‹ Le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel [microforme]Chapitre 30 sur 52 · COQ · texte numérisé non relu

COQ

E scapulaire gage d’aili- MEQTS ance,— Quand les personnes

NS de la terre contractent une 2% alliance entre elles, c'est une

Ne cette alliance par un objet précieux, qu'on appelle gage. On considère ordinairement ce gage, comme un dépôt sacré, garantissant la foi de celui qui le donne, et de celui qui le reçoit. Il est comme le

ont-

très pars jel — e et

ailinnes

nœud qui tient les deux parties unies, et rend leur alliance inviolable. Cet usage antique est reçu dans l'Eglise. Lorsque, par exemple, le prêtre préside au sacrement de mariage, il bénit un anneau, que l'époux met lui-même au doigt de l'épouse, comme gage de leur union indissoluble.

Or, la très sainte Vierge, voulant contracter une alliance avec ses enfants de la terre, leur donna le scapulaire du Carmel comme gage de. cette alliance. C'est la garantie extérieure, le signe sensible qu’elle remet entre leurs mains, afin qu’ils n’oublient jamais l'union qu'ils ont contractée avec elle. Cette alliance est stable et permanente de sa nature, parce qu'elle est fondée sur la bonté de notre Mère du ciel, qui ne change jamais. Il est vrai qu’en vertu du libre arbitre, le confrère du scapulaire peut briser son engagement en se dépouillant du scapulaire; mais tant qu'il le porte, il conserve toujours son titre d’allié de la très sainte Vierge. Fâût-il pécheur, criminel, il est encore, malgré sa perversité, un enfant privilégié de Marie. C’est un enfant dénaturé, un enfant de perdition, mais enfin c’est un enfant de Marie, parce que l'alliance contractée avec la Mère de Dieu dure aussi

longtemps que le confrère porte fidèlement son scapulaire. Ses insultes, ses ingratitudes ne détruisent pas plus cette alliance sacrée, que les mauvais traitements d’un méchant époux envers son épouse ne détruisent l'alliance contractée avec elle.

La très sainte Vierge reste fidèle à ses promesses en dépit de la malice et de la culpabilité de ses enfants. Toujours et partout, elle protégera le pécheur revêtu de son scapulaire. Le seul fait de le voir avec ce gage céleste, rappellera à cette tendre Mère son alliance avec jui. Grâce à ce signe sacré, Marie saura trouver un moyen plus efficace et plus puissant que d'ordinaire, pour convertir le malheureux en danger de périr. Par son alliance avec la très sainte Vierge, le confrère du scapulaire est devenu plus intimement uni à la volonté et au cœur de Marie. Depuis le jour où il a été revêtu de ce saint habit, tout ce qu'il fait la touche de plus près; ses vertus lui sont plus agréables et ses fautes plus sensibles ; elle est plus inclinée et plus prompte à le secourir.

Le chrétien qui n'est pas agrégé au scapulaire, n’est pas en état de recevoir les grâces de choix qui sont assurées à ceux

eux

qui portent le scapulaire. Mais du moment que le protégé de Marie se dépouille de son signe sacré, il brise son alliance avec Marie, et perd par le fait même, tous ses droits d'enfant privilégié de la Mère de Dieu.

Les pécheurs impénitents morts sans scapulaires, et la conversion des plus endurcis trépassant avec ce saint habit, prouvent chaque jour que le scapulaire n’est pas un gage inutile de l'alliance contractée avec la Vierge fidèle. Citons deux exemples qui confirment cette assertion d’une manière frappante.

Exemple. — Une mauvaise femme se dépouillant de son scapulaire. — Voici un trait bien affligeant, rapporté par le savant et pieux Père de la Colombière.

