‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 58 sur 96 · ATTITUDE DE S. JÉRÔME · texte numérisé non relu

ATTITUDE DE S. JÉRÔME

prêcher les trois hypostases dans le sens ancien. » Cette lettre est à juste titre considérée par les théologiens. Elle rend à Tévéque de Rome un hommage éclatant et résume admirablement la règle de la foi catholique sur la suprématie pontificale. Par moments aussi, elle est pénétrée d'une véritable émotion, mais qu'elle est donc passionnée ! Les biographes de Jérôme peuvent fulminer contre l'intolérance des moines de Chalcis : il a comme justifié d'avance ses contradicteurs. Dans cette lettre, où, d'accusé il se fait accusateur, où, après s'être plaint des violences faites à sa liberté, il se montre si peu soucieux de respecter celle des autres, où enfin, après avoir affirmé qu'ils donnent des explications orthodoxes, il répète les insinuations les plus défavorables sur le parti de Mélèce, les « campagnards », comme il appelle dédaigneusement les vaillantes victimes delà persécution arienne, Jérôme apparaît tout entier avec sa foi magnifique, mais aussi cette violence de caractère, cette susceptibilité pour lui-même, cette intempérance de suspicion et de langage à l'égard d'autrui, que l'on regrette de trouver si souvent dans sa polémique. Il faut déplorer pour les méléciens que Tévêque de Rome ait eu de tels informateurs sur l'état de l'Orient. Cette lettre rend plus excusables les plaintes un peu trop vives de Basile sur l'ignorance des Occidentaux.

Jérôme attendit vainement une réponse. Toujours inquiet, quelques mois plus tard, il s'adressa de nouveau à Damase (1) pour le supplier e.n termes émouvants d'avoir pitié de son Ame et de lui indi-

1^ Ep. Hier. IG PL. 22. .H58-59.

20i YI. L ENTENTE AVEC L OCCIDENT

quer avec qai, sur la frontière barbare de la Syrie, il devait communiquer. « D*un côté» forte de la protection du monde, la rage arienne frémit 1) ; de Tautre, divisée en trois partis, TEglise a presse de me ravir à elle; les moines qui habitent aux alentours dressent contre moi leur -antique autorité. Moi. en attendant, je crie : Si quelqu'un est uni à la chaire de Pierre, il est mien. Mélèce, Vital et Paulin déclarent qu'ils sont unis à toi : je pourrais le croire si un seul l'affirmait, mais deux mentent ou tous. Aussi je supplie ta béatitude, par la croix du Seigneur, par l'ornement nécessaire de notre foi, la passion du Christ, toi qui suis les apôtres pour l'honneur, suis-les aussi pour les bienfaits. Puisses-tu siéger sur le trône pour juger avec les douze, être ceint vieillard par un autre avec S. Pierre, obtenir le droit de cité céleste avec Paul, et me signifier par tes lettres avec qui je dois communiquer en Syrie. Veuille ne pas mépriser mon Ame pour qui le Christ est mort. »

Nous ne savons quelle réponse fit Damase à cette humble mais éloquente prière de Jérôme, ni même si celui-ci reçut quelque direction. Lassé du désert et des troubles qui l'y poursuivaient, le solitaire dalmate l'abandonna laissant pour adieu aux moines une lettre d'une extrême mordacité {2). Jérôme

{1; L'éditeur de S. Jérôme voit ici à tort les Méléciens, la suite de la phrase llndîqae.

,2 Ep. Hieron. 17 : ad Marcain presbyteram. Marc était supérieur du couvent de Teleda. S. Jérôme resté seul après le départ forcé de ses amis, demande un peu de répit jusquau printemps; si c'est trop de retard, il s*en ira de suite. M. G rût2 mâcher a conclu à tort d'une phrase ironique de S. Jérôme qu*il savait parfaitement le içrec à la fin de son séjour au désert (liieronymus^ p. |5I n. 1, : • Plane Unies ne eloquentissimus homo in Sjrro sermonc uel graeco Ecclestas cir* cumeam, populos seducam, schisma con6ciam .'n. 2. fin,. • — A propos

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PAULIN ORDONNE JBRÔMB 205

revint donc à Antioche où il fut Thôte de son ami, le prêtre Evagrios. Il y passa Tannée 378 et une partie de la suivante (1). L'évéque Paulin obtint de lui, à force* d'instances, qu'il se laiss&t ordonner prêtre, mais dut renoncer à l'espoir qu'il avait formé de l'attacher à son clergé. S. Jérôme réclama énergiquement la liberté de vivre en moine 2). Il resta pourtant fidèlement dévoué au chef de la communauté eustathienne et, en toute occasion, dans sa chronique en particulier, se fit l'écho de ses préventions contre Mélèce (3).

Dorothée et Sanctissime revinrent de Rome en 378. Ils rapportaient la condamnation formelle des erreurs signalées par les Orientaux. Aucun nom

de la profession de foi que Jérôme dit, avoir remise k S. Cyrille ^différent de l'évéque de Jérusalem , voir Thypothèse insinuée par D. Morin (Revue Bénédictine, 1904, pp. 8-9 et le texte p. 3 : Indpit de fidc S. Hieronimi presbiteri.) Je ne sais si on peut conclure d*un passage de la lettre que Pierre était déjà rentré à Alexandrie lorsqu'elle fut écrite ; en ce cas, elle daterait de .378 (n. 2 circa med) : • me cum Occidente haereticum, cum Aegjrpto, hoc est cum Damaso Pet roque, condcronent ».

1) C'est alors probablement qu'il connut le moine Malchus dont il raconta plus tard Téton nante aventure «cf. Van den Ven : S. Jérôme et la vie du moine Malchu9 le captif, Muséon 11)00-1901.} U suivit' assidûment les cours d'Ecriture Sainte d*Apollinttire (Hier. ep. 81. 3). Peut-être Tavait-il fait déjà lors de son premier séjour à Antioche, en 37%. — Oh a fixé à tort à cette époque la composition du dialogue contre les Luciférienê. Après M. Krûger et le P. Grisar, M. GrOtzmacher ZKG. 1901 p. 1-9; a très bien montré que la date doit être reportée aux années 382-8%. L'ouvrage a été écrit à Rome contre les Lucifériens de cette ville. I^ manière dont S. Jérùme parle da schisme d' Antioche montre qu'il n'était plus en Syrie ,'PL. 23 c. 109 init. et 175 n. 20). Je regrette que M. Grûlzmacher affirme par deux fois (p. 5 et p. 7; que Texistence d'une communauté luciférienne à Antioche est totalement inconnue. Cf. Soc r. III. 9; V. 5 et Soz. V. 13 ; VU. 3.

2; Contra loann. Hieros. n. 41. PL. 23. %10-11.

3 PL. Z\, :\jS D. et 37%, où il admet qu'avec S. Epiphanc, Paulin et Athanase étaient 'ven 370 les seuls orthodoxes de l'Orient.

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