‹ Le scandale au theatre Georges d'HeillyChapitre 4 sur 11 · LES MARCHANJDS DE BILLETS · texte numérisé non relu

LES MARCHANJDS DE BILLETS

leur Italie. - Lesbllletoioti«i d'arançe. -L'Ambigu-Comique.

S% reviens sur ce j[|ur-précède.

La question de la vente des billets en di Ikh s de radniinistralion des théâtres, ou au moins sans sa particrpatiou apparenle, ne Rie semble pas d'un inédioere intérêt. Le (rafie singulier de bfllets

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lûuéSy achetés ou donnés, qui se fait aux portes de nos théâtres, et sons les yeux de l'autorité, nous

paraît aussi scandaleux, que facile à répriiiicr. Les succès obtenus par certains théâtres, donnent lieu à une fouie de petites vilenies contre lesquelles tout le itionde crie,et qui subsistent néanmoins èn dépit de tout le monde. Ce pauvre public est volé, trompé, joué d'une façon indigne par quelques spéculateurs de bas étage, qui exploitent les sac^ cès d'une pièce avec une habileté rare, mais qui ne mérite aucun encouragement.

U est évident que la plupart des directeurs de nos théâtres connaissent très bien ce qui se passe devant chez eux. ils savent par cœur cette petite comédie de la vente des billets dont nous allons vous parler ; ils pourraient certainement l'empêcher : mais un directeur est avant tout un commerçant; nous l'avons déjà dit. U sait que la réclame se fait de toutes les fiiçons, et que vendre à sa porte des billets qu'on refuse à ses bureaux, cela vaut dix lignes à la quatrième page du journal le plus lu de Paris.

Seulement il ei>t facile de constater ce qu'il y a d'indélicaC, de déloyai, d'absolument inconvenant dans le tratic toléré. Un directeur est eu faute s'il

1^ mipi^^rte, parce .qu'il est très fàsile de l'eqi^cher.

Maintenant je sais que la police arrête quelquefois les marchands de billets, mais si elle les arrêtait tôttjouc9^ l'abus ne se re^foduirait [^tuscte-* puis longtemps, .et le public pourrait avoir des places et aller au théâtre tranquillement, un jour ou l'autre, sans enrichir quelques gredins qui le volent comuie dans-un bois.

VollàTce qui'se p^ssa génâratement, et jomûa^ se pratique la vente dont nous parlons.

Un théâtre joue une pièce ,à succès ; jii pàfM d'Un succès de Ye^uie, epiume oelui que yient d'obtenir, par exemple, la Dame de Monsoreau à i'Ambigiu Les marchands de billets, et ils sont là dix» viennent louer. à l'ouyertiire des bureaux, le mplîn, une centaine de places» je suppose.

D'abord, je ne comprends pas que l'administra- . tion, si elle a le moindre, soupçon (ce qui est indubitable) du marché, qui se fait sur je boulevard, consente à délivrer autant de billets à un même individu, ou à plusieurs individus qui se suivent, en demandant une même quantité de places» Il n'est pa&aatttrel qtCun auissi ^and nom* bre de places se débile chaque jour et à la même

heure. Il y a donc déjà .là un peu de connivence éntrè les marchands et k direction du théâtre.

Il arrive alors, que le public qui se presse moins, a de mauvaises places; (et elles ne sont pas toutes bonnes à TAmbiga 1 ) C'est son afSairey je le veux bien; il peut se lever plus matin. Mais à midi on ne délivre plus de fauteuils, plus de loges; il ne reste que des places sublunaires, quand ces. messîeorsneles ont pas prise$.

Le soir c*est bien autre chose ; une queue immense de spectateurs avides d'applaudir Mélingu^ encombre les entrées du théâtre. Le guichet s'Ouvre; plns.de^ces!

Voilà encore un abus un peu bien criant ! Deux cents personnes bien gênées, bien refroidies^ exposées au vent et à la pluie attendent^ l'ouverture des bireaux ; il vous serait fâcilede placarder sur raffiche un avis annonçant qu'il n'y a ni fauteuils, ni loges, ni stalles , et que vous ne délivrerez qu'une oenlaine de places ; au moin^ ceux qui ne veulent que les plaetô que vous avez louées pourraient partir sans se geler à vos portes

En tin, vos bureaux ouverts se referment^ et le public s'en sa. Il est assaHtt aussitôt par dix personnes qui lui firient, et luf vendent, à de^ prix

fabuleux, les places qu'elles, ont louées le ni^tm ai^ prix du bureau* là, un fauteuil d'orcbestnd se vend dix francs ; il en coûte cinq au théâtre. La valetic des autres places est proportionnellement côtée à ce taux. Ces marchands out une boutique, ua plan du théâtre, des bureaux, des commi& ; tout cela est organisé sur une vaste échelle, et comme une chose autorisée, certaine et durable. C'est un vrai commerce, à côté d'un autre commerce, le théâtre. Seulenient Tun a une patente, et^rautrt n'eu a pasi

. Yoyoû§, M. deChilly veut-il que je les lui montre, ces estimables marchands? à droite .de son théâtre, qu'il interroge les marchands de -vins à sept heures du soir; qu'il parcoure le bitume qui s'étend devant l'Ambigu ; qu'il SO: fasse otiVir à lui mémedes'biUetsQOiQnie s'il en avait besoin 1 C'est là, c'est chez'cesvendeorsde boissons que se ibit le trafic de ces places. Achetez messieurs ! Cela nè coûte qvie le double du prix du bureau! Ce n'est vraiment pas la peine de s'en passér .