Une jeune personne eut le malheur d’oublier les bons principes qu'on lui avait inculqués dès son enfance. Elle se mit à lire de mauvais livres, et, en fréquentant des compagnies dangereuses, commit une grande faute qui compromettait son honneur. Dévorée par le remords, au lieu de se jeter aux pieds Jésus et de Marie pour implorer miséricorde, elle se laissa aller au désespoir, le seul crime irrémissible,

Agitée par les plus sombres pensées, elle se précipite dans la rivière; mais, quel n’est pas son étonnement, en voyant que, quoiqu’elle ne sache pas nager, elle ne peut néanmoins parvenir à se noyer; et que, malgré ses efforts, elle reste toujours à la surface de l’eau.

Cependant un pêcheur, qui l’avait aperçue lorsqu'elle accomplissait son crime, courut à son secours, mais voilà qu'au moment où il allait l’atteindre, elle arrache son scapulaire et le jette loin d'elle; et à l'instant elle s’enfonce non pas seulement dans les flots, mais encore dans les abîmes sans fond et sans rivage de l'éternité (1).

Exemple. — Un vieux pécheur guéri et converti par le scapulaire du Carmel. — En 1834, vivait à Angoulème un ancien cuirassier qui, n'ayant plus la force de supporter certaines peines secrètes, résolut de s’ôter la vie. Il prit à cet effet une forte dose d'un poison très actif. Il ne tarda pas à ressentir de violentes douleurs d’entrailles, signe certain de sa mort prochaine. Pour cacher son crime, il se rend à l’hôpital, espérant de mourir là inaperçu, comme un

(1) Za Dévotion à Marie en cxemples, par le R. P. Huguet, Mariste, chap. 1.

et,

malade ordinaire. Mais on lui répond qu'il ne peut être reçu sans un billet de l'administration. Le malheureux, forcé de se retirer, ne sait plus que devenir. Dans son trouble, il se sent serrer les bras, et entend

une voix qui lui dit : “ Va à Saint-Pierre te

confesser.” — Frappé de cet avertissement, il se rend à l’église désignée, et fait demander un confesseur. Celui-ci accablé de fatigue, lui fait dire de se présenter à un autre moment : on était en carême et il] était déjà tard. Le malheureux fait de nouvelles instances, et assure que plus tard il ne sera plus temps. Le prêtre se rend au confessionnal, le pénitent lui déclare qu'il vient de s’empoisonner. Le prêtre l'oblige à divulguer le secret afin d'y apporter remède. Le militaire, touché par la grâce, y consent. Mais le feu lui brûle déjà les entrailles, les douleurs aigües le jettent dans un état désespérant. Le prêtre le tire hors du confessionnal et se hâte de le transporter à l’hospice. Tandis qu’on lui prépare le contrepoison, le malade devient pâle, son teint livide, ses yeux voilés, tout annonce une mort imminente. Le confesseur commence les litanies de la sainte Vierge, tout le monde se met à

genoux et répond avec piété. A la première invocation, on sent le poulx du moribond revenir; peu après il prononce quelques paroles : “O! mon Père, dit-il, priez, priez encore;” puis il pousse un soupir et dit: “Sainte Vierge Marie, priez pour moi.” — Bientôt la connaissance lui revint entièrement. Le confesseur étonné lui demande s’il n’a pas conservé quelques pratiques de piété.— Non, mon Père, répond le moribond, depuis longtemps, je ne fais aucune prière.” Mais, après avoir réfléchi un instant, il découvre sa poitrine et montre son scapulaire : — “ Voici le seul signe de piété que j'ai conservé. — Oh! mon ami, s'écriele prêtre, c’est la sainte Vierge Marie qui vous a sauvé par le scapulaire.” Sur ces entrefaites, le médecin arrive; après avoir entendu les détails, il assura qu’une puissance supérieure seule a pu prolonger la vie du malade au delà de deux heures après la prise du poison, un des plus actifs que l’on connaisse. Et cg heures s'étaient écoulées depuis ce moment fatal!... Le contrepoison devint inutile. Le malade était sauvé par le scapulaire, gage d'alliance sacrée avec la Reine du ciel (1).

(1) Chroniques du Carmel, de Bruxelles, novembre 1894.

Le scapulaire du Carmel comparé au serpent d’airain et à l’arc-en-ciel.

