‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 13 sur 96 · CATHOLIQUES UNIS · texte numérisé non relu

CATHOLIQUES UNIS

en de pareilles conjonctures, la déposition d'Eustathe n*était pas en soi un motif absolu de séparation : mesure disciplinaire, elle laissait la foi hors de cause; condamnation dogmatique, elle n^était point pour tous ceux qui Taraient portée et n'apparaissait pas inévitablement à la multitude comme un rejet du nicéisme. Eustathe était chassé parce qu'il « sabel* lisait. » Dès lors sa disparition ne changeait pas grand'chose à Tétat de la communauté chrétienne. Avant comme après l'élection de son successeur, toutes les nuances de la pensée contemporaine sur la question trinitaire pouvaient y être représentées : ariens cachés que grouperait bientôt Aétios sous le nom d'anoméens, orthodoxes franchement fidèles à Nicée, gens du tiers parti, préférant une paix équivoque à la lutte ouverte. Ils avaient jusqu'alors fréquenté la mùme église et communié aux mêmes mystères. Les nicéens étaient en droit maîtres de la place et la nouvelle élection ne les en ôtait point. Bon gré mal gré, les eusébiens devaient encore professer extérieurement la foi de Nicée. Constantin ne permit jamais qu'on la discutât directement. Quatre ans s'étaient écoulés depuis sa mort et onze depuis la séparation eustathienne quand fut élaborée à Antioche même une nouvelle formule (341). Jusqu'alors les personnes avaient été seules touchées directement. La rupture sérieuse avec l'Occident eut lieu seulement deux ans plus tard, au concile de Sardique (3^3). Depuis cette époque même les négociations se poursuivirent par la série interminable des conciles on le pouvoir impérial tâchait d'unir tous les évêques dans la profession d'une même doctrine, celle que les prélats de cour imposaient à Constantin. En Orient beau-

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coup d'orthodoxes ne rompirent jamais avec les semi-ariens d'une façon absolue. Pour eux plus encore que pour nous, dans le chaos des partis et les attitudes ondo3^antes des personnes, la distinction était difficile à établir entre ceux qui s*écartaient véritablement des doctrines nicéennes et ceux qui, les conservant intactes, refusaient par scrupule scripturaire et désir de la concorde d'accepter ou d'imposer l'homoousios. Si j'ajoute qu'à Antioche, les Eustathiens n'ayant aucune église à leur disposition, furent obligés de célébrer le culte dans des maisons particulières, l'on comprendra que beaucoup de fidèles, même parmi les fervents, aient attendu une situation plus inquiétante pour se priver des magnifiques cérémonies de la liturgie épiscopale, seule ordinaire encore à Antioche.

Jusqu'à l'élection de Léonce (344), l'histoire des deux fractions orthodoxes nous échappe. L'attention des annalistes se porte ailleurs, sur Athanase et Marcel d'Ancj^re dont la déposition était poursuivie avec ténacité par les Eusébiens. Comme Paulin de Tyr et Eulalios (i), Euphronios, après quelques mois, fut emporté par la mort (2). Son successeur Flaccillos, dont l'épiscopat se prolongea assez longtemps, joua un rôle plus considérable. Son nom apparaît dans toutes les manifestations du parti eusébien. Il assiste au concile de Tyr (335) et préside ceux d' Antioche (339-41) (3). Eusèbe de Césarée lui

(1) Phil. ni 15. Voir Eusèbe Hîst. Eccl. X, 1, une note intéressante de Valois sur Paulin.

(2) Soc. H 9; Soz. III, G. Thcod. I, 21 : durée de son épiscopat, un an et quelques mois.

(3) T^ canon .V du concile de 341 pourrait être inspiré par la conduite du prêtre Paulin. Il ordonne la déposition du prêtre qui persiste à

SUCCëSSBURS d*bustathb 47

dédie sa réfutation de Marcel d*Ancyrei comme il avait dédié à Paulin le X« livre de son Histoire ecclifsias tique. Aétios peut, grâce à lui, revenir d'Alexandrie et suivre les leçons du prêtre Léonce.

