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LA DIE ET LES OFFRANDES FAITES POUR LE GULTE DIVIN

Dieu maître absolu des biens de la terre — Devoirs de l’homme à ce sujet.

œOMME nous l'avons annoncé, s nous ajoutons à cet ouvrage quelques considérations sur la & dîme. Nous en profitons pour dire un mot des constructions d'églises. Notre but principal est de faire comprendre aux fidèles, qu’en payant la dîme ou en donnant à l’église, il s’'acquitte d'un

devoir d'hommage, de respect et de sou-

mission envers Dieu, en le reconnaissant comme l'Etre suprême et le Maître absolu des biens de la terre.

Il y a, sans doute, plusieurs manières de reconnaître le domaine suprême de Dieu et de lui manifester sa soumission et sa gratitude à l'égard des biens de la terre.

L'Eglise néanmoins nous indique trois moyens qui les résument tous, et qui sont comme les actes officiels scellés de l'autorité divine. Ces moyens sont: l’aumône, la dîme et les contributions offertes pour les frais du culte ou la construction des églises. Les deux derniers feront seuls l'objet des considérations qui vont suivre. Du reste, ces trois modes, quoique distincts dans leur application, découlent pourtant d’un même principe.

Ce principe n’est autre que les droits de Dieu lui-même. En effet, Dieu a tout créé ; le monde entier lui appartient d'une manière infiniment plus parfaite que le vase d'argile n'appartient au potier qui l'a façonné. Dieu est donc le maître absolu de tout ce qui existe. Bien plus, dans sa bonté infinie, il a daigné adapter à nos besains, et mettre à notre usage tout ce qui nous entoure ; mais, ne l’oublions pas, il veut

être reconnu comme l’Etre Suprême et le Maître absolu de ces biens. De là, incombe à tout homme vivant sur la terre, un double devoir : devoir d'hommage et de respect à ce Dieu suprême; devoir de reconnaissance et de sou nission à ce Dieu infiniment bon et Maître absolu de toutes choses.

Ce double devoir, tout homme est tenu de l’accomplir d'esprit et de cœur, car Dieu veut, avant tout, être adoré en esprit et en vérité. Il doit de plus être manifesté d’une manière sensible, vu que ici-bas, nous ne comprenons et n'agissons qu'à l’aide des sens. Si ce même devoir se rapporte au souverain domaine de Dieu sur les choses temporelles, il devient évident que tous ceux qui les possèdent doivent à plus forte raison, en rendre un témoignage extérieur de gratitude et de soumission.

Aussi voyons-nous que, dès l'origine du monde, ‘ans la famille d'Adam, Caïn et Abel offrent à D'eu des fruits de la terre et lui immolent des animaux en victimes.

Plus tard, sous la loi mosaïque, le Seigneur détermina lui-même les dons qu’on devait lu’ faire. Il réclama les prémices et les cixièrues tant des fruits de la terre que des.

animaux qui passent sous la houlette (1).

Ce qui était ainsi présenté au Seigneur devenait une chose sainte et ne pouvait plus être employé à aucun usage profane.

Une partie de ces offrandes était consumée par le feu en sacrifice, l’autre était exclusivement réservée à l'entretien des vrêtres et du temple.

Notre-Seigneur c: venant sur la terre perfectionna ce précepte en l'étendant jusqu'au détachement intérieur des biens de la terre; de plus, il confirma la loi judaïque en déclarant, de nouveau, que le ministre de l'autel doit être entretenu par ceux qui bénificient de son ministère. Voilà pourquoi la sainte Eglise a conservé la dîme; toutefois elle a grandement adouci le mode de la payer. En effet, aujourd'hui, on ne donne pas même la moitié de ce qui a été autrefois ordonné par Dieu.

(1) La houlette était une espèce de bâton un peu recourbé, à l’usage du berger, cle servait non seulement à empêcher les brebis de s’éloignèr, mais encore à compter le bétail quand il sortait de l’étable ou qu’il y rentrait. Lorsoue le temps de payer la dîme sainte était venu, disent les rabbins, on trempait cette houlette dans une teinture rouge, et elle servait à marquer les animaux que le sort avait désignés pour être la portion du Seigneur. Ce devait être indistinctement tous les dixièmes, Ce détail aide à comprendre res mots: ‘On ne choisira ni un bon, ni un mauvais et on ne changera point l’un pour l’autre” (Filion, commentaire),

Ainsi, dans la province de Québec, l'offrande se réduit au vingt-sixième minot de certains grains; et en quelques endroits, à cinq ou dix centins par arpent de terre, etc. Dans les villes et les villages, l’offrande n'est que d'une ou deux piastres, selon les circonstances,

Les églises honorent Dieu — Zèle et générosité à les construire.

Les églises.— Les églises font la gloire de Dieu sur la terre. Celui qui contribue à élever de beaux temples, contribue par là même à glorifier le Seigneur. Notre peuple, quoique jeune encore, peut se glorifier, à juste titre, d'avoir toujours été généreux et empressé à bâtir des édifices dignes de la majesté divine. Nos superbes cathédrales, nos riches églises tant des villes que des campagnes sont des monuments qui redisent assez hautement la foi du peuple canadien et les sacrifices qu'il n’a cessé de s'imposer dans ce noble but, Aujourd’hui il est encore consolant de voir ce que fait la majorité des fidèles pour l'honneur du culte et de la religion. Aussi des. institutions religieuses ont été élevées en giand nombre et à grands frais, et les

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églises actuelles l’'emportent même en beauté et en richesse sur les anciennes, C'est sans doute cet esprit de foi et de sacrifice qui a attiré tant de bénédictions sur nos bonnes familles canadiennes.

Mais ce zèle n’est plus aussi général et unanime qu'autrefois. Les réparations et les constructions d’églises font souvent naître des disputes et des divisions. Au milieu du dévouement général, s'élèvent des voix discorcantes qui prétendent que les dépenses faites pour les édifices religieux sont inutiles et extravagantes, que la religion coûte trop cher, etc. etc. Ces voix trompeuses trouvent parfois écho dans les cœurs, et suscitent des obstacles sérieux aux fidèles généreux et bien disposés.

Espérons qu’un tel esprit sera énergiquement repoussé par les bons catholiques et finira même par disparaître complètement, car personne ne peut raisonnablement contester la nécessité d'élever des temples au Seigneur. En effet, si dans chaque pays, le roi a son palais, serait-il juste que le Roi = ciel et de la terre fût privé d’une demeure? Si les hommes se construisent de superbes édifices pour tenir leurs délibérations, pour rendre la justice, ou même

pour s'amuser, est-il moins raisonnable qu'ils aient des églises pour prier Dieu et ladorer ? Serait-il convenable d'adorer le Seigneur sous des tentes et de se loger soi-même dans des maisons somptueuses, agréables et commodes ? Dieu prétend avoir ses temples sur la terre ; il l'a déclaré lui-même par son prophète quand il dit: “ Pétissez ma maison, ef j'y ferai éclater ma gloire (1).

Il est inutile d'ajouter que les églises étant lespalais de Dieu devraient surpasser en richesse et en splendeur les plus opulentes demeures des hommes. Tout ce qui se rapporte à Dieu doit toujours être ce qu'il y a de plus précieux et de plus riche, parce que Dieu est infiniment grand, bon et parfait.

