CE QUI SERAIT A FAIRE
La peinlure réelle au théâtre des mœurs qu'on y déguise. — Le Théâtre-Français. — Le Gymnase. — L'Odéon.
Mais quand s'en trouvera-t-il un parmi vous d'assez osé pour nous les montrer, ces femmes, telles qu'elles sont réellement?
x\u lieu de nous les présenter sous leur face la plus séduisante, faites-les nous voir sous leur vé-
ritable aspect. Vous nous parlez de leur esprit? parlez-nous de leur ignorance. Vous nous montrez leur luxe? moiitrez-nous leur misère, alors que l'âge et les rides ont tué leur beauté et qu'on les a abandonnées, ainsi que dit le poète, comme une bête de somme inutile qu'on laisse au rebut.
Vous en faites des filles généreuses et même estimées, faites une bonne fois la peinture de leurs prodigalités et de leurs vices. Que le tableau soit chargé pour nous mieux dégoûter ; et si vous êtes francs, si vous avez le courage de nous dire cette vérité monstrueuse dissimulée jusqu'à ce jour dans vos livres et dans vos pièces, la pièce et le livre que vous écrirez ainsi seront inévitablement les derniers. Le public écœuré vous tournera le dos, votre livre sera jeté, votre pièce ne fera pas un sou ; mais vous passerez pour un honnête homme, et vous aurez le mérite d'avoir fait un scandale plus grand que tous les autres, mais qui au moins nous guérira du goût des scandales.
Pour que cela pût être, il faudrait trouver un auteur qui ne regardât pas son métier comme un commerce ; et cela est rare par le temps qui court. Bien mieux, il faudrait trouver un directeur dévoué à l'art, qui ne fît pas de son théâtre une bou-
tique et unespéculatiol), chose impossibleà l'heure où nous parlons!
Portez-leur une pièce saine, sensée...
— Y a-t-il du scandale là-dedans?
— Non.
— Eh, moiicher! meltcz-moi une lorelte dans votre pièce, un boursier qui fait faillite, un mari qu'on trompe, une femme qui a des amants, et nous verrons I
— Mais elle est bien écrite.
— Qu'est-ce que cela me fait? Les Mémoires de Mimi Bamboche^ est-ce écrit cela? On a fait 2,000 francs de recette par soirée; apportez-moi une pièce dans ce genre, et nous verrons I
Si l'un des vingt directeurs des théâtres de Paris vous tient un autre discours, nous Tirons dire à Rome!
Le premier théâtre littéraire du monde joue cent cinquante fois le Duc Job, pendant qu'un théâtre relativement secondaire, le Gynmase, fait ce qu'il peut pour sortir de la routine, et donne souvent de vraies comédies. — Je ne parle pas de celles de M. Dumas fils, qui sont des plaidoyers en faveur de toutes les lorettes de la création.
LOdéon reçoit r/yo?ineu/"ef l Argent, dcU. Pon-
sard, et les pièces très littéraires de M. Bouilhet, pendant que le ThéAtre-Français joue les Doigts de Fée, Feu Lionel, et autres vaudevilles de M. Scribe. Mais on fait de l'argent avec M. Scribe, le reste est totalement indifférent. On a une grosse subvention pour jouer des choses sensées; on a des acteurs excellents, le répertoire le plus vaste et le plus estimé qui soit, et au lieu d'être un théâtre sérieux, utile, on devient un magasin de littérature à bas prix, on joue le répertoire classique par force, et l'on remplit sa caisse en se moquant du public.