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86 II. MÉLèCB A ANTIOCHB
« Puisque Mélèce est le premier qui a librement parlé en faveur de la vérité et combattu ce fameux combat à l'époque de Constance, puisque mon Eglise a gardé sa communion et l'aime extrêmement à cause de cette vaillance et de sa résolution inébranlable/ j'ai communiqué avec lui jusqu'à présent, par la gr&ce divine, et je continuerai, s'il plaît à Dieu (1). »
Les auditeurs de Mélèce ne s'y trompèrent donc point : sous les atténuations du langage et la modération caractéristique de l'orateur, ils comprirent sans hésitation la doctrine catholique sur la généra* tion du Verbe et tandis que les ariens déconfits se dépitaient, les orthodoxes qu'ils appartinssent au parti de Paulin ou à celui de Mélèce trépignaient de joie et par leurs applaudissements soulignaient toute la portée de cette prédication. Quand l'évêque eut fini, la foule lui demanda avec instance de résumer brièvement son enseignement. Mélèce montra d'abord trois doigts, puis en retirant deux pour n'en laisser qu'un étendu prononça cette parole remarquable : « On en pense trois, mais c'est comme si nous parlions d'un seul (2). » Le geste resta célèbre et la légende dramatisa vite l'incident, sous la
(1) Peut-être Epiphone avait-il reçu cette lettre avant de mettre la dernière main à son chapitre 73 des hérésies. 'Hjitlc 61 intS^ xat h 'npÛTOc 'sapftT.aixvijuvoc ôrip rr,; à^T.^iCac xxl t6v xxX^ ixcTvov St38Xy,9s; sTwva tri 7Ûv xsipûv KckvvtxvtCou 6 z'.oivijjiw'cs'ro; MtXixt^c t^riv b trCoxoiroc, xxl 29/(v s^Tèv f, tpi^, ixxXT,9(s xotvii>vtx6v Oztpxva-n/^^avs sût&v Sti t);v xapxipisv txiivr^v xal âviv^OTOv Iv3TX9'.v, I^O{Uv aût^ xotvbivtx^ S^-^XP^ ^oû vvv xi, toC OioO -/ipiTi xal l-ojiiv 71 îàv b 0i6ç OiXti (Epist. 258. n»3). Le sens de rpâto; n*est pas bien net : est-ce te premier d*entre les évèques d*Antioche rivaux {Paulin et Vital?), ou le premier qui ait ouvertement commencé la résistance et la réaction en Orient ?
(2) Theod. 11. 27. EOfT,}&(a; Zi -nXiCarr,; iraci toô î:Xy,6ov; zpo^^tpojxivr.c xal 9vvtO}iOfv a^ToT; Tpovcvivxitv Âvt'.CoXouvxii>y StSaTxaXbv, TpiTç ûroéiC^ac CaxT*^Xovc cîta toi; S'jO ayvavaywv xal xiv Jva xataXirùv t»,v attira ivov cxiivr,v asf.xt çwv/.v xpîa ti vooû}xcva w; Ivl Zi S'.aX<v^}&iOa. Socrate, U, 44,
DEPOSITION OB MÉîAcB 87
forme d'une lutte quelque peu burlesque entre révoque et son archidiacre. Cest la version que Sozomène a consignée dans son histoire.
La vengeance des ariens ne se fit pas attendre. Profitant de quelques mesures disciplinaires que prit le nouvel évéque à Tégard de divers membres du clergé (1), ils l'accusèrent devant l'empereur d'impiété et de violation des canons. Les uns plus francs lui reprochaient sa dupKcité, le traitaient d'h3rpocrite parce qu'après avoir feint de partager leurs opinions, il était devenu le défenseur intrépide de l'homoousios (2) ; les autres selon la formule conve-
écrit simplement : zp«€xfvfa»v Zk t^,v h Ni«x(s cipiTtBito sirttv «al Zitirui •zt ô*jioo'j7tov. Soi. I\*. 28, donne le plus de détails tar Tattitude de la foule.