— Îl ne faut pas s'étonner si la sainte Vierge exige un gage sensible d'alliance de ceux qu’elle s'engage à protéger. Elle leur fournit par là un moyen d’avoir une marque extérieure de sa protection, et de coopérer, en portant fidèlement leur scapulaire, à la protection qui concerne leur salut éternel.

“ Car Dieu, dit saint Augustin, qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous.”

En remettant à ses enfants ce gage sacré de son alliance, la sainte Vierge ne fait d’ailleurs qu'imiter Dieu lui-même, qui, à des temps plus reculés, prit, lui aussi, des engagements envers l'humanité, ou lui promit des faveurs qu'il cacha sous des symboles extérieurs. Témoin : / Arc-en-ciel et le Serpent d'airain qui ont des traits d'une ressemblance frappante avec le scapulaire. .

L'arc-en-ciel, — À peine Noé fut-il sorti de l’Arche, que son premier sentiment le porta à un acte de reconnaissance. Il offrit un sacrifice au Seigneur, et le Seigneur lui promit de ne plus faire périr le monde par un déluge universel. Il lui donna

EE dd à Art ta FE re A and ms dtac dde t a “ PERTE

l'arc-en ciel pour gage de sa promesse.

‘ Voici, lui dit le Seigneur, le signe de l'al- “ Jiance que j'établis pour jamais entre les “ Aommes el mot: Lorsque j'aurai couvert ‘€ Je ciel de nuages, mon arc paraîtra dans les “ nuées, et je me souviendrat, en le voyané, de “ Ja promesse que j'ai faite de ne jamais plus “« submerger le monde par une inondation “ générale (1).” —Cela ne voulait point dire qu'avant le déluge on n’eût point encore vu d’arc-en-ciel ; mais ce phénomène physique devint, dès ce moment, par l'institution de Dieu, un signe céleste, un garant que Dieu ne ferait plus périr le genre humain par un déluge. Il est évident que l’arc-en-ciel n'avait pas en lui-même la vertu de fermer miraculeusement les cataractes du ciel. Cet arc était simplement le signe, le mémorial de la promesse solennelle par laquelle Dieu s'est engagé à ne plus détruire l'humanité par un nouveau déluge. Aussi longtemps que ce signg subsistera, le Seigneur tiendra la parole qu’il a donnée à Noé.

Le serpent d'airain. — Les Israélites fatigués de leurs marches dans le désert, s'étaient laissés aller au murmure contre

(1) Genèse, chap. IX, v. 13.

tre

Moïse, En punition de ce péché, le Seigneur envoya contre eux des serpents dont la morsure, brûlante comme le feu, leur donnait la mort. Dans ce pressant danger, ils coururent à la tente de Moïse: ‘“ Nous avons péché en parlant contre le Seigneur et contre vous, lui dirent-ils, priez-le de nous délivrer de ces serpents.”

Moïse pria donc pour eux, et le Seigneur lui dit: “ Fais un serpent d'atrain, pose-le “sur ‘‘:n endroit élevé, afin qu'il serve de “ signe; quiconque le regardera sera guéri “ de sa blessure (1).” Moïse obéit, et le venin des serpents restait sans effet chez ceux qui avaient été mordus, dès qu'ils tournaient leurs regards mourants vers le serpent : d’airain. Ce serpent d’airain ne guérissait pas par sa propre vertu, ni par une vertu communiquée. Il n’était qu'un symbole, (c'est-à-dire un signe). De peur même que les Hébreux ne s’imaginassent faussement que ce morceau de métal travaillé fût doué d’une vertu surnaturelle, l'Esprit-Saint, dans le livre de la Sagesse leur rappelant plus tard ce prodige de la miséricorde divine, leur disait: Ce/uz qui

(x) Womb., chap. XXI, v. 6.

en effet Se tournait vers ce signe (le serpent d'airain) éaif guéri, non par ce qu'il voyait, mais par vous, le Sauveur de tous. Or, en cela vous avez montré... que c'est vous qui guérissez de tout mal (1).

