CHAPITRE VIII
Considérations générales — La promesse mémorable attachée au scapulaire du Carmel est-elle réellement de la très Sainte Vierge ? —Circonstances antécédentes ou préparatoires — Abrégé du fait historique — CHeonstances conséquentes.
ONSIDERATIONS générales. — Comme nous l'avons vu au chapitre précédent, la
A | promesse : Quiconque meurt avec WW) le scapulaire du Carmel, n'ira pas
à l’enseignement “ln; et, si extraordinaire
la toute-puissance accordée par Dieu à la Reine du ciel. Le fait que de telles pro-
en enfer, est absolument conforme
qu'elle soit, elk : excède pa. les bornes de
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messes ont été énoncées par Notre-Seigneur et l'Esprit-Saint, indique déjà une parole d'autorité qui n'est propre qu’à ceux qui ont toute puissance au ciel, sur la terre et dans les enfers. Or, lorsque la très sainte Vierge accompagnée d’une multitude d’anges déclare venir apporter aux hommes ## sione de salut, un gage de paix et d'alliance éternelle, Dieu doit en quelque sorte à l'honneur de sa divine mère de ne pas permettre la moindre erreur dans une circonstance d’une telle conséquence. Ce fait est trop solennel, il touche de trop près la gloire de Dieu et l'intérêt des âmes pour n'y pas voir l’action même de l'Esprit-Saint s'exprimant par la bouche de son épouse immaculée. Au surplus, ne reconnaît-on pas, dans la formule de cette promesse, le langage même de Jésus s'adressant à l'humanité, en maints endroits de l’'Evangile, et quasi avec les mêmes expressions ?
Approfondissons encore cette importante question. Plus on y réfléchit, plus on est persuadé que Dieu ne pouvait permettre qu'à la Souveraine du ciel et de la terre de s'exprimer, avec une telle autorité, sur la grande affaire du salut et de la réprobation. Mais, du moment que c'est la Mère de Dieu qui parle, cette parole est pour ainsi
dire naturelle sur seslèvres, puisque l'Eglise enseigne que Dieu a remis sa toute-puissance entre les mains de Marie, Conséquemment, elle a des droits et des privilèges que nulle autre créature ne saurait partager avec elle. Tout ceci ne doit-il pas nous ‘ucliner à croire que cette promesse, tout absolue qu’elle est, vient véritablement de la très sainte Vierge.
D'an autre côté, les écrivains et les autorités ecclésiastiques de cette époque, affirment que la même promesse : “ Owzcongque meurt avec ce scapulaire sera préservé des feux éternels)” est vreiment de Marie; et quand, dès le début, et depuis six longs siècles, des miracles aussi nombreux qu'éclatants, viennent en attester et en proclamer la vérité ; quand enfin les souverains pontifes, par leurs décrets infaillibles, ont daigné confirmer et enrichir d’indulgences le scapulaire donné comme signe sacré de cette promesse, ne serait-il pas téméraire de ne pas reconnaître l'œuvre de la très sainte Vierge dans ce fait à jamais mémorable,
Toutefois, cette promesse offre des privilèges si étendus, elle garantit si sûrement le ciel à quiconque meurt avec le scapulaire
\ du Carmel, qu'il importe d'examiner à
fond si la très sainte Vierge en est réelle- 7 | ment l’auteur. Ce point est fondamental ; | chacun le comprend. Car si cette pro-
. messe ne vient pas du ciel, tous nos 18 Ë raisonnements perdent leur valeur, et la + dévotion à ce scapulaire doit tomber d’ellele même. Voilà pourquoi nous nous faisons | un devoir de relever, et de mettre en da | lumière les principales circonstances qui ont le, | précédé, accompagné et suivi ce fait à jé jamais mémorable, de 4 Circonstances antécédentes ou préai- 1 paratoires.— D'abord si l’on considère la ut, sainte intimité tout à fait exceptionnelle qui "A a toujours existé entre la Mère de Dieu et en ‘| l'Ordre du Carmel, la promesse mémorable nd | faite au Général des Carmes paraît bien re: | naturelle dans la bouche de la Vierge et | Marie. Sans crainte d’être exagéré, on peut né même dire que, de tous les ordres religieux, ne | le Carmelest celui qui a reçu les marques tre | es plus nombreuses et les plus évidentes ait | de la protection de Marie.
| Eh! bien, tous ces témoignages d’affecit. | tion ne sont pas donnés confusément ; ils tle semblent s'offrir par ordre de gradation. ire | Ils deviennent plus intimes, plus précis et
plus directs à mesure qu'ils approchent davantage du scapulaire. Ils ont évidemment contribué à préparer la promesse à jamais célèbre, qui est sans contredit le point culminant de tous les bienfaits accordés par Marie à cet Ordre antique.
