‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 14 sur 96 · Accusations concernant les mœurs · texte numérisé non relu

Accusations concernant les mœurs

Dans sa préface à l'homélie de S. Chrysostome sur Eustathe, Montfaucon ^5) n'a point dis.simulé son scepticisme. Plausible

(1) Athan. Hist. Arian. 4^ (PG. 25. 697 sq.)

\2) Philostorge II. 7 [itxk xùtX^ $>ou; cvixu^o2»c. Ils avaient été exilés environ trois mois après Nicée (Phil. I. 10), c'est-à-dire vers nov.dëc. 325. Us étaient par suite revenus probablement au début de 329. Cette dernière année pourrait aussi convenir comme date de la déposition.

3) Théod. II. 27. Tptixovts }iiv via Iti^ juti vi t jic xxl ECrcaOCou toO •Rsvty^y,|io*j 7f7tv»,ji<va; tr{6ou\x; SiixAtaatv (les orthodoxes non séparés).

schisme) Itt, }u/j^i -rf,;

Origène EOrciOioc

(S) PG. 50. 'fim-ilS, Après avoir cité Théodoret et S. Jérôme (il oublie Philostorce*. Montfoucon ajoute : At per mihi mirum uidetur hanc ta m airocem in nmicum et ncqunlem suum episcopum oblatam culumnium ab Athanasio taceri. Ëx Athanasii certe sllentio nonnihil fortasse nascatur contra hanc historiam suspicionis quando potissimum cemimus plerosque istius aeui scriptores libenter afferre muliercularum historias quarum nonnullae pari suspicione laborant; qualis est illa mulierculae in synodo Tyria Athanasium illati stujpri accusantis. Auget hic scrupûlum Chrjsostomus qui in hac de Eustathio

i«w<«ai^>^*^P*"^V^*»*"^"««M«>^M^»MWWi««iwawwiawwaBaV^^n«iaB«iMi«p.a^RVM.<^wa«^i«BiWMHii«»a«m«^r"i^P^^^w«n«MM|^iV

DEPOSITION n*BUSTATHB 59

au premier abord, il ne semble ccpcndaDt pas justifié. Indépendamment de Socrate qui parle en termes vagues et de Sozomène plus précis, trois auteurs représentant chacun trois sources différentes rapportent expressément ces accusations: Tanomécn Philostorge et deux orthodoxes affiliés chacun à un parti opposé de TEglise d'Antioche, Théodorct qui a recueilli les traditions dans l'entourage de Flavien, S. Jérôme (l) à qui Paulin put racon4er toute Tintrigue. Par Paulin et Flavien nous remontons à l'époque même des événements, à des témoins absolument contemporains. On peut donc affirmer que Ton est au moins en présence de la tradition unanime des orthodoxes d'Antioche. Le silence de Chrysostome paraîtra moins probant contre cette affirmation, si Ton observe quMl ne dit pas un mot, dans son homélie, des prétextes allégués : il s*adonne tout entier à faire ressortir la vraie cause de la déposition, le zèle d'Eustathe pour la foi de Nicée, et à rappeler les préceptes de concorde qu'il a laissés à ses disciples.

Peut-on invoquer d'autres témoignages contemporains? Le factum rédigé au conciliabule de Philippopolis (343), où la diffamation et la calomnie se donnent libre carrière, contient à propos de la déposition d'Osius une phrase souvent citée et qui semble bien être une allusion directe & cette accusation portée contre Eustathe (2j. Parmi les raisons alléguées pour

homilia ne ^pû quîdem habet que talem oblatam calumniam ucl aperte denuntiet uel subindicet. (Socrates suis) uerbts innuit rem apud omnes non constare nec suspicîone uacuam esse, ut nos item putamus. Cf. Loofs RE. Eustathius, V. 620. 56 sq. : «die... Nachricht ist freilich schon so ait dass sie Hieronyuus zu interessîeren- vermochte (apol. adu. Ruf. c. 42) aber trotz dem wohl nur spaetercr Klatsch. .