(1) M. I^ooft (art. Meletius RE) a tort de ne vouloir accepter que le témoignage paulinien de S. Jérôme contre Tunanimité des affirmations contraires. S. Epiphane avait déjà caractérisé ces insinuations. Tivi; Zk «al ztf l tcvtov ovx oISa XffCiv f, jitvti ^ip^jicvot ?« ?^^^vy ^ Ti iautwfv •AiYxV^vtiv ^vX<i{itvot (à ce trait on reconnaît les Pauliniens) xwà ufT|Vf,. gavto b»; 07i où/ Zvc«tv ô,obo€o;Ca; i^ «ax* aÛTOÛ yf^ovi xfvr,9'.c dXX' fvtaiv çavl xavovtaûv ^^j.'^^^ixvf* «al Tf,; àva^Uvov avToû «al toû aOrov tcpaxtCou ipcs/t- X{ac* «al Sti Tivi; toi;aTO ov( «iXai irsCiXiTo «al àvcOc}iiTi9cv. \KXk* où i:ivii Taûra «ati voûv c^,«ajAiv Z:k t6 {AiXiara tvvrctpov tv x^ «aT*a^ûfV 9uv6£y 67T,2i.<pat Sto^Oo'jjicva «al ôjxoXo^ovjttva cv xf tCtcci û; jEvw jioi rpo^idffXMTat. Ilaer. 73. 35. Il me parait impossible de ne pas accepter comme motif secondaire ces mesures disciplinaires prises par Mélèce. OutreS. Jérôme et S. Epiphane, S. Chr^sostome parait y faire allusion quand il dépeint Toeuvre de Mélèce pendant le premier séjour : oîiptxixf^^ Ti|V ToSkw àr/,AXa;t rXivr.c «al xk 9tvr^1:it% ;iAt, «al àvtiTw; i/ovra toû XoCsou 9w|ia- To; iro«<i*^a; à«lpatov tt.v iyCtiav trav/j^a^t tw 7Ay,0ci Tf,ç 'E««XT,9(ac (PG.50. c. 510) ; de même Fancienne source arienne du Chronicon Paschale, contemporaine de S. Fpiphfine : o*5toc oûv 6 MiX<Tto; ô c::l àscCcfa (la doctrine) «al ttipot; «a«ot; «a^^pV,tir/o;(Chron.Pasch.ad a.3G2, PG.Ô2. 142-4). — Philostorge, après avoir dit de Mélèce (V. 1) xoûZk tf.v'Avtio/iCa; tripla; (Ipôvou Oipti^s ^,v Tov ô;jioov9tou Ciri.ojxa/o;. ajoute à propos de son exil, — en réitérant Terreur sur Thétéroousios que Constance et le parti d*Acace n*avaicnt jamais admis, — t&v Wvr'o/iCa; MAixtov ùtA toû Kwv9txvt(ov «al aCtov tv •.\vTtoyt(ac oiaxpCCovro; ûnpcipiov it; Ti.v iautoû ratpîôa ti,v Mi\tTtvt,v fXTi^A^ai (sic) «i»c ir'.op«(aç àXôvta «al ôti ô;iooÛ9tov irpigrCiOuv {«T^rw; t6 t?i,&oo'iîiov «aTiT/T.jiaTC^tto. On ne peut rien préciser h leur sujet.
(2) Phil. V, 1. '
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88 II. MRLÈCE A ANTIOCIIB
nue Taccusaient de sabcllianisme. L*cmpcreur fluc* tuant comme TEurlpe au gré de leurs désirs, ils vinrent à bout de le faire chasser de la ville (1). Sozomène ajoute qu'ils le rappelèrent une première fois pour A'oir s'il ne se repentait pas, mais ra3'ant trouvé inflexible^ ils le firent définitivement exiler par Constance dans sa patrie d'origine, la petite Arménie (2).
