‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 60 sur 96 · CHAPITRE VU Retour et mort de Mélèce · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU Retour et mort de Mélèce

La mort de Valens laissait Gratien seul maître de l'empire. Un de ses premiers actes fut de rétablir la paix de l'Eglise et de rappeler les évoques exilés (1). Mélèce rentra dans sa ville épiscopale où il est fort probable que ses adhérents fréquentèrent de nouveau l'église de la Palée (fin 378) (2). Il s'occupa aus-

i 0*oprès Rufin II. 13, Valons aurait rappelé lui -no è me les exilés. La mesure est ottribuéc & Gratien par les autres historiens : Socr. V. 2: Soz. N'II. 1 ; Théod. \'. 2 a probablement confondu cette loi de Gratien avec les mesures prises plus tard par Théodosc (27 février 380 Cod. Th. XVI. 1. 2; et 10 janvier ^81 Cod. Th. XVI. 5. G/. Ledit de Gratien 3 août 379. Cod. Th. XVI. S. 5} montre suffisamment que l'empereur se contenta d*une mesure générale de pacification, dont certaines sectes hérétiques seules furent exceptées. La reddition des églises ne fut officiellement imposée que par Tédit de Théodose 10 janvier !^81 ; si Gratien avait agi directement en ce sens, les conciles italiens dont Ambroise s*est fait Tinterprètc (Ep. 12. 1. Quamlibet; Ep. 13. 1. Sanctum\ ne remercieraient pas spécialement Théodose de ce bienfait. L*erreur de Théodorct s*explique lacilement : Védit de Théodose était promulgué au nom des trois empereurs alors régnant,

2> Tout en n'admettant pas la date de Théodoret pour la restitution des Eglises en Orientée ne puis cmire que la situation intolérable des catholiques sous Valens ait duré jusqu'en 38L L*édit de Théodosc avait pour effet de remettre aux catholiques les Eglises avec leurs biens et les revenus importants qui y étaient attachés. Mais auparavant, \h surtout où le peuple était soit totalement, soit, comme è Antioche, en majeure partie orthodoxe, on n'attendit pas Tordre de l'empereur pour rentrer en possession des églises. Le fait est certain pour Alexandrie, quand Pierre y rentra, quelques semaines ^12déc. 378 avant la mort de \'alcns S«K:r. IV. 37 et explicitement Soz. VI. 38. ;

212 Vn. RETOUR ET JiORT DE MÉlIcB

sitôt de relever les ruines de Torthodoxie dans tont rOrient. Un certain nombre d'Eglises n^a^-aient plus d'évèques. Sur son initiative, Diodore est donné à Tarse, Jean à Apamée, Stéphanos à Germanicie. Ëusèbe de Samosate collabora acti%'ement à ctrtte œuvre de restauration. Il ordonna Acace à Bérée. Théodote à Hierapolis, Eusèbe à Chalcis, Isidore à Cyr, Euloge à Edesse [379^, et il devait mourir, frappé par une femme arienne, au moment où il arrivait à Dolicha pour y installer Maris 1 '.

Quelques semaines auparavant s'était tenu le grand concile d^Antioche où plus de cent cinquante évoques se groupèrent autour de Mélèce et se concertèrent pour assurer en Orient le triomphe de rorthodoxie(2). Cette assemblée qui n*a laissé aucune trace chez les historiens du v siècle ne nous serait connue que par les allusions fugitives de S. Gré-

pour Edesse, avant même rélection da saccesscar de Banès mort exil, d'après le Chronicon Edetsenum. XXXIll, cf.ed. Halîier IX'. IX. L p. 102 . 11 serait invraisemblable que Mél^ce ait réuni à Antkicbe le sjnode d'octobre 379 sans j posséder encore d'église. 11 y eut sans doute quelque chose d^analogne à ce qui se passa »prè% la mort de Constance. I^e nouvel évéqoe arien, Dorothée depuis 370 : f^ocr IV. 3l>, Soz. VI. 37 où« selon un changement fréqu£>nt« il appelle Théodore le successeur d*£nzoios dut laisser faire, sous peine d on plus grand mal. A Constantinople au contraire les ariens étaient absoSament maîtres, ils persécutèrent jusqu'au dernier jour Grégcr:re de Nazianze et sa petite communauté.

