CHAPITRE VII
La promesse attachée au scapulaire du Carmel comparée à quelques propositions affirmatives de la Sainte-Ecriture. — Association de la très sainte Vierge à l’œuvre de la Rédemption, son intervention dans la distribution de toutes les grâces — Textes des saints Pères concernant la puissance de Marie — Arguments d'autorité relatifs à la promesse faite au scapulaire.
ie E chapitre nous introduit dans le cœur même de la question du scapt'aire. En effet, de (A tous les priv:'iges attachés au
scapulaire de Notre-Dame du Mont- ( Carmel, le plus grand est, sans contredit, cette promesse admirable de la Mère de Dieu: ‘“ Quiconque, meurt revêtu de ce scapulaire, n'ira pas en enfer,”
promesse que nous nous sommes plu à répéter bien des fois dans le cours de cet ouvrage; promesse à jamais célèbre qui suffit à elle seule, pour constituer le mérite et la valeur unique et incommunicable de cet habit béni. Or cette promesse inouïe, comme tout ce qui contribue efficacement au salut des hommes, excita la haine de l'enfer. Satan entrevit quelle multitude d’âmes le saint scapulaire aliait lui arracher. Il en frémit de rage. Il jura de se venger du coup terrible que la Vierge Immaculée venait encore de lui porter. Dans sa fureur il déclara une guerre à mort à cet habit sacré, et s'attaqua surtout à l'insigne privilège dont il est revêtu. Aussi, l'on vit bientôt surgir de toutes parts, même du sein de l'Eglise, une foule d’objections spécieuses contre la promesse remarauable attachée au scapulaire du Carmel. Ürueiques-un en nièrent l'existence ; d’autres y virent une contradiction directe avec l’enseignement divin; elle fut si combattue, si mal interprétée, et même si dénaturée, qu'il nous a semblé à propos d’en donner ici une explication raisonnée (1).
(1) Les considérations qui vont suivre ne ‘nt qu’une analyse, et la Gr du travail, vraiment s4vast, d'un Père Carme d'Avignon, sur cette promesse de i: Reine du
Textes de la Sainte-Ecriture.-Nous ouvrons notre dissertation par les textes tirés des livres sacrés. Dansla Sainte-Ecriture, Dieu promet parfois le salut éternel à certaines pratiques isolées ou particulières, comme à l’aumône, à la sainte communion, etc. Bien que ces actes de vertus aident puissamment à obtenir le ciel, cependant ils ne suffisent pas à eux seuls pour sauver l’homme, s’il n'emploie, en même temps, les autres moyens nécessaires au salut. Pourtant, la promesse est absolue et sans restriction. Ainsi, il est dit au livre de Tobie : “ Z'aumône délivre de tout péché et de la mort éternelle (1).” Et dans
ciel. Parfois nous avons ajouté quelques réflexions, d’autres fois nous avons cité textuellement, nous avons aussi transposé, selon que l’ordre et la nature de notre sujet l’exigeaient, Cet écrit magistral a été pour nous une mine, d’où nous avons tiré le fondset la substance de nos meilleurs arguments,
Nous avions besoin d’un guide aussi éclairé et aussi sûr, pour nous engager sans crainte dans le sentier de la vérité et de l'interprétation raisonnable de la célèbre promesse attachée au scapulaire du Mont-Carmel.
Guatdits promesses analogues à celle de Marie, puisées dans les saints livres seront le flambeau qui guidera nos pas, C'est à cette clarté céleste que nous examinerons la promesse de Marie et la comparerons aux précédentes, Il en résultera, nous l’espérons du moins, une nouvelle lumière, une preuve évidente que cette manière de parler n'est pas nouvelle ; et que la très sainte Vierge, en cette circonstance, n’a fait qu'appliquer au scapulaire une promesse que l’Esprit-Saint et Notre-Seigneur avaient déjà attachée à certains actes
de vertu ou de religion tels que la foi, l’aumône, et la sainte communion.
(1) Tobie, IV, v. 2
112 e LE SCAPUL:IRE
saint Luc: “Donnez l'aumône, et toutes choses seront pures pour vous, et Dieu vous remettra vos péchés (1). Ces manières de parler supposent l’homme dans la condition ordinaire de la vie spirituelle. Or, la condition naturelle de l’homme en rapportavec Dieu, est l’état de grâce et l’accomplissement de la loi divine. Ainsi pratiqués, ces actes de vertus fortifient l'âme, l’unissent davantage à Dieu, et dans l'ordre ordinaire des choses, assurent le salut de celui qui les opère. C'est dans ce sens, qu'il faut entendre ces promesses de l’'Esprit-Saint.