Immédiatement, sur leurs indications, l'empereur fit venir d'Alexandrie, l'un des ariens les plus déterminés, Euzoios, compagnon d'Arius dès la première heure, déposé du diaconat avec lui, puis ordonné prêtre par l'évoque arien d'Alexandrie (3). En même temps on fit instance auprès d'Eusèbc pour ravoir le décret d'élection. Celui-ci vo3'ant qu'on transgressait la convention avait déjà regagné Samosate. Un messager de Constance l'y rejoignit: «Je ne puis, répondit l'admirable évoque, rendre le dépôt commun qui m'est confié, si les mandataires no sont pas tous du même avis. » Outré de colère, quand il apprit cette réponse, l'empereur fit mander de nouveau à Eusèbe de restituer le dépôt. Le messager ajouta selon qu'il en avait reçu l'ordre, que Tévéque aurait la main droite coupée s'il ne donnait pas le décret. Constance pour refrra3'er avait écrit cette menace mais avec défense au porteur de l'accomplir. La missive impériale parcourue, Eusèbe tendit les deux mains prêt à se les faire couper l'une et l'autre : a Je ne rendrai jamais le décret, preuve manifeste de la malice des ariens. » Informé de ce courage,
(1) Theod. II. 27.
(2) Soz. IV. 21 circa fin. Pour TArménic Toccord est aussi unanime.
(3) Phil. V. 5. Socr. II. 4'i ; Soz. IV. 28, Theod. II. 27. Sur le rôle d*Acace, on ne peut faire que des conjectures, cf. Gwatkin, p. 187, note 2, et 188.
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Constance en manifesta alors et depuis son admiration (1).
Mélèce dut quitter Antioche moins d*un mois après son arrivée (2). A en croire S. Epiphane (3), on remmena de nuit. Chrysostome rapporte à ce premier exil un fait tout à l'honneur de Mélèce. tf Le préfet de la ville s'avançait conduisant à travers l'agora son char où le saint était assis près de lui : des pierres s'abattent de tous côtés sur la tôtc du préfet, car la ville ne pouvait supporter la séparation mais préférait la perte môme de la vie présente à la privation de ce saint homme. Que fit alors notre bienheureux? il entoura de son manteau la tète du préfet, remplissant de honte seâ ennemis par l'excès de sa douceur et enseignant à ses propres disciples quelle patience il faut montrer à l'égard de ceux qui sont injustes .. Qui ne frissonna alors de voir l'amour insensé de lacité pour son évoque et d'admirer la sublime philosophie, la douceur et la mansuétude de celui-ci (4)? »
Cet exil eut de graves conséquences. Il consomma la rupture définitive des catholiques unis avec le parti arien. C'aurait pu être l'origine d'une ère de grandeur pour l'Eglise orthodoxe par l'union de tous les fidèles contre l'hérésie. 11 fut au contraire Toccasion d'une séparation douloureuse et constitua définitivement le schisme. Les Mélcciens offrirent aux Eustathiens de ne former qu'une seule Eglise. Ils se
(i) Theod. II. 28 est le seul à parler d^Eusèbe (cf. II. 27).
(2) S. Jeon Chrys. in S. Mel. (PG. 50. 5ir>.) cv TotaxovT» oôSi ôXaiç t.jxi,&ai; : il le répète deux fois. Cf. encore 517 circa fin et S. Jérôme supra : « Post non grande temporis intcruallum. »
l3) NvuTwp çuYaSivtxsi. Haeres. 73. 'Sk.
CO Chrys. in S. Melct. c. 517. init.
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90 II. EXIL DE MÉLèCE
heurtèrent à un refus formel (1). La charité ne sut pas triompher de l'amour-propre qui n'avait même plus ici le voile de l'orthodoxie. On ne mettait point en doute la foi catholique de Mélèce et de ses adhérents, mais ils étaient tous marqués d'un stigmate indélébile, d'une tare que les Eustathicns, à les en croire, ne pouvaient dissimuler : Mélèce devait son ordination à des ariens et des mains ariennes avaient répandu l'eau du baptême sur les fidèles de son parti.
