‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 11 sur 96 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les origines du schisme ; la déposition de saint Eustathe

et l'éplscopat seml-arien.

Lorsque trois années à peine après le concile de Nicée, les opposants, assurés de la connivence impériale, reprirent la lutte contre rorthodoxie, un de leurs plus redoutables adversaires, Eustathe (l), occupait encore le siège d*Antioche. Dès le début de la controverse, de Bérée, il avait répondu à l'invitation de son ami Tévèque d'Alexandrie (2) et nettement condamné Arius. A Antioche où l'enseignement du martyr Lucien avait préparé le terrain aux idées

Sources du ch. I" : Lettre da concile de Sardiquc-Phîlippopoolîs (3'i3} PL 10, G74; S. Athanase. Hist, Arian, 4-5; S. J. Chrysostome, homélie sur Euiftathe;S. Jérùmc, Vir. 111. c. 85; ApoL adu» libroê Ruf» 111, 42; Ep. G3, n. 2. Philoatorge, II, 7; Socrate I. 23-24; Sozomène II. 18-10; Théodore! I, 7. 20-21; Facundus Hermian. XI. 1. — Consalter Boschius : de S. Eustathio (Act. SS. lui. IV. die 10* , 130 sq. éd. Ven. 1748. — surtout .^ 111) et Tract. Chron. Pair. Antioch. XXIV; Tillemont. Mémoires, t. VII, 10-15. S. Eustathe; de Broglie II, ch. 7; Gwatkin, ch. 111, p. 77-78; Vcnable DCB. II. t. Eustathîus; Loofi RE. V. T. Eustathîot.

(1) Né à Side en Pamphylie (Hier. Vir. ill. c. 85), confesseur ao témoignage de S. Athanase ; il s*agit de la persécution de Dioclétien ou de Licinîus, et non, comme Tentcnd M. Loofs, de ce qu*ettt à souffrir Eustathe pour la foi de Nicée (RB. V. 025). £ôrei6tdc xic f.y

îrito*, roXi)« T,v !;t,aûv Crlp xi,; ikrfitit^.,, (Hist. ar. 4.) Les témoignages postérieurs à Athonase font allusion à Nicée, mais rien ne prouve que le titre d'ô>ioXo7T«Tt,; n*oit pas, même alors, une portée plus grande. Cf. les titres des fragments PG. 18.

(2) Theod. I. 3.

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34 I. ORIGINES DU SCHISMC

nouvelles, sa vigilance resta infatigable. Les fidèles furent prémunis contre « le fléau qui montait de TEgj'pte (1) *s les membres suspects du clergé impitoyablement écartés (2). Mais, c'était une de ses maximes, Tévêque n'a pas seulement charge d'&mes pour son diocèse, il doit s'intéresser à toute l'Eglise de Dieu. Aussi poursuivit-il la nouvelle hérésie partout où il la découvrait ; non content d'agir, il excitait les autres à l'action ; les villes plus menacées recevaient de lui des maîtres de doctrine et des controversistes habiles (3). Luimême, écrivain remarquable, exprimant dans la sobre élégance d'un langage classique une forte pensée tout animée des ardeurs de la polémique, multipliait les réfutations, traités, lettres, sermons, commentaires exégétiques (4}. Au concile de Nicée où sa qualité d'évêque d'Antîoche l'élevait au premier rang, il exerça une influence considérable (5). Quand, en 328, Athanase, jeune encore, fut choisi

(1) s. Jean Chrys. in Eustathiuro n. 3. PG. 50, (302.

(2) S. Athanase qui nous a conservé ce détail (Hist. ar. 4), ajoute que la plupart de ces clercs furent ensuite élevés à Tépiscopat, pour renforcer le parti arien. Ils portent en effet des noms bien connus : Léonce et Stéphanos d'Antioche, Georges de Laodicée, Théodose de Tripoli, Eudoxe de Germanicic (plus tard évéque d*Antioche, puis de Constantinople), Eustathe de Sébaste.

fi) S. Jean Chr^s. in Eust. n. 3. PG. 50, G02 sq.

th) Voir la notice d'Eustathe dans S. Jérôme Vir ill. c. 85 et ep. 70. PL. 22. 007-68. Sozomènc II. 19 caractérise admirablement son mérite littéraire. I^s fragments de son œuvre témoignent de Tactivité d'Eustathe contre les Ariens : Adversus arianorum dogma componens multa. (S. Jér.)Cf. Dardenhewer, Patrologie n. 02-9; Hurter, Nomenclator 1 20V'J0O, Jahn tu. II. 4. Kinleitung pp. xvin-xxiii. On trouvera la liste des ouvrages d*Eustathe dont il nous reste quelque mention dans mon étude sur les fragments.

