CHAPITRE III Intrusion de Paulin et Concile d*Antloche
(3Ij2-363)
Avec la mort de Constance, le « bras de chair (1) » qui soutenait Farianisme tomba en poussière ; l'œuvre factice péniblement élaborée pendant les dernières années, se dissipa d'elle-même. Les consciences timides furent délivrées, Tarianisme abandonné à sa puissance interne de dissolution. Une mesure de Julien h&ta sa défaite. Pour divers mo-
Sources. — S. Athanase : tomuê ad Antiochénoê PG..26. 79G-9b9L — Pseudo-Athanase : refutatio hypocriteos Mtletii. PG. 28, 8S-88. — Sjnodique de Mélèce et de ses adhérents que réfute Técrit précédent : Socrate III. 25 et Sozom. VI. 4 d*après la collection de Sabinos. 7- Profession de foi de Paulin : à la (in du tome aux Antiochiens et chez S. Epiphane, haer. 77, 20. — S. Basile, ep. 89, 138, 214, 258 : allusion aux événements d*Antioche en 303, de même S. Jérôme, Chronique a. 2 Iuliani et 1 louîani. — Rufin I. 27-30 -* Hi9t. actphala n* 7 {éd. BatiiTol). — Philostorge V. 1, 5. ~ Socrate III. 5, 6, 9, 25. — Sozomène V. 12, 13, VI. 2, 4. — Théodorct 11. 2 — Chronicon Poêchaït a. 382.
Sur le concile d^Alexandrie consulter Révillout, Revue de» guettions hUîoriques, XV et son ouvrage en 2 toU 1880 et 1899^ De Régnon III, ch. I**, surtout 5-10. — Sur la persécution de Julien» P. Allard, Julien V Apostat, t, 111; les travaux sur Tarianisme déjà cités, en particulier Gwatkin ch. VI et début du ch* VII ; Feis, Storia di Liberio (i89'â*, spécialement pour le rôle de Lucifer; sur les vie» de S. Eusèbe et leur valeur, Savio, Gli anticki vescovi d'Italia I, sur* tout W2 sq, 514 sq, 550 sq. La Vita antiqua d^UcHELLi (Italia sacra IV) y apparaît bien moins importante qu*on ne Tavait cru,
(1) Epiph. haeres. 73. 23.
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tifs qui tous n'étaient pas également avouables (1), il révoqua dès les premiers mois de son règne les arrêts de bannissement portés par son prédécesseur. Les exilés, quelle que fût leur confession religieuse, purent rentrer librement dans leurs anciens diocèses. L'application de cette décision libérale ne semble pas avoir été faite pour tous en même temps. Dès janvier 362, Julien lui-môme rappelant la mesure commune invitait Aétios, le chef doctrinaire des anoméens, à venir le trouver pour jouir de sa protection (2). Le préfet d'Egypte n'était informé du décret que le 4 février (3). Il est donc impossible de savoir à quel moment l'exilé de Mélitène put regagner Antioche. Sans doute il ne mit pas longtemps à profiter de cette permission inespérée. A son retour à Antioche, ses fidèles se réunissaient déjà dans une église des faubourgs, la Palée, chère aux Antiochiens parce qu'elle passait pour le sanctuaire' où Pierre et les apôtres avaient d'abord prêché la foi. De leur côté les Pauliniens avaient pu s'établir dans une autre petite église (4).
(1 Ammicn Marcellin XXll. 5. Huf. 1. 27, Phil. VII. 7, Socr. 111. 1, Soz. V. 4 et 5, Théod. 111. 2. Chron. Pasch. ad a. 3G2. — Allard. 111, livre VII. 2.
(2) Julien ep. 31 (Hertiein).
(3) Chron. Syr. intcr opp. S. Atban. ; Hiut. aceph. 10, cf Allard, JuUen II. 296-U7.