Lorsque Flaccillos mourut peu avant le concile de 3'i3 (1), on élut pour le remplacer Stéphanos, chassé jadis du clergé d*Antioche par Eustathe. Le nouvel évéque, l'un des chefs du parti de l'opposition à Sardique, se perdit d'honneur dans la honteuse intrigue où il voulait envelopper les légats Vincent de Capoue et Euphratas de Cologne (2). Il fut ignominieusement déposé (été SVk). A sa place fut promu un condisciple d'Arius et d'Eusèbe de Nicomédie, « un coUucianiste », rejeté lui aussi par Eustathe, prêtre savant mais de réputation suspecte, Léonce l'Eunuque (3).

Ces trois derniers choix étaient caractéristiques, ils reflétaient l'évolution même du parti eusébien ;

faire église à part. — Cf sur Flaccillos, dont le nom grec a plusieurs graphies : Eusèbe Adn. Marc. 1,1 début, Soc. Il, 29 et Soz. III, 6. (1} Phit. m, 15. Stéphanos assiste au concile de Sardique.

(2) Pour son exclusion par Eustathe, Hist. Ar. n. 4. — Le récit d'Athanose sur Tintrigue contre les légats (Hist. Ar. 20-21) est reproduit par divers historiens avec de légères modifications cf. Theod. Il, 7-8. Le fragment dit de S. Athonase (PG. 20, 1293) est le récit de Nicéphorc (Péditeur aurait dû plus fermement le voir et Tindiquer : Nie. Call. IX. 23.), û; o'.cfXT,:rcs*. le marque nettement. Socrate et Sozomène mentionnent vaguement la déposition de Stéphanos. II parait visé par Chrysostome dans son traité sur S. Babylas (47. 508.). Ka{ T'.vx «si T?,; toO côv^asto; ivt«iv oiaaxpo^f,; (concile de Sardique) xsl 7f.; tog ^ivj :io/>r.p{i; (été 3'ii après le départ des légats) rf.ç ipyrf.ç xf.c cxx\T,9'.2rr:xf,; cxCcQT.jiivov (ïxi^xvo; d*^}is f.v aùtû) xtXivtt (Julien) zAxv T^v Ô'.ostxxX'.x'jv 9p^vov ÂvsXaCiTv.

(3) Athanase, Apol. pro fug. 20; Hist Ar. 28, où il indique la cause du surnom. Léonce était encore vivant. Au contraire élo^e enthousiaste dans la source arienne du Chronicon Paschale a. STiO (PG. 02. 721-2i). Théodoret le caractérise iv*^ tô jilv ^ivo; 9?^\* '^i* SI tvwjit.v x]>u*|{voj; xal tic vçAou; irixpa; }&t[io'jjitvo;. ill. 8.) I^ chronique locale, sans doute à cause de son long épiscopat. Ta moins oublié que ses prédécesseurs.

48 I. OniGINBS DU SCUISMB

le dernier manifestement témoignait d'une vigoureuse impulsion donnée dans le sens de Tarianisme pur. Les circonstances toutefois étaient encore peu favorables. Sur les injonctions menaçantes de son frère Constant (1), l'empereur Constance dut par trois fpis écrire à S. Athanase pour Tînviler à regagner Alexandrie, en passant par Antioche où se trouvait la cour. Une détente se produisit, favorable à l'orthodoxie : un peu partout les évéques exilés remontaient sur leur siège. Après de longs délais, Athanase quitta enfin l'Occident et se rendit en S\'rie (automne de 346). Sa présence provoqua un incident auquel se trouvèrent mêlés les Eustathiens [2\ C'est l'unique détail que nous connaissions de leur vie à Antioche jusqu'à l'élection de Mélèce (360).

