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tout, disait DémocrUô. Mais l'infinité en petitesse est bien moins visible. Les philosophes ont bien plutôt prétendu d'y arriver, et c'est là où tous ont achoppé. G'est ce qui a donné lieu à ces titres si ordinaires : Des principes des choses, Des principes de la philosophie, et aux semblables, aussi fastueux en effet, quoique non en apparence, que cet autre qui crève les yeux, De omni scibi/i1. » Ce passage s'éclaircit d'abord par celui-ci : « Écrire contre ceux qui approfondissent trop les sciences. Descartes. » Puis par cet autre, barré dans le manuscrit de Pascal : ce II faut dire en gros : cela se fait par figure et mouvement, car cela est vrai. Mais de dire quels, et composer la machine, cela est ridicule; car cela est inutile , et incertain et pénible. Et quand cela serait vrai, nous n'estimons pas que toute la philosophie vaille une heure de peine2. »
Ailleurs il accepte le mécanisme en physique, mais il se plaint qu'on le pousse jusqu'à une sorte d'athéisme, reproche qui prend une forme piquante dans la bouche de Marguerite Périer, sa nièce : « M. Pascal parlait peu de sciences; cependant, quand l'occasion s'en présentait, il disait son sentiment sur les choses dont on lui parlait. Par exemple sur la philosophie de M. Descartes, il disait assez ce qu'il pensait. // était de son sentiment sur l'automate, et n'en était point sur la matière subtile dont il se moquait fort. Mais il ne pouvait souffrir sa manière d'expliquer la formation de toutes choses; et il disait très-souvent :
1 Pensées, art. I, p. 0 et 10.
* Ibid. art. XXIV, 100.
Je ne puis pardonner à Descartes : il aurait bien voulu, dans toute sa philosophie, pouvoir se passer de Dieu, mais il n'a pu s'empêcher de lui faire donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement : après , cela, il n'a plus que faire de Dieu 1. » Leibnitz aussi lui a reproché d'avoir nié les causes finales, d'avoir tout réduit aux causes matérielles, d'avoir substitué la nécessité à la Providence , d'avoir abouti au naturalisme : ce Spinosa commencé où Descartes finit, dans le naturalisme. » L'accusation est grave ; est-elle juste? c'est ce qu'il faut" discuter à fond.
Pour comprendre et juger cette accusation, il faut se rendre compte de l'idée mère du livre des Principes. Il faut aussi rechercher ce qu'il y a eu d'abord de commun entre Pascal etDescartes, pour mieux distinguer les vrais griefs de Pascal. Le livre des Principes de la philosophie parut en 1644, après les Meditationes de prima philosophia. Les Méditations étaient un livre de pure métaphysique, les Principes furent un livre de pure physique. Quelle en est l'idée dominante? C'est l'idée mécanique. Exclure de la physique les causes occultes, les hypothèses métaphysiques, la forme et la matière, les formes substantielles, les causes finales; chercher l'explication des phénomènes de l'univers dans l'étendue, la figure et le mouvement, tel est le problème que se pose Descartes. Le poser résolument, c'était un trait hardi de génie, au milieu d'un siècle où la confusion de
1 Lettres , opuscules et mémoires de madame Péricr et de Jacqueline, sœurs dePascal, etdeMargueritcPcrier, sa nièce. Publiés sur les manuscrits originaux, par P. Faugère, 1845. Voy. p. 4o8.
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la théologie et de la philosophie, de la métaphysique 01 de la physique Taisait dos idées un véritable chaos. La physique, encore à l'enfance, admettait les plus pauvres définitions, comme celle du père Noël : La lumière, est le mouvement luminaire diui corps lumineux. On croyait aux singulières vertus imaginées pour expliquer les propriétés des corps, à la vertu dormi tive de l'opium, à la vertu pulsatice du sang, à celte vertu horodeictique dont parle Leibnitz. Descartes paraît au milieu de cette confusion et de cette ignorance, avec une idée longtemps méditée dont l'éclat va dissiper ces nuages. Cette idée grande, originale, lui appartient-elle en propre? Non, il ne Ta pas inventée ; elle est dans Galilée, dans Bacon, dans Hobbes, dans Gassendi. Mais elle était restée stérile dans leurs livres, et c'est Descartes qui l'a rendue féconde, qui l'a organisée dans un vaste système. On a dit de sa physique que c'était le roman de la nature, et Descartes lui-même l'a appelée ainsi en souriant avec ses amis1 ; il n'en fallait pas moins une vaste et imposante hypothèse pour amener Newton.
