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\TÉ OTIONS sur le mont Carmel.
— Le voyageur qui parcourt * la Zerre-Sainte, ne manque ) pas d'arrêter ses regards sur J une longue chaîne de montages EN qui couvre un espace d'environ six lieues. Au pied de ces cimes verdoyantes, coule le torrent de Cisson. Non loin d'elles, on voit, du côté de l'Orient, les monts de Nazareth, d'Hermon et du Thabor. Du côté de l'Occident, la mer vient baigner la base de ces sommets célèbres qui se terminent par un promon-
toire pittoresque et majestueux, planant en souverain sur cette immense étendue d’eau.
Une couche de terretrès riche recouvre les flancs de ces montagnes bénies. Leur fertilité était autrefois proverbiale dans les pays d’alentour. Aujourd’hui, ces sites enchanteurs sont presque tous boisés. Les arbres qui les ornent sont beaux et variés.
Le chêne vert, le laurier et une foule de plantes odoriférantes y croissent en abondance. Les animaux sauvages qui fréquentaient autrefois ces forêts, étaient surtout : le chacal, le sanglier, l’hyène, la panthère, etc., etc.
Dans cette chaîne de montagnes se trouve un mont plus élevé, plus beau, plus célèbre que les autres. Ce point culminant, ce promontoire qui s’avance dans la Méditerranée, c’est le ont Carmel qui rappelle au chrétien tant de prodiges et de si pieux souvenirs.
Les antiques traditions du Carmel nous rapportent que c’est sur le penchant de cette montagne, dans une grotte creusée dans le roc, que, vers la fin de son séjour ici-bas, le prophète Elie fixa sa demeure habituelle (1). Cette excavation est située
(r) Le Saint Scapulaire par l'Abbé Dumax, p. 18.
au bas de la montagne principale. Elle a quinze pieds de long sur douze de large ; elle servait à la fois au saint prophète de retraite et d'oratoire. À cette grotte, fort honorée aujourd'hui, est adossée une chapelle que l'on regarde comme la plus ancienne de toutes celles qui ont été élevées en l'honneur de la très sainte Vierge. Elle porte le nom de Notre-Dame du Mont-Carmel (1). On dit que du temps même des apôtres les ermites du Mont- Carmel transformèrent en chapelle, un oratoire déjà élevé, même avant le christianisme, en l'honneur de la Vierge qui devait enfanter. Ce fait nous porte à croire que les enfants du prophète Élie furent les premiers à honorer la Mère de Dieu d’un culte public, en lui élevant un temple sur le mont Carmel, à l'endroit même où l'homme de Dieu avait vu s’élever la nuée miraculeuse (2).
Ceci explique déjà la prédilection que la Vierge Marie eut toujours pour les religieux du Carmel, prédilection qu'elle manifesta, d'une manière extraordinaire, en revêtant ses enfants du Carmel d’un habit céleste,
(1) Brocard, Instructions sur le scapulaire, p. 2, (2) Lievin, Guide de la Terre-Sainte, Tome III, p. 206.
qui les préserve des feux éternels. Mais, avant de parler de ce vêtement sacré, connu sous le nom de Srapulaire de Notre- Dame du Mont-Carmel, il est bon de donner quelques notions sur l'origine de cet Ordre vénérable, et de faire connaître les relations très intimes qui ont toujours existé entre la Mère de Dieu et les enfants du prophète Elie.
Notions sur l’origine de l’Ordre du Carmel.—A quelques pas au-dessus de la chapelle dont nous avons parlé, se trouve la grotte d'Elisée, disciple d'Elie. Elle est taillée dans le roc; tout près, se voit une citerne; et à côté, se trouve une caverne longue de vingt pieds, large de dix-huit, et haute de douze; elle est appelée la grotte des fils des prophètes. C'est là, dit-on, qu'Elie recevait les disciples des prophètes et les principaux du peuple qui venaient se livrer, sous sa direction, à la contemplation et à l'étude de l'Ecriture Sainte. À peu près à un mille du promontoire du Carmel, et dans la partie occidentale, existe encore la fontaine dite dx prophète Elie. Elle sort de la montagne, coule dans la vallée par deux canaux. Ses eaux
cristallines et douces jaillissent de la grosseur d'un bras, et sont reçues, à six pieds de là, dans un bassin taillé dans le roc d’où elles arrosent, en la parcourant, la plus grande partie de la vallée (1).