L'évêque d'Alexandrie avait refusé de communiquer avec l'Eglise officielle ; il célébra la synaxe chez les Eustathiens et se rendit de chez eux au palais impérial. Constance le reçut avec beaucoup de bonne grâce. Mais les évéques de cour veillaient et comptaient bien tirer quelque parti de la mauvaise fortune qui ramenait Athanase. Les premiers compliments échangés, Constance, de son air le plus aimable, pria l'évêque de lui accorder une seule faveur;

(1) s. Athanase ottribuc aussi en partie la résolution de Constance aux réflexions que lui suggéra luventure de Stéphanos. Hist. Arian. 20-21. 'O 6i ^ar.X<2»; KtuvtfrivT'.oç ôXfvov tt itsTs*/vvtU tU iaut&v f.^i

îixxa TOiaOtâ t«i, xoi; jièv i^opiTOivta; is4 tt,; *A>j^2v&fiîx; lî; tt.v 'Ap'AivCsv

(2) Athanase n*u rien laissé sur ce sujet. Rufln I, 19 a dramatisé la scène; il inspire les historiens postérieurs; Théodoret II, 9 le résume; Sozomènc 111, 20 le complète. Socratc(II, 23) ôte tout caractère spécial ou récit. 11 ne parle pas d*Antioche, laisse le séjour de Constance dans le vague et lait demander par Athanase une église dans chaque ville où il y 0 des orthodoxes séparés !

ATIIANASB ET LES BUSTATHIENS 49

en échange il était prêt à. satisfaire tous ses désirs. Il s'agissait seulement de mettre à la disposition des ariens, l'une des nombreuses églises de la cité d'Alexandrie. Athanase, pris au dépourvu, déjoua par sa présence d'esprit la diplomatie des Eusébiens. Volontiers il accorderait l'église demandée, si l'on octroyait la même faveur aux orthodoxes d'Antiochc. Constance trouva la proposition parfaitement raisonnable et lui promit de la faire agréer. Son entourage jugea autrement. Mieux valait pour le moment abandonner les ariens d'Alexandrie où la présence d'Athanuse les tiendrait toujours en échec; accorder aux Eustathiens une église, c'était encourager dans la communauté encore soumise à l'autorité épiscopale les mauvaises dispositions qui s'y manifestaient de plus en plus ouvertement et risquer de provoquer une nouvelle sortie en masse de ceux qui gardaient encore vivant dans leur cœur le souvenir d'Eustathe. Constance céda aux remontrances de ses « S3*riens » et Athanase put rentrer sans condition dans sa ville épiscopale.

La mort de Constant mit fin à la trêve et ranima la persécution. A Antioche, Léonce pensa pouvoir .fa* voriser plus ostensiblement l'hérésie. Déjà Aétios (1), son élève, prêchait sans retenue l'arianisme pur : le Christ était en tout dissemblable du Père. Il s'indignait des ménagements que l'on gardait pour les orthodoxes restés unis ; des disciples zélés se groupaient autour de lui; les discussions dogmatiques reprenaient plus ardentes et rendaient plus pro-* fondes les divisions (2). L'évêque se crut assez fort

(1) Sur Aëtîoset Léonce, Fhîl. lU, 14, 17, Tfacod. II, 19.

(2) Un texte énigmalîque de Philoslorge ferait croire que dès le début Tunton nVtait pas absolument complète entre les deux fractions du

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50 I. ORIGINBS DU SCHISME

pour faire un pas de plus : il éleva Aétios au diaconat. La patience des orthodoxes était à bout : ils crièrent hautement leurs doléances. Si Léonce maintenait Aétios, ils abandonneraient son Eglise et feraient avertir les Occidentaux de ce qui se tramait. Léonce prit peur. Aétios cessa ses fonctions, sans rien perdre de la bienveillance épiscopale ; il quitta même quelque temps la ville pour Alexandrie où il se proposait de combattre l'enseignement de S. Athanase.