Quelle était alors la situation de Pascal? Il s'occupait de sciences. C'était le moment où il était partout question des expériences de Torricelli. Des fontainiers de Florence ayant à construire uijc pompe dont le tube avait plus de trente-deux pieds de haut, et remarquant que l'eau ne montait pas au delà de trente-deux pieds, avaient consulté Galilée, qui ne leur avait fait d'autre réponse, sinon que la nature a horreur du vide, mais
J Voyez la Vie deDe&eartes, pur Juillet; préface, p. 18.
seulement jusqu'à trente -deux pieds. Cette explication fut d'abord prise au sérieux. Tout le monde y croyait: Torricelli et Pascal Rajoutèrent foi. Là lumière se fit bientôt. Torricelli soupçonna le premier que la pression de l'air était la vraie cause qui arrêtait l'ascension de l'eau. Il fit des expériences. Le bruit en arriva jusqu'à Pascal encore imbu de l'idée de l'horreur du vide, et sa curiosité en fut vivement excitée. À son tour il en vint aux expériences : il fit d'abord à Piouen, puis h Paris, celle du baromètre sur la tour Saint-Jacques-te- Boucherie, en 1646 ; enfin il fit faire par M. Périer, qiu habitait l'Auvergne, la grande expérience du Puy-de- Dôme, en 1648. Leur succès dessilla tous les yeux. Pascal avait rendu manifeste, palpable, et pour ainsi dire matérielle, la vérité de la pression de l'air. L'honneur d'une expérience si concluante fut discuté entre Pascal: et Descartes. Pascal en eut-il la première idée? Est-ce Descartes qui la lui a suggérée, comme il le prétendait, dans une entrevue qu'ils avaient eue dans l'année? La question est délicate. Je ne trouve sur ce point que deux sortes de renseignements également insuffisants pour la décider, le récit de Baillet, qui donne tort à Pascal, et la lettre de Jacqueline Pascal, du 25 septembre 1647, que voici : « Ma chère sœur, j'ai différé à l'écrire, parce que je voulois te mander tout au long l'entrevue de M. Descartes et de mon frère. Je n'eus pas le loisir hier de te dire que dimanche au soir M. Hé-
1 Voyez dans l'édition des Œuvres complètes de Pascal, ;> vol. in -8, Paris, 1819, les Nouvelles expériences touchant le vide. Maximes I, II, III.
berl vint ici accompagné de M. de Montigny do Bretagne, qui me venoit dire (à deffaut de mon frère qui ôtoil à l'église), que M. Descartes, son compatriote et ami, lui avoit fort témoigné avoir envie de voir mon frère, à cause de la grande estime qu'il avoit toujours ouï faire de monsieur mon père et de luy ; et que, pour cet effet, il l'avoit prié de venir voir s'il n'incommoderoi t point mon frère, parce qu'il savoit qu'il étoit malade, en venant céans le lendemain à neuf heures du matin. Quand M. de Montigny me proposa cela, je fus assez empêchée de répondre, à cause que je sa vois qu'il a peine à se contraindre et à parler particulièrement le matin ; néanmoins je ne crus pas à propos de refuser, si bien que nous arrêtâmes qu'il viendroit à dix heures et demie du matin le lendemain , ce qu'il fit avec M. Hébert, M. de Montigny, un jeune homme de soutane, que je ne scai pas qui c'est, le fils de M. de Montigny, et deux ou trois autres petits garçons, et M. de lloberval s'y trouva, que mon frère en avoit averti ; et là, après quelques civilités, il fut parlé de l'instrument J, qui fut fort admiré, tandis queM.de lloberval lemontroit ; ensuite on se mit sur le vuide, et M. Descartes, avec un grand sérieux, comme on lui contoit une expérience, et qu'on lui demanda ce qu'il croyoit qui fût entré dans la seringue, dit que c'étoit de sa matière subtile; sur quoi mon frère lui répondit ce qu'il put, et M. de lloberval, croyant que mon frère aurait peine à parler, entreprit avec un peu de chaleur M. Descartes (avec ci-