M. de Ghilly n*éprouve t-il pas le besoin, (ni aussi, de chasser les vendeurs du Temple?

Je signale d'autant mieux ic fait à M. ile Ckilijf^ que j*ai été pris moi-même à cette vulgaire plai-

santerie. Il m'a fallu subir les gracieusetés de ces iMsi^im qui vous font p9(yer très cher leurs gros-^ sières insolenoâs et leurs biUets. Or, je ne m'étais jamais rendu un compte bien exact de ce petit commerce» Je le comprenais très peu, tant il est vtki qw répreuve queVon fait personnellement de .«ces choses est la meilleure édiAoation possible. On m*avaît bien dit vaguement la source de ces billets , leur histoire et l'encan singulier toléré à leur endfoitkle n'aVais^iamais era à cela ; aussi, allant à l'Ambigu voir cetkevmusante Dame de Monsoreau, et forcé d*acheter mon billet à ces véritables brigands, j'ai pu voir, par moi-méme, et je suis content d'avoir vu!

CVst qu'ils ont un aplomb, ces gens ! Ils vous laentçnt avec une audace! Ëst-il dix heures? ils vous proposent un billet très cher en vouscertifiint que la pièce vient de commencer. Ils vous rançonnent comme des juifs. Ah! vous voulez voir la Dame de Monsoreau, eX vous ne louez pas vos plhoes? £h ! bien, vous allez savoir un peu ce que cela va vous coûter I

lis vous entraînent dans leur petite boutique enfumée, ch^ un marchand de vins, sur uncomp» teiraale; Hs vous débitent dans leur antre leur

exhorbitatite marchandise; ils vous traquent, ils vous volei^; et vous êtes hiea heureux si la place qu'ils vous ont vendue-n'est pas atrocement mau-. vaise.

D'ailleurs, ce que je dis ici à propos du théâtre de M. de Chilly, je pourrais le dire de tous les autres théâtres de Paris. 11 n*eh est pas uii, depuîtf l'Opéra jusqu'au Funambules , où l'exploitation flagrante des places louées par des marchands, n'ait lieu dans la rue, chez les marchands de vins^ et jusque sur leg marches des théâtres.

Àh ça, où est-elle là patente de ces gens là? De quel droit exercent-il leur commerce !

Ce soir là même, je causais avec un de ces marchands qui me vendirent très cher un fauteuil à' l'Ambigu. — Je lui demandai de m expliquer son petit commerce :

— C'est bien simple, me répondit-il ; nous louons des places le matin avant tout le monde; nous les prenons huit et dix jours à l'avance, et le soir nous vous les vendons très cher. On nous les laisse vendre dans l'intérieur des magasins, et on nous arrête si nous allons dehors. Mais cette (fernière clause est pour la forme et nous ne craignons rien. U y a trop de gens qui profitent de notre commerce.

le ditiecteur» tout d'abord, auquel' cela fait de la

réclame, pour qu'on nous empêche jamais complttementde l'exercer.

Dope, pas d'aulorisation; iis vendent parce qu'ils vendept. Le premier venu peut les imiter. Un jour

il n'y aura plus que des marcliands de billets dans la rue; le billet pris au bureau sera un mythe.

Où est la moralité de tout cela ? L'art devient une marchandise, et le théfttre une boutique. On vend trèii cher le droit d'applaudir les chefs-d'œuvre, et les directeurs ne reculent d&vaut rien pour empocher beaucoup d'argent. Ces gens qui nous voient, aident leur cupidité ; c'est une comédie qu'on joue devant eux et qu'ils encouragent en la tolérant. Cela est scandaleux, hideux, absurde; mais on y trouve iin bénéfice ; le reste importe peul

£t d'ailleurs, je ne suis pas bien assuré que les directeurs ne prennent pas eux-mêmes une part indirecte à ce trafic. Ont-ils un droit quelconque, un courtage, une remise î je l'ignore ; mais je pourrais le supposer. Gela est déjà trop. Si \o public peut, croire qu*ûn directeur de théâtre s'entend avec Un Marchand pour que ce marchand le vole^ lui public, et que ce directeur a sa part prévue

dans les-bénéfices du trafic, je ne comprends pas que ce public volé, bafoué, joué, ne tire pas une vengeance éclatante et méritée de cette criminéUe gabgie.

Et cela arrivera évidemment. Ou les marchands de billets seront supprimés, ou le public sera un sot. Or le parisien n'ést pas béte, et je doute que lor8qu*on lui aura bien Tlit et bien proavé qu*en pleine rue, et au milieu des sergents de ville et des comtni.^saircs do police^ on le vole quand la chose n'a pas le droit d'être et peut s'empécherjedouley dis je, qu'il se laisse désormais voler I

Diyi;.- ^ ci by Coogle

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I>lJUSCT£UiU> £ï AUTEURS.