t, Thcod. V. 4; Chron. Edess. pour Euloge XXXIV. éd. Ha::;er, p. 102. — Eusèbe, cela va sans dire, ne fit que diriger \r% étectioas* cf. Tîllemont t. VIII : S. Eusèbe IX et 5L Mélèce XIL

2) Voir à la fin du fg. 11 Damasi FL. Vi, :0'i-:>ip : Espîi.it haec epistttla uel expositio sjrnodi Romanae habitae sab Daroaso papa et transmîssa ad Orientales; In qua omcis Orienta lis Kccl«'«ia, lada synodo apud .\ntiochiam,consona fîde crcdentcs t-i omnes rta conses' tientrs eidem superexpositae fidei, singulî sua subscriptione confir* mant : Mcletius episcopus Antiochenus conscntio omnibus supra scriptis... et les autres indiqt.:*s dans le tcite. Similiter et alti t'A Oricntoles Episcopi subscripserunt quorum subscriptio io authenticum htidie in archi%-is Romanae l-^clcsiae tenetur

tB CONCILE d'antiociib (379) âl3

goîre de N3'sse et du concile de 382, sans la décou* verte aux archives vaticanes d'une partie des actes. La réunion eut lieu environ neuf mois après la mort de Basile, c'est-à-dire en septembre-octobre 379. Le premier éditeur des actes a seulement relevé quelques noms parmi les signataires. Mélèce, Eusèbé de Samosate, Pelage de Laodicée, Zenon de Tyr^ Euloge d'Edesse, Bematios de Malle, Diodore de Tarse ; cent quarante-six autres évoques souscrî* virent avec eux aux pièces rapportées d'Occident les années précédentes, spécialement à celles qui contenaient la condamnation du système d'ApoUi'^ naire et de Marcel. Du nombre de ces derniers était S. Grégoire de Nysse, selon son propre témoignage (1). Dans l'ensemble la liste de souscriptioii devait être assez peu différente de celle du concile de Constantinople tenu deux ans plus tard.

On renvoya au pape Damase ces pièces qui témoignaient de la parfaite adhésion des Orientaux à la doctrine orthodoxe et de leur communion avec l'Occident (2). Peut-être est-ce à ce propos que les

{1} Greg. N^s». Vita Macrin. PG. 4G. 973; — Ep. 2. On pense qu'il entreprit à ce propos son voyage pour pacifier TEglise de Jériisaletn. Cf. Tillemont t. VIII. S. Mdlècc ort. XIII., Ihid, S. Crrille, a. IV.

(2) î^ concile d'Antioche publia aussi une longue profession de fol, que le libellun synodicua qualifie de divine et à laquelle renvoie le 2* synode de Constantinople ',.')82.. S*occupa-t*il aussi de la pacification de TEglise d'Antiocbe? I^ réponse affirmative est courante, mais n*en est pas moins gratuite et hasardée. II n*y a pas un mot qui Tautorise dans les rares documents sur ce ccmcile. Les évéques réunis autour de Mélèce, étaient — le concile de Constantinople le prouve, >- chauds partisans de leur chef et assez mal disposés pour Paulin. Celui-ci pour eux n*était pas évèquc et sa communauté n*avait qu'à reconnaître le pasteur légitime. D*outrc part Tétot d*esprit des Paulinlens nVtait guère plus favorable à une transaction. L'affaire de la remise des églises le montre suffisamment, quelque version qu*oti adopte. Le concile se réunit avant tout pour confirmer Torthodoxll» et 8*cntendre sur les questions complexes que suscitait le retour dû catholicisme à la liberté.

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214 VII. RETOCa ET MORT DE MBLÈCB

Pères demandèrent la condamnation de Timothée, révêque apollinaristc de Béryte. On a conservé parmi les lettres de Damase une réponse aux Orientaux (1) qui ne peut guère être placée qu'à ce moment, lorsque l'cnlcnte n'est point de nouveau gravement troublée par la question du schisme d'Antîoche. Le pape y loue les évêques du respect qu'ils rendent au siège apostolique selon leur devoir, les avertit qu'il a déjà déposé le profane Tîmothée, disciple de l'hérétique Apollinaire et leur recommande instamment de s'en tenir à la foi des Apôtres et des Pères de Nicée, d'empôcher clercs et laïques de prêter encore l'oreille à des questions oiseuses. Une fois de plus il proclame que le Christ a possédé une humanité parfaite, nécessaire pour délivrer l'homme enveloppé tout entier dans le péché. A Rome môme, en présence de Pierre d'Alexandrie, Timothée a déjà été jugé et condamné avec son maître ; qui les suit résiste à la loi de l'Eglise.