1 J(,' suppose que cet instrument est la fameuse machine arithmétique imaginée par Pascal et construite par ses soins.
vilité cependant) qui lui répondit avec un peu d'aigreur : qu'il parleroit à mon frère tant qu'il voudroit, parce qu'il parloit avec raison, mais non pas à luy, qui parloit avec présomption ; et là-dessus, voyant à sa montre qu'il étoit midy, il se leva, parce qu'il étoit prié à dîner au faubourg Saint-Germain, et M. de Roberval aussy, si bien que M. Descartes l'y mena dans un carrosse, où ils étaient tous deux seuls, et là ils se chantèrent goguettes, mais un peu plus fort que jeu, à ce que nous dit M. de Roberval, qui revint ici l'aprôs-dîner, où il trouva M. Dalibray *... » Cette lettre fort curieuse a pourtant le malheur de ne pas résoudre la question de priorité entre les-deux savants. C'est un point indécis 2.
1 Cette lettre de Jacqueline Pascal à sa sœur madame Périer a été publiée pour la première fois par M. Libri, dans le Journal des sava?its; septembre 1839.
2 Voici ce que je trouve sur ce point dans la Vie de Descartes, par Baillet :
En 1647, Descartes, revenant de Bretagne, arrive à Paris, Pascal fut touché du désir de le voir, dit Baillet. Descartes lui donne rendez-vous aux Minimes, probablement chez Mersenne. « M. Descartes, ravi de l'entretien de M. Pascal, trouva que toutes ces expériences (celles que Pascal avait faites à Rouen, et dont il faisait alors imprimer le récit ; — il n'avait pas encore fait faire l'expérience du Puy-de-Dôme) étaient assez conformes aux principes de sa philosophie, quoique M. Pascal y fût encore alors opposé par l'engagement et l'uniformité d'opinion où il était avec M. de Roberval et les autres, qui soutenaient le vide. Mais pour le récompenser de sa conversation, il lui donna avis de faire d'autres expériences sur la masse de l'air, à la pesanteur duquel nous avons déjà remarqué qu'il rapportait ce que les philosophes du commun avaient attribué vainement à l'horreur du vide. Il l'assura du succès de ces expériences, quoiqu'il ne les eût point faites, parce qu'il en parlait confor-
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Ce qui est certain, c'est qu'à ce moment Pascal renonce à l'horreur du vide et s'élève contre les sympathies qu'on prête à la nature. Le voilà mécaniste. Il est d'accord avec Descartes pour rompre avec le passé r sortir du chaos du moyen âge et de la scolastique, s'affranchir de l'autorité qui avait dominé la Renaissance, de ce culte passionné de l'antiquité d'abord si puissant pour éveiller l'esprit humain, mais capable à la fin de le fasciner et de l'enchaîner. Le passé, les
mément à ses principes. M. Pascal, qui n'était pas encore persuadé de la solidité de ces principes, et qui lui promit dès lors quelques objections contre sa matière subtile, n'aurait peutêtre pas eu grand égard à cet avis, s'il n'avait été averti vers le même temps d'une pensée toute semblable qu'avait eue le sieur Torricelli. » Baillet se plaint que Pascal, quand il eut fait faire ses expériences du Puy-de-Dôme, en 1648, et qu'il en donna le récit dans sa lettre à M. deRibeyre, n'ait pas parlé de sa conversation en d 647 avec Descartes, et ait mieux aimé reporter l'honneur de l'idée à Torricelli.