Aéformes à introduire. — Les jeunes autours. — ■ Les antetef' inconnus. — Le salon directorial. — D^ux eX0ni4es,«- M.-Vio* lorten Sardou. —M. Louis d'Assas.

U me semble qu'un directeur intelligeal, habik, mais surtout bardi, pourrait facilement introduk^

dans son théâtre de très gr.i iules réformes, et mettre un terme aux abus que nous-avont^ seuk* ment indiqués. - .

£t certes, nons sommes loin de les avoir indiqués tous ! un V4)Iume entier suffirai t-il pour si^a-

ler aux hautes intelligences qui président aux destinées de nos théâtres, les fautes, les erreurs, les •ettises et les criants abus (]ut se commettent chaque jour en leur nom ? Nous ne le croyons i>as. Que quelqu'un soit assez avisé pour écrire un Jour ce livre, pour publier franchement sa pensée sur toutes les choses que nous laissons ici, et avec intention, dans Tombre et dans Toubli, et vraiment . il y aura de quoi proposer une révolution entière dans les administrations théâtrales.

Nous parlions tout à heure des tendances actuelles de nos théâtres, qui jouent depuis quelques années les pièces à femmes, dont nous ne saurions asseï condamner rintroduction mi nos scènes.

Aux objections finîtes, un directeus, nous opposait la grande question : l'argent.

Mon DieUj nous sommes un peu de l'avis de ce «directeur ; mais il nous semble encore qu*en apportant de givndes modifications et de grandes réformes dans Ia machine administrative en général, un directeur pourrait (aire de 1 art et du beau, sans 8*«xpo6er pour cela à%des foiliiles que tous déclarent aujourd'hui inévitables.

D^itizêdb^Sogle

Le système régnant est absurde tel qu'on l'applique à toutes choses, et eeh «usai bien pour In > réception des pièces que pour rengagement 4es

artistes. Les unes sont exclusivement commandées aux mômes faiseurs, auxquels on donne de grosses psimiismi dehors des droits fixés; les tutcee spui trop absolument sacrifiés à quelques grandes- et rares individualités qui absorbent à elles seules les quatre sixièmes de la recette^ et écrasent «de-leur supériorité réelle ou de convention leurs * camarades, qui paraissent mauvais, mis eu contact 0ec un célèbre voisinage.

?^f^aqu^ théâtre par^t avoir adopté un auteur sf^al, oudu moins, quelques auteurs spéciaux qui fournissent à tour do rôle les grandes pièces de Tannée. C'est ainsi que MM. Denueryct Duguc accaparent la Galté.et l'Ambigu; que M. Meuriee tient la scène à la Porte Saint4iartin, pendant que M. Léon Laya, fait les délices du public bonace du Théâtre Français. M. Feuiilet, est devenu l'auteur favori du Vaudeville, et II. Dumas fils, le préféré^, du Gymnase. A des époques fixes ces noms appa* raissent flamboyants sur rafficlie et le succès los accompagne. A la suite de ces astres brillants, so place M. Barrière, qu'on trouve un peu partout

avec toutes sortes de collaborateurs. Quand ces messieurs sont occupés, pris ouabseats, on aencore Fooours à M. Sttribe ou à M. Dumas père^ les vétérai»*d«i théâtre.

Dans les théâtres tout à tait secondaires, nous trouverons à l'ordre du jour les noms de MM. Coi;nkird,.Li^iohe« Martia» Monnier, L. Thiboust qui apparaissent périodiquement aussi sur les affiches des Variétés et du Palais Royal. L'Odéoii seul, qui a cependant ses grands faiseurs, MM. Louis Bouiibel et Ponsard, ouvre son théâtre à des jeunes gens, à des inconnus, ou bien- à des moins favorisés, bien que célèbres déjà.

Le répertoire moderne tourne perpétuellement dans ce même cercle de nom^.Les grandes pièces» sur le succès desquelles compte vivre le théâtre, sont l'œuvre des vétérans; les pièces en trois actes se donnentaux auteurs qui représentent l'âge mûr ; les autres se partagent les petits livrets, les petits vaudevilles et les levers de rideau. Les générations se succèdent ainsi sans espoir de progrès, parceque les direoteurs ^ tracent une marche et une série d'habitudes, qu'il se lèguent entre eux sans espoir de retour, puisqu'ils y trouvent leur fortune,

Ët comment voulez-vous que le théâtre moderne

progresse au milieu de.cette inertie et de ce pavti pris ? CîommeDt vonlésfi-TOUs du nouveau, du jeâtie, du vrai, quand vous conâez vos pîèœs à vos marchands de littérature patentés, qui vous servent depuis vingts! nq ans le même drame iiabiiiô de diverses fSiçons? £t surtout* comment voulez-vous que vos jeunesauteurs se forment et deviennent un jour les fermes appuis du répertoire chancelant?

