LES PIERRE
Parmi les espèces minérales pierreuses qui rendent à l’homme civilisé les services les plus utiles, nous signalerons les divers silicates, les spaths calcaires et le gypse.
Silice pure. — L’extrème abondance de cette espèce minérale sur notre globe, sa présence dans les terrains de tous les âges, et de tous les modes de formation, sa stabilité et son infusibilité, le grand nombre de ses variétés, enfin les usages variés que trouvent ces divers minéraux, font de la silice une des espèces minérales les plus remarquables de la nature.
La silice, ou acide silicique, constitue à l’état de pureté le quartz hyalin ou cristal de roche, qui se présente en beaux prismes incolores à six pans, terminés par des pyramides à six faces, comme le montre la figure 187. On trouve surtout le cristal de roche dans les filons qui traversent les terrains cristallisés. Cette espèce minérale sert à faire des vases d'argent d'ornement, des instruments d'optique, des verres de lunette, etc.
Lorsqu'elle est colorée par des oxydes métalliques, la silice forme des pierres précieuses dont nous parlerons dans un chapitre spécial. Nous nous occuperons surtout ici des sables siliceux, des grès, du silex proprement dit, de la pierre meulière, puis de ces roches ou minéraux complexes dans lesquels la silice entre comme élément et qui sont les argiles, le granit, le mica, le talc, le tripoli, l'amiante.
Sables siliceux. — Les sables siliceux qui couvrent le littoral des mers, qui forment ces plaines arides, appelées landes, qui constituent les steppes de l’Europe méridionale et de l'Asie, et
qui couvrent enfin les immenses déserts de l'Afrique, appartiennent aux terrains modernes et surtout aux terrains d’alluvion.
Les sables sont utilisés dans plusieurs industries. Mélangés avec la chaux, ils sont la base essentielle des mortiers pour la construction. On en fait les moules dans lesquels on coule la fonte, le cuivre et le laiton. Mais l'application la plus importante du sable se trouve dans les verreries et cristalleries.
Nous avons dit que la silice est infusible à la plus haute température. L’alumine et la chaux sont également infusibles par l’action des températures les plus élevées; cependant, chose singulière, quand on mélange le sable, l'état et la chaux, et qu'on chauffe très-fortement ce élan e dans un dar ces matières se combinant, entrent en fusion, et donnent un composé des plus ie à la température rouge, et qui refroidi, est limpide et transparent : ce composé n’est autre chose que le verre. Les sables d'Étampes, de Longjumeau et de Fontainebleau sont les plus fréquemment employés dans les cristalleries et les verreries des environs de la Capitale.
Grès. — Les grès résultent de l’agrégation et de la consolidation des sables. Ils se rencontrent dans les terrains ariciens comme dans Îles terrains modernes. Ils se forment encore aujourd’hui par l'agrégation des sables et constituent des amas et des couches d’une grande puissance.
Plusieurs variétés de grès fournissent aux constructeurs d’excellents matériaux. Tout le monde sait qu’on en fait des dalles pour les trottoirs, des meules pour aiguiser les instruments de coutellerie, pour tailler les cristaux, et diverses autres substances auxquelles on donne des ficelles brillantes, et pour polir quelques métaux.
La- texture lâche et grossière de certains grès les rend trèspropres à la confection des filtres destinés à clarifier les eaux potables : tels sont ceux des iles Canaries et de la Navarre. Avec ces grès poreux et qui laissent facilement exsuder l’eau, des imposteurs ont fabriqué des statues de saints, dont les têtes creuses et préalablement remplies d’eau, pouvaient verser, au
moment voulu, des larmes abondantes et faciles : prétendus miracles bien propres à l'édification d’une certaine classe de fidèles ! | |
Le plus grand emploi des grès se trouve aujourd’hui dans le pavage des villes aux environs de Paris. La nature a été trèsprodigue de ces précieux matériaux. On choisit pour tailler les pavés, les grès qui se fendent régulièrement et par larges éclats : tels sont ceux de Fontainebleau, d'Orsay, de Palaiseau, etc.
Silex. — Le silex est une substance compacte, de couleur grise, noirâtre ou blonde, se brisant facilement en fragments à bords translucides et tranchants, se présentant sous formes de rognons et de blocs dans les terrains crétacés. Ces rognons, de forme tuberculeuse , abondent dans la craie blanche du bassin parisien, à Meudon, par exemple, où ils sont disposés par lits horizontaux.