Nous voyons que l'entretien eut des suites. Pascal envoya à Descartes des objections sur la matière subtile. Descartes estima ces objections dignes de contradiction et engagea Pascal à les fortifier encore, annonçant qu'il répondrait. De plus, Baillet assure que Descartes, fort occupé lui même, en 1648, d'expériences sur le vide, encouragea de nouveau Pascal à faire faire des expériences sur les plus hautes montagnes de l'Auvergne, ainsi qu'il le lui avait précédemment conseillé. Pascal a-t-il réellement été ingrat envers Descartes, ou bien Descartes t-ii trop aisément persuadé qu'il avait donné à Pascal une idée et un conseil aussi précis, aussi circonstancié? C'est une question qui me paraît bien difficile à résoudre. M. Sainte-Beuve la résout en disant que Descartes fut un peu âpre à la revendiquer, et Pascal un peu raide à la retenir. (Port-Royal , tome H, p. 471.)
causes occultes, les accidents absolus, tout cela est mort pour eux. Veut-on s'assurer que Pascal est bien véritablement mécaniste, et que tout en raillant le titre fastueux du livre Des principes , il en accepte l'idée mère? Qu'on lise ce passage des Pensées : « Quand on dit que le chaud n'est que le mouvement de quelques globules l et la lumière le conatus recedendi que nous sentons, cela nous étonne. Quoi? que le plaisir ne soit autre chose que le ballet des esprits? Nous en avons une si différente idée ! Et ces sentiments-là nous semblent si éloignés de ces autres que nous disons être les mêmes que ceux que nous leur comparons ! Le sentiment du feu, cette chaleur qui nous affecte, d'une manière tout autre que l'attouchement, la réception du son et de la lumière, tout cela nous semble mystérieux, et cependant cela est grossier comme un coup de pierre. Il est vrai que la petitesse des esprits qui entre dans les pores touche d'autres nerfs, mais ce sont toujours des nerfs touchés 2. » Pascal entre dans le système de Descartes, puisqu'il admet les esprits animaux et les mouvements rapides de ces esprits qu'il appelle si agréablement le ballet des esprits. Il y entre si bien qu'il va jusqu'à admettre l'automatisme des bêtes : « Il était, dit mademoiselle Périer, du sentiment de Descartes sur l'automate. » Je lis en effet dans les Pensées récemment éditées : « Si un animal faisait par esprit ce qu'il fait
1 Voyez les Principes, IV, 29.
2 Pensées, art. XXV, 10. Le conatus recedendi a centre- est la force centrifuge, qui, par la rotation du soleil, meut l'éther, la matière subtile, et arrive à toucher la rétine.
par instinct, e1 s'il parlait par esprit ce qu'il parle par instinct, pour la chasse, el pour avertir ses camarades que la proie est trouvée ou perdue, il parlerait bien aussi pour des choses où il a plus d'affection, comme pour dire : Rongez cette corde qui me blesse, et où je ne puis atteindre '. » A la page 201 du manuscrit de Pascal, M. llavct relève ces lignes, écrites dans le même sens : « L'histoire du brochet et de la grenouille deLiancourt. Ils le font toujours et jamais autrement, ni autre chose d'esprit. » Il en rapproche ce passage des mémoires de Fontaine : ce M. Arnauld. . . , qui était entré dans le système de Descartes sur les betes, soutenait que ce n'étaient que des horloges... M. de Liancourt lui dit : J'ai là bas deux chiens qui tournent la broche chacun leur jour; l'un s'en trouvant embarrassé se cacha lorsqu'on Fallait prendre, et on eut recours à son camarade pour tourner au lieu de lui. Le camarade cria et fit signe de la queue qu'on le suivît. Il alla dénicher l'autre dans le
J Pensées, XXV, \\ . — Il y a dans les Pensées, art. XXIV, 67, un fragment de trois lignes où M. Havet croit voir une objection que Pascal adresse aux cartésiens ou s'adresse à lui-même sur l'automatisme des bêtes : « La machine d'arithmétique fait dos effets qui approchent plus de la pensée que tout ce que font les animaux ; mais elle ne fait rien qui puisse faire dire qu'elle a de la volonté, comme les animaux. » M. Havet entend : ' m. m': en ont les animaux, ce qui serait la négation de l'automatisme, partout ailleurs professé par Pascal. J'aimerais mieux admettre que Pascal a voulu dire : pas plus que n'en ont les ani~ maux. Ce sens est d'accord avec l'ensemble du passage et avec lea opinions partout avérées de Pascal sur les bêtes; et je ne suppose qu'une légère incorrection. A la rigueur, il suffirait de moitié, après le mot volonté, un point et virgule.