Qui vous les présente ceux-là ? Est-ce à leur esprit, à leur talent qu'ils doivent d'abord leur entréto cïez vous ? Non pas. Vos auteurs ordhiaires, quels ils servent de gâcheur s, \o\is les amènent un ^eau jour» et vous leu^ donnez à brocher sur cetté reoommandation,un médiocrepetiileverderidieau. Au lieu d'encourager chez eux un talent naissant, des idées jeunes et viv^ces, l avenir, la jeunesse, la force et la vie, vous les forces à se traîner à la remorque des routiniers vos fournisseurs. Ils^ieiii pleins d'espérances, pleinsd'avenir ; vous en faites des impuissants avant Tàge.

£t qu'un jour, aujourd'hui peut-être, £rtigués des osuvres nteftaes de vos fàîseurs, vous vofus ' disiez sagement : Mais Dumas passe, Dennery s'use, Scribe est usé 1 Vous viendrez alors trouver ces sotts-tùseurs, aulettrejusqurè cejour ée vè6{ûè6eé^

l^fiffis, de .V0S remi^issages et <te vos levers de rideau ; vous Idir demaDderez une de ces œuvres

émouvantes et passioiinées,.bnllantes et sensées, comioe vojis voudriez pouvoir en jou^ quelquefois^ el vous Ae trouverez rien I

Cet esprit qu*Hs avalent, vous Tavez gaspillé et perdu ! cette force, vous l'avez tuée; cette jeunesse, vo|is l'avez, anéantie 1 et vous n'avez plus devant vi^us que de jeunes cafucs incapables d'u|ie idée qui ait le sens commun, et d'une pièce qui vaille qu^quepbose ! Vous leur avez apprisàçoufectiopner des Mémoiret de Mimi Bamboche ou dçs Revues de findlannée, et je vous demande un peu ce que vous vous voulez ({u'ils vous donnent de bon et d honnête aprè& la perpétration 4'une semblable littératu re 7. .

Mais, si au lieu de no recevoir chez vous que les ouvrages de messieurs vos auteurs, ou ceux de leurs amis qu'ils vousprésentent, vousintroduîsiez dans vos théâtres quelques noms nouveaux,, quelques œuvres d*încoiuius ; croyez-moi, vous aurit z pieut-ôtre moins de routine et plus de succès ! N'existe-t-il pas de par le iapnde une quantité de j^es Littérateurs obscurs et malheureux qui ont peut'ôtce éctit de^ cliefi-d g^uvrc l ,

Vous allez me dire que tout le monde croit avoir écrit un chef-d'œuvre, et que s'il vous lait lire tous les manuscrits qu'on vous présente, votre existence de dirccleur n'y suffirait pas. On a déjà vingt fois fait cette objection et cette réponse. Vous savez mieux que moi ce que cela vaut. Les faiseurs de pièce ne pulluîeiît pds % ce point que toutes ne so puissent lire. Instituez, vous directeur, une cpmmission composée d'artistes, de gens de lettres, de journalistes ; lisez une pièce par jour de celles qui vous seront apportées. Vous en aurez ainsi plus de trois cents par an. Faites un choix dans ce nombre, et certes vous en trouverez qui vaudront dix et vidgt foié les inepties, que vous jouez chaque soir!

Et combien de ces pauvres jeunes gens meurent de faim au milieu dô leurs illusions et de leurs manuscritsIGofnbien, croyanf trouver un accueil hospitalier, ont apporté chez les concierges des théâtres des livrets qu'on ne leur a jamais rendus ! Combien, tremblants et timides, sont venus chercher une i*é|)onse qu'on n'a pas faite; pleins d'un espoir peut-être injustement déçu !. ..

Les compterez-vous ces Gilbert, ces Chatterton du théâtre? Leur nombre -est immense et accroît

lous les jours. Et pourtant, ceux-là, ils ont puisé dans les ennuis, dans la misère^, dans les déceptions, celte force, deite expérience, cette vigueur néce^sa^re peur la conception des œuvres sérieusesl Ils ne sont pas comme vos jeunes auteurs nés dans du coton, élevés dans la plume 1 Ils n'ont pas grandi dans les boudoirs des iorettes, ni écrit leur première pièce sur les genoux d*une femme joyeuse, et avec la certitude d'être joués quand même!

La vie de ceux-là, n'a été qu'une joie, une folle,

une débauche! aussi savent-ils peindre à merveille le monde bizarre dans lequel ils ont vécu. Hais jparlez-leur de grandes et fortes idées, de littérature, d'esprit sérieux ; vous n'avez plus . personnel vos jeunes auteurs, sur l'avenir desquels vous comptez, sont tous, à peu d'exceptions prèSi des gandins blasés et incapables 1

Mais parmi les inconnus, pour un qui arrive, cent tombent dans le ruisseau 1

Et ceux que vous accueillez, comment parviennent-ils jusqu'à vous, directeur? Est-ce parce que vous avez lu ou apprécié leurs pièces ? parce que vous avez reconnu en eux un talejit sérieux ; pnrae que. vous lesavei reçus, que vous leur avez

parlé, qu'ils vous ont communiqué leurs pensées

et leurs espérances?

Oh ! que non pas, par exemple!..

Qui donc est assez naïf, assez simple encoi*e, pour penser qu'un directeur reçoit les auteurs inconnus, ou bien qu'il lit leurs manuscrits ?

Vous désirez voir un directeur de théâtre ?