Car, chaque fois qu’une vérité générale est ainsi énoncée, elle doit toujous s'appliquer à son objet considéré dans son état naturel.
Par exemple, quoique le pain et le vin puissent, dans certains cas, causer une maladie, il n'en est pas moins vrai, que d'ordinaire, ces deux aliments fortifient l'homme et constituent, à peu près, sa meilleure nourriture, et l’on peut dire avec vérité que le pain est la vie de l'homme.
Fréquemment aussi, la Sainte-Ecriture attribue, à certains moyens, la force de justifier une âme, ou même de Ia rendre bienheureuse; mais cette âme ne: doit pas y (1) Saint Luc XI, v. 41.
mettre d'obstacle, et de plus elle doit accompagner ces moyens des conditions requises, telles que la foi, l’état de grâce, etc.
C'est ainsi que nous lisons dans l’Evangile: Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé (1). Ou encore ces autres paroles de Notre-Seigneur : “ Celui qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle (2). Evidemment, ces paroles ne s'entendent que de la communion faite en état de g“âce ; attendu que, dans l’ordre établi de Dieu, la communion doit être la nourriture de l’âme vivante par la grâce sanctifiante, car, dit l'apôtre: Celui qui mange et boit indignement le corps et le sang de Notre-Seigneur, mange et boit sa propre condamnation (3).
On le voit, la promesse de Marie s’accorde tout à fait avec l’enseignement divin.
Elle en est même une déduction naturelle, Notre-Seigneur a dit: “ Ye suis la vie (4).
Ma chair est vraiment une nourriture.
Celui qui mange ma chair, a la vie éternelle (5). Sa sainte Mère ajoute: “ Mon
(t) Saint Marc, XVI, v. 16.
(2) Saint Jean, VI, v. 55.
(3) I Corinth, XI, v. 29.
(4) Saint Jean XIV, v. 6.
(5) Saint Jean VI, v. 55.
d14 LE SCAPULAIRE
divin Fils vous donne la vie et vous nourrit, Ô mon enfant, et moi, votre Mère du Ciel, je vous protège en vous revêtant d'un habit céleste, Celui qui mourra avec cet habit, n'ira pas en enfer. N'est-il pas .
naturel, que Marie, après avoir contribué à la rédemption du genre humain, contribue encore à son salut ? Celle qui a écrasé la tête du serpent infernal, ne peut-elle pas couvrir ses enfants d’un habit qui les mette à l'abri des morsures de l'antique ennemi des hommes ? — Qui oserait le nier ? + Eh bien! c’est ce que la sainte Vierge a fait par le scapulaire du Mont-Carmel.
Elle promet de préserver des feux de l'enfer quiconque meurt revêtu du scapulaire. Or, sa promesse est en tout conforme aux promesses faites par Notre-Seigneur:
et s'entend de la même manière. En effet, la très sainte Vierge ne dit pas: Celui qui porte le scapulaire du Mont-Carmel, sera
. par là même, et par cela seul, préservé de j'enfer, sans qu’il ait besoin de faire autre chose. Non.— Marie, à l'exemple de son divin Fils, suppose l’enseignement divin connu de tous ses enfants. Voilà pourquoi elle n’en a fait aucune mention.
C'était si bien là le sens que le bienheureux Simon Stock attachait aux promesses de la Vierge Marie, que, après avoir communiqué sa vision à ses religieux, il leur disait : “Mes frères, en conservant cette parole dans votre cœur, ayez soin d’assurer votre vocation par des bonnes œuvres. Ne vous laissez jamais aller à la négligence ; mais sans relâche, veillez sur vous-mêmes, et témoignez toujours votre reconnaissance pour une si grande miséricorde. Priez aussi sans cesse, afin que la parole, qui m'a été adressée, s'accomplisse pour la gloire de la Très Sainte Trinité, du Père de Jésus-Christ, du Saint-Esprit et de Marie la Vierge éternellement bénie.”
Ainsi, la promesse de la Mère de Dieu, quoique formulée en termes généraux, suppose les autres œuvres nécessaires au salut.