Les silex ont la propriété de faire feu sous le choc des instruments d'acier; aussi sont-ils connus sous le nom de pierre à briquet, pierre à fusil. Précisons bien ici le genre de phénomène qui se passe, quand on tire du feu d’un silex. Est-ce le silex même qui fournit l'étincelle, comme le pensaient les anciens, et comme le croient encore bien des personnes? Nullement , c’est le briquet d’acier. Quand on choque rapidement la lame d’acier du briquet contre le silex, de très-petits copeaux du métal se détachent par le frottement; ce même frottement les échauffe jusqu’à l’incandescence; dès lors ils brûlent dans J'air en s’oxydant, et l’étincelle ainsi produite, tombe sur l’amadou et l’enflamme.
Pierre meulière. — Le silex meulière se distingue du silex proprement dit par sa texture ordinairement celluleuse et sa couleur rougeâtre. C’est une pierre commune aux environs de Paris et qui forme des blocs et des fragments que l’on trouve enfouis dans les argiles sableuses du terrain supercrétacé. En raison de sa dureté, elle est employée pour les travaux de fondation pour la construction des berges, des canaux, des égouts, etc. Les fortifications de Paris sont bâties en pierre meulière caverneuse. Aucune matière ne saurait lui être comparée pour la confection des meules à moudre le grain. Les
meilleures meules de moulin viennent des silex meulières de la Touraine, de la Ferté-sous-Jouarre et de Bergerac.
Argiles. — Les argiles sont des roches composées de silice, d'alumine et d’eau, dans des proportions variables. Rarement pure, l'argile est ordinairement imprégnée d’oxyde de fer, de calcaire, etc.; sèche, elle est friable et meuble; mise en présence de l’eau, elle forme une pâte plus ou moins tenace, susceptible d’être façonnée, et qui, par la cuisson, éprouve un retrait, devient dure et fragile et constitue les poteries.
Très-répandues dans la nature, les argiles appartiennent, pour ainsi dire, à tous les terrains. On les trouve dans le lit des cours d’eau, dans les terres arables dites fortes. Elles forment souvent des collines, que l’on reconnaît à leur stérilité et à l'absence de tout escarpement. Dans les terrains modernes, elles constituent des couches horizontales, parfois très-étendues, et, en général, peu profondes, qui, par leur imperméabilité, arrêtent à leur surface les eaux d'infiltration, et déterminent ces nappes qui s’écoulent au jour sous forme de sources naturelles, ou que la sonde du mineur transforme en puits artésiens. |
Selon leur pureté, leur finesse et leur couleur, les argiles forment un très-grand nombre de variétés. Nous signalerons ici celles qui trouvent des applications dans les arts ou l’économie domestique. Il faut citer à ce titre la terre glaise, la terre à foulon, les ocres, la terre de pipe et le kaolin, ou terre à porcelaine.
La terre glaise est une argile jaune et commune, qu’on emploie à former le fond et le tour des bassins, à composer les modèles des sculpteurs, à fabriquer les briques, les tuiles, les carreaux et les poteries grossières. :
La terre à foulon est une argile d’un gris verdâtre, contenant toujours un peu de chaux, de magnésie et de fer oxydé; elle est grasse au toucher et se délaye facilement dans l’eau, qu’elle rend savonneuse. Elle sert principalement à enlever aux draps sortant du travail des foulons, l'huile qu’on a employée pour leur feutrage sous l’action répétée des marteaux dits foulons, de là le nom de cette variété d’argile.
La pierre à détacher qu’on vend à Paris provient des dépôts
gypseux de Montmartre et de Pantin. C’est une sorte de terre à foulon. On y ajoute quelquefois un peu de carbonate de soude, qui lui donne la propriété de raviver les couleurs des étoftes.
Les ocres sont des argiles fortement colorées par le peroxyde de fer. Dans la sanguine, avec laquelle on fait nos crayons rouges, l’oxyde de fer est anhydre; les ocres jaunes contiennent de l'oxyde de fer hydraté. Les ocres, brunes ou jaunes, sont employées comme couleurs dans les différents genres de peinture.