Voici la petite comédie bien simple, mais bien vieille d^jà, que l'on va vous jouer à cette occasion.

Un auteur inesKpérimenté« jeune et novice, a &it une pièce. B court firapper à la porte d'un

théâtre.

— M. le directeur ? demande«t-iL

. Il est, je suppose, trois heures. Unhuissiér^ropre, médaillé, poli, et qui sait son rôle, est chargé des introductions et dos réceptions. 11 connaît tous les visages de ceax que peut recevoir son maître. Or, voici la consigne:

— Je n'y suis pas pour ceux qui no sont ni M. Dennery, ni M. Scribe, ni M. Dumas, ni les journalistes en renom, ni les banquiers, ni les grands artistes, etc... Recevoir très gracieusement les porteurs de manuscrits; prendre leur petit rouleau aveç une promesse mielleuse, mais en fut

de visite les renvoyer aux calendes grecques I — M. le directeur ne reçoit j^asà cette heure, répond Taimable suppôt de la directioiii il n*est visible qu*à midi.

L'auteur revient le leiidemain à l'heure indiquée ; on le prie de repasser le surlendemain à trois heures. Au bout de huH jours de courses inutiles, le pauvre laisse son manuscrit, que souvent il ne reverra jamais.

Puis un jour^ un auteur ami de la direction, et qui peut à loisir visiter les cartons du théàtfe, extraira ledit manuscrit, l'emportera, le lira, et . en tirera une pièce qui aura grand succès, et qui lut rapportera beaucoup de gloire, et beaucoup d*nrgent!

Ceux que vous avez joués, vous, directeurs, ont eu aide et protection. Une main unie ou puissante les a menés jusqu'à vouS; et vous avez pris et fat

représenter leurs pièces, non pour eux, mais par amitié ou par respect pour ceux qui vous les ont offerts ou imposés.

Régie générale, on n'arrive au théâtre que par la protection. Mais ayezdu talent comme Molière, nt soyez pauvre comme Job, vous êtes bien sûr de mourir de faim sur^votre fumier!

Et pourtant parmi ces pauvjres dédaignés et oubliés, combien souvent ont un talent véritable it sérieux!

Deux exemples bien opposés et bien récents doivent être d'un grandenseiguement pour les directeurs.

En 1855, je crois, M. Yictorien Savdou, l'auteur

très justement applaudi dô Monsieur Garât, des Pattes de Mouche et récemment des Femme fortm^ fit recevoir à i'Odéon une pièce en trois aiste» et en vers: la Taverne des Etudiants;. La cbute fut éclatante ; la pièce sifilée à outrance ne repaï ut jamais sur l'affiche, et on n'entendit plus parler de l'auteur.

Longtemps après cette aventure, M. Sardou se maria; il vit chez sa femme MlleDéjazet. L'illustre artiste, auisi bonne qu*elle est grande comédienne, et cen*e8t pas peu dire, accueillit le poète malheureux, l'encouragea; puis comme elle allait ouvrir le théâtre qui porte son nom,eUe dematMia une pièce à l'auteur oublié. Celte pièce 9 été un grand succès : les Premières armes de Figarol Depuis, M. Sardou est devenu un écrivain célèbre: on joue ses 'pièces au Gymnase ; on va les jouer aux Français, «t il peut prétanutoe œr-

tatotmentun jour aux honneurs aoadémuiaes.

Mais franchement, avec tout son talent, toute son habileté scéniquef toute sa gaîlé, tout sou esprit très ân et très distmgué, M. Sardou serait-ii arrivé sans. le secours de Mlle Déjazet? Nous ne le croyons pas. M. Sardou eût fait comme tant d'autres: les Pattes de Mouche resteraient sans doute encore oubliées dans les eiurtons du Gymnase, et le Yandeville n'eût jamais joué sa jolie coinédie les Femmes fortes \

L'autre exemple est triste; son dénouement est onehistoiinft d'hier. '

- li y a quehiues années, un jeune gentilhomme, M. Louis (l'Assas, écrivit une comédie en vers, lÀ Yéausck^MUo. L'Odéon, le plus hospitalier et' le -pli» favorable aux jeunes gens, d*entre tous les

- théâtres de Paris, accueillit le jeune homme el l'ouvrage. Là, commencèrent ses tribulations. L'ou^ vrage fut répété, ^u, presque joué, puis rejeté à tfne autre saison t "

L'apnée suivante, la pièce fut disLribuce d'une manièro heauGoup moins heureuse pour l'auteur, qu'on fit attendre des mois entiers. On avait des engagements avec iM. Lafen ière, Mlle Thuillier, M. Ponsasd, M. ilouilhet; il fallait bien donner le pas à tous ces gens-làl

auteur vit jouer sa pièce; elle eut un honorable succès; elle renfermait de très beaux vers, de très généreuses idées, et promettait beaucoup pour PayenirdeM. d*Assas.

Mais.quelques jours après la première représentation,l'acteur principal, M. Guichard, tombe malade; et voilà la pièce reléguée dans l'oubli . On ne fait pas doubler le rôle ; mieux que cela, l'artibte se rétablit et la pièce n'est plus en question. Alors papier timbré, assignation, huissiers et menaces; M. d'Assas use sa santé et sa bourse, et meurt tout-à-coup d'épuisement et d'ennui au moment même où le succès de la YéMU de Milo semblait assuré.

