ACTE III, SCÈNE X
MADAME DE FERRIÈRES
Oui... Ma présence vous étonne, mon ami? La conversation que nous avons eue hier m’avait donné bonne opinion de votre cœur... J’ai fait prendre des renseignements sur vous... on vous aime... on vous estime dans votre voisinage... Voilà pourquoi, ce soir, j’ai cru ne pas trop faire en venant vous dire moi-même : Vous aimiez une pauvre pie que mon chien a tuée... je vous ai causé, sans le vouloir, un grand chagrin peut-être.... comment puis-je l’adoucir?
PAPILLON
Vous êtes bien bonne d’avoir pris c’te peine, Madame... Mais qu’est-ce que vous pourriez m’offrir? de l’argent!., je n’en ai pas besoin... Tenez, en voilà; j’en ai plus que je n’en saurais compter... ça in’est ben égal, l’argent...
MADAME DE FERRIÈRES
Si vous faites peu de cas de l’argent... peut-être y a-t-il une autre chose que vous souhaitiez et qu’il soit en mon pouvoir de vous faire obtenir?..
PAPILLON
Je ne demande rien. Madame... J’ suis pas heureux... Eh * ben ! qu’on me laisse, ça me regarde...
MADAME DE FERRIÈRES
Pour parler ainsi, il faut, en effet, que vous ayez un profond chagrin... et ce chagrin ne peut venir seulement de la porte d’un oiseau, quelque cher qu'il ait pu vous être...
PAPILLON
Oui, il y a une autre chose encore, Madame.
MADAME DE FERRIERES.
Voyons, ouvrez-moi votre cœur... Hier, nous étions ennemis.... aujourd’hui vous êtes malheureux, je suis votre amie...
PAPILLON
Eh bien !... oui, Madame, je suis malheureux... Et je vous trouve si bonne, que j’ demanderais pas mieux que tïe vous dire mon chagrin... mais vous n’y pouvez rien...
Qui sait?.. Dites toujours.. .-
PAPILLON
En deux mots, Madame : j’avais adopté une petite fille, un amour d’enfant...
MADAME DE FERRIERES.
Cette charmante jeune fille que j’ai souvent vue, riant et chantant autour de vous?
PAPILLON
Oui, Madame. J’ m’étais fait passer pour son père... j’ l’aimais comme si c’eut été vrai... et aujourd’hui faut que je me sépare d’elle...
MADAME DE FERRIERES.
Et pourquoi?..
PAPILLON
Parce qu’elle a grandi... qu’on commence à jaser dans le quartier... A cause que je suis pas aussi vieux qu’elle est grande etLelle... et que... yoyez-vous, l’idée qu’on p.omrait toucher à la robe d’innocence de c’t ange-là!., j’aime mieux m’ séparer d’elle!...
MADAME PE FERRIERES.
Pauvre homme !.. C’est bien à vous, d’avoir pensé à garantir de tout soupçon la pureté de cette jeune tille...
PAPILLON
Et puis... il y a une chose... que je suis tout honteux d’avouer, à présent que je me vois... connue je suis...
MADAME DE FERRIERES.
Qu’est-ce donc?..
PAP1LLQN, avec une gaieté affectce.
Eh ben!... imaginez-vous, Madame, que je m’étais figuré qu’en apprenant que je n’étais pas son père... elle, si jolie, si bonne... elle pourrait penser’ à devenir ma f..... Ah! ahi ah! c’était trop bête, pas vrai? c’était trop bète...
MADAME DE FERRIÈRES, à part.
Pauvre garçon... il l’aime !
PAPILLON
Mais vous comprenez, Madame, quand ça ne serait qu’à cause de ces sottes idées... que j’ai eues, maintenant qu’elle sait qu’elle n’est plus ma tille, faut preudre uu parti, pas vrai?
MADAME DE FERRIÈRES
Oui, il le faut.
PAPILLON
Mais qu’est-ce que je peux faire de cette enfant?
MADAME DE FERRIERES.
Voulez-vous la placer momentanément dans un couvent, où elle sera traitée comme ma fille par une de mes parentes?..
Ah! Madame!... vous seriez assez bonne pour çâ... et vous pensez que c’est ce qui vaudrait le mieux ?
MADAME DE FERRIÈRES
Sans aucun doute... Tenez, je vais vous donner un mot pour la supérieure du couvent do la Madeleine du Traisnel, pour mademoiselle d’Esparville...
PAPILLON
Mademoiselle d’Esparville!.. Ah! mon Dieu! C’est bien... mademoiselle d’Esparville que vous avez dit!..
MADAME DE FERRIÈRES
Oui... ma grand’tante, mademoiselle llermance d’Esparville...
PAPILLON, à lui- même.
Hermauce, ce u’est pas cela... Mais il y en a d’autres deuioi-