Il ne faut donc jamais craindre de donner à Dieu avec trop d’abondance, il ne faut pas redouter davantage les constructions.

d'églises. Si le bon Dieu a établi l'homme le roi de la terre, s’il a mis à sa disposition l'or, l'argent, etc. etc., est-ce un si grand sacrifice d'employer une petite partie de ces biens pour élever des temples à la divine Majesté. La demeure doit répondre à la condition de celui qui l’habite, Le

(1) Aggée, ch. I, v. 4.

palais convient au roi; une maison simple et modeste au serviteur. Et de même que ce serait insulter un prince que de loger son valet dans une habitation plus belle que la sienne ou qui lui serait simplement semblable, ainsi, on ferait injure à la Majesté de Dieu en ayant pour soi-même un domicile somptueux pendant qu’on bâtit dans la paroisse une église pauvre et commune, L'Ecriture-Sainte nous montre que le Seigneur désire avoir sur la terre des demeures dignes de lui; elle nous raconte que, quand il confia au roi Salomon le soin de lui bâtir un temple, il le voulut incomparablement plus riche et plus beau que tous les chefs-d'œuvres d'alors. Aussi, pour se conformer au désir de Dieu, Salomon, doué d’une sagesse extraordinaire, n’épargna ni peines ni dépenses pour donner au temple de Jérusalem toute la magnificence possible. Il choisit les ouvriers les plus habiles dans l’art de ciseler les pierres précieuses, de sculpter le marbre, de tailler la pierre, etc. L'or, les bois les plus rares, les cèdres du Liban y furent employés avec profusion. Quand le temple fut achevé, le Seigneur apparut à Salomon et lui dit:

“« F'ai sanctifié cette maison que tu mas

bâtie. mon nom, mes yeux et mon cœur seront toujours là. Cetlté maison sera un témoignage de foi et de pieté. Quant à toi, st du fais ce que je l'ai commandé, j'affermiyat pour toujours ton trône sur le royaume d'Israël (1).”

Ce qu'on donne à Dieu, cher lecteur, n'est jamais perdu, il le rend toujours au centuple. Ceux qui versent des dons généreux dans le sein de l'Eglise sont toujours bénis de Dieu, et très souvent d’une manière évidente jusque dans leurs biens temporels. Les contributions données pour les églises n’ont jamais appauvri personne.

Après tout Dieu ne demande qu’une faible part de ce qu'il donne si généreusement chaque jour. Mais s’il distribue gratuitement ses bienfaits avec tant d'abondance, peut-il permettre que ceux qui s’en montrent reconnaissants en souffrent un dommage réel ? Certainement non! C’est donc un faux calcul que de dire : Notre église coûte trop cher, quand elle n’est que convenable. Il ne faut pas dire davantage :

Les années sont trop mauvaises pour bâtir une église, attendons, attendons des temps meilleurs. Souvent, d'ailleurs, ce sont nos

(1) III Livre des Rois, ch, IX, v. set 5,

péchés qui ferment le ciel, Dieu n'attend parfois qu'une aumône, qu'un sacrifice général de toute une paroisse, d'un pays même, pour faire cesser les châtiments qui pèsent sur une contrée. Eh bien! les offrandes versées avec esprit de foi dans le trésor de l'Eglise contribuent plus qu'on ne le pense, à bien préparer les âmes à la grâce et à apaiser la colère divine. Ces dons sont des sacrifices, et le sacrifice ne manque jamais de toucher le cœur de Dieu.

L'Ecriture-Sainte nous Èn offre un trait frappant.

Exemple. — Ze peuple hébren chétié par Dieu à cause de sa négligence à rebêtir de temple. — Quand les Hébreux furent revenus de la captivité de Babylone, ils relevèrent les institutions nécessaires à l'Etat. La reconstruction du temple fut aussi commencée; mais elle fut bientôt interrompue par les intrigues des Samaritains (1), puis.enfin interdite par le roi de Perse (2). Ces obstacles disparurent, mais le peuple juif se montra négligent à reprendre les travaux, tandis que chacun

(1) IV Rois, ch. XVII-XXIV, (2) I Esdras, ch. IV, v. 6-24.

s'empressait d'achever et d’orner sa propre maison de riches boiseries.

Le Seigneur s'offensa d’une insouciance aussi évidente que coupable, Il punit le peuple par la famine, la sécheresse, etc., puis il envoya le prophète Aggée spécialement pour ordonner la reconstruction du temple. Les Israélites essayèrent de justifier leur négligence en disant : “ Ze emps de rebütir la maison de Dieu n'est pas encore venu” Voici la réponse que leur fit le Seigneur par son prophète : “ Æsf-il lemps pour vous de demeurer dans des maisons que vous ornez de riches boiseries, pendant que ma maison est déserte? Vous avez semé beaucoup et vous avez recueilli peu; vous avez espéré de grands biens, vous les avez portés à votre maison, et mon souffle a tout dissipé. Et pourquoi ? Parceque ma maison est déserte, pendant que chacun ne s'empresse que pour la sienne. C'est pour cela que j'ai commandé aux cieux de ne pas verser leur rosée et que j'at défendu à la terre de ne rien produire. C'est pour cela que j'ai fait venir la sécheresse et la stérilité sur la ! rre, sur de blé, sur les hommes, sur les betes el sur tous les travaux de vos mains...(1) L'ar-

(1) Aggée, chap. KE v. 10-11.

gent est à mot et l'or aussi est à mot (1).

Bâtissez ma maison, et elle me sera agréable; et jy ferait éclater ma gloire.” Le peuple, touché de cet avertissement, reprit la reconstruction du temple (2).

Qu'arriva-t-il ? Les premières pierres étaient à peine posées, que le Seigneur promit de faire cesser son châtiment, et dit: “ Gravez bien dans vos cœurs tout ce qui se passera à l'avenir. Ne voyez-vous pas que les grains n'ont pas encore germé, que la vigne, que les figuiers, que les prenadiers, que les oliviers nont pas encore fieuri? Mais dès ce jour je bénirai tout...

Fe me charge de vous, je vous prendrai sous ma protection. . . (3).

Ce qui s’est passé chez le peuple hébreu, il y a plus de deux mille ans, se reproduit encore de nos jours. Aujourd'hui, comme en ce temps-là, on est rempli de sollicitude pour soi-même, tandis qu'on se montre négligent et insouciant pour les choses de Dieu, pour son culte. Ilya beaucoup plus de diamants, de pierres précieuses qui ornent les toilettes des per-

(1) Aggée, chap. II, v. 9.

(2) ïbid chap. I, v 8.

(3) ibid chap. II, v. 19, 20, 24.

An D

sonnes du monde, qu'il n'y en a sur les vases sacrés, On n'est jamais assez bien logé soi-même tandis qu’on trouve toujours l'église assez belle et assez riche. En un mot on est plus soucieux de son bien-être personnel, de sa gloire, de ses intérts matériels qu'on ne l’est de la gloire et des intérêts du bon Dieu. En agissant ainsi, on offense le Seigneur et on travaille contre soi-même.

Soyons convaincus que ceux qui donnent à l'Eglise avec esprit de foi, font à Dieu un don qui sera pour eux une source de riches bénédictions. Il est vrai que le Seigneur accorde surtout des fruits spirituels, qui, après tout, sont les meilleurs. Cependant, soit pour fortifier la foi des faibles, soit pour ouvrir les yeux aux aveugles, il châtie parfois dans leurs biens temporels les avares qui‘refusent de faire leur offrande à l'Eglise, tandis qu’il préserve la fortune de ceux qui sont généreux envers Lui. Dieu veut prouver par là qu'une puissance supérieure dispose des biens de la terre, et que c’est elle qui demande par les pasteurs de l'Eglise. Les avares sont ainsi forcés de sacrifier et, la plupart du temps sans mérite, une somme quelquefois plus forte que

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celle qui leur aurait valu une récompense éternelle s'ils l'avaient fait passer par les mains des ministres du Seigneur, Heureux encore si, éclairés d'en haut, ils profitent de ces châtiments pour revenir à de meilleurs dispositions. C'est la douce consolation que va nous procurer le trait suivant.