{\) 11 faut choisir entre trois renseignements contraires : 1* d*après Th^pdoret (111. 2), il semble que les Mëléciens auraient, eu la jouissance de la Palée dès Tétection d*Euzoios, ce qui parait peu vraisemblable ; 2* la source arienne presque contemporaine (dans le Chronîcon Paschalc) affirme la présence et la coopération de Mélèce à rinvasion de la Palée ; des prêtres déposés (par le synode arien de 3G1), au nombre desquels Diogine et un laïque Vital, se distinguèrent parmi les plus ardents promoteurs de TafTaire. Mais 3* lors du concile d'Aleiandrie, les catholiques méléciens sont déjà en possession de la Palée et cependant, au témoignage de S. Grégoire de Nysse lin S. Melct, PG. 40 857) et de Rufin (1. 30), Mélèce ne revint à Antioche
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Pendant que Mélèce était en route pour sa vill^ épiscopale et que les catholiques de son parti affirinaient publiquement par la prise de possession de la Palée, leur volonté de renouer la chaîne qui les unissait au passé orthodoxe de leur Eglise, les autres ëvëques exilés rentraient eux aussi dans leurs églises dévastées. Athanase était de retour à Alexandrie le 21 février. Sa présence se manifesta non seulement par le raffermissement de la foi chez les orthodoxes, mais par des conversions que le paganisme du nouvel empereur ne put empêcher. Aussi un décret d'expulsion fut-il nommément lancé contre lui (fin mars), mais ne sortit son plein effet qu'au mois d'octobre suivant. Dans l'intervalle, en mars probablement, Athanase, avec le concours de quelques exilés, réunit un synode à Alexandrie pour régler la situation des Eglises.
Parmi les confesseurs relégués en Orient (1) se
qu'après Tordination de Paulin qui eut lieu au moment du concile. Socratc III. 9 ; Soz. V. 13 suivent Rufin en Tinterprétant parfois à contre sens. Tandis que Rufin faisant erreur, parle d'une situation qui ne fut vraie que sous Théodose (regressus Melctius de exsilio quia cum eo numerosior populus erat Eccîesias tcnuit«, les deus autres historiens décrivent la situation telle qu'elle sera sous Valens et oublient la Palée.
(1) Selon Théodoret (II. 2), Lucifer et Eusèbe sa trouvaient tt tf (hfizUù^ t{ 1:^6; ATvvircov, d*après Socrate (III. 5), twv dEvM SrfiQf^ tf^c i(opCsc jzsv(ovTtç, de même Soz. (V. 12). Rufin est plus vague (1. 27) : in partibut uicinis Aegypto. D'après son récit, S. Eusèbe ne se serait pas trouvé dans la Thébalde puisqu'il passe par Antioche pour se rendre à Alexandrie. Je ne sache pas qu'on ait relevé ce texte mal interprété par Socrate et Sozomène (Ruf. I. 30) : ■ Sed Eusebius cum redi$$et Antiochiam... quia digredien» inde promiserat te acturum in Concilie ut eis ordinaretur episcopus a quo pars neutra descisceret •, cf. d*autrepart ce qu'il a dit de Lucifer (1. 27) : a praesentiam sui abnegans, legatum pro se diaconum suum mittit atque ipse intento animo Antiochiam pergit. » S. Eusèbe fut exilé d'abord à Scythopolis (cf. sa lettre PL. 12. L c. 047-54), puis en Cappadoce (Hier. Vir. ill. 00) et subit un troisième exil (lettre k Grégoire. PL. 10. Hil. frg. XI. 713). Comme on n*a pas
trouvaient deux Occidentaux également intrépides à défendre la foi de Nicée : Tévôque de Cagliari, Lucifer, dont l'intransigeance pour la foi ne connaissait ni ménagement ni indulgence, et celui de Verceil, Eusèbe, plus doux de caractère et plus humain. Malgré leur différence de tempérament, la communauté de souffrances endurées pour la même cause, défendue avec un égal courage, les avait intimement unis ; tous les deux avaient d'ailleurs pour Athanase une admiration affectueuse.. Dans un opuscule écrit avec la liberté de langage qu'il revendiquait fièrement comme successeur des prophètes, Lucifer avait même fait une pressante apologie de l'évêque d'Alexandrie (1). Les deux confesseurs furent invités au synode. Mais, préoccupé par la pensée d'éteindre à Antioche le schisme si pernicieux aux intérêts catholiques, Lucifer se contenta d'envoyer ses deux diacres avec Eusèbe et leur donna
remarqué le texte de Rufin (I. 30), on 8*accorde k admettre la Haute Thébalde comme lieu de détention pour ce troisième exil, cf. Savio I, p. 4iG. La variante de certains mss. (PL. 21. 500) donne peut-être le mot de Ténigme : « Ad priores catholicos, id est, qui cum Eustatbto et Eusebio episcopo fuerant... Hos ergo cum in unum reudcare uoluisset Eusebius nec tamen praeuentus a Lucifero potuisset, abscessit. • On ne voit pas qu*Eusehio se rapporte à un autre personnage qu*à celui dont il est précisément question dans le chapitre. Eusèbe aurait donc séjourné quelque temps h Antioche.
