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. tions, qui sont comme les derniers canaux de la grâce divine. (C'est ainsi que le pécheur, par l'abus sacrilège qu'il a fait du scapulaire, tombe insensiblement dans l'indifférence d’abord, de là il en vient même jusqu’à mépriser ce saint habit. D'autres, sans pousser l'irréligion si loin, sont d’une négligence qui peut leur être bien funeste.
Ainsi quand, par un long usage, leur scapulaire vient à se briser, ils négligent pendant longtemps de le remplacer par un autre, Ils s'exposent par conséquent à mourir dépouillés de ce précieux bouclier, et se privent, par là même, de la protection spéciale promise à ceux qui mourront revêtus des livrées de Marie.
Que les pécheurs qui portent encore leur scapulaire, se gardent donc d'en abuser, Qu'ils se gardent encore davantage, de compter sur cet habit céleste, pour se livrer plus librement à leurs passions coupables. C’est à eux que nous répétons ces paroles du père de la -Colombière :
“ Libre à vous, de prendre le saint scapu- “ Jaire et de le profaner toute votre vie, en “ ne vous servant d'un objet si saint, que “ pour en couvrir vos désordres, et vous en “ assurer l'impunité. Mais écoutez ceci, et
“ ne l’oubliez jamais : — Mourir avec le “ scapulaire du Carmel, oui, c'est être assu- “ ré de son salut, car la promesse de Marie “ est formelle : Quiconque mourra revêtu de “de ce saint habit, sera préservé des feux ‘ éternels, — toutefois, ne vous y trompez “ pas, être assez heureux pour rendre le “ dernier soupir, revêtu du saint scapulaire, “ voilà, quoi que vous en pensiez, ce qui ne “ dépend plus de vous. Vous même, s’il “ le faut, par un secret et très juste juge- “ ment de Dieu, vous aurez pris soin de ‘“ vous en dépouiller auparavant de vos “ propres mains. Ainsi échoueront tous “ les calculs de votre trompeuse sagesse, “ car porter constamment ce saint scapu- “ Jaire, et en mourir revêtu est une grâce “ purement gratuite, comme toutes les “ autres grâces, et Dieu ne l'accorde qu’à “ ceux qu'il veut sauver (1).”
Après toutes ces explications, il faudrait être bien mal intentionné, et d’une mauvaise foi inconcevable, pour abuser de la promesse attachée au scapulaire du Carmel.
Celui qui prend prétexte de ce privilège pour lâcher la bride à ses passions, aug-
(1) Sermon du P. de la Colombière, cité dans les Céroniques du Carmel, octobre 1892, page 192.
mente certainement son péché, en faisant
servir une promesse aussi sainte à couvrir ses iniquités. Son cœur endurci devient
moins sensible à la grâce.
S'il est avéré
qu'un vrai serviteur de Marie n’a jamais péri, il n’est pas moins vrai que celui qui meurt en méprisant la Mère de Dieu, ne
peut aller au ciel,
Aussi, voyons-nous ces.
contempteurs de Marie dépouillés du scapulaire à leur dernier soupir, tandis que des criminels, mourant revêtus de la livrée de la très sainte Vierge, donnent des signes
évidents de repentir.
Nous pourrions multiplier les exemples de pauvres malheureux, qui, par un juste châtiment de Dieu, dont ils avaient outragé la bonté, se sont eux-mêmes dépouillés du
scapulaire à l’heure de la mort.
un , frappant entre tous.
Citons-en
Exemple. — 7yriste fin d'un infortuné qu? profana son scapulaire. — Au commencement de janvier 1864, près de Pamiers, département de l'Ariège, (France), un assassinat épouvantable fut commis sur le sei-
gneur du lieu.
: condamné à mort.