D'anciennes traditions affirment que c'est dans la grotte des disciples des prophètes que l'Ordre du Carmel prit naissance. On rapporte que, sous la direction d'Elie, il se forma peu à peu dans cette retraite, une association d'hommes voués à la prière, à l'étude et à la pénitence, et que ce fut là le commencement de cet ordre antique dont le nom vient de la montagne qui lui servi de berceau.
‘“ En effet, une tradition très ancienne et fort respectable, tradition reconnue par les Souverains Pontifes, nous montre, soit sur le Carmel, soit dans les lieux voisins, une succession non interrompue de solitaires, disciples des saints prophètes Elie et Elisée.”
“ Saint Jérôme déclare dans une épître à saint Paulin, que si l’on veut chercher la source de l’état monastique dans l’Ecriture Sainte, on verra qu'Elie en est le conducteur et le chef. Saint Jean-Chrysostome
(1) Brocard, Instructions sur le Scapulaire, p, 3.
appelle Elie le chef et l'instituteur de la vie monastique. Cassien et l'abbé Rupert disent la même chose. Le cardinal Saint- Pierre-Damien, affirme qu’Elie a institué la vie érémitique dans l'Ancien Testament.
“ Dans l'Ecclésiastique, l'Esprit-Saint nous apprend que saint Elie eut des prophètes pour successeurs (1). Saint Jérôme enseigne, dans sa lettre à Rustique, que ces prophètes étaient des moines, et qu'ils vivaient de farine d'orge et d’herbes des champs (2). D’après Joseph d’Antioche, qui écrivait en l’année 130 de Notre-Seigneur, les pieux anachorètes du Carmel descendaient (souvent à cette époque) de leur montagne pour aller propager la foi de Jésus-Christ dans la Samarie et la Galilée (3).
Jean, patriarche de Jérusalem, qui vivait au IV siècle, dit que, depuis le prophète Elie jusqu’à son temps, le Carmel avait été habité par des moines, et que ceux qui l'avaient quitté pour aller s'établir ailleurs, demeuraient les enfants d'Elie. Cette montagne ne fut pas stérile; presque chaque
(1) Ecclésiastique, ch. XLVIII, vol. 8.
(2) Brocard, Inst sur le Scap., p. 3.
(3) Liévin, Guide de la Terre-Sainte, tom. III, p. 200.
que
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siècle produisit son fruit de sainteté. Au premier siècle,on voit saint Narcisse, mort évêque de Jérusalem; au troisième siècle nous y voyons saint Spiridion, plus tard évêque de Tremythonte. Le IVme siècle fournit saint Euthyme; le VIme saint Cyriaque et saint Jacques (1).
Dès le huitième siècle, les Cénobites du Carmel ne trouvant plus la Samarie et la Galilée assez vastes pour leur zèle, allèrent prêcher la foi de Jésus-Christ jusqu’à Florence (2).
Saint Louis visita le mont Carmel vers l'an 1252. En 1291,les Sarrasins massacrèrent les religieux du mont Carmel pendant qu'ils chantaient le Salve Regina, et incendièrent ensuite le couvent. À partir de ce moment le Carmel devint inhabitable aux religieux:
il fut abandonné pendant trois siècles et demi par les enfants de saint Elie. Ce ne fut qu'en 1631 que le KR. P. Prosper du Saint-Esprit, espagnol de nation, aidé par le R. P. Hilaire du couvent des Pères de la Terre-Sainte à Nazareth, et par le consul de France à Alep, obtint la permission
(r) Liévin. tom. III, p. 200.