(5) Thcod. I. 0. affirme qu1l prononça Tallocution de bienvenue devant Constantin. Cest por une fausse interprétation de la Vit. Const. III, 11 que Tauteur des titres attribue ce discours à Eusèbe de Césart^c. L*affirmation identique de Sozomène n*a pas d*autre

CONTROVBRSBS APRES NICÉB ' 35

pour succéder à S. Alexandre, Eustathe était avec Marcel d*Ancyre le champion le plus en vue et le vrai chef de Torthodoxie nicéenne.

L'œuvre oblique tentée par Eusèbe de Nicomédiê, à son retour de l'exil (fin 328), ne lui échappa point. Avec sa vigueur ordinaire, il poussa le cri d'alarme, dénonça les menées secrètes et se mit le premier en campagne. La préface de l'opuscule qu'il composa vers ce temps sur le verset des Proverbes VIII, 22, où se retranchaient les Ariens, est un véritable manifeste (1). Elle se termine par une solennelle et confiante déclaration de guerre : c< Tantôt en secret,

explication. On a fait honneur à la modestie d*£u8èbe du silence que peut expliquer son animosité contre Eustathe ou son parti pris, ^ensemble de la Vita et notamment le ch. 45 du livre IV montrent qu'Kusèbe n*a point Thabitude de dissimuler ce qui le concerne. On s*explique mal d*ailleurs pourquoi Eusèbe aurait été à la droite de Tempereur. M. Seeck (ZICG. 1895, ^V? n. 4) admet à tort que les titres sont d*Rusèbe. Cf. Hbikbl Euaebiu» Werke I. Kinleitung, K., p. cm. Déjà Valois avait remarqué excellemment cette différence entre THistoire Ecclésiastique et la Vita. PG. 20 col. 905 note 1. ~ Le discours d*Eustathe dont Tbéodoret donne le résumé est censé reproduit dans Tœuvre de Grégoire de Césarée : G ratio in SS. Patres Nicaenos (Cf. Bosch. AA. SS. IV Jul. De S. Eust. I, n. 5. sq.).

Quoiqu'il en soit de Tallégation de Tbéodoret, il est certain qu*£ustathe attaqua vivement les ariens et contribua puissamment à leur condamnation : Eustathium nostrum, qui primus Antiochenae Ecdesiae episcopus contra Arium clarissima tuba cccînit (S. Jérôme, ep.73. 2 ad Euangelum. PL. 22, G77) ; apud beatissimum Eustathium qui sancttirum Patrum qui apud Nicaeam congregati, primus exsistens fidem orthodoxam confirmauit (Jean d*Antioche, lettre à Procloa, citée par Facundus Herm. PL. 07. 710). C'est alors probablement qu'Eustathe noua avec Osius cette amitié étroite dont parle le conciliabule de Philippopolis. La remarque est de Tillemont (Eustathe, art. 11). D'après Gélase de C^rzique, Eustathe aurait été chargé de faire exécuter les prescriptions conciliaires en Cœlé-S^rie, en Mésopotamie et dans les deux Cilicies. (Hist. Conc. Nie. II fin).

(1) Theod. I. 7. Nicéphore Calliste Ta insérée dans son Histoire ecclésiastique (V11I.21). De cet écrit sur Prov. \*1II. 22 nous avons un assez grand nombre d'autres fragments (19 exactement) de moindre étendue, conservés également par Théodoret (Dialogues. PG. 83 c. 87, 17G, 285) pour la plupart (fg. 18-36 dans mon étude).