(l)PL. XIII. 817-036. Desancto Athanasio (Corpus Vindob. XIV. 1886. éd. Hartel). — Sur Lucifer et le schisme des Ludfériens cf. G. Krubger. Lucifer Biêchofvon Calaris und da§ Schisma der Luci" ftrianer. Leipzig 1880. Cf. Tarticle du même dans RE. (1903). — Feis (100-70) a réuni des documents curieux à propos du rôle de Lucifer dans la question du schisme, mais la critique en est malaisée, par suite d*indications insuffisantes, vg sur la vie ms. de S. Eusèbe attribuée à Honorât. Le P. A. Poncelet qui a examiné les mss. conservés au chapitre de Verceil, a bien voulu m^assurer qu*il n*avait rien trouvé qui répondit aux citations du P. Fois. A en Juger par le stvie, elles paraissent plutôt tirées d*une vie récente écrite au temps de la Henaissance^
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plein pouvoir de signer en son nom toutes les décisions conciliaires (1).
Les év<>ques réunis à Alexandrie n'étaient pas nombreux. Désireux de relever l'Eglise, ils étaient décidés & faire taire leurs préférences personnelles pour assurer le bien de la paix. Diverses églises orientales avaient envoyé des délégués. De Syrie étaient venus des moines représentant Apollinaire. Cétait l'un des évéques de Laodtcée, admirateur de S. Athanase, défenseur énergique de la foi orthodoxe, qui allait s'improviser poète chrétien pour suppléer aux classiques interdits par Julien. 11 commençait à répandre des idées singulières sur la personne du Dieu fait homme. Le chef de la communauté eustathienne, Paulin, était également représenté. Les méléciens semblent avoir envoyé des lettres d'adhésion. (2)
Au début des réunions, de multiples divergences se produisirent, mais grAce h la sagesse expérimentée d' Athanase l'accord se fit sur toutes les questions. Le concile de Nicée fut solennellement confirmé, dès qu'en furent reconstitués les actes fort maltraités par le temps, et sa profession de foi jugée suffisante pour résoudre toutes les questions contro- .versées, sans qu'on eût à recommencer l'opération périlleuse des remaniements de formule : l'histoire des vingt dernières années en oITrait des exemples trop lamentables. Puis vinrent les questions pra-
(1) D'après RuOn (I. 27), Lucifer n*accMe pa» à la propoaitioa d'Eusibe et ae contente d'envoyer un diacre (il y en arait deux aelo* le tomut ad Antîoch. fin). Théodoret le mil (II. 2). Socrata laitM entendre (III. G) qu'il y eut accord pour ae partager les rAles; Soc. (V. )2| l'aDlrroe catégoriquement. Cf. Feia, loc. cH,
(2) I.e tome du synode fait allusion ani bonne* dispositions ât* gens qui fréquentent la Palée.
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tiques sûr des points particuliers de doctrine ou de conduite. Fallait-il avec les esprits ardents fermer sans retour les portes de l'Eglise à ceux qui par faiblesse ou par ignorance avaient communiqué avec les ariens, ou devait-on en sévissant contre les fauteurs d'hérésie ouvrir largement les bras aux autres coupables ? La décision à prendre était d*une souveraine importance pour l'Orient où la formule de Niké avait compromis tant d'évèques de vie d'ailleurs irréprochable et de doctrine réellement orthodoxe. Elle était vitale pour la solution du conflit d'Antioche. D*autre part, à côté des discus* sions ariennes pour lesquelles il n'y avait qu'à répéter l'homoousios nicéen, d'autres controverses avaient surgi, provoquées par les premières, sur lesquelles il fallait enfin prononcer. Le Verbe avaitil en s'incarnant pris la nature humaine en son intégrité ou s'était-il contenté d'informer une matière sans âme, ni raison, ni sentiment, une vaine apparence de rhumanité? Des rumeurs imprécises attribuaient à l'enseignement d'Apollinaire la paternité de ces doctrines (1). Depuis peu de temps aussi, la question de la divinité du Saint-Esprit laissée
(1) Sor U portée de cette discassion par rapport h rapoUînarisme* cf. Voisin, p. 42-48, surtout p. 42 : « Par contre la controverse se comprend à merveille si Ton admet qa*elle eut lieu entre les représentants de Tévèque de Laodicée et les tenants de la doctrine antiocbienne. s L*auteur semble dans tout ce passage viser surtout Flavien et Diodore. En tout cas il ne précise point (p. 43) : • (Apollinaire) avait envoyé au concile d* Alexandrie des moines chargés de Yj représenter. Des Antiochiens s*jr trouvaient également. ■ Les Méléciens n*étaient pas représentés au concile, mais Paulin avait envojré deux diacres : Maximos et Kaléméros (tomus ad Ant. n* 9 fin). 11 est intéressant de constater sur ce si:get Tentente doctrinale des deux fractions orthodoxes, fidèles à renseignement d*Eustathe. On sait que les Pauliniens étaient encore en discussion avec les ApoUinaristes en 376 lorsque Epiphane vint à Antiocbe.
