‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 52 sur 96 · V. LES PARTIS A ANTIOCHB · texte numérisé non relu

V. LES PARTIS A ANTIOCHB

donnions des prises indiscutables sur nous et que nous établissions fortement Thérésie de ces gens dont la seule occupation dans leurs discours sur TEglise est, non pas d*établir leurs positions, mais d*attaquer les nôtres. Or, quoi de plus f&cheux que cette calomnie et qui puisse davantage agiter la foule, si quelques-uns d*entre nous paraissaient affirmer Tunitc d*hypostase du Père, du Fils et de TEsprit-Saint, bien qu'ils enseignent ouvertement la différence des personnes comme faisait déjà Sabellius. Dieu est un en hypostase, disait-il, mais est personnifié diversement dans TEcriture selon la particularité du besoin qui se présente chaque fois : tantôt il s'applique les mots de Père, quand c'est le rôle de cette personnalité, tantôt ceux convenant au Fils lorsqu'il s'agit de notre service, de l'Incarnation ou d'autres opérations providen* tielles, tantôt il revêt la personnalité d'Esprit, quand l'occasion demande des mots qui y répondent. Si donc, chez nous aussi, plusieurs paraissent dire qu'il y a unité de subsistance pour le Père, le Fils et le Saint-Esprit, tout en confessant trois personnes parfaites, comment n'est-il pas abso^ lumcnt impossible de nier la vérité de ce qu'on dit sur nous? »

Basile explique alors en quoi consiste la différence entre l'ousie et Thj^postase. Le passage est caractéristique et permet de se faire une idée plus précise de sa doctrine trinitaire.

<c Qu'hypostase et ousie ne soient pas tout un, les frères d'Occident, je pense, l'ont insinué, là où redoutant l'étroitesse de leur langue, ils ont écrit le nom de substance en grec (ousie), pour que, s'il y avait quelque différence de pensée, elle fût conservée dans

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IIYPOSTASB ET OCSIB 171

la distinction facile à saisir et indélébile des noms(l). Et, s'il faut que nous disions brièvement notre pensée, nous dirons que le rapport du commun au particulier est celui de l'ousie à Thypostase. Chacun de nous par la raison commune de substance participe à Tétre et par ses propres particularités est un tel ou un tel. Ainsi, là aussi, le rapport de substance est commun, comme la bonté, la divinité ou tout autre attribut, mais Thypostase est contemplée dans la particularité de la paternité, de la filiation ou de la puissance sanctificatrice. Si donc ils disent que les personnes sont sans hypostase, Tabsurdité du raisonnement va de soi ; si, au contraire, ils accordent qu'elles sont dans une hypostase véritable, ce qu'ils accordent, qu'ils en fassent le nombre, pour que la doctrine du consubstantiel soit conservée dans l'unité de la divinité et que la connaissance orthodoxe du Père, du Fils et de TEsprit-Saint soit prëchée dans la parfaite et entière hypostase de chacun de ceux qui sont nommés.

(c D'ailleurs je désire que ton Excellence soit persuadée que toi et tous les tiens, par souci de la vérité et pour ne point déshonorer ceux qui luttent pour la religion, devez attendre que les chefs des églises président à cette union et à cette paix, eux que je regarde comme colonnes et bases de la vérité et de TEglise. Je les révère d'autant plus qu'ils sont relégués plus loin, l'exil leur servant de châtiment. Je t'y exhorte donc, garde-toi pour nous sans préjugé, pour que nous puissions nous reposer en toi que nous regardons comme le

a Nous trouvons Texpression • uni us usioe » dons le fragmentum I de Damase (FI^ 13. :{oO-52), mais, comme îl fut apporté en Orient par Dorothée à une époque ultérieure, il 8*agit d*un autre document.

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bâton et le rempart que Dieu nous a accordé (1). » L'Ame délicate de Basile ressentait vivement Tinconvenance qu'il y avait à ajouter aux souffrances de Mélèce exilé pour la foi, la douleur de se voir traité de suspect. 11 le rappellera discrètement à Pierre d'Alexandrie plus tard. L'allusion au sort de Mélèce persécuté, tandis que Paulin vivait tranquille & Antioche, et l'adjuration qui termine la lettre étaient faites pour toucher le cœur du vaillant chrétien. Nous n'avons pas sa réponse, mais nous savons qu'il posa des actes : ils nous le montrent intercédant courageusement .pour les méléciens auprès de Valens. A l'empereur qui lui demandait de choisir une récompense pour les services qu'il venait de lui rendre en Arménie, Térence ne fit qu'une réponse : or et argent, terres ou charges lui étaient indifférents ; qu'on accordât seulement une église à ceux qui luttaient pour l'orthodoxie. Valens furieux déchira la supplique et pria le général de lui désigner autre chose. Térence s'y refusa (2).

Le sort des Méléciens depuis l'exil de leur évoque n'avait pas changé. De nouveau Flavien et Diodore dirigeaient la communauté, expulsée de la cité pour les réunions religieuses. La sollicitude de Basile les suivait et les encourageait ; au moment où la persécution sévissait plus fort, il écrivit aux frères d'Antioche une lettre tout affectueuse où il leur rappelait les motifs de consolation qu'ils pouvaient tirer de leur souffrance. Elle se terminait par la reproduction de la foi de Nicée telle qu'on la conservait à Césarée et par une déclaration explicite

;i) Ep. 214 en 375.

v2 Theodor. IV. 29.