Les argiles pures, qui prennent quelquefois le nom de terre de pipe, servent à la fabrication des faïences fines ou anglaises, à celle des pipes et des creusets. Les faïences fines sont des poteries à pâte blanche, opaque, dure et sonore, que l’on recouvre d’un vernis cristallin plombifère. La faïence commune, ou italienne, se prépare avec une argile plus ou moins calcaire, que l’on recouvre, après la cuisson, d’un émail composé d’oxydes de plomb et d’étain, qui forment par-dessus la poterie une couche opaque et blanche.
La porcelaine, qui paraît avoir été découverte en Chine et au Japon, deux mille ans au moins avant l’ère chrétienne, se fabrique avec le kaolin, argile particulière et très-pure, qui provient de la décomposition d’une roche primitive, le feldspath (silicate double d’alumine et de soude ou de potasse). Le Limousin possède de riches gisements de kaolin, qui alimentent les nombreuses fabriques de porcelaine de ce pays, et qu’on emploie également à la manufacture de Sèvres. Le vernis de la porcelaine est du feldspath pur, qui fond et se vitrifie sous l'action du feu. Nos lecteurs savent à quel degré de perfection est arrivée en France la fabrication de la porcelaine, et la décoration de ce produit céramique par la dorure et la peinture. De la manufacture de Sèvres sortent d’inimitables ouvrages d'art.
Granit. — Lancé, à diverses époques, du noyau central de notre globe, au travers des dépôts stratifiés, le granit constitue dans plusieurs terrains, des amas, des enclaves transversaux, et même des chaînes de montagnes plus ou moins élevées. La Chine, l'Amérique, la Suède, la Norvége, l'Écosse, l’Angleterre,
la France, possèdent de vastes carrières de granit. En raison de son extrême dureté, le granit est d’un grand emploi dans l’art des constructions. On en fait des auges, des bornes, des revêtements de trottoirs, etc. Comme il se présente en masses cristallines non stratifiées, et que l’on peut, par conséquent, retirer de ses carrières d'énormes blocs d’une seule et même pièce ; comme, de plus, il est susceptible de prendre un beau poli, le granit est la pierre monumentale par excellence. C’est dans le granit que les Égyptiens ont taillé ces statues gigantesques, ces sphinx monstrueux, ces monolithes éternels que nos générations admirent et que le temps a respectés.
Une remarquable variété de granit est la syénite, dont le plus beau type s’extrait des carrières de Syène, en Égypte. Cette variété est vulgairement connue sous le nom de granit rouge. Cest en syénite que sont faits le piédestal de la statue de Pierre le Grand, à Saint-Pétersbourg, qui pèse huit cent mille kilogr., et le soubassement de la colonne Vendôme, à Paris. L’obélisque de Louqsor repose sur un beau bloc de granit de Bretagne.
Le granit est une roche composée qui renferme des cristaux de feldspath, de quartz et de mica (formé principalement de silice et d'alumine). Ces trois espèces minérales sont à peu près également disséminées dans le granit.
Le porphyre, autre variété de granit, est d’une composition assez compliquée. Il renferme, entre autres espèces minérales, des cristaux de quartz. Les porphyres sont abondamment répandus dans la nature; leur dureté, leur solidité, le beau poli qu’ils prennent, les rendent très-propres à la décoration des édifices, à la construction des vases et de colonnes de prix.
Le mica, minéral également très-répandu, et qui entre dans la composition de la plupart des roches ignées, est principalement formé de silice et d’alumine. Ge silicate est tantôt blanc, tantôt jaune ou noirâtre; son éclat, souvent métallique, lui a fait donner le nom d’or et d'argent des chats. Il se divise très-facilement en lames minces ou en paillettes flexibles, élastiques et miroitantes. L'emploi du mica est assez restreint. Quand il se trouve disséminé en paillettes dans du sable fin, on en fait des poudres brillantes pour l’usage du bureau. Quand il est en
lames bien transparentes, comme on le trouve en Sibérie, on en fait des carreaux de vitres.