(2) Brocard, Inst, sur le Scap. de N.-D. du M.-C., p. 5, d’après Liévin.
d'établir une résidence sur la sainte montagne. Deux ans après, Urbain VIII, par sa bulle “ Circumspecta” mit la congrégation italienne des Carmes-Déchaussés en possession du Mont-Carmel (1).
On le voit, cette céleste semence, déposée dans la grotte d’Elie germa, se développa merveilleusement et produisit des fruits admirables de pénitence, de vertu héroïque et de sainteté. Le Seigneur semble avoir choisi le Carmel pour y cultiver lui-même la vertu dans les âmes, en même temps qu'y faire croître des plantes dont les délicieux parfums embaument cette solitude bénie.
A la beauté naturelle de ce lieu vénéré, vient s’en ajouter une autre, infiniment plus grande, celle des âmes qui s’y sanctifièrent. Aussi le Carmel, déjà renommé par sa richesse et la magnificence de son site, devint plus célèbre encore par la sainteté de ses ermites. Les rois, les prophètes (2), les pauvres veuves (3) et les malades le visitèrent tour à tour.
(1) Liévin, Guide de la Terre-Sainte, tome III, p. 201. (2) III Rois, XVIII, v. 26.
(3) IV Rois, IV, v. 1.
Tous les peuples l'ont à l'envi entouré de respect et de vénération. Ce ne fut pas en vain, car le Seigneur parut, pendant longtemps, avoir choisi cette solitude bénie pour répandre ses grâces avec plus d’abondance. Il manifesta même souvent en ce lieu sa puissance et sa colère. En effet, le mont Carmel fut maintes fois le théâtre de faits miraculeux qui jetèrent les peuples dans la stupeur et l'admiration. C'est là que la Sunamite vint solliciter d’'Elisée la résurrection de son fils (1). C’est encore là qu'Elie fit descendre du ciel un feu qui confondit les prêtres de Baal, et que ces suppôts de l'enfer reçurent le juste châtiment de leur impiété. C’est sur cette même montagne que le saint prophète Elie obtint, par sa prière, la cessation d’une sécheresse affreuse qui désolait le royaume d'Israël depuis trois ans et demi,
Mais parmi ces prodiges, il est un fait si extraordinaire, qu'il a attiré l'attention des plus savants commentateurs de l’Ecriture- Sainte. L'Eglise le rapporte dans les leçons du bréviaire romain en la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel le 16 juillet.
(1) IV Rois XV v. 26.
La Vierge Marie figurée au Pro.
phète Elie — Voici cet évènement, tel que le racontent les livres saints. Après la terrible sécheresse de trois ans et demi, mentionnée ci-dessus, le prophète Elie annonça une pluie bienfaisante. Etant au sommet du Carmel, où il se prosterna jusqu'à terre, il se mit en prière, et dit à son serviteur: “ Allez et repardez du côté de la
mer" Le serviteur étant allé regarder, revint dire à son maître: Il n'y a rien.
Elie lui dit encore: Relcurnez-y par sept fois. Et la septième fois le messager vit s'élever de la mer un petit nuage, comme une trace de pred d'homme... Et tout le ciel fut soudain oûscurci, il y eut des nuées et du vent, et il tomba une pluie abondante. Et en méme temps, la main du Seigneur fut sur Elie (1).
Cette légère nuée, qui parut s'élever de la mer à la prière d’'Elie, recélait quelque chose de mystérieux. C’est à la prière d’'Elie qu'elle s'élève de la mer; et, selun toute apparence, en dehors des lois naturelles. Sa forme, semblable à celle d'un pied d'homme; cette pluie bienfaisante, qui fait cesser une séche-
(x) III Rois, ch. XVIII, v. 42.
DE N.-D. DU MONT-CARMEL Il
resse de trois ans et demi; la main du Seigneur qui fut en même temps sur Elie :
tout ceci figure quelque mystère dans l'ordre surnaturel. Aussi, en suivant le sens accommodatice de la Sainte-Ecriture, il est permis de voir, dans la formation même de cette nuée, le symbole de la Vierge Marie conçue sans péché, et dans la nuée, ayant la forme d’un pied d'homme, l'image de la même Vierge qui devait enfanter en dehors des lois naturelles , concevoir et faire pleuvoir le Juste qui inonderait la terre de ses bénédictions célestes.
