SOURCES : LES HISTORIENS
rente s*offrent à nous. La querelle du nestorianisme donne lieu à une active'correspondance entre Constantinople, Antioche et Alexandrie.. On 3*^ évoque plus d'une fois le souvenir des Antiochiens du siècle précédent et les défenseurs de Nestorius rappellent volontiers le nom d*Eustathe,de Flavien,de Diodore, de Mélèce, pour témoigner de leur orthodoxie. L*oq glane ainsi çà et là quelques allusions précieuses confirmant ou démentant les dires des historiens (cf. lettres de Jean d*Antioche, de Domnos, de Théodoret). La correspondance du pape Innocent I^' fait connaître les détails de la réconciliation définitive avec Rome et de la suppression du schisme. Ses successeurs mentionnent quelquefois, en guise d'exemple, dans leurs discussions, tel ou tel événement de la querelle (lettres de Boniface I^, Vigile...).
Mais dès le milieu du v® siècle, Thistoire du siècle précédent s'écrit. Philostorgc, Socrate, Sozomène^ Theodoret, continuent Eusèbe. Le premier n'intéresse qu'indirectement notre sujet. On connaît sa partialité en faveur des anoméens et la façon dont, il travestit les événements. Il est bon pourtant de l'entendre. Dans son culte pour Eunome et Aetios il a relevé soigneusement les détails de leur existence : les synchronismes qu'il fournit en des points où l'intérêt de parti est nul, aident à discerner la vraie solution, par exemple pour la succession épiscopale à Antioche.
Je m'étendrai un peu plus sur les trois autres historiens. Us ont parlé à plusieurs reprises du schisme et sont visiblement préoccupés d'en rapporter tous les détails. Us diflèrent pourtant et se contredisent sur des points graves. Dans ce cas quel
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INTIlODUCnON
est celui d'entre eux qui mérite le plus de confiance? Si Ton s'en rapporte aux idées courantes aujourd'hui, Théodoret ne mérite pas grande attention : il est partial et ne' fait guère connaître que ce que l'on sait déjà et mieux par ailleurs. Sozomène n'est qu'une doublure de Socrate, de beaucoup le meilleur historien des trois. J'ai le regret, malgré les autorités qui patronnent cette opinion, de ne pouvoir m'y ranger dans la question du schisme. Confrontation faite des allégations de ces trois historiens avec les documents divers du iv* siècle, j'estime qu'il faut, — je ne parle que pour la question qui m'occupe, — renverser Tordre établi.
Théodoret est de beaucoup le mieux informé et le plus sûr; Sozomène représente une seconde édition de Socrate mais notablement améliorée. Les preuves de cette assertion, on les trouvera abondantes au cours de cet ouvrage. Je ne puis y insister ici. Le point où la contradiction entre Théodoret et Socrate-Sozomène est à l'état aigu, le pacte d'après lequel Flavien se serait engagé à refuser l'épiscopat avant la mort de Paulin fait l'objet d'une note spéciale. Rade et d'autres historiens reconnaissent d'ailleurs la spéciale compétence de Théodoret pour tout ce qui concerne Antioche. S'il est exposé à juger partialement, il était aussi à même d'être mieux au courant des événements. Je ne l'ai point surpris altérant sciemment la vérité : il pèche plutôt çà et là par omission sans que l'on puisse décider si cette omission est volontaire. S*il est visiblement épris d'admiration pour Mélèce, Flavien, Diodore, il sait rendre justice aux Eustathiens (Pauliniens), quand ils refusent de communiquer avec les successeurs d'Eustathe. Lors
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de l'élection de Mélèce, il écrit franchement que les Ariens n ont pas absolument observé les règles canoniques.
