CONCLUSION
Concluons.
Le théâtre ol la littérature sont en de mauvaises mains, parce que la fièvre d'argent et de célébrité a tout envahi. Si l'on est inconnu, on n'a pas îe courage d'écrire une œuvre forte, parce qu'on sait d'avance qu'elle ne sera ni imprimée ni jouTe nulle part. Et quand au contraire on tient à sa disposition un libraire ou un théâtre, on broche jar calcul une pièce ou un livre. On entasse volumes sur volumes, pièces sur pièces, on écrit en une année dix coméoies et vingt vaudevilles, et l'on se
préoccupe beaucoup plus de l'argent que de l'hon* neur que cela peut rapporter.
Ce siècle est ainsi^ fait, et la cupidité le gouverne jusque dans les choses de l'esprit; le théâtre est pour nos auteurs une sorte de bourse où se cote le succès. L'exemple leur est donné de toutes parts, d'ailleurs; nos directeurs de spectacle prêchent eux-mêmes l'amour de l'or et l'abandon du beau, en acceptant chaque jour les pièces qu'on fait défiler devant nous.
Oui, certes, l'esprit est mort parmi nous. Les jeunes s'en vont, les enfants se font vieillards, le beau se meurt, le sublime est mortl La littérature moderne se représente par des groupes de billets de banque, et des piles de louis d'or ! On estime nos livres et nos pièces, non par ce qu'ils valent, mais par ce qu'ils rapportent. N'avez-vous pas entendu cent fois faire cette question :
— Que vaut telle pièce?
Suivie de cette réponse :
— Elle fait de l'argent.
Avec cela on a tout dit: l'argent est la vertu et la morale de ce siècle! Bien sot qui voudrait le refaire!
OBJECTIONS ET REFUTATIONS.
Certes, nous n'avons pas la prétention d'avoir découvert et imprimé ici quelque chose de bien nouveau. En nous élevant contre des abus que tout le monde connaît, nous avons simplement cherché à réunir en quelques pages, les griefs qu'on a tant de fois indiqués dans les articles de journaux, ou dans les brochures hebdomadaires
Nous prévoyons beaucoup d'objections que nous réfutons par avance.
— Encore un, va-t-on dire, qui jette sa petite pierre dans le jardin, déjà si pavé, de cette pauvre Rigolboche!
— Encore un, qui éprouve le besoin de prendre la défense de la vertu opprimée, contre le vice triomphant!
— Encore un, enfin, dont les directeurs et les libraires ont refusé les manuscrits, et qui écrit un plaidoyer en faveur des petits parias et des petits oubliés I
Mon Dieu, nous avons parlé de Mlle Rigolboche, parce que son nom est le plus saillant et le plus connu dans ce monde interlope qui inspire aujourd'hui nos livres et nos pièces.
Nous n'avons aucun droit, ni surtout aucune prétention au prix Monthyon. Nous sommes vertueux à nos heures, et nous ne prêchons pas la morale; mais nous voudrions voir dans la génération actuelle un peu moins d'attachement pour certaines idoles passagères, et un peu plus de respect pour les grandes choses.
Enfin, les directeurs ou les libraires n'ont pas eu la peine de refuser nos livres ou nos pièces.
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par la bonne raison que nous ne leur en avons jamais présenté.
Nous sommes de notre siècle, seulement nous faisons partie de ceux qui aiment peu les lorettes, pas du tout les gandins, et qui pensent que le théâtre et la littérature peuvent bien vivre sans s'occuper exclusivement de ces deux portions malsaines de notre société.
i.ES