Cet éloignement momentané était dû en grande partie aux efforts de deux hommes énergiques qui dirigeaient depuis longtemps les orthodoxes unis (1). Simples laïques, — car, fidèle à lui-même, Léonce n'admettait aux ordres sacrés que ceux qui donnaient des gages à Tarianisme, — appartenant l'un et

troupeau. Mais à le bien considérer il semble combiner certaines données propres aux Eustathiens, dont Philostorge ne parle pas et qu'il ne connaît point (cf. 111, 18j & cette époque, avec d'autres qui ne peuvent s'appliquer qu'à l'autre parti : III, 14. Et xsl ôitïpIpovTo xstl TJtc i6\»i toTç xà 6jj.ooÛ9iov 7:p€9€vjO'j9Vi ot c^ Mpctou, ojiw; xxl t^/ûv xxl v«jLVbiv xxl ^ov^ujiiTiav xxl xûv xXXwv 9/t6èfV àT:iYZia>i it^V ^«C JiurctxfiC sxoivwvouv 0'j9is;. Puisque les catholiques se faisaient baptiser à l'Eglise officielle \Socr. II, 44}, ils devaient y suivre tous les offices. D'ailleurs Philostorge est le seul à mentionner cette abstention qui ne con\ncnt qu'aux Eustathiens.

(1) Sur l'œuvre de Flavien et de Diodore, lire la fin de l'homélie (n. 4) do S. Jean Chrjrsostome sur S. Eustathe. Il y raconte comment Flavien a gouverné les orthodoxes a%'ant l'épiscopat de Mélèce : Flavien avait semé, Mélèce récolta. L'éditeur bénédictin a mal interprété ce passage; il écrit à la marge puis à l'index v* Eustathius et v* Melctius : Quod S. Eustothius scminauit, Meletius messuit. L'erreur de DIondel dans ce sens avait pourtant été déjà corrigée par Tillemont (S. Eust. note V, t. VII, 300 a). Ct Bosch. Patr. Ant. n* ICI. Je ne sais pourquoi M. Loofs (RE, v* Flavianus) considère encore le passage comme douteux.

S. Chrysostome a fait aussi l'éloge de Diodore, PG. 52, 7GI sq. mais en insistant sur son rôle pendant la persécution de Valens. Tbéodoret a consacré un long chapitre aux deux ascètes ^11, 19). Il faut contrôler d'après ces deux sources les indications de Philostorge III, 13-17.

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PLAVIBN BT DIODORB 51

Tautre à une famille distinguée, Tun d*Antioche, Flavien, l'autre de Tarse, Diodore (1), ils s'étaient imposés à l'admiration publique par la ferveur de leur ascétisme et la solidité de leurs convictions. Diodore était de préférence l'orateur et l'écrivain du parti : habile dialecticien, il réduisit plus d'une fois aux abois des adversaires rompus eux aussi aux plus savantes finesses du syllogisme aristotélicien. Flavien dont la science était fort considérable, la mettait volontiers à la disposition de ceux qui y recouraient, mais s'adonnait de préférence aux exercices de la vie active. C'était avant la lettre un véritable évèque, veillant avec anxiété sur le troupeau si menacé. Il exhortait, raffermissait, secouait les tièdes, prenait sa large part des controverses qui se croisaient sans fin dans la cité. Toute rinfiuence que lui donnaient la naissance, la fortune et la sainteté profitait au nicéisme. Nulle part cependant son action ne fut plus profonde que dans le domaine de la vie cultuelle dont il rattacha très étroitement toutes les manifestations à la profession de l'orthodoxie. Diodore, et avec lui, les ascètes et les moines