Le talc est un silicate de magnésie. C’est une substance tendre, généralement feuilletée, verdâtre, blanchâtre ou grisâtre. Comme elle est douce et onctueuse au toucher, les tailleurs l’emploient, sous le nom de craie de Briançon, pour tracer sur le drap la coupe des habits. La poudre blanche dont les cordonniers saupoudrent l’intérieur des chaussures neuves, n’est autre chose que du talc.
L'amiante est une espèce minérale blanche, grise ou verdâtre, formée de chaux, de magnésie, d’alumine, unis à la silice. C’est un silicate d’alumine, de magnésie et de chaux. Sa texture est fibreuse, son éclat soyeux. L’inaltérabilité et l’incombustibilité de l’amiante rendaient autrefois assez nombreuses les applications de cette espèce minérale. Les anciens filaient et tissaient l'amiante pour en faire des nappes, des serviettes, des voiles, que l’on jetait au feu pour les nettoyer. Ils en fabriquaient aussi des linceuls, destinés à envelopper les corps des rois ou des grands personnages quand on les plaçait sur le bûcher, afin de recueillir leurs cendres pures de tout mélange. Les mèches des lampes perpétuelles des anciens, étaient faites d'amiante. Mais, de nos jours, les usages de ce singulier minéral sont fort limités. On a essayé d’en faire du papier qui se nettoyerait par le feu, des vêtements à l’usage des pompiers ; mais ces essais ont donné de médiocres résultats. On s’en sert surtout pour fabriquer des mèches propres à certaines lampes. Les habitants des Pyrénées font avec l’amiante des bourses et autres menus ob- Jets, par lesquels ils tentent la curiosité des touristes.
Calcaire. — Le calcaire, en général, est composé d’acide carbonique et de chaux; c’est un sel : le carbonate de chaux. Extrêmement abondant dans le sein et à la surface de la terre, dans les terrains anciens comme dans les plus modernes, le calcaire forme des montagnes, et même des chaînes de montagnes, comme les Pyrénées, le Jura, les Vosges, les Apennins et une grande partie des Alpes. Il entre dans Ja structure intime des plantes et des animaux; ses formes variées, ses usages multipliés et de premier ordre, donnent à soa étude un intérêt tout particulier.
Passons successivement en revue les différentes variétés du carbonate de chaux. Limpide et parfaitement cristallisé, il forme le spath d'Islande, qui présente le singulier phénomène connu en physique sous le nom de double réfraction : si l’on regarde, au travers des faces parallèles de ce cristal, une ligne noire, par exemple, on aperçoit deux lignes noires l’une à côté de l’autre.
Quand il se présente en masses formées de petites lamelles cristallines qui se croisent confusément, le calcaire constitue les diverses variétés de marbres. Le marbre blanc antique de Paros, ou marbre grec, le marbre de Cararre, que les sculpteurs emploient actuellement, ressemble, par sa blancheur et sa texture, au sucre raffiné. Rien de plus varié que les marbres dans leur aspect, leur texture et leur couleur. Quand ils sont en masses compactes, d’un tissu serré et sans traces de cristallisation, ils sont employés à la décoration ou à l’ameublement. Ces marbres, moins beaux et moins purs que le marbre du Statuaire, sont tantôt noirs, comme ceux de Dinant, de Namur, eic., parce qu'ils renferment une certaine quantité de matières charbonneuses et bitumineuses ; tantôt rouges, comme la griotte d'Italie, tantôt jaunes, comme le jaune de Sienne. On en trouve de veinés, comme le saint-Anne, à fond gris et à veines blanches ; le grand antique, à fond noir et à veines blanches très-nettes ; le portor, à fond noir et à veines Jaunes, etc.
Il est des marbres veinés dans lesquels les veines coupent la masse de telle manière, qu’ils semblent composés de fragments réunis. Les marbres grande brèche, le grand deuil et le petit deuil, qui présentent des éclats blancs sur un fond noir; la brèche d'Aix en Provence, sont des variétés renommées de ce genre de marbre décoratif.
Un marbre très-agréable, le marbre lumachelle, (de l’italien lumaca, limaçon,) n’est qu’un conglomérat formé presque entièrement de débris de coquilles et de madrépores, disséminés dans une pâte plus ou moins homogène et de couleur variée. On tire cette variété de la Flandre et des environs de Narbonne. Le marbre de Mons, qui couvre fréquemment le dessus de nos meubles, appartient à la même variété.