Dès lors les deux communautés catholiques vécurent côte à côte ; les églises restaient aux mains des ariens (2). Chaque groupe se réunissait à part dans quelque maison et demandait aux souvenirs et à la pensée des deux illustres exilés la force pour conserver intact le dépôt de la foi. Paulin, à défaut d'Eustathe, continuait à diriger les siens ; Flavien et Diodore prirent la direction effective du troupeau mélécien certainement grossi depuis l'élection (3). Mélèce d'ailleurs était présent quoiqu'invisible. Nul ne pourrait dire mieux que S. Chrysostome recueillant ses souvenirs de jeunesse, l'enthousiasme qu'il avait suscité au cœur des siens, leur vénération ardente et leur fidélité à ses enseignements.
(1) Toutes les sources reconnaissent que le refus vient des Eustathiens. Socr. II. 44 : (li, Ot\T,9ivTfi»v x^xotc xotvuvctv Si^xi i« tf,c *Aftisv7,c 4^,^ou t^,v /ii^tovCav MiXiTioc tt/t Xa6(&v- xal Sti àxoXovO^,9svtic aÙTi^ vs' îxtfvwv par:tj9iyriç îrJT/avw. Soz. IV. 2S ; Theod. III. 2.
(2/ Malgré Taffirmationde Théodoret (111. 2 , pas absolue d'ailleurs, je crois que les méléciens n'eurent Tusage de la Palée qu'après l'élévation de Julien. Cf. Chron. Pasch. a. dPâ.
(3) Ruf. I. 2'i. Qui (Meletius) tamen ab ipsis rursum in exsilium truditur quod contra opinionem ipsorum non Arii scd nostram fidem caepit in Ecdesia praedicare. Quem magna plebs sede depuisum secuta ab haereticorum societate diuellitur. ~ Cf. déjà S. Rpiphane, Haer. 73 n. 34.
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DEVOTION DBS ANTIOCIIIBNS bl
M A peine c^tait-il entré dans votre ville, rappelait-il à ses auditeurs, que chacun de vous donnait le nom de Mélëce à ses enfants ; il croyait ainsi introduire le saint lui-même dans sa maison ; oubliant père, aïeuls, ancôtres, les mères donnaient à leurs enfants le nom du bienheureux. La nature le cédait à la dévotion et les enfants ne devaient pas seulement à Taffection naturelle mais encore à l'attachement pour ce nom Tamour que leur portaient les parents. Ce nom était pour eux l'ornement de la parenté, la sécurité de la demeure, le salut de ceux qui le portaient, la consolation de leurs regrets. Partout dans les carrefours et sur Tagora, à la campagne; dans les rues, partout retentissait ce nom. Ce que vous aviez fait pour son nom vous le fîtes pour son image. Dans les chatons des bagues, sur les reliefs; sur les coupes, sur les murs des chambres, partout un grand nombre gravaient cette sainte image pour ne pas entendre seulement son nom mais voir aussi son portrait et se donner comme une double consolation de son absence. »
Cette affection porta des fruits durables : « A peine entré, continue Chrysostome, Mélèce fut chassé de la ville par les ennemis de la vérité. Dieu le permit pour montrer à la fois sa vertu et votre vaillance. Arrivé ici, comme Moïse en Egypte, il débarrassa la ville de Terreur arienne, sépara les membres putrides et incurables du reste du corps, rendit une santé entière à la foule des fidèles. Les ennemis de la vérité ne supportant point cette cor? rection, excitèrent l'empereur et firent chasser Mélèce, dans l'espoir qu'ils l'emporteraient ainsi sur la vérité et ruineraient la* restauration accomplie. Le contraire arriva. Votre zèle parut avec plus d'éclat,
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