Similitude ou rapport qui existe 1° entre le scapulaire et l'arc-en-ciel, 2 entre le sca- Puvaire et le serpent d'airain. — Comme l'arc-en-ciel est un signe d'alliance entre Dieu et la race humaine, ainsi le scapulaire est un gage d'alliance entre la très sainte Vierge et ses enfants du Carmel. C'est ce que la Mère de Dieu a clairement exprimé en disant au bienheureux Simon Stock :

We Reçois cet habit, ..... c'est le gage de paix et d'alliance éternelle...

2° Similitude entre le scapulaire et le serpent d'airain. — Comme le serpent d’airain le scapulaire du Mont-Carmel est ## sione de salut. Vaici, dit la très sainte Vierge, en présentant ce saint habit à son dévot serviteur, soics un signe de salut, En effet, le saint scapulaire est, pour celui qui le porte, le gage de son alliance avec la très sainte Vierge, et le sivxe certain de sa puissante protection.

(1) Sagesse, chap. XVI, v. 7 et 8.

Ou

+ ke.

Rapprochement entre le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel et les sacrements. — A la double similitude dont nous venons de parler, s'ajoute pour le scapulaire du Carmel une ressemblance encore plus précieuse, celle qu'on lui attribue avec les sacrements.

C'est, sans doute, à cause de cette ressemblance évidente, que d'anciens auteurs ont appelé le scapulaire du Carmel: Ze sacrement de la très sainte Vierge. Cette manière de parler est évidemment analogique (1), et c'est uniquement dans ce sens qu’il faut l’'employer. Elle trouve d'ailleurs sa justification dans plusieurs passages de la Sainte-Ecriture, où les écrivains sacrés donnent le nom de sacrements à des objets sensibles choisis pour signifier simplement différents mystères cachés. C'est ainsi que, dans l’Apocalypse, il est parlé dx sacrement des sept étoiles (2).

Au même titre, et pour des raisons à peu près semblables, le scapulaire du Carmel a pu être nommé aussi par analogie :

Le Sacrement de la très sainte Vierge. Ce

(1) Le mot analogie, conséquemment analogique, veut dire

le rapport, la similitude, la ressemblance qui existe entre plusieurs choses différentes.

. (2) Apoc., chap. 1, v. 20.

saint habit fut en effet choisi par la Mère de Dieu pour être le signe sensible de la grâce invisible de protection et de salut qu’elle accorde à tous ceux qui !e portent.

Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que le saint scapulaire nous sauve ordinairement, selon la mesure de notre foi et de notre confiance dans la parole de l'auguste Mère de Jésus. Souvent même, sans que nous y pensions, et sans que nous le sachions, il nous préserve de beaucoup de dangers qui menacent notre vie et nos intérêts spirituels. Ce saint habit nous sauve surtout à l’heure de notre mort, du plus grand de tous les maux : de la damnation éternelle. C’est la promesse formelle de la sainte Vierge: Wosci, dit-elle, #n signe de salut; quiconque mourra revêtu de ce saint habit, sera preservé des feux éternels.

Outre les traits miraculeux révélés au pu. blic et qui ort pour but de raviver la dévotion et la confiance des fidèles, il y a un autre genre de protection continuelle non moins réelle ni moins puissante. Elle consiste à prévenir les dangers qui menacent le corps ou l’âme, à disposer les événements avec

force et avec douceur pour le plus grand

bien de ceux qui portent le scapulaire,

> de ntéuve plus ation ae la e de saint

u pu otion autre noins ste à corps avec 0 rand 1laire,

Qui, en effet, peut savoir tous les dangers tant pour le corps que pour l’âme auxquels nous aurions été exposés, si un concours d'événements providentiels ne les avait détournés ou prévenus ? souvent, ce qui ne paraît qu'un simple hasard, nous fait changer de route, nous empêche de rencontrer une occasion dangereuse, etc. Le scapulaire nous obtient ainsi des marques journalières d’une protection spéciale, dont nous ne connaîtrons les effets admirables qu'au ciel.