Ajoutons cependant que, à l'heure de la mort, le scapulaire ne profite pas seulement à ceux qui ont fidèlement observé les préceptes divins, il profite encore à quiconque meurt en étant revêtu, au pécheur comme au juste : car la promesse de Marie n’est attachée ni au temps, ni à la vie plus ou moins chrétienne qu’on a menée. La Mère de Dieu ne s’est engagée que pour le mo-
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ment de la mort. A cette heure suprême, elle sauvera de l'enfer quiconque mourra revêtu de son habit céleste ; fût-il un pécheur, un criminel!.. Qu'il ait porté son scapulaire toute sa vie, ou qu'il ne l'ait reçu qu'au moment de la mort, peu importe; une seule chose est nécessaire: wourir avec ce scapulaire. Voilà tout ce que la sainte Vierge demande pour préserver ce pécheur de l'enfer.
Pour bien comprendre la vraie portée de la promesse attachée au saint scapulaire, il faut faire abstraction complète du temps, de la vie qu'on a menée, et se placer uniquement à l'heure de la mort. Or, qu’est-il exigé du chrétien à cette heure suprême pour être sauvé ? Que sa vie ait été constamment pure et sans tache ? — Non. — Est-il exigé qu'il ait toujours observé les commandements ? — Non encore.
— Est-il au moins requis, qu'il n'ait pas trop longtemps abusé des grâces et des sacrements ? — Pas davantage. Qu'est-ce donc qu’on demande au pécheur ? — Qu'il soit en état de grâce au moment d’entrer dans l'éternité. Or, ce qui procure ce bien unique au pécheur, c’est une bonne absolution, ou une contrition par-
faite avec le désir et la volonté de se confesser s'il le peut. Eh bien! ces conditions sont implicitement renfermées dans la promesse de la Mère de Dieu.
Car, hâtons-nous de le dire, la très sainte Vierge n'ouvre pas au pécheur une voie opposée à celle de son divin Fils. Or, le ciel ne s'ouvre qu'à l'innocence ou au repentir. Tout le privilège du scapulaire consiste donc, ou à préserver le confrère du péché mortel, ou à lui obtenir le moyen
d’en être purifié par la pénitence.
L'action de Marie est douce et puissante sur les cœurs. Mais, tout en procurant sûrement le salut au pécheur, même par les grâces les plus extraordinaires, elle conserve toujours intacte la loi de la pénitence, du repentir et du libre arbitre.
Association de Marie dans l’oeuvre de la Rédemption— Sa puissante intervention dans la distribution des graces que Dieu acccorde aux hommes. — Si extraordinaire que paraisse la promesse attachée au scapulaire de Notre- Dame du Mont-Carmel, elle est, avant tout, un privilège. Il ne faut donc pas juger de ce privilège d'après les règles ordinaires de la grâce, d'autant plus que
cette promesse mémorable n'est qu'une conséquence du pouvoir tout à fait exceptionnel dont Notre - Seigneur a investi sa divine Mère, Il ne faut pas oublier non plus que, par un décret éternel, Dieu a résolu d'associer Marie à l'œuvre même de la Rédemption. Jésus seul est médiateur nécessaire. Sa seule médiation suffit; mais sa divine Mère à reçu un rôle spécial qu'aucune autre créature ne peut remplir dans l'œuvre de cette même Rédemption. Elle a donné naissance à Jésus fait homme, et fut par là même unie au principe de notre salut, Dieu a voulu que la fleur ne sortit de Jessé que par l’intermédiaire de la tige; et la tige et la fleur n’ont jamais été séparées.
La coopération d'Eve dans la perte du genre humain nous fera, peut-être, mieux comprendre l’action de Marie dans l’œuvre du salut des hommes. Seul, le péché d'Adam a perdu le monde. Cependant, Eve porte la responsabilité d’avoir provoqué ce péché fatal. C'est si vrai, qu'on ne peut concevoir le péché d'Adam sans penser à celui d'Eve. Les deux fautes sont si intimement liées, qu’elles ne forment qu'un seul tout, appelé /4 désobéissance de
nos premiers parents. Eh bien! Dieu a voulu que la réparation et la violation se fissent de la même manière. Ainsi, un homme et une femme avaient perdu le genre humain ; une femme devait apparaître près de l’homme qui le rachèterait.