36 I. ORIGINES DV SCHISMB

tantôt ouvertement, dit-il de ses adversaires, ils défendent les opinions condamnées ; divers subterfuges les aident à dresser leurs embûches ; désireux d*afTermir les plantations de l'ivraie^ ils redoutent les gens avertis et se dérobent à ceux qui les surveillent. C'est leur façon de guerroyer contre les hérauts de la vérité. Mais nous ne croyons pas que les athées triomphent jamais du Divin. Qu'ils prennent de nouveau des forces, de nouveau ils seront vaincus, selon le beau mot du prophète Isaîe. » Les adversaires relevèrent sur-le-champ le défi. Leur plan était arrêté. La situation devenait favorable, et leur chef, Eusèbe de Nicomédie, avait hâte de rexploiter, habile et souple courtisan qui en peu de mois avait reconquis la faveur de Constantin et jusqu'à la fin la tournerait contre l'orthodoxie. A ce moment, une polémique dont les échos troublaient tout l'Orient, avait déjà mis aux prises Eustathe et Eusèbe de Césarée, la seconde tète du parti (1). L'évèque d'Antioche accusait Eusèbe de revenir sournoisement aux doctrines ariennes et celui-ci ripostait en traitant Eustathe de sabellien (2). La discussion interminable n'aboutissait point. Eusèbe de Nicomédie se rendit compte que la ruse était une meilleure arme pour triompher, il organisa un guet-apens (3).

(1) Soz. 11. 19 signale encore Paulin de Tyr et Patrophile de Sc^rthopolis comme attaqués par Eustathe dans ses polémiques postérieures au concile. Us avaient de nombreux partisans dans l'épiscopat oriental.

(2) Socr. I. 23 ; Soz. 11. 18 ne diffère que pour la forme. 11 a changé Tordre des membres de phrase et supprimé la réflexion finale où Socrate trahit son ignorance théologique. Pour lui le débat est une vaine querelle : les deux adversaires soutenaient au fond les mêmes doctrines. I^ polémique eut lieu sous forme de lettres.

(3) Pour la discussion de détail voira la fin du chapitre, note A. Je suis en général Théodoret.

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I SYNODE A ANTIOCHB 37

Sous couleur d*une visite aux constructions splendides que la piété de Constantin faisait élever à Jérusalem (1), Eusèbe parcourut en compagnie de Théognis TOrient et la Palestine, rallia ses coreli* gionnaires (2) et à son retour en amena un certain nombre à Antioche (330). D'autres . évèques s'y trouvaient déjà Y la plupart fermement attachés à la foi de Nicée. Une accusation portée par une femme de rien contre les mœurs d'Eustathe servit de prétexte à la réunion d'un synode. L'accusatrice parut dans l'assemblée épiscopale, un enfant entre les bras : Eustathe, disait-elle, en était le père. Celui-ci se borna à demander qu'elle fit comparaître ses témoins, conformément aux règles canoniques. Divers membres de l'assemblée insistèrent dans le même sens, mais les Eusébiens déclarèrent que l'évoque d'Antioche était suffisamment convaincu (3). D'ailleurs d'autres accusations pesaient sur lui: on entendait bien, après avoir flétri l'évèque dans sa conduite privée, faire condamner le défenseur inlassable de l'homoousios. Ce n'était pas une tAche trop difficile.

Le sabellianisme qui réduisait les personnes divines à de simples manifestations diverses et temporaires (-pôïtoTTot) d'une m(>me individualité, restait

(1) 11 s*agit ici de la basilique du Saint-Sépulcre dont la dédicace eut lieu avec beaucoup de solennité le 17 septembre 335, à l'occasion des tricennalia de Constantin. Cf. Eusèbe de Ces. de laud. Const. IX et Vit. Const. 111, 25-40 (description) ; IV, 40 ; 43-47 (dédicace). L'empereur en était spécialement fier. Aussi favorisa-t-il le voyage d*Eusèbe.

(2) Théodoret I. 20, mentionne Eusèbe de Césarée, Patrophile de Scythopolis, Aétios de Lydda, Théodote de Laodicée.