Malgré ces étonnants privilèges et sa grande similitude avec les sacrements, le scapulaire du Carmel ne peut pourtant profiter à ceux qui en sont revêtus à la mort qu'en leur obtenant la puissante protection de Marie, par la raison que le scapulairé n'opère pas la grâce du salut par lui-même, ni par une vertu qui lui est communiquée.

Le scapulaire n'est qu'un signe, un gage qui assure l'assistance spéciale de l2 Reindu ciel. Mais cette tendre Mère reconnaîtra toujours pour son enfant quiconque sera revêtu de ce saint habit. Elle lui viendra en aide, le secourra partout où il sera, et tant qu'il portera ce signe sacré. Or, la très sainte Vierge est terrible à Satan,

comme une armée rangée en bataille. Fit comme le général reconnaît et secourt même au milieu du camp ennemi, ie soldat fidèle, revêtu de l'uniforme de son régiment, ainsi la Reine du ciel reconnaît et protège, jusque dans le camp de Satan, le chrétien qui porte l’habit céleste de son armée du scapulaire.

Mais, afin de détruire toute tausse idée sur la vertu intrinsèque du scapulaire, nous répéterons encore une fois que, malgré toutes ces prérogatives, le scapulaire n'est qu'un simple signe, qui n’a pas en lui-même la moindre efficacité propre de communiquer la grâce. Les sacrements seuls ont le privilège exclusif de la produire en nous, en vertu de l'institution divine, et du rite qui les accompagne.

Cependant des faits, et des faits très nombreux, sont là pour attester que, si l'habit de Marie ne procure point par luimême le salut des pécheurs, il ne leur en ouvre pas moins sûrement la voie. Le scapulaire est comme la préparation et l’introduction aux sacrements de la sainte Eglise. A l’heure de la mort, celui qui est revêtu de l’habit de Marie, sera certainement préparé à recevoir le pardon de ses

péchés, soit par le sacrement de pénitence, soit par la contrition parfaite.

Notre pensée n’est pas de comparer le

scapulaire aux sacrements. Les sacrements occupent un rang à part, le premier rang, dans l'économie de Îla grâce ou du salut.

Aucune dévotion si sainte, si efficace qu’elle soit, ne saurait leur être comparée.

Toutefois, on peut considérer les sacrements sous deux points de vue bien distincts : en eux-mêmes et dans les individus qui les reçoivent. La première considération démontrera la supériorité incomparable des sacrements; [a seconde mettra en lumière le rôle exceptionnel que joue le scapulaire dans la préparation des pécheurs mourants pour recevoir dignement les sacrements, c'est-à-dire la grâce qui justifie devait Dieu.

Les sacrements considérés en eux-mêmes et le scapulaire. — Les sacrements ont Dieu pour anteur; le scapulaire nous vient de la Mère de Dieu qui, malgré son unique et incomparable dignité et sa prodigieuse élévation, n’en reste pas moins une créature,

et par conséquent à une distance infinie de la divinité.

D mm D hé ter oran eeerenagnnn ser eeeene = pee

gr À Se NE ls dt dt cn :

£ " Lg Bu ” a +

Les sacrements contiennent en euxmêmes la grâce qui justifie et qui sauve ; ils la produisent même infailliblement, pourvu que ceux qui les reçoivent n’y mettent pas d'obstacle ; le saint scapulaire, au contraire, ne contenant pas la grâce, ne saurait en commurn'auer, par lui-mème, la moindre effusion . ‘ee, alors même que cette âme serait la piu: : 1rfaite et la mieux disposée,

Enfin, les sacrements sont les canaux obligés de la grâce : c'est par eux que Dieu veut la répandre dans les âmes. Nul ne peut aller au ciel sans leur secours, surtout quand il s'agit du sacrement de Baptême qui nous fait chrétien, et du sacrement de Pénitence pour ceux qui, après le Baptême, ont eu le malheur de commettre des péchés mortels.

Le saint scapulaire, au contraire, n’est qu’une pratique de dévotion, très avantageuse sans doute pour le salut, mais tout à fait surérogatoire, et dont on peut rigoureusement se passer pour aller au ciel.