Une femme, trompée par le serpent, avait entraîné l’homme à sa perte; une autre femme devait écraser la tête de ce même serpent. C'est ce qu'a fait Dieu le Père, en nous donnant son divin Fils par la Vierge Marie. Et depuis, l’idée d’un Dieu fait homme est inséparable de l’idée d’une mère divine, Les deux deviennent nécessaires pour former le grand mystère de l'Incarnation, principe de notre Rédemption. Or Dieu, en associant son Immaculée Mère au principe même de la Rédemption, veut nous faire entendre qu'elle occupera toujours le même rang dans la distribution de toutes les grâces qu’il accordera aux hommes. (Car l’ordre établi par Dieu ne change pas. D'ailleurs, toutes les grâces accordées au genre humain, "2 forment qu’un seul tout, avec l’œuvre de la Rédemption ; elles ne sont que l'application, le dévelop-
pement de ce principe de tout don surnaturel,
Il s’en suit que la très sainte Vierge est unie au principe de toutes les prières que nous faisons, de toutes les grâces que nous recevons. Pas une n’est straite à sa coopération. Elle exerce sur chacune une intervention morale, particulière et prochaine, même quand elle n’est pas invoquée.
Ainsi, je prie saint Anteine, sans songer à la très sainte Vierge, cette divine Mère participe à la demande que je fais, et à la concession de la grâce que j'implore.
Aucune prière n’est faite, aucune grâce n’est obtenue sans l’intervention de Jésus. Or, Dieu le Père a voulu - oindre Marie à Jésus dans l'œuvre &. 4 Rédemption.
Dès lors, chaque fois que Dieu le Père abaisse ses regards sur Jésus médiateur, il voit en même temps la Vierge Marie qui s'unit à la prière de son fils Eh bien!
cette union de Marie à Jésus médiateur, la fait participer à tout ce que Jésus fait pour le salut des hommes; itous les mystères de miséricorde, de grâce et d’intercession qui se passent entre le Verbe fait chair et Dieu le Père, la Vierge Marie les connaît encore; elle connaît, par là même, toutes les prières adressées au Seigneur ou à ses saints.
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Ainsi on peut dire avec un illustre théologien, le Père Contenson : ‘“ Personne ne participe au sang de Jésus, que par l'intercession de sa divine Mère (r).” C'est affirmer clairement que Marie intervient, dans toutes les faveurs célestes accordées tant aux justes qu'aux pécheurs.
L'erreur d’un grand nombre de chrétiens, ce qui fait leur difficulté à concevoir la puissance de Marie, et à admettre sa promesse admirable du scapulaire, c’est qu'ils séparent l’action de Marie de celle de Jésus. Ils ne supposent, ni assez étroite, ni assez constante, l'union de ces deux volontés inséparables. Tout ce que Marie demande, tout ce qu’elle promet, elle l'a obtenu d'avance de son divin Fils. Quand la très sainte Vierge promet le ciel à quiconque meurt avec le scapulaire du Carmel, sa promesse est l'effet de son intercession déjà exaucée. C'est Marie qui parle, mais c'est Jésus qui l’inspire ; ou plutôt elle n’est que l'écho fidèle de son Divin Fils. De là naissent la force, la véracité de toutes ses paroles et de toutes ses promesses; de là aussi, doit naître dans nos cœurs une ferme
(1) Commentaire de ces paroles : Ecce Mater tua, cité par les Chroniques du Carmel, juillet, 1893.
confiance dans cet engagement de Marie :
Quiconque meurt avec le scapulaire du Carmel, n'ira pas en enfer.
Doctrine des Saints Pères et des Docteurs de l’Eglise sur la puissance de Marie.--La puissance de Marie a toujours été reconnue par tous les fidèles.
La sainte Eglise nous apprend à y recourir avec confiance ; elle nous presse même de le faire. Fidèles échos de 1a tradition, les Pères de l'Eglise nous disent des choses admirables sur la puissance de la Mère de Dieu. Presque tous nous enseignent que quiconque met sa confiance en elle ne peut périr.
Les textes des Pères et des Docteurs de l'Eglise abondent en faveur de cette doctrine ; nous n'en citerons que quelques-uns.
Saint Hilaire : —“* Quelque coupable que soit un pécheur, s’il est dévot à Marie, il ne périra pas éternellement (1).”
Saint Anselme: —‘" Vierge bénie, il est impossible que celui qui se tourne vers vous et que vous regardez, périsse à jamais (2).
G) Saint Hilaire, chap. XII in Math.