Vers le même temps faillit se réaliser le projet dont Basile et les Orientaux avaient si longtemps poursuivi la mise à exécution. Il fut décidé par un concile italien d'envoyer en Orient quelques évêques pour se rendre compte de l'état des Eglises et concourir à la pacification. Les troubles suscités parles

(1) Damasi opp. ep. 7. PL. 13. 370-71, en grec dans Tbeod. V. 10. Uomission de toute qualificolîon 'comme sanctae memoriae...) à propos de Pierre d* Alexandrie 4~ ^^ montre qu*il était encore vivant et fixe la date de la lettre à l'année 380. I.e concile ouquel Damase fait allusion doit être celui de 377 où eut lieu Taltcrcation entre Pierre et Dorothée. Acace, le futur évoque de Dérée, s'y trouvait aussi. 11 y eut discussion contradictoire entre les Apollinaristcs et leurs contradicteurs. Les Orientaux demandèrent à nouveau la condamnation -de Timothée, probablement parce que les lettres reçues en Orient, ne nommaient personne tout en réfutant et anathématlsant les hérésies (cf. les fragments : Illud nane et Xon nobiA, et la fin du chapitre précédent).

MISSION DB 8APOR 215

Goths firent malheureusement abandonner celte résolution. Du moins, prit-on au sujet du schisme l'initiative d'une solution équitable (1). Puisqu'à Antioche les deux partis étaient orthodoxes, il n'y avait qu'à s'entendre, en sauvegardant les droits de la discipline ecclésiastique ou, si les passions trop vives encore ne permettaient pas l'entente, on veillerait à ce que, lors de la mort de Tun des deux évéques, Mélèce ou Paulin, le survivant restât seul en possession de la dignité épiscopalc et n'eût point à redouter un nouveau compétiteur.

Cette indication répondait aux désirs intimes de Mélèce, dont les contemporains ont loué l'esprit pacifique. Il eut bientôt l'occasion de le montrer (2). En février «381 probablement, le général Sapor, chargé par Théodose de faire exécuter en Orient l'édit du 10 janvier sur la restitution des églises, se rendit dans ce but à Antioche. Dorothée et les ariens furent expulsés. Mais l'attribution des biens qu'ils devaient abandonner suscita au général des difficultés qu'il n'avait pas jusqu'alors rencontrées. Trois communautés catholiques réclamaient, chacune exclusivement pour elle, la possession des maisons de prière. Vital (3), Paulin, Mélèce se disaient évoques catholiques. Ils devaient donc prouver leur

(1) Ambr.,epUt. 12etl'«.

2; J*a) dit ptus| haut pourquoi j'abandonne la date indiquée par Théodoret. I^s plaintes de S. Ambroisc dans sa lettre 12 s expliqueraient mal si les faits remontaient à deux ans. A'oir la note H pour la discussion détaillée des récits coocornant cette affaire et les raison» qui me font adopter en substance le récit de Théodoret (V. 23). Toutes les sources témoignent du mouvois vouloir de Paulin. Ost à peu près leur seul point commun.

(3 Théodoret parle d'Apollinaire .V. 3, et mentionne Vital incidemment dans un autre chapitre. Il est cependant improbable qu*Apollinoire ait réclamé personnellement les églises d*Antioche.

216 VII. RETOUR ET ^or.T i>e XlJLnCZ

communion avec Damase, se!oa la lèrîc fcrmuîée par Théodose. Flavîcn se chargea de cêbc»::ter Vital et Paulin de leurs prétentions: Paulîn ne reconnaissait pas les trois hvposfases que prx-jhsît Dam-Lse; Apollinaire dont Vital se reclair?:!, ç.:«u:eî:5Ît que le Christ n*avait pas une nature hurrirîne parfaite. Le pape avait condamné celle doctrine. A-zcun des deux n*était donc en lépîîme conînaunîcn avec Damase.