(1) On le donne généralement comme originaire d*Antioche, mais un passage de S. Basile (Ep. 244, n* 3) où il apparaît disciple de Sjrivain de Tarse et une allusion de S. Jérôme à la communauté que dirigeaient de nouveau Flavien et Diodore (ep. XV, 5: Ca m penses cum Tarsensibus haereticis copulati), semblent indiquer qu*il éta«t de Tarse dont plust tard il devint évèque. En tout cas S. Jérôme se trompe quand il le représente comme ignorant les lettres profanes. Julien TApostat (ep. 71, éd. Hertlein) et S. Basile (ep. 135) en parlent tout autrement. Photius, dans un ouvrage de polémique, dit qu*il fut d*abord arien: Scd Diodorus quidam Tarsensis qui primo arianus postca ad orthodoxam fidem conversus Filium Patri aequalem confessus fuerat (PG. 102 Ep. 1. 9, col. 700-10). Aucun témoignage contemporain impartial ne confirme cette affirmation tardive. Cbosa curieuse cependant, S. Basile (ep. 244. 3) cite en témoignage d'orthodoxie sa formation par Sylvain (Kévéque de Tarse homéousien).

qui, dès lorSy commençaient à peupler la montagne qui surplombe Antioche, raidèrent puissamment dans cette œuvre de rénovation religieuse. Plusieurs des usages conservés par la liturgie actuelle doivent à Flavien leur institution. Leur histoire jette un jour curieux sur la vie ecclésiastique de l'époque.

Le plus efficace pour maintenir intacte la doctrine nicéenne parmi les orthodoxes fut peut-être la diffusion de la petite doxologie. Jusqu'alors les formules de louange les plus employées pour la S^® Trinité n'exprimaient qu'imparfaitement la foi consubstan* tielle : Gloire au Père par le Fils dans le Saint- Esprit ; gloire au Père dans le Fils et dans le Saint^ Esprit. L'hérésie y trouvait son compte. Flavien les modifia de manière à répondre adéquatement aux exigences de la conscience orthodoxe et sur son initiative, dans les synaxes, éclatait bruyante la doxologie consubstantielle : Gloire du Père, au Fils et au Saint-Esprit. L'innovation fut peu goûtée des adversaires. A leur tour, ils multiplièrent et prononcèrent avec plus de solennité les vieilles for* mules, de sorte que pendant les offices, chacun décla* rait sa croyance par le choix de la doxologie. Léonce était trop avisé pour commettre sa dignité épiscopale dans le litige. Quelques efforts qu'ils fissent, ses plus proches voisins ne purent jamais entendre de sa formule que les mots '< Gloire au Père » et « dans les siècles des siècles. » Un jour qu'on faisait devant lui allusion à ces rivalités, le vieil évéque porta la main à ses cheveux blancs et d'une voix dolente répondit: « Quand cette neige tombera, il y aura bien de la boue (1). I»

(1) Theod. II. il». Soz. III. 20. Fhil. III. 13 : "Oxi çt.jI t6v Wvxw/tU^

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PLAVIRN BT L*ANTlPHONB 53

Une seconde innovation de Flavien et de Diodore le laissa beaucoup moins indifférent. Les deux ascètes avaient depuis quelque temps pris Thabitude de con^duire aux chapelles des martyrs les plus zélés de leurs fidèles. On y passait la nuit à chanter des psaumes et des hymnes en Thonneur de Dieu et des saints. Transportant dans l'office grec un usage rè*" cemment implanté dans les églises syriaques dui voi-^ sinage, Flavien mit en honneur Vantiphone (l).- ' *

Vlû %x\ 'A^Ctj» nvtûj&sTi, twv vjk^ i:p^ lOtoû to'j; ]i,iv $ô;x lIxTpl 6i' Vtou ht 'AyCy IIvt*jjA3Tt Xiyciv xsl TavtTfV }if\>kOv tf,v ixf wVr,9tv l'XtKoXiCiiv, toi»c Si ^s llaTpl cv Vtû xal 'AvC» IIviviaxti; cf. le commentaire dogmatique.de Simdon de Thevsalonique {De Sacra Precat, c. 319. PG. if& c. 577) ; OoM Cabrol. Le Uore Jte la prière antique^ V* partie, XIX: Od temps de S. Basile la formule de Flavien n*était pas encoie répanduf partout. (Fi. 32, De Spiritu Sanctà.) Le trait sur Léonce disant tout bas la dozologîe est rapporté par Théodoret II, 19; son mot sur les divisions, par Sozomène III. 20.