{2) Saint Anselme, de Excel. Virg., chap. II.
Saint Bonaventure: “ Celui qui espèrera en Marie verra s'ouvrir un jour devant lui la porte du ciel (1).
Santé Antonin : — “Il est nécessaire que ceux que Marie regarde avec bienveillance et pour lesquels elle prie, soient sauvés (2).”
On ne peut rien avancer de plus explicite pour justifier la confiance des pauvres
pécheurs dans la protection toute puissante de Marie.
On demande beaucoup de choses à Dieu, et on ne les obtient pas; on les demande à Marie et on les obtient; non que Marie soit plus puissante, mais parce que Dieu
veut ainsi l’honorer (3), dit saint Alphonse de Liguori.
Comme on le voit, tous ces témoignages promettent infailliblement le salut, même aux pécheurs les plus désespérés, s'ils ont la dévotion à la Vierge Marie. Pourquoi cette doctrine, admise comme certaine, changerait-elle de signification quand elle
est appliquée à une forme particulière de dévotion autorisée par l'Eglise ?
(x) Saint Bonaventure in Psalm. 8.
(2) Saint Antonin, 6-4, lit. 50.
(3) Saint Alphonse de Liguori, Gloires de Marie, chap. IV, page 81.
La très sainte Vierge, en faisant la pro-
messe mémorable de son scapulaire, n’a
fait qu'appliquer, à un objet particulier, sa puissance et sa protection reconnues et enseignées, depuis des siècles dans la sainte : Eglise. Les auteurs spirituels ont parlé en termes magnifiqu. du pouvoir et de la protection de Marie. Ils n'ont donné, à l'efficacité de son :intercession, d’autres bornes que la puissance de Dieu lui-même.
Mais, quelque savants, quelque saints qu'aient été les écrivains, les orateurs, les théologiens qui ont rendu de si beaux témoignages à la puissance de la Mère de Dieu, après tout ils n'étaient que des hommes. Ils se sont tenus dans c2s considérations générales, par la raison qu'ils ne
‘connaissaient pas encore le mode de dévo-
tion qui assurait cette toute puissance de Marie. Et, bien que les chrétiens fussent certains du pouvoir illimité de Marie, ils ne savaient ni quand, ni comment elle l’employait, Cela se comprend, la sainte Vierge n'avait pas encore donné le gage sensible de sa puissance appliquée définitivement à une dévotion particulière. Toutefois, il est certain que les Pères de l'Eglise ont été, par leur doctrine, les précurseurs de ce
signe à jamais célèbre, qu'on appelle : le Scapulaire.
La très sainte Vierge voulait se réserver, de déterminer elle-même le mode de dévotion qui assurerait irrévocablement sa protection toute-puissante, à quiconque serait fidèle à le pratiquer. Or, elle formula cette dévotion lorsqu'elle donna le gage sacré du scapulaire du Mont-Carmel.
Les siècles sont venus tour à tour confirmer la véracité de cette promesse. Les miracles, opérés en grand nombre, et d’une manière évidente, ont affirmé la puissance et la fidélité de celle qui a dit: Quiconque mourra avec le scapulaire du Mont-Carmel, n'ira pas en enfer.
Mais, ne l'oublions pas, il faut être revêtu du scapulaire pour avoir droit à cette promesse mémorable de Marie. C'est ce que nous laissent entrevoir les deux traits suivants.
Exemple. — Ze suicide évité par le Scapulaire. — Un homme qui avait failli à l'honneur, était bourrelé de remords.
Pour se soustraire aux poursuites de la justice et aux tourments de sa conscience, il voulait absolument s’ôter la vie. Quoi qu'on put lui représenter, dit le Père Mille-
riot, rien ne pouvait l'empêcher d’attenter à ses jours. Une fois, entre autres, le Père rencontra ce malheureux et lui dit: ‘“ Au moins, mon ami, au moins accordez-moi une grâce; je vais vous donner le saint scapulaire; promettez-moi de ne le quitter jamais. — Mon Père, répondit l’infortuné, je vous le promets... Vous avez été si bon pour moi!... etil s’en va. Le Père se disait tout bas, dans ce langage aussi apostolique qu'original, qui lui était familier : ‘ Mon ami, je te tiens. 7x peux te tuer st lu veux... lu n'en mourras pas. — Le même jour le malheureux, poursuivi par la tentation du désespoir, va se jeter dans la Seine ; mais il ne parvint pas à se noyer quoi qu'il s'y précipitât à deux reprises et qu'il ne sût nullement nager. Il avait gardé son scapulaire, cela explique tout. Il fut cependant très malade et touché d’une protection aussi miraculeuse, il se convertit (1).