Mélèce qui n'avait rien dît jusqu'à! ors îclervint à ce moment dans le dëb:;t. Laissant de c6:é Vital, hérétique manifeste^ il fit à Pa-!:a d"a:T:îcales propositions. Puisqu'en réa!:té leurs Cdèîes professaient la même doctrine, â quoi bon entretenir les dissensions, ils n'avaient qu'à gouverner ensemble le troupeau commun. Si le trône éplscopal était un obstacle à Ten tente, on le ferait disparaître; à sa place on dresserait révangîlc entre les deux évoques. Mélèce mourant le premier laisserait à Paulin seul la direction des orthodoxes; an cas où il survivrait à Paulin, seul aussi il aurait l*h^émonie. Cette aflectueuse invitation fut repocssée. Le chef des eustathiens refusa obstinément tout arrangement. Dès lors la solution du conflit au sujet des églises était simple. Mal impressionné par la conduite de Paulin, Sapor n*a%'ait qu'à suivre la pensée que lui inspirait naturellement le nombre des adhérents de Mélèce à Antîocho et des évê^^ues en communion avec lui. Il lui livra les égHç^es, Cne seconde fois Tentétemcnt remporta sur la charité chrétienne. Au lieu de l'union désirée, ce fut la discorde plus âpre encore que par le passé 1^.-

(1) S'il fallait ca croire an témoigna;?* pco net ée Rcr« 'II, t^,î# schisme, depuis la fin de U pers^-cution, %e vrah ^endii âdaotres

MECONTENTEMKNT DES PAULINIKNS 217

Les Paulinîens ne pouvaient rester sur cette

défaite. Ils sehâtèrenl d'en avertir les Occîdentàux(l).

villes, notamment &Tyr. t/bistoncn, on 1c sait, est assez inexact. On le prend ici en flagrant délit d'erreur. Comme trop souvent, les rôle» sont renversés et Ton ottribuc aux méléciens ce qui estiti fait de leurs ad%*crsaires.

Après avoir parlé de la discorde è Antioche à propos de Flavien et de Paulin, Rufin ojoute : « Hoc idem apud T^rum fuit, ubi cum Diodorus, unus sane ex antiquis catholicis, uir et tentationum documentis probotuSfAthanasii testimonio esset a confessoribus episcopus factus, raodestia eius contempto, aliusa Meletii partibus ordinotur* •. r^ témoignage est plus embarrassant que ne Ta soupçonné Tillcmont dont Térudition, contre son ordinaire, est ici en défaut ,'cf. t. VllI,' table y* Diodore de T^r et les passages allégués . 11 place Tordina-^ tion de Zenon en 379 au plus tard et n*a pas remarqué qu*il était déjà évéque de Tyr lors du concile .de Tyone %u) : 3oz, VI, 12 indirectement confirmé par Socrate W^ \ quoiqu*errohé. Zérion souscrit en H721a synodique Bas. ep. 92 aux Occidentaux. Son élection est donc bien antérieure à la querelle entre Paulin et Flavien. Celle de Diodore est placée d'habitude vers 375, parce qu*on Identifie les « confesseurs • dont parle Rufin avec les évoques égyptiens exilés à, Dîocésarée 37'i;» qui, de fait, dans une de leurs lettres l'appellent ■ notre évèque ■• et reconnaissent qu'ils communiquent avec lui. Peut-être faut-il remonter plus haut, puisqu'il est parlé du témoi-. gnage d'Athanasc. 11 y avait déjà des confesseurs égyptiens à Diocésarée lors de la première persécution de \'alens mais nous n*avons aucun témoignage attestant qu*à ce moment, où Zenon était évèquei Diodore le fut déjà aussi. Il me semble qu'on peut voir ici un cas analogue à celui d'Antioche et de Landicée. Zenon était comme Pelage et Mélèce le successeur régulier élu par les évéques de la province; Diodore fut ordonné pour une petite communouté, qui s'était détachée de l'Eglise officielle et communiquait avec Athanase et 1*%3^P^^> L<^s partisans de Paulin Pierre, I^ptphane; ont toujours communiqué avec Diodore et les Apollinaristes leur en firent un grief. Pierre écrivant aux exilés de Diocésarée, à propos de Timothée de Bérytc, leur dit :a Voluit... me anathcmutizare et Basilium Caesareac et Paulinum et Epiphanium et Diodorum cpiscopos et soli Vitnll communicarc » PG. r«, 1291-92 d'après Focundus Hormian. IV. 21.) Timothée d'Alexandrie a pourtant assisté au concile de Constantinople avec Zenon de Tyr après la mort de Mélèce).