Les sacrements considérés dans les individus qui les reçoivent et le saint scapulaire.— Si nous considérons les sacrements dans leur influence actuelle sur tel ou tel individu en particulier, nous trouvons que maintes

fois, grâce à la protection de Marie, le saint scapulaire procure aux pécheurs une grâce de préparation, que les sacrements euxmêmes ne peuvent produire.

Les sacrements, quelque efficaces qu'ils

soient par eux-mêmes pour produire la

grâce, ne peuvent cependant la ccmmuniquer qu'aux âmes qui ont les dispositions requises. Or, ces dispositions, les sacrements ne les donnent pas, ils les présupposent comme une condition indispensable à leur action. Le sacrement de pénitence, par exemple, destiné à laver nos âmes de la souillure du péché, peut, en un instant, faire d’un enfant de colère un enfant de Dieu, un héritier de sa gloire. Mais un si grand bienfait n’est pas accordé indistinctement, et sans conditions, à tous ceux qui reçoivent ce sacrement. Il n’en est pas de même du scapulaire. Pour être reçu validement et avec fruit, le scapulaire n’exige ni l’état de grâce, ni même aucune des dispositions qui préparent immédiatement au recouvrement de la grâce, comme par exemple, la réception du sacrement de pénitence, Qu'on s’en revête, seulement par un faible sentiment de dévotion envers la très sainte Vierge, et alors, fût-on le plus endurci des

pécheurs, on acquiert un droit certain à la

toute puissante

protection de Marie pen-

dant la vie et surtout à l’heure de la mort.

Un tel pécheur pourra bien ne pas se convertir immédiatement ; mais tant qu'il a sur

ses épaules les

saintes livrées de Notre-

Dame, il reste toujours son protégé. S'il meurt avec ce saint scapulaire, il obtiendra par l Mère de Dieu une grâce efficace pour le purifier de ses péchés, et sera pré-

servé de l'enfer.

Souvent, les sacrements, malgré leur incontestable vertu sanctificatrice, demeurent

impuissants, et

leur effet, faute de dispositions convenables dans ceux qui les reçoivent. Le scapulaire

du Carmel, par

Marie, et en vertu de la promesse formelle de l’auguste Vierge, assure, en faveur du mourant qui le porte, l'efficacité des sacrements, en détruisant les obstacles qui

empêchent leur

une foule de cas, ce n'est que par le |:

scapulaire, ou mieux, par une protection spéciale de la très sainte Vierge, que les sacrements ont pu produire, dans les mourants, les effets de grâce qu'ils contiennent. Satan reconnaît lui-même son impuis-

manquent complètement

la protection spéciale de

cction justifiante, Dans

sance à lutter contre ceux qui portent le scapulaire. Il s'inquiète peu qu’on appelle le prêtre, qu'on parle de confession au mourant dépouillé de ce saint habit. Il lui est facile de combattre les paroles d’un prêtre, ou les exhortations d’une âme pieuse. Mais, quand ïl s’agit du scapulaire, le démon est effrayé, il se sent déjà vaincu.

Comme l'exemple suivant l’atteste, on a vu des vieillards cacher pendant des années et des années des péchés mortels, profaner même jusqu'aux derniers sacre ments avec calme et froideur; on les a vus changer soudainement de dispositions, dès qu’ils ont eu le bonheur insigne de recevoir, à cette heure.suprême, le scapulaire du Carmel. A partir de ce moment, une lumière divine a paru les éclairer; une force supérieure a brisé leur cœur, et les a disposés à recevoir dignement les sacrements dont ils s'étaient approchés jusque-là d’une manière sacrilège.

Exemple. — Ze converti du scapulaire, — Avant d'être évêque, monseigneur Galibert exerçait le saint ministère dans la Cochinchine. Il était plein de charité et de zèle pour le salut des âmes. Il visitait souvent les malades et les consolait à l'heure de la mort. ‘“ Un jour, raconte le zélé mis-

6 A mt és AUS sen ss eu

“ sionnaïte, passant devant la porte d’un “ vieillard de quatre-vingts ans, auquel “ j'avais administré les derniers sacrements, ‘ j’entrai dans sa demeure. Je m'aperçois “ qu'il ne porte pas de scapulaire, et j'en ‘ fais des reproches aux gens de la maison.