Il est même raisonnable de penser, selon une pieuse croyance, qu'Elie et ses disciples, éclairés intérieurement sur cette figure de Marie, commencèrent dès cette époque, à soupirer après la Vierge qui devait enfantèr le Sauveur. Ceci explique pourquoi la très sainte Vierge, selon une vénérable tradition, conversa pendant sa vie, si souvent et si intimement sur le Mont-Carmel, avec les descendants spirituels du saint Prophète.
Sainte intimité entre la Vierge Marie et les enfants du Carmel. — Les faits suivants, cités par le frère Liévin dans son Guide de la Terre-Sainte, semblent
ajouter une plus grande vraisemblance à ces relations intimes entre la mère de Dieu et les ermites du Carmel.
‘“ D'après la tradition, ajoute le frère franciscain, on dit même que la Sainte- Famille, à son retour d'Egypte, passa quelque temps dans la grotte vénérable du prophète Elie.
Aujourd'hui encore, les pèlerins peuvent y voir à gauche, en entrant, une excavation qui forme la petite pièce où la sainte Vierge logea (1).”
Quoi qu'il en soit, il est certain que l'Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel est consacré à la très sainte Vierge; et que, depuis l’ère chrétienne, ces religieux ont eu de tout temps, une dévotion marquée envers la mère de Dieu. On dit même que, grâce à une protection tout à fait exceptionnelle de l’auguste Marie, les ermites du Carmel, surnaturellement éclairés sur la venue du messie, adhérèrent pleinement à l’enseignement du précurseur saint Jean-Baptiste,
Tout porte même à croire que cette vénérable institution du Carmel passa intacte de la loi mosaïque à la religion chrétienne.
(1) Liévin, Guide de la Terre-Sainte, page 200.
L'Eglise, en accordant aux religieux de cet ordre la permission de célébrer chaque année la fête du prophète Elie, comme leur fondateur, semble admettre une génération non interrompue d'enfants spirituels depuis Elie jusqu’à nous.
Mais afin d'avoir sur ce sujet des renseignements plus complets, écoutons ce que raconte la légende du Bréviaire Romain des
Carmes en la fête de Notre-Dame du Mont- Carmel. k
Elle relate des choses vraiment admirables.
Nous copions textuellement cette légende : — C'était au saint jour de la Pentecôte ; les apôtres, divinement inspipirés, parlaient toutes sortes de langues, et par l'invocation du nom très auguste de Jésus, faisaient beaucoup de miracles. On rapporte qu'un grand nombre d'hommes, fidèles imitateurs des saints prophètes Elie et Elisée, s'étaient rendus à l'appel de Jean- Baptiste, et que ces disciples du Précurseur, après avoir examiné et reconnu la vérité de l'Evangile sur l'avènement du Christ, avaient aussitôt embrassé la foi chrétienne.
Epris d’une piété toute particulière envers Marie, avec laquelle ils avaient pu fréquem-
ment s'entretenir dans une sainte familiarité, ils lui rendirent dès lors un culte spécial; et les premiers de tous, sur cette sainte montagne du Carmel, à l'endroit même où le prophète Elie avait vu autrefois poindre la nuée, image de la Vierge, ils élevèrent un sanctuaire à la Mère de Dieu. Ils se réunissaient plusieurs fois chaque jour dans ce nouveau sanctuaire, et honoraient par des rites pieux, par des hymnes et des prières, la hienheureuse Vierge Marie, comme la protectrice assurée de leur Ordre. Aussi les appela-t-on partout, dès lors: Ærères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel. Les Souverains Pontifes confirmèrent ce titre, et, de plus, ils accordèrent des indulgences particulières à ceux qui favoriseraient l'Ordre ou ses Frères (1).
(1) Bréviaire des Carmes, 16 juillet, fête de N.-D. du Mont-Carmel,