Trait.—Un orage de gréle détruit la récolte d'un parsissien, et laisse intacte cells des autres—Üne pauvre paroisse n'avait qu'une vieille chapelle de bois. Elle tombait en ruine, et se trouvait d’ailleurs trop petite pour la population. Le curé résolut d'en. construire une autre. Il fit part de son plan à ses paroissiens ; presque tous le secondèrent, Il y eut un zèle, un entrain peu ordinaire. L'église fut bien vite bâtie.

Les souscriptions marchaient de pair avec la construction. En trois ans, le bon curé ecueillit la somme de vingt-deux mille piastres ($22,000.00),et paya complètement son église. Tout le monde était content et chacun se trouvait aussi riche qu'auparavant.

Restait un homme, d’ailleurs estimable, qui n'avait pas suivi le mouvement général. Les dépenses d’une nouvelle église

l'avaient effrayé. Il n'avait rien voulu donner. Personne ne l'avait blâmé, pers: sonne n'avait rien dit, du moins publique-

Fe ment. Mais Dieu parla. Par un beau mA jour d'été, un nuage apparaît subitement il apportant une grêle vengeresse qui s’'abat : sur le champ de cet homme. En quel-

ques minutes, toute sa récolte est complètetement détruite. Chose singulière, ses voisins et tous ses co-paroissiens furent épargnés. Cet homme était catholique, et malcré son avarice, avait de belles qualités. Il voit le doigt de Dieu dans son malheur, rentre en lui-même, puis va trouver son curé avec une généreuse souscription ($200.00). Il lui remet son offrande en disant : “ J'aurais dû payer cette somme auparavant, j'y aurais gagné.” En effet, le dommage causé par la grêle s'éleva.c à $400.00, |

Cette histoire, cher lecteur, se répète plus souvent qu’on ne le croit. Si tous les événements ne présentent pas un caractère aussi extraordinaire que le précédent, aucun pourtant n'échappe à la divine Providence.

Or, Dieu est infiniment juste. S'il diffère quelquefois le châtiment de l’ingrat jusque dans l'autre monde ce n'est que pour le punir plus sévèrement.

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312 QUELQUES CGNSIDÉRATIONS

Les pasteurs représentent Dieu — Les respecter et les entretenir.

Les pasteurs. -— Les églises, tout le monde le comprend, nécessitent des pasteurs. Les temples, sans prêtres, ne st, aient que des corps sans âmes. Si les églises rendent hommage à Dieu, les pasteurs le représentent en personne sur la terre.

Ainsi le culte de respect que lon veut rendre à Dieu en lui élevant des temples, devient de nulle valeur si l'on refuse de respecter et de soutenir les pasteurs qu'il a établis pour les sanctifier par le sacrifice et la prière. En règle générale, les représentants ou les ambassadeurs ont droit, à quelques différences près, aux honneurs et aux privilèges de leurs maîtres.

Ce principe est admis, et se pratique partout. Sidonc l'on traite avec honneur, et si l'on entretient, souvent à grands frais, les simples représentants d’un roi ou d'un pays, n'est-il pas juste de rendre un honneur encore plus grand à ceux qui représentent Dieu lui-même ? Les fidèles rendent cet honneur à leurs pasteurs, en se montrant bons et soumis, en leur témoignant le respect dû à leur dignité, enfin, en leur procurant les moyens de vivre selon

leur état. Il n’est pas besoin d'ajouter que celui qui n'accomplit pas ces devoirs élémentaires offense Dieu, tout comme on insulte le roi en méprisant son délégué ou son embassadeur. Nous laissons de côté tous les développements que comporte une question aussi vaste pour ne parler que du devoir qui incombe à chaque fidèle de faire vivre convenablement son pasteur.

Divers moyens de faire vivre les pasteurs. — Disons d’abord que les moyens de faire vivre ou d’entrenir les pasteurs, varient selon que les circonstances l’exigent. Quelquefois ce sont des biens-fonds ; c’est ah.si que, sous la loi mosaïque, il y avait des villes, de vastes terrains affectés à l'usage des prêtres et des lévites. De là vient, sans doute, l'usage d’attacher une terre au revenu de la cure. Le plus souvent, c'est un revenu annuel perçu sur les biens-fonds de chaque fidèle : c’est la dîime. D'autres fois, c'est une contribution donnée chaque année par les fidèles, soit, tant par tête, par communiant, ou même tant par famille, etc., afin de former une somme déterminée.

Enfin, dans plusieurs endroits, ce sont les quêtes faites à l’église ou à domicile, qui

servent à couvrir les dépenses de la cure,

La dime, moyen le nlus ancien. — De toutes ces manières de contribuer à l’entretien des pasteurs, la dîme est la plus ancienne. On la voit mentionnée dès le temps de Melchisédech et d'Abraham, c'està-dire tout près de deux mille ans avant Jésus-Christ. Plus tard, à l’origine même du rite judaïque, elle fut imposée comme une obligation grave au peuple de Dieu.

La dîme est très bien appropriée aux besoins de l’homme. D'abord elle est basée sur les revenus de chacun; celui qui recueille beaucoup, donne beaucoup; celui qui récolte peu, donne peu: elle ne met donc personne dans la gêne. En second lieu, elle rappelle sans cesse à l'homme que tout vient de Dieu. Mais, avant d'aller plus loin, donnons une juste notion de la dîme.

Définition de ‘a dîme — Principes généraux:

erreurs ou préjugés sur la dîme — Institution de la dîme.

Etymologie. — Le mot dîime vient du latin, decima qui signifie dixième. Donc, payer la dîme veut dire : donner la dixième partie. Cette loi ecclésiastique est grandement adoucie en Canada; les fidèles ne

donnent plus que le vingt-sixième minot de certains grains qu'ils récoltent.

Définition- — La dîme peut se consi-

dérer sous divers rapports; de là diverses définitions.

1° En tant qu'elle se rapporte à Dieu, la dîme est la dixième partie des revenus annuels offerte à Dieu en reconnaissance de sa bonté et en témoignage de soumission envers le Maître de tous les biens de la terre.

2° En tant qu'elle se rapporte au pasteur, la dîme est un acte de justice et de piété filiale envers celui que Dieu a chargé du soin des âmes.

Ajoutons cependant que quiconque paye la dîime avec esprit de foi, accomplit du même coup un acte de reconnaissance et de soumission envers Dieu et un acte de justice envers son pasteur qui donne son travail et son temps, ses forces et ses talents pour le bien des âmes. C'est sous ce double point de vue que nous allons considérer la dîme.

Casuel. — A la dîme s'ajoute le casuel.

Le casuel est une offrande spéciale que le fidèle fait à l’église et au pasteur à l’occasion d’un service personnel qu'il réclame, par exemple, une grand'messe, un mariage,

un enterrement, etc. li est juste que celui qui reçoit de l'Eglise un bien spirituel particulier, donne quelque chose en compensation des dépenses qu'il cause à l'église ;

c'est aussi une occasion favorable de contribuer à l'entretien temporel de celui qui se dévoue à lui procurer les biens éternels.