Le meurtrier fut pris et On frémissait, rien qu’à
le voir. Quand on lui parlait de confession,
il répondait par d’horribles blasphèmes,
Le curé de la paroisse parvint pourtant, à force d'instances, à lui faire accepter le scapulaire. À partir de ce moment, le prisonnier parut quelque peu changé. Quelques jours s’écoulèrent sans qu’il eût parlé de confession. Le dernier jour, s'éveillant après un profond sommeil, il prit son dernier repas et chanta des couplets infâmes qui faisaient frémir d'horreur. La dernière heure allait sonner. La voiture lugubre qui devait le transporter au lieu du supplice arrivait À ce moment, le malheureux arrache son scapulaire, puis le tenant en l'air, il crache dessus, et le jette loin de lui. La porte de la prison roule alors sur ses gonds, il sort comme un déchaîné et part en proférant des injures contre la très sainte Vierge. Arrivé au pied de l’échafaud il sembla redoubler de rage. Il faisait horreur à voir. Le couteau était suspendu au-dessus de sa tête, qu'il blasphèmait encore. Ce pauvre malheureux mourut en réprouvé, mais dépouillé de son scapulaire, Répétons-le donc, encore une fois, quiconque s’obstine à mourir impénitent le peut, s’il le veut, mais non en gardant son scapulaire, Car Marie, notre bonne Mère, veut toujours et partout réaliser sa pro-
messe : Quiconque meurt, avec le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel, est sauvé (1).
Réponse à quelques objections. — Première objection. — Ne serait-il pas imprudent de prêcher ouvertement que quiconque meurt revêtu du scapulaire ne peut tomber en enfer? — Les pécheurs et les mauvais chrétiens ne pourraient-ils pas être tentés d'abuser d'un tel privilège, en s'adonnant plus librement à leurs désordres?
Nous en conv:nons, c’est le triste état de notre nature déchue d’abuser des meilleures choses. Souvent, en effet, ce qui, dans les desseins de Dieu, devrait être une source plus abondante de grâces se transforme, par la malice de l'homme, en cause plus active de damnation. C'est ainsi que la sainte communion, source de grâces pour le juste, devient un principe de damnation pour celui qui reçoit indignement le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus - Christ.
Faut-;l donc cesser de prêcher la communion fréquente, parce que quelques-uns la profanent ? Evidemment non!
Or, la dévotion au scapulaire, si extraordinairement riche en grâces et en privi-
(1) Chroniques du Carmel, Alost, Belgique, janvier 1894.
re
lèges, n'est pas à l'abri de ce danger. On rencontre parfois des esprits dévoyés qui croient pouvoir lâcher la bride à leurs passions, dans l'espérance illusoire d’être infailliblement sauvés par leur scapulaire.
Serait-il juste, à cause de quelques âmes perverses, de refuser à celles qui désirent sortir de l’état du péché, la connaissance d'un privilège propre à les aider, et à les encourager si pieusement ? Faut-il cacher la lumière sous le boisseau, parce que quelques méchants en abusent ? — Serait-on autorisé à voiler, en la dénaturant, la promesse si consolante que la Reine du Ciel a daigné faire elle-même aux hommes ?
N'est-ce pas, au contraire, un devoir pour nous de faire connaître aux vrais serviteurs de Marie, le vêtement sacré qui sera leur bouclier, et qui leur fera infailliblement remporter la victoire sur Satan au moment décisif de leur mort? Certainement oui!
Deuxième objection. — Mais enfin, dira-ton, si l’un de ces profanateurs du scapulaire venait à mourir avec ce saint habit, Marie serait-elle obligée, par sa promesse, de lui obtenir, quand même, la grâce de sa conversion ? |
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Eh bien! oui... oui, Marie fera un miracle en convertissant à la mort ce profanateur du scapulaire, plutôt que de le laisser mourir, sous cet insigne, dans l'impénitence finale. Elle se doit à elle-même d'en agir ainsi; car elle a dit en termes très clairs et très formels, qui ne souffre aucune exception: “Quiconque mourra revêtu de ce saint habit, évitera les flammes éternelles.”
Une telle grâce n'outrepasse pas la puissance de la très sainte Vierge. Dans certains cas, elle l’accomplit même, en dehors des voies ordinaires de la Providence.