L'exemple que nous venons de raconter nous amène à citer un trait bien affligeant arrivé à l’un des compagnons d'enfance d’un prêtre du diocèse de Montréal. Ce
(1) Chroniques du Carmel d'Alost en Belgique, 1893, 17e 1,
jeune homme, qui habitait une des paroisses environnantes de la métropole, disparut tout à coup. Cette disparition soudaine fit beaucoup de bruit aux alentours. Tout le monde en parlait. Sa famille s’en inquiéta et fit des recherches de toutes parts, mais en vain, Deux mois environ après cet évènement, quelqu'un de l'endroit, qui connaissait parfaitement le jeune homme, traversait par hasard la montagne au pied de laquelle demeurait la famille du pauvre infortuné. Il aperçoit tout à coup un cadavre suspendu à un arbre. Il recule d’effroi, mais la première impression passée, il s'approche, et en examinant de plus près, il reconnaît, dans ce malheureux, le jeune homme soudainement disparu ; et à quelque distance de lui, son scapulaire suspendu à une petite branche. Pauvre jeune homme!
jusque là il avait porté son scapulaire...
mais, hélas ! il s’en était dépouillé, précisément au moment ou il en avait le plus grand besoin.
Arguments d’autorité.—Ce que nous avons dit précédemment sur le saint scapulaire de Notre-Dame, est basé sur le raisonnement, l'expérience, les textes de la Sainte-Ecriture et la doctrine de l'Eglise.
ue =, Ze -
Cela suffit incontestablement pour prouver l'excellence de cette dévotion. Toutefois, il n’est pas hors de propos de confirmer cette doctrine, en citant le témoignage de quelques hommes qui font autorité dans l'Eglise.
Le vénérable Père Claude de la Coiombière et le scapulaire. — Voici comment il s’exprimait dans un sermon :
‘“ La promesse que fait Marie, de protéger les confrères du scapulaire, ne renferme aucune condition : la Vierge s’est engagée à ne point souffrir qu'ils soient éternellement malheureux, c’est-à-dire, qu’elle leur donne toutes les assurances de leur salut, qu'on peut avoir en cette vie; s'ils persévèrent dans son service, ils seront infailliblement dans la grâce à l’heure de la mort.
Mais quoi, me dira peut-être quelqu'un, la sainte Vierge me viendra-t-elle retirer de l'enfer, après que mes désordres m'y auront précipité ? — Portera-t-elle dans le ciel une âme impure et souillée de crimes ? — Ou m'obtiendra-t-elle le privilège de revenir sur la terre, pour m'y purifier par la pénitence ? Je pourrais répondre à cela par le récit de quelques exemples fort authentiques, où vous verriez, qu'en faveur du scapulaire,
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vous détrompera, vous dégoûtera de la
Marie a quelquefois arrêté des âmes impénitentes, dans des corps épuisés de sang et percés de coups, pour leur donner le loisir de se réconcilier avec Dieu. Mais non, ce serait une trop grande témérité de s'attendre à des miracles de cette nature, Marie a des moyens de vous sauver qui sont, pour ainsi dire, plus naturels, plus conformes à la conduite ordinaire de la Providence.
Elle a entre les mains toutes les grâces et toutes les miséricordes du Seigneur, dit saint Pierre Damien. — 7x manibus ejus sunt omnes misericordie Domimi.
“Elle vous choisira, dans le trésor inépuisable dont elle est la dépositaire, une grâce également douce et puissante, qui changera votre cœur, qui le remplira de componction, qui fera un saint d’un voluptueux, d’un avare, d'un impie que vous éiiez. Il ne faut point vous flatter, on ne passe d’une vie licencieuse et déréglée à la vie des bienheureux que par la voie de la pénitence ; mais votre bonne Mère saura bien vous y attirer malgré toutes vos diffcultés. Lorsque vous y penserez le moins, elle fera luire sur votre âme un rayon de lumière surnaturelle qui, tout d'un coup,
vanité du monde, vous en découvrira les pièges, vous fera voir le malheur extrême d'une âme qui n'aime point Dieu. Comme elle est toute-puissante sur vos ennemis, elle leur liera les mains, pour les empêcher de vous nuire; vous serez tout surpris, de ne trouver plus que de la douceur dans ce qui vous paraissait auparavant si pénible; de vous sentir plein d’aversion pour les objets dont vous ne pouviez vous détacher, de voir que vous vous jouerez des démons qui se jouent aujourd'hui de vous, avec tant de cruauté.