Posons d'abord quelques principes généraux.

Principes généraux. — Puisque Dieu est l’auteur et le distributeur de tout bien, il est juste que celui qui les reçoit de sa main bienfaisante lui en manifeste sa reconnaissance et sa soumission. Il n’est pas moins juste que Dieu détermine lui-même quels sont les devoirs de l'homme à ce sujet. C'est ce qu'il fait par la voix des préceptes. Les devoirs varient selon la différence des biens auxquels ils se rapportent, car, en règle générale, ils embrassent toujours le sacrifice d’une partie de ces biens : De là divers préceptes.

Biens intérieurs de l’ame. — S'agit-il des biens de l’âme, de l'intelligence, de la volonté et des affections du cœur ? Dieu veut en avoir une part; c’est le sacrifice qui la lui donne. L'homme accomplit ce devoir sacré dans son intelligence en croy-

ant les vérités révélées. Cette adhérence à l'autorité de la foi, constitue le sacrifice de son intelligence. La volonté apporte son contingent de reconnaissance en observant soigneusement les préceptes divins.

Le cœur, en sacrifiant une foule d’affections contraires à l'amour divin, présente à Dieu son tribut d'hommage et de soumission. Ce triple sacrifice correspond aux trois p:éceptes suivants : 1° de croire les vérités de la religion ; 2° d'observer les commandements de Dieu et de l'Eglise; 3° d'aimer Dieu de tout son cœur.

Biens corporels. — Les biens corporels, tels que le bien-être et le plaisir suivent la même règle. Une partie au moins de ces biens doit être sacrifiée pour l'amour de Dieu, c'est ce qu'ordonnent les deux préceptes suivants : Le premier défend les jouissances et les plaisirs coupables ; le second prescrit la pénitence, il détermine surtout le jeûne et l’abstinence.

Biens en dehors de l’homme. — Parmi les choses créées pour l’utilité de l'homme, il y en a dont il bénéficie grandement, mais qu'il ne peut s'approprier : tels sont la chaleur, le froid, le feu, la pluie, etc., etc. Tout son devoir consiste à re-

mercier Dieu de si grands bienfaits. Le psalmiste invite tous les éléments à louer Dieu, cette invitation ne s’adresse-t-elle pas davantage à l'homme, doué d'intelligence ?

Mais quant au temps, il est si intimement lié à la vie humaine, qu'il est en quelque sorte inséparable de son existence, aussi Dieu veut avoir le septième jour sanctifié par le repos et la prière : c’est le précepte du dimanche,

Biens terrestres possédés par l’homme. — Il y a enfin les biens terrestres que l’homme peut posséder : tels soni les fruits, les grains, lès animaux, l'or, l'argent, les maisons, même une certaine partie de la terre. La jouissance de tous ces biens impose des devoirs à l’homme.

Il faut qu'il en sacrifie également une partie à Dieu en témoignage de reconnaissance et de soumission. C'est ce qu'’ordonne le précepte suivant : Droits et dimes tu paieras à l'église fidèlement. Ne pas l'observer est une faute aussi bien que la violation de la loi du jeûne ou du dimanche. Ainsi la dîime avec l’'aumône est l'acte officiel de soumission envers Dieu à l'égard des biens de la terre, comme la foi l’est à l'égard de l'intelligence, le jeûne à l'égard du corps.

La dîme se rapporte donc avant tout à Dieu.

Pour bien comprendre le précepte de la dîme, il faut considérer deux choses bien distinctes : l'esprit ou le principe du précepte, et l'application ‘1 précepte.

Principe ou esprit du précepte.—

D'après ce qui précède, on voit qu'un même principe inspire tous les préceptes que nous venons d'énumérer. Ce principe est unique et immuable, il ne prescrit des actes différents qu'en autant qu'il atteint des objets différents. Appliqué à la volonté, il ordonne l’obéissance ; à l'intelligence, il commande un acte de foi; au corps, il prescrit le jeûne; au sujet des biens de la terre, il exige la dîime. Mais, c'est toujours la même reconnaissance, la même soumission envers Dieu qui est réclamée dans ces actes si différents. C’est cet esprit de soumission et de reconnaissance qui inspire et vivifie les sacrifices qu'ordonnent les commandements de Dieu et de l'Eglise. Sans cet esprit, toutes ces actions ne seraient d'aucun mérite. Ce principe ou cet esprit est le même partout, il atteint l’homme tout entier et tout ce qu’il possède.

Vous l'avez compris, cher lecteur, c’est ce même esprit qui inspire à tout homme de se soumettre à Dieu, et de le reconnaître comme le Maître absolu de tout. Cette soumission et cette reconnaissance, intérieures d’abord, doivent se traduire par des actions extérieures en rapport avec chacun des biens que l’homme possède. Quant il s'agit des biens de la terre, ce doit être le détachement, le sacrifice réel au moins d'une partie, et cela dans la mesure que prescrit la dîme et, pour l’aumône selon que la nécessité du prochain l'exige.

Application du précepte. — La dîme en tant que donnée à l'Eglise ou aux pasteurs, n’est que l'application du précepte.

C'est un r:ode, un moy.1 de manifester sa reconnaissance et sa soumission à Dieu en ce qui regarde les biens de la terre. Ce mode peut varier selon les besoins; mais, l'obligation d'offrir à Dieu quelque chose des biens de la terre reste immuable.

On la trouve partout, sous toutes les formes ; depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours, Dieu a voulu que l’homme lui sacrifiât une partie de ses biens.

Ne l’oublions donc pas, la dîme se rapporte principalement à Dieu. C'est telle-

ment vrai que, si les pauvres, les églises, les pasteurs disparaissaient, l'obligation de sacrifier à Dieu une partie des biens temporels demeurerait toujours. Personne n'en serait exempt, parce que Dieu resterait sans cesse le Maître absolu de l'homme et de tout ce qu'il possède.

Erreurs ou préjugés. — C'est donc une erreur de croire que le curé est la cause première de la dîme. Il n’est au contraire, là comme partout ailleurs du reste, que le représentant de Dieu, et c'est au nom de Dieu qu'il la reçoit. C'est si vrai que l'Eglise lui fait une obligation grave d’employer en bonnes œuvres le surplus de son honnête entretien. L'erreur d'un grand nombre de fidèles vient de ce qu'ils ne dis.

tinguent pas suffisamment l'esprit du précepte de son application.

Sous l’ancienne loi, les prêtres vivaient des victimes immolées et des fruits offerts au temple. L’offrande était faite à Dieu :

c'était l'esprit du précepte. Dieu en affectait lui-même une partie pour faire vivre les prêtres : c'était l'application. Or, que les victimes de l'autel fussent consumées entièrement, ou qu'une partie en fût affectée aux prêtres, l'obligation de les offrir restait

absolument la même pour les Israélites.

Ainsi, aujourd'hui que la dîme soit destinée à l'entretien du pasteur, ou qu’elle soit employée à d’autres fins, rien n'est changé à l'égard de celui qui la paye. Le prêtre de la nouvelle loi est plus intimement lié à Dieu que celui de la loi mosaïque. Il ne prend pas, il est vrai, sa vie matérielle du sacrifice de l'autel, qui n’est autre chose que le Corps et le Sang de Jésus-Christ luimême ; mais l'obligation de le faire vivre n'en est pas moins sacrée.