Cependant, que les pécheurs audacieux qui seraient tentés d'abuser de la promesse de Marie, écoutent bien ces paroles: Ils comptent en vain sur la vertu du scapulaire, parce que, s'ils meurent dans l'impénitence, ils mourront, très certainement, dépouillés de cet habit de bénédiction. Couverts aujourd’hui de la livrée du Carmel, comme d’un bouclier impénétrable aux traits de la colère divine, ils s'imaginens n'avoir plus rien à redouter de ce Dieu qu'ils ne cessent d'outrager. Ils se trompent étrangement. Ils apprendront, tôt ou tard, à leurs dépens, qu'on ne pro-
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fane pas impunément les choses saintes.
Il viendra un jour, où ce Dieu, dont ils ont foulé aux pieds les. préceptes et bravéle courroux, se rira d'eux à son tour. Toujours plein d'équité dans ses jugements, il saura bien trouver, dans sa sagesse, le moyen de les dépouiller de cet habit sacré, qu'ils croient ne pouvoir leur être enlevé. Sans faire la moindre violence à leur volonté libre, Dieu permettra que dans un moment de délire ou de fureur, ils arrachent euxmêmes de leur poitrine, ce vêtement de bénédiction dont ils ont si indignement abusé.
Ce n'est pas là, malheureusement, une supposition gratuite, inventée pour frapper l'imagination de terreur. En parlant ainsi, nous ne faisons que traduire les enseignements de l'expérience.
Voici ce que raconta, en 1875, un jeune homme qui venait d’être reçu dans la confrérie du saint scapulaire. Le fait s'était passé assez récemment dans sa paroisse, et il en avait parfaitement connu le triste héros.
Trait.—Æxemple d'un endurci qui meurt dépouillé de son scapulaire. — Un homme, livré au vice honteux de l'ivrognerie, et à
tous les désordres qui en sont ordinairement la suite, donnait de grands scandales dans le pays. Il n’entrait jamais dans l’église, et ne pouvait voir un prêtre sans blasphémer. Il ne cessait pourtant pas de porter le scapulaire qu'il avait sans doute reçu dans sa jeunesse après la première communion. La maladie, celle dont il devait mourir, vint le surprendre au milieu de ses désordres. Elle fit de si rapides progrès qu'il se trouva bientôt réduit à la dernière extrémité. L'approche de la mort ne changea rien à ses sentiments ; il refusa obstinément de voir le prêtre. Or, quelques jours avant de rendre l’âme, il tomba dans une espèce de léthargie que l’on considéra comme un indice certain de sa fin très prochaine. On s'attendait à chaque instant à recueillir son dernier soupir. Mais voilà que, tout à coup, les personnes qui entouraient son lit, le voient s’agiter, se débattre avec une extrême violence, comme un homme qui cherche à se débarrasser d’un
grand poids sous lequel il est pris. On s'empresse autour de lui, on lui demande ce qu'il, éprouve : ‘“ J'étouffe... s'écrie le moribond avec une sorte de désespoir, # J'étouffe... et, en disant ces paroles, il
se met à écarter, des deux mains, avec une fiévreuse impatience, les vêtements qui couvraient sa poitrine. Ayant enfin rencontré son scapulaire, “ Voilà, dit-il, ce qui me fait tant souffrir”... et, l’arrachant aussitôt, il le jeta loin de lui. Le malheureux devint en effet plus calme, il se sentit soulagé. Mais, un moment après, il expirait, dans toutes les apparences de la réprobation, et wépouillé de son scapulatre (1).
De tels exemples sont terribles, il faut l'avouer. Mais ils sont de nature à pénétrer, d’une crainte salutaire, les pécheurs audacieux qui seraient tentés de s'appuyer sur des espérances illusoires, en abusant du scapulaire de Notre-Dame du Mont- Carmel.
(1) Chroniques du Carmel, Alost, en Belgique, sept., 189