‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 66 sur 96 · VII. RETOUR ET MORT DE MELECE · texte numérisé non relu

VII. RETOUR ET MORT DE MELECE

dont Tagent principal est toujours un diacre ou un prêtre de Mélèce. S. Basile contribue plus que personne à leur envoi, mais c*est toujours Mélèce qui apparaît comme le chef : il décide sur l'opportunité, compose ou signe le premier les lettres communes. Les communications ne sont jamais rompues et Damase répond en traitant de frères les Orientaux et en s*excusant sur son impuissance actuelle à les secourir. D abord contents (légation de .Sabinus), puis froissés du peu de zèle que les Occidentaux semblent mettre à les secourir et que Ton attribue à de Tarrogance, puis de la lettre sur Vital, qui fait accuser TOccident d'ignorer la vraie situation des partis, les Orientaux ne se découragent point ; une double légation (Dorothée- Sanctissime) rapporte des lettres et des assurances chaleureuses : l'union est parfaite et explicite. Ces laborieuses négociations aboutissent à la signature par Mélèce et 151 évéques orientaux des pièces rapportées d'Occident : le tout est renvoyé à Damase comme attestation de la foi orthodoxe des Orientaux et de leur communion avec Rome. Mais, comme la question du schisme réclame toujours une solution, Damase et les Occidentaux proposent aux deux évéques qu'ils savent également orthodoxes, l'entente cordiale, ou, si elle ne peut se faire, l'attribution exclusive de l'épiscopat à celui des deux qui survivrait (1). On ne fait donc plus aucune différence entre Paulin et Mélèce (2).

i Ambros. ep. 13.

2 U faut reconnaître que les Occidentaux renseignés sur l'Orient par Alexandrie devaient être naturellement favorables à Paulin. L'orthodoxie irréprocbable de sa communauté prédisposait à fermer plus facilement les yeux sur Tirrégularité de son élection. C*est un facteur dont il faut tenir compte pour apprécier éq ui ta blême nt la

CONCLUSION SUR MÛLECB 231

Par suite il est inexact d^arfirmer, comme on le fait ordinairement, que Mélèce fut repoussé jusqu*à sa mort par Rome et les Occidentaux et que, dès le début, répiscopat de Paulin fut reconnu par eux sans conteste.

conduite de Damase. sans parler des difficultés intérieures auxquelles il était en butte à Rome même. T^s Méléciens manquèrent de souplesse et ne se mirent peut-être pas assez on peine de faire valoir efficacement leur bon droit

Note H.

IjO pacte d'Antioclie,

Au sujet de la tentatiye de conciliation entre les deux fiactions orthodoxes, qui suivit le retour de Mélèce après la mort de Valens, l'historien doit choisir entre deux récils opposés : celui de Théodoret et celui de Socrate-Sozomène. Je résume brièyement celui de Théodoret : Gratien par une loi chasse les hérétiques et remet les églises à ceux qui communiquent ayec Damase. Le général Sapor promulgue cette loi à Antioche. Paulin et Apollinaire se réclament de cette communion, Mélèce ne prend point part à la discussion, mais Flavien réfute Tun après Tautrc les deux premiers prétendants. Alors Mélèce propose un accord pacifique et un partage à Paulin qui refuse. Les églises sont attribuées par Sapor à Mélèce {V, 2^}.

D'après Socrate et Sozomène les faits se seraient passés tout autrement : je transcris ici leur récit.

Socrate,

Mélèce, à son retour d'exil, trouva Paulin déjà vieux.

Aussitôt tous ses partisans travaillèrent avec zèle à ce qu'il devint collègue de Paulin. Paulin disait qu'il était contraire aux canons d'avoir pour collègue une créature des ariens ; le peuple lui fait violence et on tâche d'installer Mélèce dans l'une des églises devant la ville.

Cela fait, il y eut une grande dispute. Puis, le peuple s'entendit à ces conditions : on réunit les candidats aptes à l'cpiscopat ; il y en eut en tout six dont Flavien ; on s'assura par serm(*nt qu'aucun d'eux n'accepterait cette dignité quand l'un deux cvèques mourrait, mais qu'ils laisse-

Sozomène.

Certains voulaient que Mélèce revenu d'exil devint collègue de Paulin. Les partisans de Paulin j contredisaient et réprouvaient Télection de Mélèce comme due à des évéques ariens. Les disciples de Mélèce accomplirent par la force ce à quoi ils tâchaient ; ils ne formaient pas une masse négligeable, ils le firent donc monter sur le trône épiscopal dans l'une des églises devant la ville.

Le peuple de l'autre parti était furieux. 11 allait y avoir une sédition lorsqu'une admirable résolution l'emporta qui les reconcilia. 11 parut bon d'exiger le serment de ceux du pays qui paraissaient aptes à l'épiscopat, Flavien et cinq

DISCORDANCB DES UECITS

raient au survivant le trône du disparu. Les serments prélés, le peuple .fut d*accord et il n*y eut plus de séparation entre eux. Les Lucifériens se séparèrent parce que Mélèce ordonné par les ariens fut reçu comme évéque.

Cette affaire ainsi réglée & Antioche, Mélèce dut se rendre h Constantinople.

(Socr., V, 5. •

autres, fis ne feraient pas <ie brigue et, si le choix pour répiscopat tombait sur eux, ils refuseraient d*ctre évéqucs tant que Paulin ou Mélèce survivrait ; si Tun d*eux venait à mourir, ils laisseraient Tautre posséder seul répiscopat. Les serments prétés, presque tout le peuple était d'accord ; un petit nombre de lucifériens étaient encore séparés parce que des hérétiques avaient ordonné Mélèce,

Cela fait, Mélèce se rendit à Constantinople.

(Sor., Vir.3.)

Les récits, on le voit, sont identiques pour le fond, mais, tandis que chez Socratec*est Paulin qui oppose un refus formel, chez Sozomène ce sont ses partisans. De plus Socrate a l'air de rapporter à ce moment la séparation des Lucifériens dont il a déjà parlé lors du passage de Lucifer & Antioche.

En présence de ces deux récits divergents Tattitude des historiens postérieurs n*est pas uniforme. Les uns avec Nicéphore Calliste ont cru pouvoir juxtaposer les deux versions ; d'autres, et c*est la majorité^ acceptent purement et simplement le récit de Socratc-Sozomène. On oppose à Théodorct une Un de non- v recevoir : il est partial et n*a pas craint de falsifier Thistoire pour couvrir le parjure de Flavien. Un petit nombre ne trouvant pas Taccusation de parjure formulée chez les contemporains hésitent et pensent que, si Socrate et Sozomène font erreur pour la question du serment, il y a pourtant eu accord et par suite une violation quelconque du pacte. Très rares sont les historiens qui acceptent comme Rade le récit de Théodorct et le justifient. On ne s*est peut-être pas suffisamment préoccupé jusqu'ici d'examiner quels récits correspondent le mieux soit aux documents contemporains soit à la situation religieuse d'Antioche & cette époque.

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