En général, on ne songe pas assez que la dîme est un hommage rendu à Dieu, un devoir de justice et de piété filiale envers le pasteur. Laissant de côté l'esprit qui vivifie le précepte, pour ne voir que la matière grossière, on considère la dîme comme une charge, un impôt, tandis qu’en réalité, elle est un secours et une source de bénédictions. Egarés par la même erreur, quelques-uns murmurent si l'évêque, s'accommodant aux besoins du temps, change le mode d’acquitter la dîime, Puisque la nature de la dîme est attachée au revenu lui-même, il n’est pas étonnant qu’elle subisse le même changement que celui-ci.

Avant Notre-Seigneur, le culte du vrai

Dieu était conservé chez nn seul peuple destiné à vivre dans un même pays, et occupé présque uniquement de la culture de la terre et du soin des troupeaux : voilà pourquoi une loi uniforme et invariable déterminait les moindres détails des offrandes qu'on devait faire pour l'entretien du temple et des prêtres.

Mais Notre-Seigneur prévoyant que son Eglise durerait jusqu’à la fin du monde, dans des pays dont les produits et les richesses sont d'espèces bien différentes, ne voulut rien préciser relativement à la qualité et à la quantité des contributions que les fidèles devraient offrir à l'Eglise et aux pasteurs. Et la sainte Eglise, imitant son divin Fondateur, s'est contentée de promulguer le précepte général : “ Droits et dîme à l'Eglise tu paieras fidèlement” Elle confie à chaque évêque le pouvoir de décider ce qu'il convient d'imposer à chaque localité. Ainsi tous les détails de la dîme, ce qu'il faut donner, du grain, du foin, ou de l'argent, etc. est-ce une certaine somme par communiant ou par famille; ou bien faut-il donner tant par arpent de terre, quelle sorte de fruits de la terre sera soumise à la dîme, etc. etc. ?

Voilà autant de questions qui relèvent de l'évêque. Le changement qu'il apporte au mode de payer la dîme, n’affaiblit nulle- . ment le précepte, c'est pourquoi les ordonnances épiscopales obligent en conscience et devant Dieu, même dans les pays infdèles où l'Eglise est persécutée, et chez les autres peuples où l'autorité civile ne donne aucun appui aux lois de l'Eglise.

En Canada, dès le principe, en vertu d’un commun accord, l'autorité religieuse obligea les fidèles en conscience à payer le vingtsixième minot de certains grains. De son côté, le pouvoir civil déclara qu'il contraindrait à payer cette dette sacrée ceux qui refuseraient de l’acquitter.

Depuis lors, on a récolté une grande quantité de produits qui ne sont pas soumis à la dîme, telle qu’elle fut déterminée à l'origine de la colonie; par exemple, le foin, les pommes de terre, le tabac, les betteraves, etc. De plus, le nombre de ceux qui ne font aucune culture est devenu très grand, l'industrie se développe, le mode de gagner sa vie se trouve changé en beaucoup d'endroits. C'est pourquoi il a été réglé, dans certains diocèses, que ceux qui tirent de la terre des

= produits non soumis à l’ancienne dîme, en a paieraient le vingt-sixième ou une modique L = somme pour chaque terre cultivée. Ila il - été aussi décidé que ceux qui ne sont ni e agriculteurs, ni jardiniers fourniront chaque là 1- | année une faible contribution, c’est-à-dire HA 2 À une ou deux piastres, selon les circons- j Le | tances locales. Cela n'est que toute i e. justice, parce qu'eux aussi reçoivent Îles (At in bienfaits spirituels des prêtres tout aussi à | a | bien que ceux qui cultivent la terre. 1) rt On n’a pas demandé à l'autorité civile de oi Je contraindre les catholiques désobéissants à | ‘ n- faire leur devoir ; mais leur obligation de EL x | faire cette offrande aux pasteurs de leurs UN âmes, n'en est aucunement diminuée pour HA de cela, Ils ne doivent pas être étonnés si, il as ayant notablement violé un précepte de LL r- Dieu et de l'Eglise, et ne voulant pas nu \ X- | réparer leur faute, ils n’obtiennent pas une ji le absolution qui n'est jamais refusée aux il | le vrais pénitents. S'ils jouissent de l’impu- nl re nité du côté de la justice humaine, le pri e- compte qu'ils rendront à la justice divine ul ve n’en sera pas moins rigoureux. 4 est En voyant sur quelle base repose l’obli- il ins gation imposée par l'autorité ecclésiastique |

les de payer la dîme, on reconnaît facilement

que s’il se trouve des catholiques auxquels la lettre de la loi ne s'étend pas, par exemple parce que leur richesse consiste en maisons, en rentes ou en marchandises, ils y suppléeront par des offrandes volontaires, quand même une ordonnance épiscopale ne les obligerait pas à une contribution déterminée. En effet, la dîme ne fut régulièrement établie par Dieu que par la loi mosaïque; cependant, depuis la création jusqu'à Moïse, on voit que des fruits de la terre et des animaux furent offerts à Dieu en sacrifice. Jetons un coup d'œil rapide sur cette époque, Dans la famille d'Adam, Abel était pasteur de brebis et offrait les premiers-nés de son troupeau. Caïn était laboureur et offrait des fruits de la lerre en présent au Seigneur (1). Noé en sortant de l'asche, pri! de tous les animaux et des offrit en holocauste au Seigneur sur un autel. Le Seigneur manifesta combien un del sacrifice lui était agréable et dit à Noé: “ Fene maudirat plus la terre à cause des hommes (2).”

Plus tard, apparaît un personnage extraordinaire, c’est Melchisédech, roi de Salem,

(tr) Gén. IV, v. 2.

(2) Gén. VIII, v. 18,

offrant du pain et du vin, car il était prétre du Seisneur (1). Or, qu'arriva-t-il? Abraham, tout patriarche qu'il était, s’inclina devant lui, le reconnut comme le représentant de Dieu, et /uz donna la dime du butin qu'il rapportait de ses victoires (2). Ce fait renferme sans doute quelque chose de mystérieux, mais enfin, chose digne de remarque, c'est que la dîme apparaît en même temps que le sacerdoce, comme si Dieu eût voulu établir dès le principe que le prêtre est le ministre chargé de recevoir, en son nom, le tribut des biens de la terre : car Melchisédech étant roi lui-même, n'avait aucun besoin de la dîme.

Le patriarche Jacob marcha fidèlement su: les traces de son aïeul Abraham.

Avant de recueillir le fruit de son travail, il fit vœu de bâtir un autel au Seigneur et de lui offrir la dîime de tout ce qu'il possèderait (3).

Aucune loi ne déterminait à cette époque le mode ou la substance des offrandes et des sacrifices. (Chacun pouvait offrir luimême à Dieu ce qu'il désirait. On voit

(1) Gén. XIV, v. 20.

(2) Gén. VIII, Ve 20.

(3) Gén. XX VIII, v, 20,

cependant que ce devoir sacré était fidèlement rempli par tous les vrais serviteurs de Dieu. Toutefois, une fonction aussi sainte était ordinairement réservée au père de famille, qui, en sa qualité de représentant de Dieu, agissait au nom de tous ses enfants. C'est ainsi que le saint homme ob faisait venir ses enfants, et 1l les purifiaitl ; puis, se levant de grand matin, il offrait des holocaustes pour chacun d'eux (1). Comme la dignité de prêtre se trouvait pour ainsi dire unie à celle de père de famille, on comprend facilement qu'il n’y eût rien de déterminé ; il n’y ‘avait pas à s'occuper de l'entretien temporel de celui qui offrait les victimes.