Jetons un coup déœæil rapide sur l’enchaînement de ces évènements. La Vierge Marie n’est tout d’abord figurée au prophète Elie que sous la forme d’une petite nuée. Les disciples d’Elie élèvent dès lors un oratoire à la Vierge qui devait enfanter ; pendant la vie mortelle de Marie, ils ont pu souvent converser familièrement avec elle; les premiers de tous, ils dédièrent à la Mère de Dieu un oratoire où ils la priaient plusieurs fois le jour. Les relations spirituelles entre la Vierge Marie et les religieux du Carmel parurent dès lors si étroites et si évidentes à tout le monde, qu’on les désigna dans toute l'Eglise sous le nom de F7ères de la Gienheureuse Vierge Marie. Plus tard, la très sainte Vierge descend du ciel et assure à saint Pierre Thomas, supérieur général, que l'Ordre du Carmel durera jusqu’à la fin des temps. Voilà déjà quelque chose de précis. Enfin, à peine vingt-cinq ans avant la faveur insigne du
scapulaire, la très sainte Vierge donna une marque encore plus visible de sa protection.
On dirait qu’elle veut préparer le monde entier à un événement extraordinaire.
Aussi, elle ne limite plus ses apparitions aux religieux, mais c’est au pape lui-même qu'elle va parler du Carmel. En l’année 1226, elle apparaît à Honorius IIT, qui se préparait à décréter la suppression de l'ordre du Carmel. Elle s’en fait elle-même la protectrice en ordonnant au Souverain Pontife d’honorer cet Ordre, de le favoriser et d’en confirmer la règle et les privilèges (1). Tous ces faits ne constituent-ils pas un enchaînement de faveurs plus significatives les unes que les autres. Et cette dernière apparition au pape Honorius III, n'est-elle pas l’exorde de l’alliance à jamais mémorable que la très sainte Vierge va contracter bientôt avec l'Ordre du Carmel, lorsqu'elle lui remettra le scapulaire comme le signe sacré de sa protection, ainsi que nous allons le voir.
Abrégé du fait historique. — Ce pacte solennel fut scellé le 16 juillet 1251, quand la très sainte Vierge, accompagnée
(1) Le pape Honorius, à son réveil, fit assembler les Car. dinaux du Sacré Collège, leur raconta sa vision, et donna en plein consistoire, son approbation apostolique à la Règle du Carmel, La bulle porte la date du 30 janvier 1226.
d’un grand nombre d’anges, et portant le scapulaire de l'Ordre entre ses imaïins, apparût au bienheureux Simon Stock, Général des Carmes, elle lui dit, en le lui présentant : Æeçois, mon cher fils, ce scapulaire, comme la livrée de ma Confrérie C'est la marque du privilège que j'ai oblenu pour doi ét tous les enfants du Carmel. Celui qui mourra revêtu de cet habit n'ira point en enfer. C'est un signe de salut, une sauvegarde dans les dangers, un gage de paix et d'alliance éternelle.
L'authenticité de cette promesse est appuyée sur des preuves certaines, comme nous l'avons vu au chapitre IV. Les circonstances qui la suivirent sont également dignes de remarque. Le jour même de la promesse mémorable, la divine Providence ménagea au bienheureux Simon Stock, l'occasion de prouver la force et la vertu du privilège insigne attaché au scapulaire du Carmel. Reprenons succinctement le fait déjà cité.
Circonstances conséquentes. — Zxemple. — Conversion par le scapulaire d'un pécheur endurci. — Comme nous venons de le dire, quelques heures s'étaient à peine écoulées depuis que la sainte Vierge avait
remis le scapulaire à saint Simon Stock, lorsqu’il est miraculeusement appelé auprès d’un pécheur notoire, réduit à l’agonie, écumant de rage et de désespoir. Selon toute apparence, ce malheureux qui avait perdu l'usage de la parole, allait mourir dans l’impénitence finale. Le cas était des plus désespérés. .