(3) Théodoret (I. 21) ajoute que plus tard, au cours d'une maladie grave, Tnccusatrice déclara qu'elle avait calumnié l'évèque. Toutefoia le mensonge n'était pas absolu : l'enfant avait pour père un forgeron du nom d'Eustathe. Cf. note A, p. Cl, n. 3.

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dans le souvenir de tous, comme le type de Thérésie dont il fallait avant tout se défendre au sujet de la Trinité. L'arianisme, tel surtout que radoucissait la fraction eusébienne, semblait à beaucoup le moyen le plus assuré de repousser h jamais ce danger. A ceux qui le combattaient au nom de l'orthodoxie nicéenne, alors que le langage théolo' gique était loin d'avoir atteint sur ce sujet toutes les précisions utiles, il était difficile dans les fluctuations incessantes de la polémique de ne pas écrire çà et là des phrases de saveur toute sabellienne pour un esprit prévenu. En les isolant soigneusement de leur contexte et en les commentant, les théologiens du parti d'Eusèbe pouvaient faire une impression défavorable sur les évèques ralliés h Thomoousios plutôt par rinfluence conciliaire que par une conviction personnelle énergique et il suffisait de profiter habilement de cette impression pour se débarrasser à tout jamais des meilleurs tenants de Torthodoxie. Eustathe d*Antioche fut la première victime de ce procédé déloyal. Un membre de l'assemblée l'accusa de sabellianisme (1). Ce n'était qu'un comparse. Eusèbe de Césarée, présent au synode, était désigné mieux que personne pour soutenir l'accusation, puisqu'il l'avait lancée lui-même dans le public quelque temps auparavant. La suite des débats nous échappe, mais à nouveau les meneurs triomphèrent et firent proclamer la déchéance d'Eustathe.

(i) Je ne vois pas que ce qui nous reste des œuvres d'Eustathe prête quelque fondement à cette accusation. La p!eine divinité du Verbe y est puissamment affirmée, mais la distinction d'avec le Père est également mise en lumière. Sur la théologie d'Eustathe consulter une note substantielle de Du Pin (Auteurs Ecclés. iv« siècle I. pp. 132-33) et, en ce qui concerne la christologie, mon édition de l'homélie in Lazarum p. 12, note 1.

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J>KPOSITION D*BUSTATHB 39

Evidemment, pour oser ce coup d*audace, à Antioche même, ils devaient se sentir appuyés par une partie du clergé et du peuple. Les rigueurs d*Eustathe contre los clercs récalcitrants servirent ses adversaires. Mais la déposition ne pouvait passer inaperçue. Dès que le bruit s'en répandit, elle souleva des protestations et des colères. Les Eusébiens comprirent qu'il fallait partir. Ils quittèrent en hâte Antioche pour Nicomédie, où ils pouvaient agir immédiatement sur l'empereur (1). Eustathe lui fut dépeint comme un esprit brouillon, dont les polémiques incessantes troublaient cette paix que l'empereur avait assurée par tant de sacrifices ; il était une cause de troubles dans* sa ville épiscopale (2) et n'avait pas pour la mère de Constantin, le respect qu'il lui devait (3). L'empereur, prévenu contre Eustathe, ne semble pas avoir pris la peine d'ordonner une enquête (4). Un messager impérial intima aussitôt h l'évéque Tordre de quitter Antioche pour la Thrace où il devait être interné. Eustathe n'opposa aucune résistance.

L'intervention de l'empereur qui, trois ans auparavant, s'était exercée en faveur des orthodoxes inaugurait par ce nouvel acte un changement de direction dont, quelques mois après, nombre d'autres prélats orientaux furent à leur tour victimes. En dépit des indications fournies par les historiens

(1) Theod. I. 20 PG. 82. 967.

(2) Theod. 1. 20. ^ot/^v ôuoû xil tC^2wov c;i^s^v2i ?:3,es7xfji^ouvu

(3) Atbon. Hist. Ar. 4. PG. 25. 007. Il est le seul k rapporter ce détail.