APHRAATB BT VALBNS

au sujet du Saint-Esprit : « La doctrine sur le Saint- Esprit n'est pas définie dans le symbole, parce qu'il n'3' avait pas encore de pneumatomaques. L'obliga* tion d'anathématiser ceux qui disent que l'Esprit- Saint est de nature créée et servile est donc passée sous silence. Absolument rien de la divine et bienheureuse Trinité n'est créé (1). »

Le moine Aphraate avait de nouveau quitté sa cellule pour seconder les efforts de Diodore et de Flavien. Comme il passait un jour près du palais, en se rendant au gymnase militaire où se réunissaient les méléciens, l'empereur l'aperçut du haut d'un portique. Il demanda quel était ce vieillard à la démarche ferme, sous son sayon de poil. « C'est Aphraate, lui répondit-on, à qui la foule obéit. » Un dialogue s'engagea alors entre le moine et l'empereur. « Où vas-tu ? interrogea Valens. — Prier pour ton empire. — Tu pouvais rester chez toi et prier dedans selon la coutume monastique. — C'est vrai et jusqu'ici j'avais fait ainsi, mais les brebis sont en péril et risquent de devenir la proie des fauves. Quand la maison brûle, la jeune fille elle-même doit quitter sa chambre et contribuer à éteindre le feu. C'est ce que je fais, empereur. Tu as jeté la flamme dans notre maison paternelle ; nous courons de toutes parts, pour arrêter l'incendie. » L'empereur se tut, mais l'on racontait qu'un chambellan qui s'était moqué du saint homme, fut trouvé quelques heures après étouffé dans le bain qu'il était chargé de préparer pour Valens (2).

La liberté complète dont jouissaient les autres sectes et le culte païen rendait plus cruelle aux Mé-

,r Kp. TiO de date incertaine.

2; Theod. \\\ 2Î et Hist. Relig. Vlll.

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léciens leur situation : les Juifs étaient respectés dans leurs synagogues ; Diasies, Dionysies, orgies de Déméter, n'étaient plus réduites à se dissimuler dans Vombre mais pouvaient s'étaler au grand jour (!}• Diodore dut un moment s*exiler d'Antioche et se réfugia près de Mélèce à Gétasa (2). 11 revint bientôt reprendre son œuvre. « Dressé au devant des fidèles comme une tour, disait un jour en sa présence saint Jean Chrysostome, ou comme un rocher haut et large qui brise le flot avant qu'il n^aille frapper plus loin 9 Diodore maintenait en repos le reste de TEglise, refoulait la tempête et nous assurait un port tranquille. » Aussi, pour rappeler d'un mot ses labeurs, Tappelle-t-il un martyr vivant (3).

Même après la lettre de Paulin, on n*avait pas renoncé dans la communauté mélécienne d'An* tioche à obtenir l'appui de l'Occident. En informant Basile des tentatives faites auprès du comte Térence, le prêtre Dorothée lui proposait d'envoj'er une nouvelle légation à Rome. La réponse de Basile est peu encourageante et trahit l'amère impression que lui avait causée la conduite du pape Damase.

c< Quant au voyage à Rome, je ne sais comment personne n'a appris à votre prudence qu'en hiver le passage est absolument impossible, car le pays qui s'étend depuis Constantinople jusqu'à nos mon* tagnes est rempli d'ennemis, S'il faut avoir recours à la mer, cela pourra se faire pourvu que la navigation

I; Tbeod. IV. 21.

2 Bas. ep. 99. c 502 B en .^2*73 . L>xil n'est qa*ane conjecture vraisemblable.

3 In laudcni Diodori PG. 52. 7i>3 Cii'*. L'éditear Toit h tort ane allusion h la Palée dans la phrase où S. Jean Chrvsostome parle des réunions au-delk du fleuve.

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LÉGATION DE DOROTHâs

et la légation soient du goût de mon frère Grégoire. Je ne vois pas ceux qui pourront raccompagner. Lui-même m*appara!t complètement inexpérimenté dans les affaires ecclésiastiques, respectable pour un honime bien disposé et d'une fréquentation avantageuse, mais pour un homme altier et sublime jugeant de bien haut et par là incapable d'entendre ceux qui de la terre lui disent la vérité, quelle utilité y aurait-il pour le bien public à traiter avec quelqu'un dont les mœurs sont absolument étrangères à toute flatterie servile (1) ? »

Malgré ces réflexions pessimistes, Dorothée gagna sa cause et repartit pour l'Occident avec une lettre de Basile, écrite avant la mort de Valentinien (2). C'est un longthrène où la lassitude et le découragement se font jour. On y insiste sur l'exil des évêques et l'indifl'érence qui menace de gagner les fidèles abandonnés ; bientôt l'hérésie s'imposera par la force de la coutume et les Occidentaux auront euxmêmes peut-être à en souffrir. Chose remarquable, et qui contraste vivement avec les lettres précédentes, aucune allusion ici aux dissensions entre orthodoxes. Cela ne devait pas durer. Je relève seulement quelques traits caractéristiques :

« Déjà d'autres fois nous avons crié vers votre charité, implorant relèvement et compassion, mais sans doute parce que le châtiment n'est pas complet vous n'avez pas eu la permission de vous lever pour nous secourir. Nous demandons surtout que celui qui commande la partie de la terre où vous

.1, Ep. 2ir) en :i7S.

^2 Rp. 2^3. Aucune trace dans ta correspondance de Basile du rcscrit de Valentinien, aucun écho dans les affaires de rOrient. Je m'abstiens dune d*en discuter la date et Tauthenticitë.

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