“ Mais enfin, si, nonobstant toutes ces grâces, je m'obstine à ne point changer de vie, si je ferme les yeux à tant de lumière, si, de plein gré, je me livre moi-même à mon ennemi, en un mot, si je veux mourir dans mon péché ? — Vous y mourrez : car Dieu même, dit saint Augustin, ne peut forcer une volonté mauvaise et déterminée à se perdre. Oui, vous mourrez dans l’impénitence, vous mourrez au plus fort de vos débauches, vous mourrez dans votre péché : mais vous ne mourrez pas avec votre scapulaire. Si Marie ne peut vous retirer de vos désordres, elle trouvera bien moyen de vous arracher sa livrée : vous-
L LR
même, oui vous-même, vous vous dépouillerez de ce saint habit, plutôt que d'y mourir en réprouvé.
‘“ L'intérêt même de sa gloire engage Marie a agir ainsi... car, si elle venait à refuser sa protection à un enfant du Carmel, si, portant sur vous un scapulaire, on ‘ous trouvait ou étouffé sous les eaux, ou accablé sous des ruines, ou surpris de quelqu'autre genre de mort subite et imprévue, je sais bien que, même alors, il faudrait avoir plutôt tout autre idée, que de soupçonner Marie ou d’infidélité, ou d’impuissance. Mais enfin, cela ferait mauvais effet sur la plupart des esprits et serait capable de refroidir la ferveur et la dévotion des fidèles. C'est pour prévenir ce malheur, que quelquefois elle a sauvé de la vengeance de Dieu des personnes qui se l'étaient attirée par mille crimes. Quelque dangereux que soient ces exemples d’une miséricorde extraordinaire, quoiqu'ils ne servent, bien souvent, qu'à inspirer la présomption aux pécheurs, et à les entretenir dans leurs désordres, Dieu ne laisse pas, en ces rencontres, d'écouter les prières de sa Mère, il aime mieux, en quelque sorte, exposer sa propre gloire, en donnant
‘aux hommes l’occasion ou d’abuser, ou de se plaindre de son indulgence, plutôt que de souffrir que la gloire de Marie reçoive:
la moindre atteinte (1).”
Ainsi parlait, il y a deux siècles, cet illustre Jésuite. Son témoignage est aujourd’hui d’une certaine valeur; car tout le: monde sait que ce saint religieux, actuellement en voie de béatification, n’a reçu le titre de vénérable par l'Eglise, qu'après un examen très minutieux de tous les écrits:
qu'il a laissés, examen qui fut suivi d'un jugement, déclarant qu'il ne se trouvait aucune proposition digne de censure dans ses ouvrages.
L'opinion du Père de la Colombière n’est pas la seule, du reste, que nous puissions apporter en faveur de notre thèse.
De nos jours, le Père Maurel, de la compagnie de Jésus, s'est exprimé à peu près de la même manière, dans un livre qui porte l'approbation du Préfet de la Congrégation des Rites. Son témoignage est trop précieux, pour que nous ne le donnions pas ic, Je cite textuellement ses paroles :
(1) Sermon du Père Claude de la Colombière, cité par les Chroniques du Carmel, décembre 1892.
«“ D'après cette révélation (du saint scapulaire) qu'on ne saurait révoquer en doute, nous croyons nous-même pieusement, que tous ceux qui ont le bonheur de mourir portant le scapulaire, obtiennent grâce devant Dieu, et sont préservés du feu de
l'enfer; car nous croyons que Marie, pour
tenir sa promesse, puisera pour eux, dans
les trésors divins dont elle est dépositaire, les grâces nécessaires à leur persévérance
dans la justice ou à leur sincère conversion. Et ainsi fortifiés ou purifiés et reconciliés avec Dieu par les sacrements, ou la contrition parfaite, les associés du scapulaire, mourant avec ce saint habit, ne tombent pas sous les coups d’une justice inexorable (1).”
(1) Maurel, le Chrétien Eclairé, chap. de la Confrérie de Notre-Dame du Mont-Carmel.