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LES EUSTATHIBNS 43
après Télection de Paulin de Tyr une fraction assez nombreuse de nicéens brisait avec éclat les liens qui la rattachaient à l'Eglise officielle. Prenant pour drapeau le nom d'Eustathe, clercs et fidèles se grou* pèrent autour d'un autre Paulin, déjà prêtre, et tinrent désormais à part leurs réunions (1).
Beaucoup d'orthodoxes, fermement attachés comme eux à la foi de Nicée, ne pensèrent pas élre obligés de les suivre. La déposition d'Eustathe était injuste et ils la condamnaient ; toutefois l'évèque avait acquiescé tacitement à cette condamnation (2). Son successeur, élu selon les formes canoniques, bien que de doctrine suspecte, ostensiblement n'admettait pas d'autre foi que celle du grand concile. L'Eglise de Dieu n'avait pas d'ennemi plus redoutable que le schisme: il ne fallait pas déserter la place^ mais }* maintenir les droits de l'orthodoxie et s'y opposer sans relâche aux agressions des faux frères.
Cinquante ans plus tard lorsque les deux partis, aigris par la lutte, fatiguaient encore TOrient de leurs querelles, aux Eustathiens qui leur reprochaient d'avoir vécu en communion avec des hérétiques, les orthodoxes unis répliquaient en invoquant l'autorité d'Eustathe lui-même. Dans un émouvant tableau, S. Jean Chrysostome mettait sous les yeux de ses contradicteurs les adieux du grand exilé. Tandis que près de lui clercs et prêtres
(1) Théod. I. 21. IlivTt; Zi (les premiers successeurs d*Eustathe) ôuodo; TT,v *.\pc!ou ).ui€T,v tîy^ov tTxtxoujijiivT.v. l\i toi tovto ::XcT9toi tôv tiit^tvi r&03'.po*j«jLr/«av «si tûv tc^u>;xiv(««v xal tûv-noAXwv to6; JiixAT,9ta9Tixo6c xi'ziKM\rj',T,Cxti TjXkà'^ui 7:^1»^ ii'jXfj'ji ffuvT.Of 0 î*«>vTO *Eirc«8tavoi; Ik to*,Sto*j;
•2) Soz. II. 19. EC^T&'Oio; Zï m; truO^^T,v \7v/f^ t^.v ff'jxoçavtdv f.vrpiiv util ry, xpîvs; ijuivov.
se lamentaient, Eustathe calme, la voix ferme, donnait les derniers conseils. On aurait cru. entendre les avertissements de Paul au clergé d*Ephèse : fc Veillez sur vous et sur tout le troupeau. Je sais qu'après mon départ entreront des loups cruels et que parmi vous s'élèveront des hommes aux pensées perverses! » Il ne fallait pas sortir et abandonner les brebis au loup mais rester pour les défendre. Flavîen avait entendu le conseil ; grâce à lui, la masse de la cité était restée fidèle et l'hérésie avait échoué dans son agression (1).
Les Eustathiens ne semblent pas avoir eu connaissance-de ces conseils, du moins crurent-ils interpréter la pensée d'Eustathe en sortant de l'Eglise maintenant corrompue : minorité fervente, l'isolement ne tarda pas à les transformer en petite Eglise unissant & la sincérité et à la chaleur du sentiment religieux, la dureté sectaire à l'égard des orthodoxes qui ne les avaient pas suivis dans leur retraite.
On voudrait pouvoir louer sans réserve leur généreuse résolution. Il faut pourtant bien reconnaître que la question ne se posait pas nécessairement, comme les Eustathiens la comprirent. Ce serait mal juger que traiter indistinctement d*hérétiques tous ceux qui continuèrent à fréquenter les SA^naxes offi-" cielles. Sans parler des circonstances locales, pour nous mal définies, et des rivalités personnelles qui exercent presque toujours une influence considérable
(i) PG. fiO c. Wt sq. Peut-être est-ce en combinant à tort ce passage avec la donnée de S. Jér. Vir. 111. 85, sur les nombreuses lettres d* (eustathe, que le P. Hurter parle dans le Nomenclotor Litterarius I p. 20G d*unc fréquente correspondance entre Tëvèque exilé et son Kglîse. Les témoignages anciens n*en disent rien et le texte de S. Jérôme doit plutôt sVntendrc de traités dogmotiques ou polémiques sous forme de lettres, tel par exemple Técrit sur Melchisédech.
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