‘__ Mais, Père, il n’est pas reçu, me dit-on.— ‘“ Comment, ne vous ai-je pas dit, assez “ souvent, les avantages de cette dévotion ?

“ Sur le champ, j'envoyai, à la résidence, ‘“ mon petit servant de messe, qui revint ‘“ bientôt avec un scapulaire. Je le bénis, “ le fais baiser au mourant, le lui passe au ‘“ cou et m'éloigne. Son salut était assuré “ sil mourait avec ce saint habit.

‘“ J'avais à peine fait cinquante pas que “ la petite fille de l’Annamite courut après ‘“ moi. — Père, me dit-elle, daigne rentrer, “ le malade veut te parler. — Père, me dit “ le moribond, je sens que je vais mourir ; “ je ne dois donc plus tarder à décharger “ mon âme d’un poids qui l’accable. Ilya ‘“ soixante ans, je commis un crime et je ‘“ ne l'ai pas confessé. Reçois-en l’aveu “ dans ton cœur, je le fais bien humble- “ ment, Père, mon âme est brisée de “ douleur, pardonne-moi, — Puis, avec moi ‘“ seul, il fit sa confession au milieu de

“ larmes, le pardon fut donné, et il mourut “ le lendemain.”

Le pieux missionnaire attribua cette conversion si subite au scapulaire que le malade venait de recevoir (1).

En effet, il est bien manifeste que cette conversion a été produite par la vertu du scapulaire. Voici un pécheur qui vit dans le sacrilège depuis soixante ans. Il a profané les derniers sacrements, et tout porte à croire quil serait mort avec le crime secret qui le rongeait. Mais au dernier jour de sa vie, il est revêtu du saint scapulaire. Il l’a à peine reçu, qu’il confesse son péché avec larmes et meurt en donnant les

marques les plus certaines d’un cœur vrai-

ment repentant.

Satan connaît parfaitement bien la vertu du scapulaire ; il sait également que les défaites qu'il essuie auprès des mourants, qu'il avait tenus jusqu'alors sous sa domination, sont le plus souvent dues à ce saint habit de Marie.

Aussi, à cette heure suprême, l’une de ses plus fortes et de ses plus artificieuses tentations, est d'essayer, par tous les moy-

(1) Wie de Mgr Galibert, vicaire apostolique de la Cochinchine Orientale, par Tessayre, d'après les ja os du Carme., oct. 1897.

ens possibles, de dépouiller les moribonds de leur scapulaire. Le trait suivant, rapporté par un missionnaire de Madagascar, nous donne une idée des ruses et des efforts qu'emploie cet ennemi des âmes pour atteindre son but infernal.

Trait. — Le scapulaire du Carmel et les assauts du démon.— Marie, mère du chef de mes catéchistes, était malade sur son lit de mort. Elle était assaillie par des tentations si violentes et si terribles, que parfois elle semblait hors d'elle-même. Tout à coup elle porte la main à son épaule, et, désignant son scapulaire du Carmel, elle crie avec effort : “ Enlevez-le! enlevez-le!

cela me brûle; c'est cela qui me rend malade et me tue !— Non, maman, lui dit son fils Jean, c'est le diable qui vous trompe ; afin de le chasser, nous allons réciter le chapelet pour vous.

L'assistance se met à genoux, et commence le chapelet. La prière terminée, la malade cherche encore à ôter son scapulaire qui, dit-elle, la brûle douloureusement. On récite de nouveau le chapelet, on en recommence un autre, bref, on continue à prier sans relâche. Le croira-t-on? Ce ne fut qu’au huitième chapelet que le démon

ls | fut vaincu. À partir de ce moment les cris, D- les souffrances et les efforts de la malade r, cessèrent complètement. Elle parut entrer ts dans une sorte d’extase aussi consolante ur que rassurante pour sa famille et elle s’écria : M

“# Voilà la Vierge Marie qui vient me chercher et qui me reconnaît pour sa fille à la vue de son scapulaire du Carmel. Oh!

merci, mes chers enfants, de m'avoir forcée à le garder!” Quelques instants après, cette mère, demeurée fidèle à Notre-Dame du Mont-Carmel, s'endormit en paix dans le Seigneur (1).