(l}Je le conclus de la lettre 12 de S. Ambroise. L'identification d'Kvngrius le prêtre légut qui ossiste nu concile d'Aquilée i.'Ml), avec rKvngrios d'Antioche est spécieuse mais n'est appuyée par aucun témoignage extrinsèque et no se dégage pas de la phrase obscure que prononce Evagrlus à propos des Orientaux, pendant In discussion avec Palladius, PL. Ifi. 919 C.

218 vu. RETOUR ET MORT DB AIBLÊCE

Tandis que leurs envoyés se dirigeaient vers Tltalie, Mélèce était lui-même convoqué à Constantinople avec tous les Orientaux pour donner un évëque à la ville impériale et régler de concert les affaires religieuses; un certain nombre d*hérétiques étaient aussi invités par Théodose qui espérait les voir abandonner leurs erreurs.. Ce concile avait été décidé peu après Texpulsion ignominieuse de Maxime le Cynique, illégitimement ordonné par les EgA-ptiens évéque de Constantinople. Damase, informé par Acholios(l), condamna énergiquement la tentative de Maxime et fit quelques recommandations en vue de la prochaine assemblée épiscopale (2) :

« J'ai appris, écrivait-il à l'évoque de Thessalonique, qu'on avait décidé la réunion d'un concile à Constantinople. Que votre sainteté veille à ce qu'on élise pour cette cité un prélat irréprochable. Dieu aidant, la paix entre les évêques catholiques sera ainsi entièrement confirmée et, comme nous le souhaitons depuis longtemps, pourra être perpétuelle ; il n'y aura plus de dissensions. Que votre charité prenne garde et ne souffre pas de translation anticanonique d'une cité à l'autre ; qu'aucun évêque n'abandonne le peuple confié à sa charge pour passer par ambition chez un autre. Alors s'élèvent

U) Cela ressort de la lettre de Damase. Acholîos aiait m Maxime quand celai-d vînt à Tbessalonîque demander à Théodose confirmation de son élection.

(2 Damasi opp. ep. 5. Il revient sur ce sujet dans un billet écrit peu après au même Acholîos, pour lui recommander le silentiaireRusticns Kp. (>, PL. 13. 309-70. Socrate et Sozomène confondent le 1*' et le 2' con cîle de Constantinople (ils ne parlent que d*un seul;, de là des inexacti tudes è propos de Mélèce : il serait venu à Constantinople assez lonf temps avant le concile pour l'ordination de Grégoire Socr. V, 8, Soz. vil, 7^ Grégoire dit lui-même que le concile Télut. Théodoret, de tout les historien^ est le mieui informé.

KI.BCnON DB GRBC;OmB DE NAZIANZB 219

les contentions et se produisent les schismes les plus graves ; ceux qui n'ont plus Tévèque en gardent du ressentiment ; ceux qui Tont reçu, malgré leur joie, comprennent qu'il est odieux pour eux de vivre sous un évoque étranger. »

Beaucoup d'historiens ont vu dans ces lignes une allusion à la translation de Mélèce. C'est supposer que, depuis vingt ans, il n'y avait pas eu d'autre fait du même genre et oublier que ce ne fut point le. motif de l'opposition qu'il rencontra. Damase avait plutôt directement en vue Grégoire de Nazianze dont l'activité tout apostolique avait en deux ans complètement transformé la situation de l'orthodoxie à Constantinople. Evèque de Sasimes, bourgade perdue de la Cappadoce, que Basile lui avait imposée et où il n'avait jamais séjourné, il avait administré Tévêché de Nazianze depuis la niort de son père et passait pour en être Tévêquc titulaire. Si Théodose avait déféré au voeu de la population orthodoxe, le jour où Grégoire prit solennellement possession de l'église des Saints- Apôtres {Zë novembre 380), Grégoire aurait été immédiatement acclamé évêque de la ville impériale. Mais, tout entier a son œuvre de conversion, le grand missionnaire fit différer l'élection, il y avait des travaux plus urgents ; il continua par ses enseignements et la douceur de ses mœurs à ramener à l'Eglise les ariens (1). Pendant ce temps les évèques arrivaient peu à peu à Constantinople où le concile était fixé pour les premiers jours du printemps.