Le père prenait lui-même sur ses biens ce qu’il jugeait convenable pour une si sainte offrande.

Institution de la dime.—Mais, quand le Seigneur établit chez le peuple israélite un temple où résidait sa gloire, et un culte magnifique auquel étaient employés beaucoup de prêtres et de lévites, qu'il avait choisis pour ses ministres, il régla lui-même en détail les contributions que chacun devait ‘donner pour l'ornementation du temple, les dépenses nécessaires aux sacrifices, et (1) Job, chap. I, v. 5.

pour le soutien temporel des prêtres et des lévites. Il était juste en effet que ceux qui n'avaient plus la liberté de travailler pour eux-mêmes reçussent du peuple de Dieu les moyens de subsister. La dîme fut un des principaux moyens institués par Dieu lui-même; c'était la dixième partie non seulement des grains, mais encore des fruits des arbres et des troupeaux. Le Seigneur leur accorda encore une large part des fruits et des victimes qu'on offrait au temple, c'était leur casuel. Bien plus, par l'entremise de Moïse, il commanda aux Israélites de leur donner des villes entières pour habiter, avec la banlieue pour nourrir le bétail (1).

Chaque section de prêtres et de lévites eut en partage un certain nombre de villes avec leurs environs. Treize villes furent assignées à la famille de Caath, enfants d'Aaron; dix villes aux autres enfants de Caath, c’est-à-dire aux lévites ; treize villes aux enfants de Gerson, et douze aux enfants de Mérari : il y eut en tout quarantehuit villes réservées à la tribut de Lévi (2).

Dieu promit de multiplier les possessions qui contribueraient fidèlement à son culte

(1) Josué, XXIV, v. 2. (2) Josué, XXI, v. 4-39.

et à l'entretien de ses prêtres ; il menaça de réduire à l’indigence ceux qui violeraient ce commandement ; l’histoire sainte nous apprend avec quelle fidélité il accomplit ses promesses et ses mecaces.

Donnons quelques détails sur la dîme et les ofrandes prescrites par la loi divine.

Voici ce que Dieu ordonna : Les premiersnés appartiennent au Seigneur ; personne ne pourra les consacrer ni les vouer (1). Toutes les dîmes de la terre: soit des grains, soit des fruits des arbres sont au Seigneur et lui sont consacrées. Dans la dime des bœuf, des brebis et des chèvres qui passent sous la houlette des pasteurs, tout ce qui viendra comme dixième, sera consacré au Seigneur (2).

Or, tous ces biens, chacun n'était pas libre de les offrir lui-même privément à Dieu. Ils étaient emportés au temple; le prêtre constatait l’offrande, et la recevait au nom du Seigneur. Alors, comme aujourd’hui, le prêtre était le représentant de Dieu auprès du peuple; et pour recevoir la dîme et pour faire des prières publiques.

Mais, de crainte que Je prêtre ne fût accusé de recevoir ces dons en son propre nom,

(x) Lévitique, XXVII, v. 26.

(3) Lévitique, XXVII, v. 30.

SUR LA pris ET LES OFFRANDES 331 ou que le peuple n'eût en vue que le simple soutien temporel des prêtres, sans songer au tribut divin, le Seigneur voulut spécifier lui-même ce qu'il affectait de ces offrandes à l'entretien des prêtres. Voici les paroles qu'il adressa au grand prêtre Aaron: “ Zout ce qui m'est consacré par les enfants d'Israël, je Le l'ai accordé à toi et à tes fils... Ce sera une loi perpétuelle.

Toute oblation, tout sacrifice sera pour toi et Les fils... Tout ce qu'ils offrent de prémices, je te l'ai donné. Tous les premiers fruits, présentés au Seigneur, seront à ton usage (1) Deplus, tout ce qui restait de certains sacrifices, une partie des pains et des victimes qu'on offrait au Seigneur appartenait encore de plein droit aux prêtres (2). |

Il y a en outre une foule d’autres prescriptions. Il serait trop long de les énumérer toutes. Mentionnons seulement la loi obligeant les parents de racheter même leur premier-né par une offrande faite au temple, le don était proportionné à la fortune.

(1) Nomb. XVIII, v. 8.

(2) Lévitique, ch. II, v. 3; ch. VII, v. 14 et 32.

Vie mortelle de Notre-Seigneur.— Le Créateur ne s’est pas contenté d'exiger le tribut des biens de la terre en son nom.

I] a voulu les recevoir lui-même dans la personne de son divin Fils fait homme. Ce fut même un des premiers hommages qu’il reçut durant sa vie terrestre. À peine est-il né que l'or, l’encens et la myrrhe sont déposés à ses pieds comme symboles de sa souveraineté absolue. Pendant sa vie publique, il n'a vécu que d’aumônes. Et celui qui n'avait pas où reposer sa tête, a permis à Marie-Madeleine de répandre sur ses pieds de riches parfums. Bien plus, il confirma lui-même ce principe général que, quiconque travaille au bien des âmes, a droit à sa nourriture. Allant prêcher, dit-il à ses apôtres, ne possédez aucune monnaie dans votre ceinture, ni sac pour la route, ni deux tuniques, car l’ouvrier mérite sa nourriture (1).

Temps des Apotres. — Au temps des apôtres, les fidèles se faisaient un religieux devoir de donner généreusement aux prédicateurs de l'Evangile. Saint Paul quétait parmi les chrétiens pour soutenir les églises pauvres et subvenir aux besoins du culte.

(1) Math. X, v. 10

Ses épîtres disent assez quelles abondantes aumônes il recueillait partout. On voit mêmequ’à Jérusalem les fidèles se dépouillaient spontanément de leurs biens, qu'ils les vendaient, en apportaient le prix, le déposaient aux pieds des apôtres ; et on les distribuait ensuite à chacun selon au'il en avait besoin, en sorte qu’il n’y avait aucun nécessiteux sans secours parmi les chrétiens (1).

Exemple d’Ananie et de Saphire.

— Toutefois, même en ce temps de ferveur, il y eut des contempteurs d'un si pieux usage. Nous lisons aux Actes des Apôtres, u’un nommé ÂAnanie, et Saphire, sa femme, essayèrent de frauder sur le prix de leur bien. Ils vendirent leur champ et, de concert, ils retinrent pour eux la moitié du prix, puis portèrent l'autre moitié au chef des apôtres, l’assurant que c'était la somme complète de leur bien. En cela ils mentirent à Dieu et aux hommes. Saint Pierre, divinement éclairé, découvrit leur mensonge. Îlinterrogea séparément Ananie et sa femme. Tous deux cachèrent leur faute en disant: C’est bien là tout le prix de notre champ. Chacun sait ce qui

(1) Actes des Apôtres, ch. IV.

534 QUELQUES CUNSILERATIUNS

arriva ; l’un et l’autre furent immédiatement frappés de mort aux pieds même du chel des apôtres (1). Si Dieu punit si sévèrement la fraude jusque dans les offrandes qui ne sont pas obligatoires, quel chôâtiment n'infligera-t-il pas à ceux qui osent le tromper dans la dîme qu'il réclame sous peine de péché. Si ce chrétien coupable n'est pas frappé de mort sur le champ, il ne se préparæ#pas moins sûrement une fin encore plus redoutable.

La loi naturelle et la loi divine obligent de payer la dîme.