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jusqa*alors dans Toiribre prenait rang parmi les préoccupations les plus pressantes des théologiens. Y avaît-il consubstantialité ou simple participation à la divinité» comme peut Tètre celle d*une créature plus parfaite, d'un ministre inférieur que la divinité s*est choisi comme instrument dans la sanctification des hommes ? Quelques tenants de Thomobusios pour le Fils inclinaient vers cette dernière solution. Surtout Taile droite de Tarianisme, le parti homéousien, sous Tinfluence de Macédonius, la propageait déjà ouvertement. Enfin une question de vocabulaire, grosse de toute la théologie de la Trinité, divisait les orthodoxes. Tandis que les Latins désignaient par substance la nature commune aux trois personnes divines, empruntant pour caractériser leur individualité subsistante le terme juridique persona^ ainsi singulièrement .dégagé de ses lointaines attaches scéniques, la plupart des Grecs pour mieux réprouver Terreur de Sabellius qui, derrière les masques, Tzsi^rta::», manifestant la divinité, n^admettait en réalité qu*une seule personne et détruisait ainsi le christianisme, avaient adopté le mot 'j-ré^rzm^y comme équivalent de persona. Mais si oùaix répondait fort bien à Tidée de suhstantia^ étymologiquement OîiÔTTXTi; s'identifiait partie pour partie avec ce dernier terme. Le concile de Nîcée lui-même avait regardé oi^ia et 0?»^»^^ comme synonymes. On voit les confusions possibles et l'émoi des deux camps si quelqu'un ne les avertissait d^ sens différent des mots qui semblaient se correspondre (1). Par fidélité
(1) Cf. le résumé de cette discussion et une appréciation du rôle de S. Athanase dans S. Grég. de Naz. in laud. Athan. XXI. 35, Nous ne savons pas exactement quels étaient les deux partis en présence, puisque Ton ne fait aucune mention & la fin du tome de députés
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à renseignement de S. Eustathe (1) et par scrupule d'orthodoxie, peut-être aussi pour se conformer au langage des Occidentaux (2), les Eustathiens à rencontre des églises orientales avaient gardé la termi* nologie ancienne. De là des querelles de mots incessantes s'ajoutant aux dissentiments intérieurs. Chacun de ces problèmes eut quelque jour sa répercussion sur les affaires des partis orthodoxes à Antioche : dès le début cependant, le concile d'Alexandrie avait donné, une solution équitable qu'il s'était empressé de leur communiquer. Le tomos nous est parvenu parmi, les œuvres de S. Athanase(3) qui le rédigea. Astère de Pétra et Eusèbe de Verceil délégués pour faire connaître et exécuter les décisions du concile devaient le porter aux habitants d'Antioche. Le schîsnie avait préoccupé les Pères d'Alexandrie, mais, tout en prenant une décision libérale, il semble qu'ils aient donné commission aux légats de se rendre compte par eux-mêmes de la situation et de tout régler au mieux.
inélécicns. La discussion en tout cas reflète bien les pensées des deux fractions catholiques d*Antiocbe ; Texposé lumineux de ce dissentiment et la décision finale permettent d'apprécier exactement les accusations ultérieures dont nous aurons à parler et le rôle des controverses dogmatiques dans le schisme. L'exagération systématique de certains historiens modernes y trouve une condamnation formelle.
(1) Cf. Assemani BibL orient. H. 81 ; il y mentionne (cod. 17, p. (i5 et 74) des extraits faits par Petrus lunior patr. ant. (jacobite 57S-591; de la lettre 2* et 3* de Sévère d'Antioche ad Sergium grommaticum • ubi Eustathii Antiocheni locum examinât in expositione Ps. 92 in quo Patrem et Filium unam h^'postasim dixit. » Cl. Pitra, Analecta Sacra. IV. f. 7 d'Rust.; dans mon étude, fg. 9, p. C8.
l2) Cf. la lettre d'Acace (en 'ir«?) à Cyrille d'Alexandrie. Cyr. ep. 15 PG. 77. 100.
(3) PL. 25.706-809. (Ath. opp. II), réédité par M. Révillout dans le second volume de son ouvrage (1899|.
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