(1) Scripserunt multi contra Marcionem, Valentinum, Ariam et Eunomium. A que eis est obiecta turpitudo? Nonne toti in conuincenda haeresiincubuerunt? Istae machmaehaeretîcorum^ idest magistrorum tuorum sunt, ut conuicti de perfidia ad maledicta se conférant. Sic Eustathius Antiochenus episcopus filiosdum nescit, inuenit; sic Athanasius Alexandrinœ urbis pontiVex tertiam Arsenii amputauit roanum... (Apol adu, lib. Bufin. lU 42. PL. 23. 488.)

(2) Je cite d'après PL. 10. 6/4. I^ texte défij^ure étrangement les noms propres et prête à quelques difficultés mais pas dans le passage essentiel. LMdentificotion d'Eustasius et Quimassius avec Eustathe et K^matios est admise universellement. Le nom d'Eustathe a d*ailleurs été fréquemment défijguré dans les ouvrages latins, où le plut souvent il devient Eustachius :

« Sed Ossium propter supradictam causam et propter beatissîmae memoriae Marcum cui ^[raues scmper iniuriasinrogauit : sed et quod mnlos omnes pro criminibus suis digne damnatos totis uiribus defendebnt et quod conuixerit in Oriente cum sceleratis ne perditis. Turpiter namque Paulino quundaro episcopo Daciœ indiuiduus amicus fuit. — suit le dossier de Paulin. — Sed et Eustasio etQuimassio adhaereoat pessimc et carus fuit, de quorum uitu; infamia turpi dicendum nihil est : exitus enim illorum e<>s omnibus dedarauit. Hisitaqueac talibua

** ■ ■ ' ■ ■ ■ ■■ ■ 1 1 ^mmmmm^m^

ia^P^WPWa«P«BinBVViM^^WV^MI«^«^^^w^NP

justifier la déposition, on rappelle Tamitié d'Osius pour Eastathect Kymatios et Ton ajoute : de quorum uitae infamia turpi dicendum nihil est ; exitus cnim illorum eos omnibus declarauit. Le mot exitus n'indique pas suffisamment par lui-môme s*il s*ag^it de la mort ou simplement de la déposition, mais le sens du passage n'est point douteux et confirme d*une façon générale les dires des historiens.

Si Ton admettait une conjecture ingénieuse de Valois, Eusèbe et Constantin lui-même rendraient témoignage en faveur de cette opinion. Nous aurions en main un document officiel infligeant cette flétrissure à l'évoque d*Antioche. Il s*agit de la lettre où Tempereur félicite les habitants d'Antioche d'avoir repris leur calme et les invite à choisir en paix un nouvel évéquc : Od-rta; o5v tu) Ocôi t* iofyaijAt xal Ouiv xa*:' sOyi; T2 'zk; GjiETipa; oiaÇvJcra'.jji»., co^ Ojxa^ kyoLiztù xal tov opjxov T"^; ujjLSTcoa; 7:pa6TT,To; èÇ ov tov pÛTiov £X£ivov à7;(i)7à[Aevot àvTeiCYivivxaTE rfiz^ àvaftcji -tTiV ojxovotav... et, un peu plus loin, continuant son allégorie, Tempereur ajoute : AioTcep xal tov a^ftapTOv çopTOv àycTS, î:âv yip to?Î;v va5v A'jjxaivijxsvov wo-jup £; ivT^Aa; cr^àXcoTa*. (1)... La sentine et la saleté dont parle Constantin seraient une allusion transparente au motif de la déposition d'Eustathe (2^.

. Le contexte loin d'exiger cette interprétation semble plutôt la combattre. Je crois quMl faut admettre avec Christophorson que ce luxe de métaphores est simplement Téquivalent des termes plus clairs de la même lettre : a7;ox).e(7avT£; Tzâ^ov ora^itoo/, xal aTaxTOv porjv. Le second passage s'interpréterait plus facilement d*£ustathe, mais il est d'une portée trop générale pour entrer ici en ligne de compte (cf. sur le vrai but de la lettre la note C ci-après).

La fréquence de pareilles accusations n'est pas pour surprendre, en Orient surtout. Les documents officiels montrent qu'il n*j a pas chez les annalistes excès de crédulité. Pour

iunctus nb initie Ossius, sceleratis semper foucns, contra Eccle^îam ueniebatct inimicisDei semper fcrebat auxilium. ■

(1) Texte de Valois (PG. 20. col. 1J33.). Heikcl adoptant une conjecture de Wilamowitz-Mocllcndorif, écrit : xal t6v îjpOaptov s<J^tov Çpr.a^t ip. iOB 1. 28i. Le texte des mss. est corrompu.