De nos jours, comme à l'origine du monde, comme au temps des apôtres, l'amour des biens terrestres est la source de maux incalculables. O soif funeste de l'or, pourquoi faut-il que tu sois toujours la cause de tant de chutes et de tant de malheurs déplorables ? C’est toi qui fis naître la jalousie dans le cœur de Caïn; c’est toi qui perdis le traître Judas; c’est toi qui causas la mort d'Ananie coupable de mensonge et d’avarice ; c'est toi qui, même du temps des apôtres, fis surgir les premières divisions parmi les chrétiens; c’est encore

(1) Actes des Apôtres, ch. V.

toi qui les poussas à murmurer contre les offrandes faites aux prédicateurs de l'Evangile. Oui, la chose alla si loin que l’apôtre saint Paul paraît avoir été appelé à défendre ce point. Il en profita pour établir nettement le principe général de la dîime. Lui qui, d’ailleurs, se fait une gloire de vivre du travail de ses mains, se montre inflexible quand il s’agit d’instruire les fidèles sur leur obligation de soutenir lenrs prêtres. Voici ses paroles: “ Aa défense contre ceux qui m'interrogent, la vorct : N'avons-nous pas le droit de manger et de boire? Qui a jamais fait la guerre à ses frais ? Qui est-ce qui plante une vigne et ne mange pas deson fruit? Qui fait Daître un troupeau et ne mange pas du lait du troupeau\:) ?”

Comme l’a remarqué avec tant d'à propos le vénérable évêque des Trois-Rivières, Sa Grandeur Monseigneur Laflèche, ‘“ c'est sur la loi naturelle que l’apôtre saint Paul appuie d’abord le droit des ouvriers évangéliques à recevoir et à posséder les biens qui leur sont nécessaires pour vivre et accomplir leur mission. (Car c’est évidem-

(1) I Cor., chap. IX, v. 3, 4, 7.

ment en vertu de la loi naturelle, que le soldat doit être nourri, entretenu, armé aux dépens de la patrie qu’il va défendre au prix de sa vie: que le cultivateur a droit au profit du champ qu'il laboure et qu’il ensemence en l’arrosant de ses sueurs ; que le pasteur a droit au lait du troupeau qu'il conduit au pâturage en le gardant jour et nuit, et en le défendant contre la voracité et la dent meurtrière des loups.

“ Après avoir énoncé cet argument si péremptoire de la raison pour établir le droit de l'Eglise à la possession des biens dont elle à besoin, le Docteur des nations invoque l'Autorité supérieure de la loi de Dieu. Ce que je dis, continue-t-il, n’estil qu’un raisonnement humain? La loi même ne le dit-elle pas aussi? Car il est écrit dans la loi de Moïse: Vous ne lierez pas la bouche au bœuf qui foule le grain.

Est-ce que Dieu se met en peine des bœufs ?

N'est-ce pas pour nous proprement qu'il a fait cette ordonnance ? Oui, c'est pour nous qu'il a fait cette ordonnance. Oui c'est pour nous que cela est écrit: en effet, celui qui laboure doit labourer avec l'espérance de participer au fruit de la terre; et celui qui

bat le blé doit le faire avec l'espérance de recueillir le grain (1).”

St donc nous avons semé parmi vous des biens spirituels, est-ce une si grande chose que nous recueillions un peu de vos biens lemporels ?

Ne savez-vous pas que les ministres du temple vivent de ce qui est offert dans le lemple; et que ceux qui servent à l'autel ont part aux oblations de l'autel ?

De même le Seigneur a aussi ordonné à ceux qui annoncent l'Evangile de vivre de l'Evangile (2).

Il en résulte que la dîme est par là même un acte de justice envers le pasteur. Celui qui consacre son temps, son talent, sa vie, au bien du prochain a droit à sa subsistance. Car, dit Notre-Seigneur, “ L'ouvrier mérite sa nourriture (3).” Le paroissien qui refuse de payer la dîme à son pasteur, est coupable d’injustice ; conséquemment, il est tenu à restitution, quels que soient son:

grade et sa condition. Quant à celui qui:

soustrait la dîme ou qui empêche de la payer, celui-là, dit le Concile de Trente,

(1) Des biens temporels de l'Eglise, par Mgr L. F. Laflèche.

(2) Corin., ch. IX, v. 7 et suivants.

(3) Math. X, v. 10.

mériterait la sentence de l’excommunication, et il ne peut être absout de ce crime avant d’avoir fait une restitution pleine et entière (1).

Toutefois, il faut bien se garder de croire que la dîme soit le paiement des biens spirituels reçus par le ministère du prêtre.

Une telle pensée serait un blasphème. Ce serait comparer les choses surnaturelles, qui ont une valeur inappréciable, avec les vils biens de la terre. Il faut soigneusement distinguer, dit Bergier, la différence qui existe entre un paiement et un honoraire,. Le paiement d’une chose est censé être la compensation de sa valeur. Voilà le paiement. L’honoraire est une espèce de solde ou de subsistance accordée à une personne occupée pour le bien public ou particulier, quelle que soit d’ailleurs la valeur de son occupation, de sa science ou de son talent. On donne l’honoraire à un magistrat, à un médecin, à un professeur, sans prétendre payer la valeur de leurs services ou de leur aptitude. Qu'ils soient plus ou moins habiles, plus ou moins appliqués, l’honoraire est le même (2).

(1) Conc. de Trente, ses. XXV, chap. XII, (2) Dictionnaire de Bergier au mot : Caswe/,

D'après l'explication qui précède, on comprend que la dîme est donnée pour l’entretien du pasteur, et non comme le paiement de ses services spirituels. Elle est basée sur les revenus ou sur le nombre des fidèles, mais jamais sur la piété ou sur la quantité des bienfaits spirituels qu'ils reçoivent. Celui qui entend la messe ou communie chaque jour, ne donne pas plus que celui qui n’y assiste que le dimanche et ne communie qu'à Pâques. Si la dîme était le prix des choses saintes, elle augmenterait en proportion de celles-ci.

Cet exposé démontre jusqu’à l'évidence tout l'odieux des paroles de ces mauvais chrétiens qui prétendent faire leurs pâques sans payer la dîme. Ces chrétiens égarés vont jusqu'à dire qu'ils achètent leurs pâques en payant leur dîme. Ces paroles, aussi injustes qu'impies, sont de vrais blasphèmes, parce qu'elles supposent faussement que la dîme est le prix d'une chose sainte et parce qu'elles rabaissent au niveau des vils biens de la terre, le Corps et le Sang de Notre-Seigneur. Celui qui refuse de payer la dîme, viole un précepte de l'Eglise, et dans son principe, un précepte divin, Son âme est donc souillée de faute

mortelle et en demeure coupable aussi longtemps que la volonté persévère dans son péché. Nulle absolution ne peut la purifier tant qu'elle n'est pas touchée de regret et fermement résolue de se corriger; sa condition est celle de tout pécheur endurci qui s’obstine dans le mal. L’absolution, la communion même, fussent-elles données dans ces conditions, ne ferait que rendre le pervers plus coupable en ajoutant un sacrilège à son péché : car celui qui reçoit indignement le Corps et le Sang de Notre- Seigneur mange et boit sa bropre condamnation, dit l'apôtre saint Paul (1j.