Aujourd'hui la pièce reste au répertoire, et compte parmi l'une des meilleures qu ail jouées rOdéon.

Ah! si les directeurs et les libraires entendaient sensément et logiquement leurs afiaires, laisseraient-ils mourir ainsi les auteurs d'avenir, ou deviner par les autres ceux qui peuvent être les appuis et les gloires de la littératOre et du théâtre?

LA TOnSTO DES ACTfttCBS.

Ce «Ju'elle esl. Ce qu'elle D'est pas. — Ce qu-elle devrait être. — Les féeries et les rmes fin d'année.

le signale encore^ et en terminant, une réforme intérieure que je voudrais voir faire par MM. las directeurs lie théâtres. Je^veux parler de la toilette . de leurs actrices, qui otEanse génécalem^nt et à

la fois, la décence, la logique et le bon goût. La

toilette d'une actrice fait partie de la mise en scène

d'une pièce, et il est aussi ridicule de l'exagérer et de la dénaturer, que de changer arbitrairement l'aspect de la décoration exigée par Touvrage qu'on représente.

Je remarquais dernièrement les singulières toilettes portées par Mme Suzanne Lagier dans la Fa- ' mûk. de Puyméné^ pièce de M. Poussier déjà morte aujourd'hui, et que le théâtre du Gymnase nous avait servie sans doute pour nous punir d'avoir trop applaudi aux Faites de mouchée^ ou trop ri au Voyage de Jf . Perriçhon,

Au second acte de ladite pièce, Mme Lagier apparaît dans une robe de chambre blanche et bleue, aussi splendide qu'elle est de mauvais goût.

Au quatritoie acte, la même Mme Lagier réapparaît dans une toilette grise,d'aussi mauvais goût qu'elle est splendide.

On m'a dit à cela que Mme Lagier jouant dans le drame de M. Poussier le rôle d'une lorette, devait en avoir la mise et la tenue. Je ne suis pas du ^ut de cet avis, et je trouve que la couleur iocalCi respectée à ce point, devient' tout ce que vous voudrez ({ui n^est ni digne ni i^nveni^le.

Généralement le public juge beaucoup la vertu

des actrices sur la robe qu'îles portent, et le4>u-

blic a grandement raison.

J'aborde ici un sirjet scabreux, mais qui m'est iospifé par la toilette de pas mal de nos actrices» même les plus estimées ; on ne m'en voudra pas

de cette sorle d'étude dans laquelle j'éviterai avec

soin les personnalités et même les simples allusions.

Je disais donc qu'il est très facile de juger une actrice sur la toilette qu'elle porte. Je sais d'avance que Mlle X..., du théâtre de...^ gagne 2,000 firançsparan, et je la vois, dans une pièce nouvelle, afficher pour 10,000 fr. de dentelles et\le diamants. Comment voulez-vous que j'aille supposer autre chose que cette naturelle et simple vérité : Mlle X. .. a un amant I

Les gens de théâtre, les actrices surtout, se plaignent beaucoup de l'espèce de pariatisim dans lequel on les relègue. Il en est qu'on ne reçoit pas, et qu'on ne va pas voir. Qui diable voudrait s'exposer à recevoir une dame, qui ne vit qu'au milieu d'un tas de gens oisifs et saus aveu, dans la société desquels elle perd le. peu de distinction et d*éducation qu'elle a pu avoir? Qui voudrait rendre visite à une actrice qu'on a vue à peu près nue

la veille dans une revue, ou vêtue d'une façon ridicule dans tel drame ou dans telle comédie ? Une femme que tout le moiide montre au doigt, de laquelle tout le monde parle, et que tout le monde peut avoir et posséder moyennant plus ou moins de pièces de cent sous 1

Donc Mlle X.. • a un amant C'est sa robe de velours et son collier de pierres précieuses qui me le font plus que supposer.

En revanche, je sais bien que Mile .... du Gymnase, qui est aussi simple dans sa mise qu^elie est distinguée et jolie, n'à pas et ne peut pas avoir d'amant.

Je sds encore qae Mlle ... , de la Comédie- Française, qui mène l'existence la plus retirée au

milieu de sa famille et de ses amis , et porte au théâtre les toilettes que les jeunes personnes les plus honnêtes portent partout ; je saiii dis-je^ que Mlle ... n'a pas d'amant I

Mais comment voulez- vous que j'aille penser que Mlle ...y de la Porte-Saint-Martin, qui porte des toilettes extravagantes et tapageuses.... ?