Le rapprochement que nous nous sommes permis de faire entre le scapulaire et les sacrements, tout en rehaussant le prix de cet habit céleste, doit aussi faire estimer et respecter davantage les sacrements institués par Dieu lui-même. Si, en effet, le scapulaire, malgré ses privilèges admirables, n’est que la voie qui conduit plus sûrement à ces sources de grâces, quelles ne doivent pas être la sublimité et la valeur incompréhensibles des sacrements eux-mêmes.

Ils sont au scapulaire ce que le terme du voyage est au chemin qui y conduit. L’accord le plus parfait doit donc toujours

(t) Annales de la Propagation de la Foi.

A oh OT EDR tt + À ON ce ES

Eh Var 5

€ dr Se

exister entre l’un et l’autre. Celui qui méprise le scapulaire offense la Mère de Dieu, et mépriser les sacrements c’est offenser Dieu. Or, de même qu'on ne peut offenser la mère de Jésus, sans offenser Jésus et réciproquement, ainsi on ne peut mépriser les sacrements sans mépriser le scapulaire.

Il ne faut donc jamais, sous aucun prétexte, se servir du scapulaire pour abuser des sacrements. Si quelqu'un était tenté de se rendre coupable d’un si grand péché, qu'il lise attentivement le fait suivant, il l’aidera, nous l’espérons, à vaincre une tentation si funeste.

Trait. — Un pécheur mort en rébrouvé parce qu'il s'est servi de son scapulaire pour mépriser les sacrements. — J'ai lu dans un pieux auteur, qu'un homme qui vivait dans l'habitude du péché mortel, avait pris le saint scapulaire et le portait constamment; à ceux qui le pressaient de se convertir, il répondait en ricanant, qu'il n'avait pas besoin de s’en préoccuper, puisque avec son scapulaire, il était bien sûr d'échapper aux flammes éternelles. Arriva la dernière maladie ; le curé fit tous ses efforts pour toucher ce malheureux et l'amener à une sincère conversion. Peine perdue.— A quoi

bon me confesser disait cet endurci; j'ai un passe-port pour le ciel qui vaut mieux que les absolutions du curé; ses parents, ses amis, rangés autour de son lit d’agonie, étaient consternés d’une si grande impiété.

Cependant la mort approchait, tout à coup le moribond se lève à demi sur sa couche, ses yeux sont hagards, ses gestes convulsifs. — Le démon ! le démon... s’écrie-t-il, ne voyez-vous pas le démon qui vient me saisir? Alors, prenant le scapulaire qu'il portait, il le jette loin de lui, et retombe en expirant au milieu de lugubres éclats de rire. Exemple terrible pour tous ceux qui seraient tentés d’abuser du scapulaire aux dépens des sacrements (1).

En terminant ce chapitre, répétons les paroles de Beringer. “Pour obtenir la grâce d’une bonne mort, c'est-à-dire, pour être préservé des feux de l'enfer il faut, ditil, 1° appartenir à la Confrérie de Notre- Dame du Mont-Carmel, 2° porter toujours le scapulaire avec piété, (c'est-à-dire, en s'appliquant à mener une vie chrétienne), et en être revêtu au moment de la mort.

Sans doute, les efforts que l’on fait pour

(1) Louvet, Le Purgatoire d'après la rev{lation des saints, page 367.

mener une vie chrétienne sont déjà une garantie contre le feu de l'enfer; mais la persérance finale n’en est pas moins une grâce spéciale, que la très sainte Vierge, selon sa promesse, met toute sa sollicitude à obtenir aux membres de la confrérie du scapulaire (1).

(1) Beringer, Les Zndulgences, tome IL, page 198.

Page 1