(1) Sur Tantiphone le témoin prindpol est Theod. II, 19. Sozomène dans 'son récit semble avoir confondu les deux Institutions et reconnaître comme ancienne la division en chœurs t 'àWà x*xk /oppi^c

^pos{pi9iv îri^iCxwov (III. 20). Socrate, à propos de S. Jean Chrjrsostomc qui établit à Constantinople les chœurs alternés pour lutter contre les chants nocturnes des .ariens, rapporte une légende sur Toriginc de ces chœurs. S. Ignace les aurait établis à Antioche à lâ suite d'une vision : OTravCxv cISiv iv^fAtiiv 2tà t6v èvrif <&vwv 1S}iv««v ?rt;v av{av TpiiSa Cjivovvxuv xat t^ xpOirov toO ôpipiaToc r( cv *Avtto/j(f X«iiXT|9Cf ^apl&bixcv.Oûto; }ilv ovv 6 Zfpl tûv àvrt^wvuiv 3}ivwv Xérf^ ivxb*. Le témoignage de Théodore de Mopsûeste tel que le rapporte Nicetas Chonlate (Tbes. V. 30. PG. 139. 1390) est inintellijgiblé et repose sur quelque confusion ;Vt Theodorus Mopsuestenus scribit iïlam psalmodiae speciem quas antiphonas dicimus, illi (Flavien et Diodore) ex S^rorum linguain Graccam transtulerunt(?) et omnium prope soli admirandi huius operis omnibus orbis christiani homii>ibua auctores apn^ rùerunt. Le passage suivant du biographe de S. Ephrcm me parait résoudre Ténigme : • Lorsque S. Kphrcm vit le goût des habitants d'Rdesse pour les chants, il institua la contre- partie des jeux eï' des danses des jeunes gens. Il établit dos chœurs de religieuses auxquelles il fit apprendre des hymnes divisées en strophes avec des refrains... Il les divisa en chœurs pour les chants alternants et leur enseigna différents airs musicaux, s (Cf. Du val. Litt, SyrtàqueT^ éd., p. 21 et 22 avec la note I.) Mgr Ouchesne admet Torigine antio-

Jusqu*alors le chant était attribué à un soliste et le peuple n'intervenait que pour reprendre les deux ou trois dernières phrases musicales en guise de refrain. Flavien partagea les assistants en deux chœurs qui se renvoyaient les versets des h3'mnes et des psaumes. et prenaient par là beaucoup plus d'intérêt à ces exercices de dévotion. La nouvelle manière fut très goûtée et Taffluence des assistants fit craindre à Léonce que le culte officiel n*3* perdit. Il invita donc aimablement les deux ascètes à chanter Tantiphone dans le lieu ordinaire des réunions. Flavien et Diodore ne se firent pas illusion sur les motifs intéressés de l'évêque ; ils obéirent toutefois, et sous les voûtes de la grande église bâtie par Constantin, Tantiphone résonna plus triomphale encore.

« Cette circonstance, écrit Mgr Duchesne, contribua beaucoup à faire connaître le nouveau système de psalmodie. Use répandit très rapidement. Au temps de S. Basile, il était déjà introduit à Césarée de Cap** padoce (1). Sous Théodose, la pèlerine Sylvia nous montre à Jérusalem des réunions nocturnes tout à fait semblables à celles d'Antioche et de Césarée : Tantiphone y a sa place à côté de l'ancienne psalmodie par répons : psalmi responduntur (sic) similiter et antiphonae. S. Ambroise adopta cet usage en 387 (2). Il parait avoir mis plus de temps à s'introduire dans l'Eglise romaine : un texte, il est vrai assez obscur, du Liber Pontificalis (3) rapporterait cette

chienne. lOrigineê du culte chrétien IV. 3.) Dom Cabrol pense que Ta ntîphone est beaucoup plus ancienne. {Prière antique I. ch. iv., p. 51, note I.)