grenier et le houspilla. Sont-ce là des horloges? dit-il à M. Arnauld, qui trouva cela si plaisant, qu'il ne put faire autre chose que d'en rire l. » Lisez aussi cet autre curieux récit du même auteur. « Combien aussi s'élevat-il de petites agitations dans ce désert (Port-Royal), touchant les sciences humaines de la philosophie et les nouvelles opinions de M. Descartes. Comme M. Arnauld, dans ses heures de relâche, s'en entretenait avec ses amis les plus particuliers, insensiblement cela se répandit partout, et cette solitude, dans les heures d'entretien, ne retentissait plus que de ces discours. Il n'y avait guère de solitaire qui ne parlât d'automate. On ne faisait plus une affaire de battre un chien. On lui donnait fort indifféremment des coups de bâton, et on se moquait de ceux qui plaignaient ces bêtes, comme si elles eussent senti de la douleur. On disait que c'étaient des horloges, que ces cris qu'elles faisaient quand on les frappait n'étaient que le bruit d'un petit ressort, qui avait été remué, mais que tout cela était sans sentiment. On élevait de pauvres animaux sur des ais par les quatre pattes pour les ouvrir tout en vie, et voirla circulation du sang qui était une grande matière d'entretien. Le château de M. le duc de Luynes était la source de toutes ces curiosités, et cette source était inépuisable. On y parlait sans cesse du nouveau système du monde, selon M. Descartes, et on V admirait 2. »
Voilà donc Pascal mécaniste et mécaniste à outrance. Il admet le mécanisme en principe, en gros; il admet
1 Fontaine, tome II, p. 470.
2 Ibid., tome II, p. 52. Passage cité par M. Cousin.
le système 4W ondulations pour expliquer la lumière et la chaleur; il admet les esprits animaux pour expliquer la communication des nerfs avec le cerveau. Il rejette la matière subtile, probablement paire qu'il yicline a admettre le vide à la suite de ses expériences sur la pesanteur de l'air; mais il est si décidément mécaniste qu'il accepte la théorie de l'automatisme des bêtes. Cela étant, de quel droit, je le demande, reprocbe-t-il à Descartes d'avoir voulu expliquer tous les phénomènes du monde matériel par l'étendue, la figure et le mouvement, c'est-à-dire, en un mot, par le mécanisme ? Est-ce bien à l'homme qui retient la plupart des théories cartésiennes, et quelques-unes des plus excessives, d'attaquer le monde cartésien? A-t il bonne grâce à se plaindre que Descartes essaye de faire le roman de la nature, lui qui n'hésite pas à en admettre ce qui est le moins admissible?
Un homme avait d'autres droits pour reprocher à Descartes de tout expliquer dans le monde par le mécanisme et pour le combattre : c'est Leibnitz. Il arrive vingt ans après à Paris, où il ne trouve plus ni Descartes, ni Pascal; mais il y rencontre Malebranche et Iluet. Les idées cartésiennes se sont partout répandues. Il en accepte quelques-unes et rejette les autres; et à la suite de la révolution que venait de faire Descartes, il opère une seconder-évolution. Il en est souvent ainsi dans les sciences. Leibnitz ne peut admettre que l'âme humaine soit comme isolée dans le monde: il s'inscrit en faux contre l'automatisme des bêtes et admet que les animaux ont une âme. Il pense que la