Seuls les Asiatiques et les Orientaux étaient invités. En l'absence de l'évoque d'Alexandrie, la pré-

(1) Sur ces fntta cf. Rnuschcn et les sources indiquées.

mmmmmmmm'mmmfmfmmm^m^mmmmmÊtKmm^nmmmm^wm^m^mmt^^immm^n'^ imih ■.■ «»iii imi ■■■ «

220 V.I. RETOUR IST MORT DB MÉLtCË

sidence revenait de droit à l'évêque d'Antîoche. Théodose l'accueillit avec des égards particuliefs. Une légende redite par Théodoret, racontait plus tard que l'empereur avait des raisons toutes spéciales pour honorer ainsi Mélèce. Au temps où il n'était encore que général, un évèque oriental lui était apparu dans un songe, l'avait revêtu de la chlamyde et couronné. Quelques jours après^ Gratien l'appelait de fait à l'empire. Lorsque les cent cinquante évoques s'étaient réunis pour le concile, Théodose avait reconnu aussitôt son bienfaiteur et, comme un enfant, avait couru à lui pour l'embrasser et lui témoigner sa vénération affectueuse. Aux prélats sur^ pris de ces démonstrations extraordinaires à l'égard de Mélèce, Théodose fit connaître sa vision (1).

Cette bienveillance impériale n'était pas inutile à l'homme qui devait diriger les débats de l'assemblée. Tous les évêquès qui avaient fait profession ouverte d'orthodoxie, depuis la mort de Valens^ n'étaient pas des saints et, chez plus d'un, l'intérêt et l'ambition avaient sans doute agi, autant que les convictions personnelles. Saint Grégoire de Nazianze a laissé des membres du concile un portrait peu flatteur. La vérité oblige cependant à reconnaître qu'il a poussé les choses au noir. Le concile n'était point l'assemblée de mondains, de brouillons et d'orgueilleux qu'il nous dépeint (2).

(I) Theod, V, r»-7. La légende n*étuit pas encore formée au temps où S. Chrysostome prononça Thomélie sur S. ^lélècc u^7). Ni lui, ni S. Grégoire de Nysse n*en parlent. Je ne m*arrdte pas à relever les invraisemblances de ce conte qui doit probablement son origine airx honneurs extraordinaires dont Mélèce fut l*objct après sa mort de la part de Théodoae.

;2)Carm. vit. jr»8<) sq; surtout le poème XII (PG. 37, 11C5 sq). M. Montant a tort de prendre cela pour argent comptant. Grégoire eut trop à souffrir de rassemblée pour être impartial.

■ ■■ ■ É MÉ ^n

CONCILB 1)B 381 > 221

Sur la liste de ses membres on relève, après Théodore!, des noms dignes 'de tout respect et dont TEglise ajustement honoré la mémoire. A côté de Mélèce, à la place d'Eusèbe de Samosate et de Basile disparus, siégeaient les deux frères du grand Cappadocien, Grégoire de Nysse et Pierre de Sébaste, leur ami Amphiloque d'Iconium, des vétérans de la persécution : Cyrille de Jérusalem, Pelage de Laodicée, Euloge d'Edesse et celui à qui le nestorianisme devait faire plus tard une renommée infamante, mais qui était alors Tun des représentants les plus en vue de la foi catholique. Diodore de Tarse.

Comme premier acte, le concile donna un évoque à Constantinople (1). L'ordination de Maxime fut de nouveau solennellement condamnée et annulée, puis, pour répondre aux vœux du peuple et de Théodose, comme pour récompenser le zèle de celui à qui Ton devait la résurrection de cette Eglise, on en confia le gouvernement à saint Gré* goire de Nazianze. Mélèce l'intronisa (2) à la grande joie et du consentement unanime des orthodoxes. Les Pères n'ignoraient point les canons interdisant toute translation épiscopale mais, connaissant la situation réelle de Grégoire et l'action considérable qu'il exerçait à Constantinople sur le mouvement religieux, ils estimèrent que le bien même du catholicisme demandait une dérogation conforme à l'esprit de la loi. Toutefois l'inobservation matérielle du canon 15'' de Nicée fournissait aux partis une arme trop bonne pour accabler un adversaire : Grégoire ne tarda pas à en faire Texpcrience.

1) Grcg. Carm. \'it. 1525 sq.

.2) X'uir le début de Toraison funèbre de S. Mélèce par Grégoire de Nysse.

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