(l)Ep.207.

(2) S. Aug. Cou/". IV, 7.

(3^ Liber Pontif. éd. Duchesne, I pp. 230-31.

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EUDOXB A ANT10CH8 55

introduction au temps du pape Célestin (422-32) (1). » Léonce mourut en 358. Eudoxe de Germanicie, Tun des chefs les plus en vue du parti acacien, se hâta d'accourir et par ses intrigues se fit transférer au siège d*Antioche (2). Comme plusieurs de ses prédécesseurs, il avait été écarté par Eustathe du clergé. Ses opinions étaient plus avancées que celles de Léonce et, au début du moins, il ne continua pas le prudent opportunisme de son prédécesseur. Théodoret se plaint des maux qu*eut à subir Antioche (3). Cependant il n'3' fut guère présent. Tout occupé de la lutte contre les homéousiens (4), il cherchait à gagner de plus en plus la confiance de l'empereur. Basile d'Ancyre qui le jalousait, nous dit-on, et convoitait sa place à Antioche, le fit exiler en Arménie, puis lui donna un successeur au concile de Séleucie où les homéousiens déposèrent Eudoxe. Mais, à peine ordonné, Annianos fut envoyé en exil par Léonaset Lauricios, représentants de l'empereur au synode. Homéousiens et acaciens furent bientôt convoqués à Constantinople. Là, Eudoxe venu en accusé triompha avec tout son parti. Les homéousiens furent décimés ; l'évèque de Constantinople, Macédonios, fut chassé de son siège et Eudoxe se fit intro-

ll) DucHESNK. Les originen du culte chrétien^ IV, 3.

(2) Son élection est difTéremment rocontée. Theod. U. 20; Socr. II. 37; Soz. IV. 12, Constance protesta d*Qbord, puis cet • Euripe • finit par donner à Eudoxe toute sa confiance. Theod. II. 21.

(3) Theod. II. 20, Philostorge {\\\ 4) le juge défavorablement: *Ecutxf.

Ccst sans doute parce qu*Eudoze n*osa pas soutenir jusqu*att bout Aétios.

(4) Phil. IV. 6-12; Socr. II. 37 $q. surtout 11.39-40; Soï, IV. 12-14; 22 sq. ; Theod. II. 20 sq. Son père, qui avait racheté par le martyre une vie voluptueuse, était d'Arabissa. Phil. IV. 4.

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nîser à sa place le 27 janvier 360 (1). Cette translatioil ouvrait à Antioche la succession épiscopale : l'élection qui suivit marque une ère nouvelle dans This-^ toire des partis orthodoxes.

(1) Tbeod. 11. 23. La date est fournie par le Chronicon Paschale a. 3G0 : Mense And jnaeo, die 27. Il y avait 72 évèques aa synode.

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NOTB A.

Sur la déposition do saint Bustathe.

Quelques points méritent d'être discutés.

1] Occasion. Les sources contemporaines ne disent rien ; j'ai résumé plus haut les détails précis que donne Théodoret ; Socrate et Sozomène mentionnent incidemment que le synode se réunît pour déposer Eustathe(l); Philostorge, en contra-f diction avec les autres historiens, raconte qu'il se tinta Nico* médie. 11 y avait, d*aprés lui, 250 évéques présents (2>. Le chiffre est notablement exagéré, toutefois ils étaient assez nombreux 3 . Une falsification de parti pris n'explique pas la divergence sur le lieu de réunion. Antioche ou Nicomédic importaient peu à TafTairc. Philostorge a peut-être confondu ce synode avec la réunion de Nicomédic où S. Athanase se justifia une première fois 331t. M'appuya nt sur le texte de Théodoret, d'après lequel, devant l'opposition de certains évèques, les promoteurs de la déposition se hâtèrent d'aller trouver Tempe^ reur, j'ai admis que la sentence fut ratifiée À Nicomédic où pouvait se trouver alors Constantin (4).

