II. ELECTION DE MELECB
comme un homme nouveau, que les circonstances n'avaient pas encore mis à même de se déclarer fermement (1). Absent d'Antîoche lors de l'élection, il n'avait pas eu à indiquer ses préférences doctrinales et si raccord s'était fait sur son nom» c'est que son caractère promettait une ère de paix pour la cité violemment troublée par les divisions. En eflFet tous ceux qui l'ont approché, ont été particulièrement sensibles à ses qualités de cœur. Il séduisait par la grâce de sa parole, la simplicité affable de ses manières, la douceur et le charme de ses relations, tout en imposant le respect par sa piété sincère et la haute dignité de sa vie. Les témoignages mêmes de ses adversaires doctrinaux, comme S. Epiphane, louent ces qualités et le peu que nous connaissons de sa vie, avant comme après son élection au siège d'Antioche, justifie ces éloges. Je citerai ici quelques jugements des contemporains parce qu'ils permettent de comprendre l'accueil fait par la population d'Antioche à son nouvel évêque et l'attachement inébranlable que lui conservèrent toujours les Orientaux. Les louanges d'un S. Jean Chrysostome ou d'un S. Grégoire de Nysse, dans les panégyriques qu'ils ont prononcés en l'honneur de Mélèce, peuvent paraître excessives, elles n'ajoutent pas beaucoup à ce qu'ont dit S. Epiphane, S. Grégoire de Nazianze ou S. Basile.
Ce dernier professait un véritable culte pour l'évêque d'Antioche; il eut maintes fois l'occasion de le défendre et à la manière dont il le fait se révèle la blessure que des accusations injustes ont faite à ses plus chaudes amitiés. Dans un charmant
(1) Cf. note D, 2. Sur Torthodoxie de Mëlèce.
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BASILE BT Ml^XÈCB 75
billet, Tévèque de Césaréc dit lui-même à Mélèce son affectueuse vénération et transforme un banal accusé de réception en épanchement tout intime (1) :
4< Si votre piété pouvait voir quelle grande joie vous nous causez chaque fois que vous nous écrivez, je suis sûr que vous ne laisseriez jamais passer la moindre occasion d*écrire ; vous penseriez plutôt à envoyer en tout temps de longues lettres ; vous savez bien la récompense réservée au consolateur des affligés par le Maître si bon pour les hommes. Ici tout est plein de douleurs. Nous n'avons qu'un remède à tant de maux, la pensée de Votre Sainteté. Nous la connaissons mieux encore, grâce aux lettres pleines de toute sagesse et de toute gr&ce par lesquelles vous vous entretenez avec nous. Aussi quand nous recevons une de vos lettres, d'abord nous en examinons, la longueur et nous sommes d'autant plus content qu'elle est plus considérable, puis la parcourant, nous nous réjouissons de chacune des paroles qui s'y trouvent, mais en approchant de la fin nous nous attristons, tellement tout ce que vous y dites se trouve bon ! C'est que d'un bon cœur sort en abondance la bonté. Si grAce à vos prières nous étions jugé digne encore vivant en ce monde de jouir de votre présence même et de recevoir de vos lèvres d'utiles enseignements qui nous serviraient de viatique pour le siècle présent et à venir, nous l'estîmerions le meilleur des biens et comme un avantgoût de la divine bonté. »
S. Grégoire de Nazianze partageait les sentiments de son ami. Dans le récit qu'il trace du concile de Constantinople, sa plume qui tout à l'heure courra
(1) Ep. 57
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