— Diable! chroniqueur mon ami, gardez votre langue et retenez votre plume. La médisance est une grave chose qui conduit tout droit en police

j[u>r|«ctionQeUe, cei .fourcbes caudinesd6siûiuiOA>r listesi Laissez ces dames promener tours roi^e^eC leur honte au grand jour, et continuez 4>rademment à ne les apprécier que quand elles jouent I Ce sont de bonnes personnes que Mesdames les actrices ; mais il ne €aut pas trop leur dire les grosses vérités qu'elles méritent, afin dé ne les pas désabuser sur les vertus qu'elles s'improvisent!,.. Cela est d'un bon conseil, le n'en persisté pas moins dans mon dire : La vertu des actrices se mesure beaucoup sur la longueur des robes qu'elles portent. Si au lieu d'étaler sur la scène des tenues • ridicules et impossibles, des couleurs de robea inouïes, des felbalas et des étoffes qui ne finissent pas, et qui couvrent le théâtre dans toute sa largeur; si au lieu d'imiter dans leur toilelia ces femmes qui nous marchandent nos plaisirs sur le trottoir, les actrices copiaient les grandes dames qui viennent les voir jouer, nous n'aurions pas à constater le progrès que fait chaque jour œlte mrsérable mode. Une actrice a*l-e]Ie à jouer le rMe d'une grande dame ? elle ne manquera pas de s habiller comme une liile de lu rue ; elle exposera des robes à carreaux, à couleurs vo|rantes, à dessins ridicules, et d'une longueur de la BaaCHtoi fo

Madeleine ! Elles n'ont pas plus l'air là dedans de véritables grandes dames, que moi je n'ai l'air du ptpe ou dtt roi François il 1., .

liaw eù moins celles-là s*habiUent ; ce n*est ni convenable ni joli à voir, c'est seulement ridicule. £n revanche, il est certains théâtres où les choses se passent tout-autrement.

Dans oeux-là, on ne joue ni comédies spirituelles, ni drames ennuyeux, ni vaudevilles amu- . sants ; on y exploite un seul genre, la féerie et la revœ de fin d'année, qui est une variété de la féerie. Ne les sorlez pas de là, c'est avec cela seulement qu'on fait de l'argent chez eux.

Ce-genre bâtard se commande à certains fournisseurs spéciaux incapables d'écrire sur un sujet sérieux, mais fort habiles dans l'art de souder de mauvais jeux de noots à une pièce absurde. Ils se aeHoa t quatre ou six pour faire la revue d*une année; ils découpentf rognent les nouvelles et lés chroniques; attachent tant bien que mal une plaisanterie à un fait ennuyeux, répètent des choses rebattues, vieillies, usées, mais que le maillot rose et court de lÎBurs- a:u*ices fait avaler au public comme de l'argent comptant. Le théâtre fait cent repréientations,(iues implementà l'exhibition de

çes dames et aux oaleqAbredaiiies qu'ellea bitent I

Allez donc leur proposer une pièce sérieuse, à ces directeurs*là I..* Ah! vou$ serez bien reçus !••• Les tribulations que vous avez souffertes auprès des grandes directions se renouvellent ici duls des proportions héroïques (1) !

Que leur parlez-vous.de pièces sérieuses, quand les jambes nues de leurs actrices, et les sottises de leurs revues leur rapportent dix fois plus que la prose de Beaumarchais, les vers de Bouiihet ou les satires d'Augier ?. .

(i) Les mécomptes qu'éprouvenl ceux qui sougeut à> débuter dans la carrière dramatique, out été racontés avec une grande finesse d'observation dans le Jfontce^. du VaudemUisie. Hais l'auteur qui s'adresse surtout aux jeunes frens, leur aiiprend la manière de faire une pièce de théâtre, de la faire recevoir t jouer , réussir et prôiii r pn r Us jou maux. '

Certes, M. II. Uesbordes, l'éditeur cU'annotateup de ce petit livre» peut être un homme bien habile; seulement je demande à voir ceux qui ont réussi en employant son procédé, s'il n'ont eu que cela pour • réussir.

Bans ces tiiéâtres, on engage des aètricesyiion pas

pour leur talent, mais pour leur beauté ; non pas pour leur esprit, mais pour leurs mollets. On leur foit passer une sorte de révision ; et on ne dioisit qae celles dont les cbames semblent devoir subir avec succès, IVxamen des lorgnettes. Ces actrices là, on ne les paie pas ; bien plus, il en est qui paient la direction d'an théâtre pour avoir le droit de monter sur ses planches.

Elles ne savent ni se tenir, ni marcher, ni parler, ni chanter; mais elles soDtjolies«£lles arrivent en scène en maillot, les épaules nues» les seins à • peu près au vent, le visage fordé, les yeux allongés , les lèvres rougies, les mollets arrondis; elles se posent dans la tenue la plus sale, la plus dégoutante> une tenue qui semble appeler les lorgnettes les plus discrètes. Ce ne sont plus des actrices: elles se font marchandise, et se mettent en montre sur un théâtre avec le regard le plus provoquant et le plus lascif. Elles vous appellent, vous montrent, vous agacent, vous attirent ; et si dans la soirée elles ont trouvé un soupeur ou un amant, elles varieront à son endroit le mot connu de Titus.

Leur grand art n est pas de faire valoir la pièce

d'un auteur, mais bien de se feirè valoir ellesmêmes; leur théâtre n'est plus un théâtre; il devient un véritable marché, un caravansérail, un^ vente publique el autorisée de chair humaine à prix variable.