Le précepte de payer la dîme, comme d'ailleurs tous les autres préceptes, doit être accompli en entier. Conséquemment, il ne suffit pas de faire une offrande quelconque à l’église, il faut donner tout ce que requiert la loi ecclésiastique. Si quelqu'un ose mépriser cette loi et la violer, il pèche contre l'Eglise et contre le prochain : contre l'Eglise, en méconnaissant son autorité et un retenant injustement un bien qui lui appartient; contre le prochain, en refusant de récompenser le travail de celui qui se dévoue au salut des

(1) I Cor. XI. v. 29.

âmes. Or, celui qui n'écoute pas l'Eglise, dit Notre-Seigneur, regardez-le comme un païen et un publicain. Il est par là même indigne de s’asseoir à la table sainte avec les enfants de Dieu.

Le refus de payer la dîme est donc en soi un péché grave. Il peut cependant y avoir légèreté de matière. Il est mortel ou véniel, selon que ce qu’on retient est considérable ou non. C'est à l'évêque qu’il appartient de déterminer ce qui constitue une faute grave en ce point.

Dieu bénit ceux qui payent fidèlement la dîme, et châtie ceux qui refusent d'accomplir ce devoir sacré.

Ces considérations devraient amplement suffire pour éloigner toute tentation de soustraire à l'Eglise un bien si sacré.

Toutefois, l’appât des richesses est si trompeur, qu'on peut croire s'enrichir impunément au dépens du bien que Dieu destine à l'entretien de ses prêtres.

Qu'on ne s'y méprenne pas, ce qui est,

versé dans le sein de Dieu produit souvent cent pour un. Celui qui s’imagine augmenter sa fortune en retenant la dîme du pasteur dans son grenier, est semblable à l'insensé qui refuserait d'ensemencer sa terrre sous

prétexte de ne pas diminuer sa provision de grain.

Bien loin d’appauvrir, la dîme est, au contraire, une source féconde de bénédictions spirituelles pour la famille, et presque toujours un principe de prospérité même pour les biens temporels. Tout dépend de la bénédiction de Dieu, comme le dit clairement l'Esprit-Saint : Sz le Seigneur ne bâtit pas la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent,; c'est en vain qu'ils se lèvent avant le jour... (Ps.

126). Prienheureux au contraire ceux qui craignent le Seigneur et qui marchent dans ses voies. À ceux-là l’Esprit-Saint dit : — Vous mangerez le fruit des travaux de vos mains, et tout vous réussira. Vos enfants seront autour de votre table comme de jeunes oliviers... Que le Seigneur vous bénisse, et que vous voyiez les enfants de vos enfants et la paix d'Israël (Ps. 127).

Et comment pourrait-il en être autrement? Dieu est la source de tout bien, de toute richesse, de toute fécondité, ou plutôt, il est la richesse, la fécondité même, Or la dîme est le canal qui mène à cette source. Fermez ce canal en ne payant pas la dîme, vous fermez par là même le con-

duit par lequel cette source de tout bien découlerait sur vous. Ce n’est donc pas en donnant à Dieu que l’homme s'appauvrit ici-bas.

Au reste, dit encore Monseigneur l’évêque des Trois-Rivières, “ c'est une des lois de la divine Providence de punir l’homme par où il pêche, afin que le châtiment lui soit en même temps un remède.

S'il a péché dans son corps en violant les lois morales imposées par Dieu, il sera puni dans son corps par ces humiliantes maladies qui le dévorent lentement, et l’acheminent douloureusement à une mort honteuse et prématurée. Si ces désordres se généralisent dans un peuple, on voit alors apparaître ces terribles fléaux qu'on appelle la guerre, la peste, la famine, le choléra, le typhus.

“ Au contraire, si l’homme abuse des biens temporels en violant les règles de la justice, de la charité pour satisfaire son orgueil, sa sensualité, sa goummandise, il sera puni dans ces mêmes biens qu'il verra dépérir sous l’aetion des divers fléaux dont la divine Providence frappe de temps à, autre ses champs, ses travaux, ses industries ...

“ Si ces désordres se généralisent au milieu d'un peuple, on verra, dans ces circonstances, arriver ces perturbations atmosphériques qui jettent partout l'épouvante, amènent les inondations, les sécheresses, ces invasions d'insectes innombrables qui souillent, gâtent ou dévorent les fruits de la terre, selon l'énergique expression de l'Ecrivain sacré; ou encore ces perturbations financières, ces crises industrielles et commerciales qui répandent partout la gêne, la misère et la ruine des fortunes qui semblaient le plus solidement assises, et que les plus habiles sont impuissants à prévoir ou à détourner ” (1).

Or, l'un des plus grands abus dont l’homme puisse se rendre coupable au sujet des biens de la terre est, sans contredit, celui de méconnaître le souverain domaine de Dieu sur ces biens au point de lui en refuser l’offrande d’une partie soit pour les frais du culte divin, soit pour l'entretien de ses représentants ici-bas.

On est malheureusement trop souvent porté à se faire illusion sur ce point si délicat. L'amour déréglé des biens de la terre, ia pensée que Dieu n’a aucun besoin

(1) Lettre pastorale de Mgr Laflèche, 1895, page 167.

de ces dons, que ses prêtres sont toujours abondamment pourvus, voilà autant de raisons qui contribuent grandement à fausser la conscience d’un certain nombre de fidèles.

Ce sont ces faux prétextes qui ont éloigné le peuple hébreu des voies de Dieu.

Une partie assez notable ne payait ni dîime ni prémices; d’autres ne présentaient au temple que des pains impurs et des animaux malades ou boiteux.

Or le Seigneur, grandement offensé d’un tel abus, châtia les Israélites par la sécheresse, la famine et d’autres fléaux. Et en même temps, il leur manifesta clairement par son prophète que la cause de ces malheurs n'était autre que leur négligence à payer leur dîme et leurs prémices.

Voici comment, dans sa bonté, il daigna les rappeler à lui: Dès le temps de vos pères, vous vous êtes écartés de mes ordonnances et de mes lois, revenez à moi. — Le peuple aveuglé par son abus coupable, ne reconnaissait pas encore son péché; tout étonné, il répondit au Seigneur: ‘“ Cowmenti retournerons-nous à vous ? En quoi nous avons-vous outragé ? ”"— (1).

C'est alors que le Seigneur leur ouvrit (1) Malachie, chap. III, v 7.

les yeux en leur lançant cet amer reproche :

“Un homme doit-il outrager son Dieu comme vous mavez outrage? El vous dites: en quoi vous avons-nous outragé ?

C'est en ne payant pas les dîmes et les premices.”

Aussi vous avez été frappés de malédicions el d'indigence parce que vous m'outragez ous. Apportez toutes mes dîmes dans mes greniers, qu'il y ait de la nourriture dans ma maison, et après cela, faites-en l'essai pour voir st je nouvrirat pas toutes les sources du ciel, et si je ne répandrai pas ma bénédiction sur vous, pour vous combler d'abondance. Ÿe ferai entendre mes ordres en votre faveur, aux insectes qui mangent les fruits, ils ne mangeront pas ceux de vos derres ; et n'y aura point dans vos champs de vignes stériles. Toutes les nations vous appelleront un peuple heureux (1).

Mais chose digne de remarque, c’est que Dieu infiniment juste et miséricordieux ne semble guère moins indigné contre ceux qui, tout en lui offrant quelque chose au temple, se montrent avares et mesquins dans leurs dons tant il est sensible et délicat sur ce point. Voici comment il les

(1) Malachie, chap. III, v. 8, 9, 10, 11, 12.

che :

Dieu vous agé ?

pré-

lédicyagez us mes ; dans l'essai les Les As Ma ombler ordres angent de vos hamps

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