Le saint arrive auprès du moribond, le revêt de son scapulaire, A l'instant, ce mourant, qui ne respirait qu'impiété, recouvre ses sens, il est touché par la grâce; il se confesse tout contrit. Il meurt quelques heures après. Au bout de huit jours, il apparaît pour dire qu’il a été sauvé par la vertu du scapulaire du Carmel.
Nous avons déjà parlé du retentissement qu'eut ce miracle, et comment l'Evêque de Winchester, après s'être soigneusement enquis de la vérité du fait, assembla son conseil épiscopal afin d'examiner l'affaire.
Il fit venir saint Simon Stock, l’interrogea en présence des chanoines, sur la vertu de son scapulaire. La déposition du saint fut enregistrée avec soin. La foi que le prélat ajouta aux prérogatives du scapulaire, fut telle, qu'aussitôt on bâtit un monastère large et commode aux Carmes de Winchester.
La promesse de la très sainte Vierge parut si certaine, et le miracle qui la suivit si extraordinaire et si avéré que, pas un écrivain sérieux d'alors, ne songea à les révoquer en doute. Au contraire, à l’exemple des seigneurs anglais, des cardinaux et des rois, tout le monde s’empressa de se faire imposer le scapulaire du Carmel, afin d'être pius sûrement préservé de l'enfer.
Ce n'est que plus tard qu'on souleva des objections, et qu'on tenta beaucoup plus de trouver cette promesse en contradiction avec l’enseignement divin, que d’en contester l'existence. Il serait pour le moins téméraire de nier aujourd'hui, après plus de six siècles et demi, un fait admis après un mur examen à l'époque où il s’est accompli.
Ce n'est pas tout, la très sainte Vierge daigna prendre elle-même la défense de ses enfants attaqués relativement à la promesse du scapulaire. Dans une apparition au pape Jean XXII, non seulement elle affirma de nouveau que “quiconque aura persévéré dans la sainte obéissance, la pauvreté, la chasteté, ou qui entrera dans l'Ordre (du Carmel), sera sauvé. ... etc.” mais encore elle promit de consoler, avec une sollicitude
maternelle les confrères du scapulaire souffrants en purgatoire, et de hâter leur entrée dans la céleste patrie.
Le pape Jean XXII confirma et ratifia ce double privilège, par une bulle datée du 3 mars 1322.
Les Souverains Pontifes examinèrent attentivement cette promesse extraordinaire. Tous en reconnurent l'authenticité, et la dotèrent dans la suite de riches indulgences et de nombreux privilèges. Or cette promesse insigne, qui assure le ciel à quiconque meurt avec le scapulaire, a donné naissance à la dévotion au scapulaire du Carmel. Cette dévotion est inséparable de la promesse de Marie; elle est prêchée, pratiquée, reconnue dans toute l'Eglise. Vingt-deux papes l'ont revêtue solennellement du sceau de leur autorité et l'ont enrichie de nombreuses indulgences (1). Il est d’ailleurs impossible qu’une dévotion, qui n'aurait pas le ciel pour auteur, pût persévérer ainsi dans le cœur de la majorité des fidèles pendant six cents ans.
Conséquemment, le scapulaire du Carmel] ne peut avoir qu'une origine céleste. C'est bien la Vierge Marie qui s’est manifestée à
(1) Chroniques du Carmel, Alost, Belgique, No. 3, 1889.
son serviteur Simon Stock, et les merveilleuses promesses, que le bienheureux affirme avoir reçues de la bouche de Notre- : Dame, sont exactes et authentiques. La vérité de cette promesse est tellement établie que, le pape Benoit XIV, dans son ouvrage théologique, déclare qu’il croit très volontiers à la vision du bienheureux Simon comme à un fait certain, et qu'à son avis tout le monde doit la regarder comme véritable (1).
Il est vrai, qu'avant d’agréer et de reconnaître cette promesse, la sainte Eglise crut devoir en modifier légèrement les termes en y ajoutant le mot: pieusement. Elle l'a fait, non pour corriger une expression, encore moins pour restreindre un privilège trop grand ; elle l'a fait, au contraire, pour assurer la vérité de cette promesse, la prendre sous sa protection, afin de la mettre désormais à l'abri de toute attaque en déterminant nettement et clairement son sens véritable. Aureste, nous reviendrons sur ce point, en traitant plus au long le sens
de cette promesse.