Que Sozomène suive Socrate, cela ne peut faire doute pour personne qui ait pris la peine de comparer les passages semblables et c'est même fort amusant de relever l'ingéniosité avec laquelle il prend soin de démarquer son modèle en renversant l'ordre des propositions et substituant les s^^nouA-mes. Les réflexions assez fréquentes, bien qu'à mon avis trop admirées, de Socrate étaient trop personnelles pour être calquées; aussi sont-elles généralement omises. L'œuvre de Sozomène, quoi qu'il faille penser de son procédé, n'en constitue pas moins en ce qui concerne l'exactitude un réel progrès sur celle de Socrate. On y constate un souci plus sérieux de recourir aux sources et moins de défaillances. Lorsque d'ailleurs il ne diffère point de son modèle on n'en saurait conclure qu'il n'a fait aucune recherche personnelle : il n'a rien modifié parce qu'il a trouvé l'assertion vraie ou n'a pu la contrôler.
J'ai déjà signalé plus haut (p. 19, n. 1) un trait qui montre avec quelle négligence Socrate écrit parfois et omet de consulter les documents qu'il a sous la main. Cette erreur sur saint Jean Chrysostome n'est pas la seule. S*inspirant de la Vita Constantini ch. 59, pour les troubles qui suivirent la déposition d'Eus^ tathe, il parle de l'élection d'Euphronios, après une vacance de huit ans. Or le chapitre suivant de la Vita indique nettement que l'élection eut lieu immédiatement après le refus d'Eusèbe. D'ailleurs le concile de Tyr postérieur de cinq ans à peine à la déposition était déjà présidé par Flaccîlle, successeur d'Euphronios. L'adaptation du récit de Ru fin sur l'entrevue
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entre Athanase et Valens à Antioche n'est pas plus heureuse (voir encore sa confusion entre les deux conciles de Constantinople 381 et 382...)
Des écrivains postérieurs le plus important à consulter est Facundus Hermianensis qui * dans sa Défense des trois chapitres a conservé nombre de fragments intéressant Thistoire de Diodore et par suite celle du schisme. Les chronographes, sauf pour répisode de Kalendion, ne donnent rien de bien utile. Les sources S3^riaques fort importantes pour l'histoire au v* et au vi* siècle s'inspirent pour le iv* des historiens grecs, surtout de Socrate et de Théodoret. Le chronicon Edessenum fournit quelques dates précieuses. Enfin le Thésaurus de Nicctas Choniate, au livré V, mérite d'être consulté.
Beaucoup d'auteurs modernes ont eu à s'occuper accidentellement du schisme d' Antioche. On trouvera l'essentiel de ces travaux dans le Répertoire de M. l'abbé U. Chevalier. Je signale ici les ouvrages fondamentaux du bollandiste P. Boschius (Van den Bosche), de Tillemont et de Walch. Il n'y a pas de livre moderne sur le schisme lui-même, mais beaucoup d'auteurs récents se sont occupés incidemment de quelques points de son histoire. Tout en faisant des réserves sur les tendances pas toujours assez objectives des auteurs, je mentionnerai comme plus dignes d'attention les travaux de Rade, Gwatkîn et Loofs. On consultera avec profit les notices du Dictionnaire de Smith, du Kirchenlexicon (l'article Meletiusestde Hefele;, de la Rea1cnc3'clopaedie (Meletius [1903] par Loofs et l'article Arianismus, du même), du Dictionnaire de Théologie catholique (Arianisme ; I902J du P. Le Bachelel) et l'ouvrage du P. de Régnon
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TRAVAUX RéCENTS 31
(surtout t. 1). Deux essais de classification chronologique des lettres de S. Basile ont été tentés récemment. M. V. Ernst (1896) a dépensé beaucoup d'ingéniosité presque en pure perte, faute d*avoir rassemblé assez d'éléments de comparaison et d*avoir tenu compte des données synchroniques étrangères à la correspondance. M. Loofs (1898) a tenu à réfuter lui-même des idées que M. Ernst semblait avoir mises sous son patronage. 11 n'est pas lui non plus assez compréhensif et donne un rôle trop exclusif à la correspondance & propos d'Eustathe de Sébaste. Ses conclusions sont d'ailleurs conservatrices et s'accordent en substance avec celles des bénédictins. Le chapitre VI du S. Basile de M, Paul Allard^ offre un résumé intéressant des rapports de Basile avec l'Occident. Je dois signaler en terminant les deux, livres récents de M. Holl et de M. Lietzmann à propos des Cappadociens et d'Apollinaire, ils sont appelés à rendre de grands services.
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