2] Date, La solution de la question précédente serait plus aisée, si l'on était fixé sur l'époque même où s'exécuta le guetapens 5>. Aucune source ne l'a indiquée avec précision, mais il y a des cléments de solution assez satisfaisants. La déposition d*£ustathe apparaît comme le premier acte public où s'afliche la puissance du parti eusébien après Nicée ; elle est notamment antérieure aux attaques sérieuses dont Athanase fut l'objet dès la fin de 330, antérieure aussi k la déposition d'Eutrope, obtenue

(1) Soc. 1. 24, Soz. II. 119, Theod. I. 20.

(2) Philost. II. 7.

(a) Theod. I. 20 : ^avf.aav ^ào oùx ôaÎ^oi. PG. KL 9<î8 C. A Nicée il y avait environ 250 membres selon Kusèbe, 270 selon Eustatbe. L*on sait que le chiffre de 318 n*a pas de valeur historique.

('i\ Je ne puis faire entrer ici en li^ne de compte le texte où Constantin déclare à propos de la sédition d'Antioche qu'il a lui-même entendu l'auteur responsable de cette sédition {VU. Const. III. 69) cf. infra miteC.

•5J Cf. Dosch. Patr. Ant. XXIV. 147 sq. Il a résumé les arguments contre la solution de 13aronius qui, se fiant à la leçon fautive de certains mnnu<(crits de S. Jérôme et de S. Athanase, plaçait Texil sous Constance. Il discute aussi les diverses hypothèses. —Tillemont a. VII. 298. vNote III). S Chrysostome dit simplement : rooj^itw; ^ ivarvttS- 5a ja T, 'ExxAT.jta. Théodoret s'est gravement trompé en affirmant qu'Husèbe était déjà évèquc de Constantinople. Il ne le devint qu'en 3Iil». Cette erreur n'infirme pas substantiellement la valeur de son récit.

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par les intrigues de Basilina '1), mère de Julien l'Apostat, morte en 332. D*autre'part, Eusèbe de Nicomédie était déjà revenu de Texil où il avait passé trois années entières (2), comme Maris et Theognis (32&-328). Il lui fallut quelque temps pour gagner complètement la confiance de Constantin, d*abord fort irrité contre lui. On peut donc placer avec grande vraisemblance la déposition d*Eustathe en 330. Cette date concorde avec les calculs de Théodoret qui compte trente ans entre Télection de Mélèce 360-61) et la déposition de son prédécesseur orthodoxe et fait durer quatre-vingts ans le schisme auquel Tévéque Alexandre mit fin pour une grande part, entre 412 et 415 ^3). Socrate de son c61é affirme que Tépiscopat d*Eustathe ne fut pas long (4\ or son élection avait été de peu antérieure au concile de Nicée.

3] Motifs. Ici surtout, au premier abord, divergence à peu près totale des témoignages. Tandis que Philostorge et Théodoret parlent sans ambages et allèguent la mauvaise conduite supposée d*Eustathe, Socrate et Sozomène se déclarent mal renseignés ; ils ne parlent qu*à muts couverts de ce premier motif et donnent plus large place aux considérants dogmatiques. I^s contemporains diffèrent aussi entre eux. Si Ton groupe ces divers chefs d*accusation, ils se ramènent facilement à trois : accusations concernant les mœurs, Tattitude politique ou la doctrine. J)ans quelle mesure chaque grief est-il fondé et quelle en est la portée ?

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