CHAPITRE II Election et premier exil de Mélèce
Si le parti auquel la faveur de Constance avait assuré la victoire dans les interminables discussions de l'année 359, s'était proposé surtout de faire triompher une doctrine, la manière dont il profita de sa suprématie serait étrange et même inexplicable. En réalité le parti homéen était préoccupé de gagner et de conserver Tinfluence à la cour impériale et de satisfaire ses ambitions ou ses rancunes. L'entente entre les membres qui le composaient ne pouvait se maintenir que sur une formule négative, excluant toute profession de foi stricte pour ou contre l'homoousios. Il était loisible à chacun de l'interpréter in petto et de l'adapter à sa propre croyance en insistant sur les expressions favorables, quitte à ne pas trop
Sources. ^ Je rappelle brièvement les sources générales que je me dispenserai désormais de citer : Eloge de S. Mélèce par S. Grégoire de Nysse (381) et S. Jean Chr^sostome (387). Les travaux modernes d*ensemble sur S. Mélèce sont ceux des BoUandistes (22 feb. cf. Patr. Ant., XXXIII;, de Tillemont (t. IX), de Walch (t. IV) et les notices développées du Kirchenlexicon (Hefele), du DCB (Fuller), de la RE (Loofs).
Pour ce chapitre, cf. S. Epiphane, haer. 73 (n. 23-2S; 29-33, discours de S. Mélèce); S. Basile, ep, 57, 258; S. Grégoire de Naz., Carm, de Vit,, 1514-2%; S. Jérôme, Chronique a. 2377; Ruiin, I. 24; Hist. Acephala (éd. Batiflbl), n. 7 ; Philost., V, 1, 5; Socr. II, 44-45; Sozom. IV, 28, 29; Theodoret II. 27, III. 18; Chron. Pasch. a. 362. Voir Petau, Dogm. Theol. De Trin. I. m, 7; Gwatkin, ch. v, 180-188; Gummerus, 181-183 ; Tarticle Arianisme dans RE et DTC.
72 H. ÉLECTION DE MÉLECB
éclaircir les termes suspects. En Orient, beaucoup d'évêques, sincèrement orth94oxes, cédèrent à la pression exercée par les commissaires de Tempereur et signèrent sans* remords la formule de Niké. Acace lui-môme ne comptait-il pas au nombre de ses adhérents les plus déclarés, à côté d'arianisants manifestes comme Eudoxe et Georges, des évéques dont l'éducation et le passé garantissaient les sentiments orthodoxes mais que Tambition ou de mesquines jalousies avaient amenés à son parti? Aussi les élections épiscopales qui suivirent le triomphe du parti acacien, furent-elles par un contraste inat^ tendu, favorables dans l'ensemble à la foi de Nicée. On avait jeté sur toutes les routes de l'exil les homéousiens qui formaient la droite de l'arianisme : à leur place, presque partout, au grand scandale de l'historien anoméen Philostorge (1), Acace établit des défenseurs du consubstantiel. Deux causes surtout expliquent ce résultat : les relations personnelles d' Acace et la foi des populations qu'il fallait se garder de soulever en leur imposant des évéques trop manifestement hostiles. Tel fut le sens des choix qui portèrent Onésime au siège de Nicomédie, Atha^ nase à celui d'Anc3're, un homon3-me d' Acace à Tarse, Pelage l'ascète à Laodicée. Telle fut surtout l'élection qui fit cesser le veuvage d'Antioche.
De tous côtés étaient accourus dans la métropole de l'Orient les évoques électeurs. Ils ne reflétaient pas tous la môme nuance doctrinale ; le parti d' Acace cependant eut la prépondérance dans l'élection (2).
(1) Philoftt. V. i. Cf. note D.
(2) Cest tout ce quHI y a à retenir, semble-t-il, du témoignage assez confus d'Epiphane, Haer.73. 28init et fin.; 3'« init. Cette fin du chapitre 73 a subi des remaniements, en particulier lors de Tinsortion du
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Il semble que le choix fut le résultat d'une transaction. Pour s*assurer contre une surprise, les électeurs rédigèrent et signèrent un procès-verbal constatant la parfaite canonicité de la procédure et en confièrent la garde i\ Eusèbc de Samosate (1). L'élu était Mélèce, ami personnel d'Acace, évoque démissionnaire de Sébaste (2)i
11 nous est difficile de savoir exactement quelle doctrine avait professé jusqu'alors le nouvel évéque d'Antioche. Les contemporains ne semblent pas avoir été mieux renseignés, puisque orthodoxes et ariens pensaient avoir quelque raison de le revendiquer pour leur parti (3). Tous attendaient ses premiers actes pour le juger. On ne se tromperait sans doute pas beaucoup en considérant Mélèce
discours de Mëlèce. De là des répétitions et des obscurités. 73. 28iDit. semble écrit du vivant d*Acace et contient deux afDrmationsdont on ne voit pas trop comment elles s^accordent : Acace fait valoir sa participation à Télcction de Mélèce comme une preuve d*ortbodoxie et cependant Mélèce est élu parce que les acaciens croient quMl partage leur erreur. -* S. Jérôme écrit brièvement (C/iron. a. 2377. éd. Schoene IL 1% R): MeletiusSebastiae Armeniorum cpiscopus ab Acacio et Géorgie episcopis Antiochiam transfertur. Un peu plus haut il le range dans la catégorie des évèques d*Antioche dont il ne donne point la chronologie, quia haeretici fuerunt. VHiatoria acephala^ un peu postérieure, brouille tout : • Apud Antiochiam, Arianaehaereseos eicientes Paulinos de Eccicsia (!) Melctium constituerunt (éd. Batiffol, n. 7 fin. Rufin manque lui aussi d*exactitude : « ... Defuncto (I) Eudoxio, cum multi diuersnrum urbium episcopi ad illam sedem summa ambitione niterentur, ad ultimum, Meletium de Sebastia, Armeniae ciuitate, contra décréta concilii illuc transferunt (H. E. 1. .V«). Socrate (H. 44) rapporte le reproche fait par les Eustathiens à Mélèce d'être élu par les ariens. Sozomène (IV. 28) s'inspire ouvertement de Hufin. Scion Theodoret, les orthodoxes savaient très bien les vrais sentiments de Mélèce tandis que les ariens le croyaient des leurs (II. 27). Comme Rufin et Sozomène, il parle du grand nombre d'évèques présents.
il)Theod. II. 27.
(2) Cf. note D, 1. Sur le premier épiscopat de Mélèce.
(3) Cela ressort des différents textes qui racontent son élection.
ip*