui apprend quels fuseaux il doit faire jouer, combien de fils de trame il doit prendre chaque fois.
« Les palmes des châles de Cachemire, comme les mots du langage composés d’un nombre limité de lettres ou de syllabes, sont formées de figures élémentaires dont les diverses combinaisons produisent leurs variétés infinies. Les enfants, qui travaillent sous la direction d’un ouvrier plus habile, ont coutume d’épeler les mots de ce langage en le lisant. Ils annoncent ce qu'ils font et leur langage est plein de volubilité pour suivre la vitesse du travail de leurs mains. Le maître, qui sait par cœur la leçon qu’ils répètent, les arrête à la moindre faute et les remet sur la voie. »