‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 72 sur 96 · DEMISSION DB GRÉGOIRE ^S · texte numérisé non relu

DEMISSION DB GRÉGOIRE ^S

ce Quoi donc? répond-il. Il faut apprendre non à honorer les vicissitudes des saisons mais à regarder la chair du Christ comme prémices de toute notre race. Et s'il a commencé, dirait quelqu'un, où Taudace était plus grande, pour y subir facilement la mort d'où vient la résurrection et le salut!... Ceux qui avaient de pareilles pensées, conclut-il tristement, ne devaient-ils pas céder à ceux qui voyaient bien les choses.^ On peut juger combien pour le reste ils étaient superbes. » Et il stigmatise les incertitudes dans la foi de ces hommes toujours prêts à se tourner vers la puissance du jour, et la vénalité des élections. Grégoire, malade et de plus en plus désireux d'abdiquer, se retira des assemblées qu'il nous représente comme livrées à l'anarchie ; ses amis (1) firent de vaines instances pour l'entraîner à leur suite, ses fidèles pour qu'il continuât l'œuvre si heureusement commencée. L'arrivée des Egyptiens et des Macédoniens, appelés subitement (2) pour tAcher de rétablir la paix, tout en augmentant les dissensions intestines, amena un résultat pratique : les divers partis furent d'accord pour accepter l'abdication de Grégoire (3) ; les derniers venus, pour faire pièce aux Orientaux, rappelèrent la loi, Grégoire la déclare morte depuis longtemps, qui défendait la translation d'un siège à un autre. Il s'offrit comme Jonas pour assurer par son sacrifice la réconciliation des membres du concile. Dans un discours d'adieu émouvant ('i), il rappela à son peuple

(1) Carm. Vît. 17/15 sq,

(2) 1799 sq.

(3) 1837 sq. Cf. Poésies personnelles Xlll, écrite vers ce tentps; elle développe les mêmes idées.

(i) Greg. Naz. orat. XLII, surtout la péroraison, cf. ep. 87 où il explique sa conduite. •

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254 VJll. FLAVIEN ET PAULIN

tout ce qu'il avait fait, exhorta une fois encore à Tunion et disparut, emportant au fond de Tàme une impérissable douleur du sacrifice qu*il venait d'accomplir (i). Il aimait profondement ce peuple qu'il venait d'arracher à l'hérésie et plus d'une fois, dans la solitude de Nazianze, il exprima des regrets qu'on eut si facilement accepté sa démission. A sa place, on élut un homme du monde. Nectaire, aimable vieillard, peu entendu aux luttes théologiques (2). La question d'Antioche résolue contre Paulin fut écartée et le concile poursuivit son œuvre dogmatique et disciplinaire. Dès qu'elle fut achevée (juillet 381), les évèqucs du diocèse d'Orient coururent à Antioche donner un successeur à S. Mélèce (3). Les évoques et le peuple s'accordèrent pour

|1) Ëp. 90, 07 et divers poèmes.

2) L*anecdote lacontéc par Sozomène (Vil. S) suppose à tort que Mélèce était encore eo vie lors de cette élection, cf. Socr. V. 8.

(3) M. Loofs suppose à tort (RE. II. Arianismus, p. 45, cf. v. Flavianus) qu^il y eut nu sein du concile, à Constant! nople même, réunion particulière des évèques du diocèse décrient pour élire Flavien. La démission de Grégoire aurait suivi cette élection. La phrase de la svnodique de .382, seul document authentique sur la question, ne permet pas cette interprétation. L^élcction eut lieu à Antioche et fut confirmée, non par le concile de 381 déjà terminé, mais par celui de Tannée suivante : le premier, en cause pour Télcction de Nectaire, est qualifié de olxoujizvtxf,; vuvôSou (Theod. V. 9. 1217), le deuxième simplement de t'j t7,; 9v*^cou xoiv^Sv (Ibid. La traduction latine dit & tort synodus quoque uniueraalis comprobauit...). Voici le texte qui concerne Flavien : Tf.c cl *ExxXT,9{ac tf,; îv 'Avcio/fî^... t6v alocst'xû'citcv xal fsto^ikii'zz'zw i;:{7xozov «l>Xa6'.sv6v oî -zi ■cf,; t^sp/tx; xal r7,ç ivxTOAixf,; o'.o:xV,;su; ï'jvo^xjiovti; xo:*^v:xû; r/it- ^OTÔvr.îxv, -niçT,; CM^^'^it^O'^ •:■?,; *Kxx^T,ff£»;, uvrip oià jiiâ; ^wW,; •zif* svo^s T;«xT,»iTr,; v,"/rtp fvO(;;iov /iip'jtovîav toi;3to xal t6 Tf,; cuv^ôov xo'.vr)v. Comparer ffv/ô^xjiovrt;. qui pourrait être pris métaphoriquement, avec un passn;;e de In même lettre un peu plus haut : 9w6tops- :iy,xii îièvrip *'i -rt.v K;:o\'.v (PG. 82. 1213 C ). Le récit de S. Grégoire de Nazianze, auquel renvoie encore M. Loofs, suppose simplement que Vélcction fut décidée à Constiintinople et que Grégoire donna sa démission plutôt que d'ncccptcr pnre'lle solution. Flnvien signe comme prêtre les actes du premier concile de Cunstnntinople {3SI) et cela explique