(1) Ben. XIV., de Dom., N.-J.-C., matris que ejus festis, p. II, num. LXXVI, p. 281, Beringer, t. II, p. 196.
Toutes les preuves que nous venons d'énumérer sont confirmées par des miracles nombreux. On dirait que la très sainte Vierge tient à démontrer elle-même, à chaque génération, la vertu de son saint habit, et la véracité des privilèges qui y sont attachés.
Elle continue d'opérer presque journellement, et d’une manière visible, des conversions aussi éclatantes que celles qui furent obtenues dès l’origine. Le trait suivant, en ajoutant une nouvelle force aux explications qui précèdent, fera mieux comprendre que la vertu et la valeur du saint scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel ne diminuent pas avec le temps.
Lrs Chroniques du Carmel de Bruxelles rapportent un trait consolant, il est de nature à nous inspirer une grande confiance dans la promesse admirable attachée au scapulaire du Carmel.
Trait de protection par le saint scapulaire. — Le fait suivant va nous montrer comment la sainte Vierge, fidèle à sa promesse, sait, par des moyens doux et puissants, procurer le salut à ses enfants.
Elle fera venir, même d’une grande distance, si c’est nécessaire, un confesseur
jusqu’au centre des forêts, pour absoudre un de ses dévoués serviteurs en danger de périr. Voici le fait.
Il y a quelques années un évêque missionnaire, Monseigneur Polding, voyageait dans une partie peu fréquentée de l’Australie intérieure. Il tomba malade en route, et fut soigné avec dévoûment par une veuve. Revenu à la santé, le prélat promit à la dame de venir lui administrer les derniers sacrements quand elle mourrait. Bien des saisons se passèrent lorsque, dans une nuit d'automne, arriva une lettre invitant le pontife à remplir la promesse qu'il avait faite à sa bienfaitrice. En dépit de la rigueur de la saison, l'évêque se mit en route sans hésiter. Après avoir marché pendant bien des heures et bien des jours, il arriva enfin, accablé de fatigue à la maison qu’il était venu chercher de si loin. A son grand étonnement, il trouva le logis vide.
C'était au milieu de la forêt: tandis qu'il méditait sur ce qu’il allait faire, son attention fut attirée par le bruit d’une hache.
C'était un robuste bûcheron irlandais qui abattait des arbres. Il apprit de lui que la pauvre veuve s'était confessée, et qu'elle était morte. L’évêque comprit que le Bon
Dieu l’avait envoyé pour un autre que sa bienfaitrice. Fatigué de sa longue route, il s’assit sur un tronc d'arbre, et, s'adressant au bûcheron, il lui dit : Eh bien! mon cher ami, après tout, je ne veux pas être venu ici pour rien. — Mettez-vous à genoux, je vais vous confesser. — L’Irlandais s'excusa d’abord, alléguant son manque de préparation, en ajoutant : il y a si longtemps que je me suis confessé que je ne puis m'y résoudre; pour motiver son refus, il invoqua mille raisons que l’évêque combattit avec force et douceur. Finalement, la grâce triompha. Le brave bûcheron s’agenouilla contrit, et fit sa confession. L’évêque lui fit promettre d'aller communier le dimanche suivant, et ils se séparèrent. A peine le missionnaire avait-il fait quelques pas, qu'il entendit un bruit, suivi de faibles gémissements. Il revint, en toute hâte, sur ses pas et trouva son pénitent mort, écrasé par la chute d’un arbre. Si maintenant, l’on veut savoir à quoi est due cette admirable miséricorde de Dieu, appelant ainsi un évêque à des centaines de lieues de sa résidence, dans une mauvaise saison d’automne, et par des chemins pleins de dangers et de difficultés, pour ouvrir le ciel à
l'âme d’un pauvre bûcheron; c’est que cet homme portait le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel. L'histoire de ce pauvre bûcheron, mourant reconcilié avec Dieu, nous offre un témoignage frappant de la fidélité de la sainte Vierge à tenir la promesse qu'elle a attachée à son scapulaire (1).
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(1) Chroniques du Carmel de Bruxelles, avril 1893.