Mais si elles n'ont pas de talent, elles savent à merveille égayer line folle orgie, non par leur esprit, mais par leur langage osé et brutal, leurs saillies ordurières, leurs chansons de carrefour ! Ce ne sont plus des femmes, ce sont de véritables goujats déguisés -en aetricesi et dont la vie misérabio est une perpétuelle et lubrîqi» mascarade !

Elles attirent à leur suite une troupe de jeunes, gens sans mœurs et sans familles; de vidllaM

éhontés et dont les passions décrépites ont besoin d'excitants singuliers! La salle où elles jouent est remplie par tout ce monde bizarre de femmes à moitié publiques, de gandins blasés et de pères de famille en retraite que Ki satiété a chassés de leur ménage. Si parfois les honnêtes gens mettent les pieds dans ces bazars, que je ne veux pas autrement qualifier, Texposition qui suit le lever du rideau les fait fuir aussitôt.

Oui vraiment, voici l'art dans quelques-uns de

nos théâtres I Des femmes nues, et des calembredaines ij^nobles débitées à tout propos. Grandes, médiocres, petites actrices, toutes se remuent dans cette décadence générale. L'âbus de Tabsurde dans la toilette les a conduites à ce degré; un pas de plus elles suivront dans labime ces impures des petits théâtres dont nous venons de parler. Elles n'ont pour se défendre contre cette chûte presque inévitable, qu'à regarder autour délies comment se mettent les honnêtes femmes, et à se détourner prudemment quand passeront* à leurs cOtés ces fittes perdues qui sillonnenC nos boulevards 1 La mise des premières, si elles la suivent, empêchera qu'on ne les. confonde ti^p souvent avec les seoondtt.

CONGUJSION.

Concluons.

Le théàtve et la littémture sont en de m^mmms meîns, perce qae la fièm d'argent et de céféMté

a tout envahi. Si l'on est inconnu, on n'a pas le courage d'écrire une œuvre forte^ parce qu'on sait d'avance qu'elle ne ser^ m ini^niée ni jouée nulle part. Et quand au contraire on tient à sa dis* position un libraire ou un théâtre, on broche par calcul une pièce ou un livre. On entasse voluaMs sur volumes, pièces sur pièces, on écrit en «ae année dix comédies jBtvîiii^t vaudevilles, et Ton se

préoccupe beaucoup plus de Target que de l'hona neur que cela peut rapporter.

Ce siècle est ainsi fait , et la cupidité le gouverne jusque dans les choses de l'esprit; le théâtre est pour nos auteurs une sorte de bourse où se cote le succès. L'exemple leur est donné de toutes parts, d'ailleurs; nos directeurs de spectacle prêchent eux-mêmes l'amour de l'or et l'abandon du beau, en acceptant chaque jour les pièces qu'on fait défiler devant nous.

Oui, certes, l'esprit est mort parmi nous. Les jeunes s*en vont, les enfants se font vieillards, le beau se meurt, le sublime est mort 1 La littérature moderne se représente par des groupes de billets de banque, et des piles de louis d'or ! On estime nos livres et nos.pièces, non par ce qu'ils valent, mais par ce qu'ils rapportent. N^avez-vous paa^tondtt cent fois faire cette question :

— Que vaut telle pièce?

Suivie de cette réponse :

Elle fait de Targent.

• Avec cela on a tout dit* l'argent est la vertu et la morale de ce siècle 1 Bien sot qui voudrait le j^afaire I • • •

OMBCnOO» ET BÉFUTAXIipNS.

Certes, nous n'avons pas la prétention d'avoir découvert et imprimé ici quelque chose de bien nouveau. En nous élevaut contre des abus que tout le monde connaît, nous avons simplement cherché à réunir en quelques pages, les griefs qu'on a tant de fois indiqués dans les articles de journaux, ou daub les brochuiei hebdomadaires

Nous prévoyons beaucoup d'objections que nous réfotons par amioe.

— Encore un, va-t-on dire, qui jette sa petite pierre dans le jardin, déjà si pavé, de cette pauvre Rigolboche!

— Encore on, qui éprouve le besoin de prendre la défense de la vertu opprimée, contre le vice triom pliant 1

^ Encore un» enfin, éapt les directeurs et tes libraires ont refusé les manuscrits, et qui écrit un plaidoyer en faveur des petits parias et des petits oubliés I

Mon Dieu, nous avons parié do Mlle Rigolboche, parce que son nom est lie plus saiMsnt et le plus connu dans ce monde interlope qui inspire aujourd'hui nos livres et nos pièces.

Nous n'avons aucuti droit, ni surtout aucune prétention.au prix Monthyon. Nous sommes vertueux à nos heures, et nous ne prêchons pas la morale; mais nous voudrions voir dans la généiation actuelle un peu moins d'attachement pour certeines idoles passagères, et un peu plus de respect pour tes grandes choses.

Enfin, les directeurs ou les libraires n ont pas eu la peine de refuser nos livres ou nos pièces,

par la bosne raison que nous ne leur en avons

jamais présenté.

Nous sommes de notre siècle, seulement nous fiiisons partie de ceux qui ahnent peu les loraltes, pas éa tout les gandins, et qui pensent qae le théâtre et la littérature peuvent bien vivre sans s'Occuper exclusivement de ces deux perlions nmisalnes de notre société.

LBS

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