IM LE SCEPTICISME
u II m'a été nécessaire, pour me considérer simplement tel que je me sais èlre, de rejeter toutes ces parties ou tous ces membres qui constituent la machine humaine, c'est-à-dire il a fallu que je me considérasse sans bras, sans jambes, sans tèlc, en un mot sans corps ', »
Lisez à la suite : ce La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. C'est donc être misérable que de se connaître misérable ; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable. Toutes ces misères-là mêmes prouvent sa grandeur. Ce sont misères de grand seigneur, misères d'un roi dépossédé 2. »
N'est-ce pas le pur cartésianisme qui a inspiré cette page immortelle : « L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau suffît pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever, non de l'espace et de la durée que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale 3. »
1 Pensées, art. \, § 2, et la note 1, où M. Havet fait ce rapprochement, p. 10. — Voyez aussi le dialogue de Descartes dans l'édition de ses œuvres donnée par M. Cousin, tome XL p. 364.
■ Ibid., S 3.
3 Ibïd. §6.
Une dernière trace de cartésianisme est dans celte lin de l'article Ier, qui ne serait pas déplacée chez un dogmatique de l'école de Descartes : c'est une démonstration de l'existence de Dieu, très-solide, quoiquimparfaitement développée : « Je sens que je peux n'avoir point été : car le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense, n'aurais point été, si ma mère eût élé tuée avant que j'eusse été animé. Donc je ne suis pas un être nécessaire. Je ne suis pas aussi un être éternel ni infini; mais je vois bien qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini1. »
On le voit, Pascal a commencé par subir docilement l'influence du cartésianisme. Insensiblement il s'y est soustrait. La nouvelle philosophie l'avait touché, entamé, séduit ; mais le jansénisme a été le plus fort : il a étouffé dans Pascal le cartésien. J'arrive, sans plus tarder, à ses griefs, dont il n'a pas ménagé l'expression.
Un peu après les pages des Pensées où il s'est montré si franchement cartésien, voici un passage où Pascal rudoie et ceux qui ont voulu embrasser l'ensemble des choses , comme Démocrite disant : Xsyoj -Ali rcept twv G-j^avTtov, et ceux qui, comme Descartes, ont intitulé leurs livres: Principia philosophiœ , avec la prétention d'atteindre les semences primitives où commence l'origine des choses : « ... De ces deux infinis de sciences, celui de grandeur est bien plus sensible, et c'est pourquoi il est arrivé à peu de personnes de prétendre connaître toutes choses. Je vais parler de
1 PenséeSy § \ \ .