(4) Si les chapitres 59-G2 du livre III de la Vita Conatantini s*appliquoient directement à la déposition d*Eastathe, on pourrait en conclure que Tempereur manda Eustathe à la cour, III 59, 3 (\a phrase est obscure). Mais il s'agit de faits postérieurs d'environ trois ans 4 Pexil d'Eustathc. Cf. Note C.

40 I. ORIGINES nu SCHISME

anciens et des suppositions quV ajoutent les modernes, la facilité avec laquelle s'opérèrent ces dépositions reste inexpliquée. La meilleure raison qu'on en puisse donner semble encore être Tinlluence qu'exerce une minorité compacte et résolue sur une assemblée d'orientation incertaine, abandonnée sans chef à elle-même, surtout lorsque cette minorité sait ou comprend qu'elle peut compter sur l'assentiment, au moins sur l'indifférence du pouvoir (1).

Chose étrange, une fois interné à Trajanople (2), avec les prêtres et les diacres que le synode avait aussi condamnés (3), l'exilé tombe dans l'obscurité

(1) Les réflexions de Gwatkîn, cb. III, pp. 93-90, sur le revirement de Constantin, sont intéressantes mois n*emportent pas la conviction.

(2) II nW a pas de raison suffisante pour ne pas accepter les affirmations concordantes des deux témoins les plus anciens et les mieux à même d*ètre bien informés : Chrysostome dans son éloge, parle toujours de la Thrace ; Jérôme précise comme séjour Trojanopolis. Après eux nous trouvons des indications divergentes : Philostorge fil. 7) reste dans le vague: tU tf.v 'Esiripsv )u9opiov ?n)tT,9i^ivoc. Socrateet Sozomène supposent Texil en Occident, puisqu*à son prétendu retour Eustathe s*arréte à Constantinople (Soc. IV, 14, Soz. \'l, 13). Tbéodoret renvoie en lUyrie : xal ixttvo; |aIv Stà rf,; f^pixr^^ sic 'IXXuptxf.v 's^tv ài:/^^. I^s chroniqueurs postérieurs Tensevelissent à Philippes et c*est de là que Kalendion fait rapporter ses cendres. Les modernes sont partagés. Tillemont écrit (VII.S. Eust. p. ih) : « Il peut avoir passé quelque temps à Trajanople dans la Thrace mais il paraît que le dernier lieu de son exil et celui de sa mort fut la ville de Philippes en Macédoine. • Il admet (note IV) que S. Jérôme a pu le confondre avec Foutre Eustathe, — celui de Constantinople, mais Texistence de ce dernier est une création de Tillemont, — et que la Thrace de S. Chrjrsostome se ramène facilement (!) h la Macédoine. P. Boschius serait porté & admettre une translation de reliques au v* siècle (A A. SS. IG* lui. de S. Eustathio S 111).

(3) Athan. Hist. ar. 4. xal tùOO; î;<ip'.97oc >&t<S; ti ';^rvtTat xat iioXi»; virv avtw T:pt36>.^TlpMv xal €'.ax(Svtiiv ipiO]x(Sc. 11 est évident que i:oVj; est tout relatif. Quelques autres peut-être raccompagnèrent volontaire» ment. Flavien et Paulin étaient-ils du nombre ? Philostorge Tafflrme et plusieurs historiens ont ajouté foi à ses dires : (Kxqi 6i f.vav E&rra9Cii> 9waxoXou<^,93vtt; i; t*,v [iiO^piov i-nx70{i<*M0. (PG. 05. 509\ Rien ne parait moins probable. Chrysostome suppose nettement le contraire pour Flavien et Philostorge si trompe manifestement

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EXIL D*BUSTATHB 41

la plus profonde. Athanase, Marcel d*Ancyre, d'autres encore» vont à Rome faire valoir leurs droits et protestent hautement, après la mort de Constantin, contre la sentence qui les a chassés de leur siège. Diverses amnisties impériales les ramènent successivement de Texil. D*Eustathe il n*est jamais plus question et dès 3^3 le concile eusébien de Philippopolis le traite comme un oublié. C'est sans doute que la mort n'avait pas tardé à le frapper, sous ce climat plus rude que celui d'Asie (1).