.2) Cf. FG.2i>col. 1133. notcUi.dc Valois : « Mihi quidcm uidetur innuerc cnusam illam proptcr quam depositus fuerat Kustathius : stuprum uidelicct cuiusdam mulicrculae de que Theodorit. in libre I Historiae Idem etiam significat Constautinus paulo post ubi dicit : ÎMv yitù... Ubi tnmcn Cliristophorsonus snrdcsseditionis iterum interprétât ur. Verum quomodo sordes de soditione dici possint equidem non uïdeo. De stupre uero quod Rustathio obicicbatur quin optimc dicnntur nemo dubitare potest. Est autem hic inetophora a portibus qui purgari soient quoties luto et cuiusquemodi ruaehbus oppleti sunt. •

T»^^'^''^*'^i^'^mÊ^r''^Kmi>m^^^^m^^^m^m-^'1^^vmmmmmi^mimmmmi9Wm'^r^n

mm

DEPOSITION O BUSTATHB

quelques homines de bonne foi engagés dans le parti arien, il ne manquait pas dlntrigants, prêts à tout afin d*as5urer leur triomphe ou la perte de leurs adversaires. A Antioche, quelques années plus tard, Stéphanos en donna un exemple mémorable il . La lettre de Philippopolis est très significative à cet égard i2).

Comment s'expliquer alors les hésitations de Socrate? Il parle des évoques ariens ou de leurs biographes. Il ne connaissait pas sans doute Philostorge. La fin du récit de Théodoret peut fournir une explication satisfaisante : après les aveux de la malheureuse créature (3;, les auteurs du guet-apens ont été peu fiers de leur œuvre et se sont tenus sur une réserve prudente, en se rejetant sur les autres motifs de la condamnation. De là ces allusions vagues à des « actes peu convenables » sur lesquels Socrate regrette qu'on ne s'explique pas plus amplement.

Le silence de S. Athanase est en réalité Tobjection la plus forte, la seule importante contre cette affirmation. Son récit est tellement différent des autres quMl échappe à tout contrùle. Où en a-t-il puisé les éléments? A-t-il été frappé surtout par le dernier acte de la tragédie ? ou bien objet lui-même d'une semblable calomnie {1}, a-t-il dédaigné d'en parlera Même si ce silence reste inexplicable, il ne parait pas de nature à détruire les témoignages réunis de Philostorge, de Théodoret et de S. Jérôme. J*ai montré la haute valeur de ces derniers et comment ils permettent de remonter aux origines même, lis représentent en parfaite concordance avec la tradition arienne (4)

(1) Cf. Athan. PG. 25. Hist. Ar. 20-21 (PG. 2G. 12113 : Nicéph. Calliste). Theod. H. 7-8.

(2). Outre Eustathc et K^matios, elle porte des accusotions de ce genre contre Paulin. -^ adonné aussi à la mo^ie, — in apostasia permanens cum concuDinis publiée et roerctricibos fornicetur (PL. 10. 07'i. C) — contre Dnssos (G<û B. in flogitiis sccleribusquc detectum:, — contre Protogène (ibid. quod diceret illum concubmas habuisse et b obère...).

(3) La finolc sur le parjure évité grâce à la similitude des noms est un trait de mœurs indéniable, qui donne à Tcnsemblc du récit une haute vraisemblance. On trouve fréquemment chez les historiens onciens des exemples d'un pareil formalisme. Cependant la substitution d'un forgeron portant le même nom qu'Eustothe est aussi un élément de nature légendaire; cf. DKLtHAVe. J^e» légendes hagiogra* phigues p. 210, note 2.

k) 11 n'y a pas opposition entre Philostorge et la source arienne de Socrate. 'Ce que celle-ci se contente d'exprimer en termes généraux, — j'ai conjecturé plus haut une raison, — Philostorge le raconte sans nmbai^cs. Mais nous n'avons plus que le sec résumé de son récit. 11 concorde parfaitement avec Théodoret sauf pour la fin naturellement.

rhistoire telle qu on la redisait dans TEglise d*Antioche où plus qu'ailleurs on était à même de savoir la vérité (1).

Page 1