‹ Le Schema Corporel En Pathologie MentaleChapitre 8 sur 36 · MORTE · texte numérisé non relu

MORTE

Pour cet auteur, il s’agit avant tout d’une « représentation » construite à partir de schémas partiels qui se sont progressivement constitués eux-mêmes à partir des complexes sensitifs primitifs.

Au cours de ses travaux sur la sensibilité, HEAD se trouva en présence de modifications du comportement de certains sujets, qu'on ne pouvait attribuer qu’à la perte de la faculté de localisation des stimuli externes. Lui aussi fut amené à admettre l’existence d’un « modèle du corps ». Mais cette notion lui apparut beaucoup plus complexe qu’une observation superficielle eût pu le faire penser. À côté des malades chez qui le syndrome d’autotopoagnosie de PICK se trouvait au complet, certains autres pouvaient localiser un stimulus sur leur propre corps, mais étaient incapables de le localiser dans « l’espace ».

Donc, conclut HEAn, il faut admettre la réalité de plusieurs schémas, tactile, visuel, mais surtout « postural ». Ces différents schémas se superposent exactement à l’état normal, pour former un modèle tridimentionnel de notre corps. Henry HEAD insistait sur son perpétuel remaniement qui nous permet de percevoir chaque nouvelle sensation et chaque nouvelle attitude dans ses rapports avec la position du corps dans sa totalité.

Ainsi donc, pour reprendre l’image de cet auteur, ce schéma modifie les impressions produites par les excitations externes, de telle sorte que la sensation finale pénètre dans la conscience non plus à l’état isolé, mais chargée d’un « sentiment de relation » avec un état précédent, de la même manière qu’un taximètre nous présente la distance parcourue sous la forme d’une note en shillings et en pence.

Ce qui était, pour PICK, une « représentation » essentiellement dérivée de données sensibles, apparaît en outre dans la théorie de HEAD comme le fruit d’une « expérience subjective ».

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Viennent ensuite des travaux de BABINSKI sur l’anosognosie. Il estime les troubles de la sensibilité incapables d'expliquer le phénomène, alors que DÉJÉRINE leur attribue un rôle prépondérant. L'intérêt de ces travaux réside principalement dans le premier essai de localisation corticale des lésions déterminantes, thèse à laquelle REDLICH et BONVINCI s’opposèrent vigoureusement. =

En 1923, SCHILDER approfondit la conception de l’image corporelle et reprenant les notions déjà exposées par BONNIER, PICK, HEAD, en fait la synthèse à la lumière des nouvelles données cliniques.

Pour SCHILDER, le schéma corporel devient non seulement le savoir, la connaissance et l'expérience de notre propre corps, mais aussi la résultante de la synthèse des différentes données sensibles. Ce schéma, essentiellement plastique, est sous-tendu par des structures nerveuses dont le siège se trouve dans les circonvolutions cérébrales, et ce sont les lésions de ce dispositif cortical qui en déterminent les perturbations.

VAN BOGAERT, comme LHERMITTE, admet l'existence « d’un modèle postural, un schéma, une image de notre corps, indépendant des sensibilités cutanées et profondes et qui joue un rôle important, quoique inapparent, dans la conscience que chacun a de soi … Le modèle postural n’est pas une donnée statique, il sous-tend activement tous les gestes accomplis par notre corps sur lui-même et les objets extérieurs. ». D'autre part, l'intégration de cette image de notre corps se fait au niveau d’un dispositif cortical. (VAN BOGAERT, « De l’halgohallucinose aux troubles du schéma corporel », Annales médico-psychologiques, octobre 1934, p. 423.)

Ainsi donc, selon les auteurs, la notion de schéma corporel s'applique tantôt au « sentiment » que nous avons de notre propre corps, tantôt elle représente la « fonction » du mécanisme physiologique qui nous

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donne précisément ce sentiment de la réalité objective de notre corps. Elle prend l’aspect d’un fait psychologique si elle représente une simple « expérience subjective » ou l'aspect d’un fait physiologique si elle désigne la « fonction de connaissance » de notre corporalité.

Cette ambiguïté de définition provient essentiellement de l’apparente contradiction des théories en présence. Pour les uns en eïffet, comme CONRAD, le schéma corporel n’est que la « conscience » du propre corps, concept immédiat et immuablement déterminé, phénomène psychique totalement indépendant des données sensitivo-sensorielles et par conséquent indissociable en partie optique, tactile, cinétique.

Pour Pierre MAR:E comme pour André THOMAS, par contre, le schéma corporel est la conscience que nous avons de notre propre corps en tant que réalité objective. Il n’est que l'épanouissement et la synthèse des données des sens.

Il ne s’agit pas seulement d’une opposition de doctrines, et le clinicien se trouve dans l'obligation de faire appel à l’une ou à l’autre de ces conceptions, d’envisager le concept du schéma corporel sous l’angle physiologique ou sous l'angle psychologique suivant le phénomène morbide dont il cherche à donner l’explication.

C’est l’aspect physiologique qui l'emporte quand il est question par exemple de dimidiation du schéma corporel dans un cas d’hémiasomatognosie attribuée à une lésion corticale.

C’est l’aspect psychologique au contraire qui prévaut lorsque aucun substratum anatomique ne vient expliquer la présence d’un membre fantôme dont l’apparition peut être sous la dépendance d’un processus émotionnel.

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