Les deux premiers successeurs d'Eustathe (2), Pau-

quand il le déclare déjà prêtre. Flavien mort en 404, naquit au plus tôt vers 310. Il avait donc une vingtaine d'années au plus lors de Tcxil d'Eustathe. Nous savons par Théodoret que lui et Diodore restèrent laïques durant tout Tépiscopat semi-arien (^^•3G0). Paulin était plus ftgé que Flavien et sûrement prêtre lors de la déposition d'Eustathe, mais comme la scission des orthodoxes, d'après tous les témoignages, a suivi immédiatement l'expulsion d'Eustathe, il ne semble pas non plus qu'il ait accompagné Texilé. A moins qu'il ne faille entendre de ce voyage la qualité de • Confesseur » attribuée k Paulin par son partisan S. Jérdme (Ep. 106 n. 7. PL. 22. 882). On ne voit pas que le chef des Eustathiens ait eu à subir de persécution. Sous Constance, il se tient à l'écart de l'Eglise officielle, sous Valens on lui laisse la libre dispositiorf d une petite église de la ville. Pour sa prêtrise cf. Hier. Chron. anno 1. Iuliani : Paulinum Eustatbii cpiscopi presbyterum. On ne peut admettre à plus forte raison l'affirmation par laquelle débute Philostorge : Paulin et Flavien font partie du clergé officiel d'Antioche jusqu'à ce que Léonce (344- .%8) les dépose parce qu'ils lui font opposition. La fausseté de ce point et de ce qui concerne la prêtrise de Flavien rend au moins très douteux le fait de leur vojage.

(i) Voir la note B, sur la date de la mort d'Eustathe.

i2) Voir la note C. Sources, outre celles indiquées au début du chapitre : Eusèbe. Adu, Marcellum. \. k ; Vita Connt 111. 51MÎ2 ; — S. Athanase. Ilist, Arian, 20-21, 28. Apoî. pro fug. 25, 26. — S. Jérôme. Chronique, anno 22. Constantin] ; — Rufin L 19; — Philostorge lU. 11-18; IV. 4-12; — Socratc 11. 0, 37-40; H. 10; — Sozomène IIL 0. 20; IV. 12-14 ; 22; VI. i%; - Théodoret, H. 2. 8-0; 19-23 ; - Chronicon Paschale a. 350. — Consulter DCR : Notices des évêques cités; Gwotkin c. 4.

lin et Eulalios, ne firent guère que passer : le premier mourut après six mois d*ëpiscopat (330), le second n'acheva pas sa deuxième année (331-32). Lorsque lesévèques se réunirent de nouveau pour l'élection, une sédition formidable sur laquelle, grâce au silence intéressé d'Eusèbe, nous n'avons que des détails insuffisants, bouleversa toute la ville (1). Les magistrats et les officiers eux-mêmes prirent parti. Constantin écrivit diverses lettres aux habitants et aux évoques pour ramener le calme. Stratège fut délégué à Antioche où le comte Acace s'occupait déjà de la pacification. Il ne semble pas que les auteurs du trouble fussent des partisans d'Eustathe, s'efîorçant de peser sur l'assemblée épiscopale pour obtenir le retour et le rétablissement de l'exilé. La candidature d'Eusèbe de Césarée fit tomber quelque peu la fureur populaire. Mais se sentant mal à l'aise dans une ville toute pleine encore du souvenir de son rival, il préféra conserver son premier siège et mit habilement en avant les canons qui interdisaient de pareilles translations (2). Il écrivit à l'empereur son refus et celui-ci conseilla aux évêques un autre choix. Des deux hommes qu'il leur désignait comme aptes à cette charge, Georges, le prêtre repoussé par Eustathe et Euphronios le Cappadocîen, ce dernier l'emporta (332). Il appartenait comme ses deux prédécesseurs au parti eusébien.

A cette date la situation de l'Eglise d'Antioche était déjà profondément modifiée. Quelques jours

(1) Voir la note C.

(2) Ce qui me porte à croire que le respect des saints canons n'était pour Rusèbe qu*un prétexte, c*est qu'il loue les translations de ses amis Paulin de Tvr et Kusèbc de Nicomédie (Adu. Marcel. I. 4. 752 A, 753 C).

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