^irfkl

ÉLECTION DB PLAVIbN A ANTIOCHB 203

élire Tancicn chef de la communauté mclécienne aux jours de l'épreuve, le prêtre Flavîen (l). ' Cette élection était un coup bien rude pour Paulin et ses partisans. Ils écrivirent aussitôt en Occident leurs doléances. Quelques mois auparavant, une première plainte (2), après l'attribution des églises à Mélèce, avait provoqué une lettre vigoureuse de S. Ambroise cl de plusieurs de ses collègues réunis en concile (3). Les félicitations qu'ils adressaient à Théodose pour la paix rendue à l'Orient et l'expulsion des hérétiques s'accompagnaient d'une requête concernant les orthodoxes. Ce n'était pas sans stupeur qu'on avait appris les vexations dont Timothée d'Alexandrie et Paulin d'Antioche étaient l'objet,

pourquoi luvèquc d'Antioche n*csl pas nommd dans le décret du 31 juillet, bien que d*oprès Socrotc ses droits fussent réservés (V. 8 ; il ajoute à tort que Mélèce vivait encore). On o expliqué beaucoup moins naturellement ce foit par un scrupule de Théodosc qui n'entendait pas décider entre les deux évoques Paulin et Flavico.

Consulter sur cette élection Rufin: 11. 21; Socr. V. U; Soz. Vll.ll; Thcod. V. 23.

(1) Selon Sozomène, il y aurait eu alors bien des défeciions dans le parti Mélécien. • XiipoToviiTsi ci, àvr* aÙToû «PXzC'.svi; 'zz^k toC>; ooMvtxc opxou;. 'Ext ^ip IlauXtvo; tw ^Ita ';:tpif,v. *Kx xo-j'zyj" 61 jjuyteTr, ni'kv» xxps^r^, Tt.v \\vt:o/<u>v îxxat,9{sv t-7Ax6c xsl 'nXtlrsoi 9^3; iris/tffsv xf,ç 'Cpic «hXaCtxviv xoivuvta; xxl vn6 IlsuXtvou lotf txxXr.ïtx^ov. • En réalité comme il a supposé l'union complète des deux partis opr^s le prétendu serment, il mentionne simplement la rupture : le parti paulinien se reforme et foit église à part. On a vu que les deux partis avaient conti> nué de vivre cote à côte et eurent simplement un motif de plus pour se quereller. Socrate a fait une découverte plus intéressante (VI. 3^) : «• Mcxà taûts €1 MsaitCou tv Kwv7tsv7:vo*j;:ôXs: TXAivr/Î92VTo;* Ixs: y^p Tixpx- 7t7Ôvti 6iiTf,v rpTjYOpio'j toû NaV«»^%V^'-' »3tî*ffxx»iv* ivx/upy|9x; Mia.wr^cTÛv Mf AiTisvwv xsl }iy,Ti IlsvXtvu) 9117x0 îvwvûv, c::t Tptîc oXou; cv:s*jtov{ t,9*j/«»^ 6'.Y,7cv, v9Ttpov oi lls'jAÎvou TiXtvr/iaxvTo; \\\ vr6 Eva^ptou xyj oixot;a;Aévou IIx'jXîvov, /tipotovilxa*. xpivSÛTcpo; ^!!) ■• Ce passage édi6c sur la fidélité de Socrate ù consulter les sources conteroporoines, même les plus accessibles. On soit que S. Chrysostomc fut ordonné prêtre par Flaiici^ en 38(), cinq ons après la mort de Mélèce et deux avant celle de Paulin.

i2 Cf. le chapitre précédent, p. 217.

.3) Ambr., ép. 12. Sur la lettre Quamlibct cf. nx>te J. 2.

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eux catholiques de vieille race toujours en communion avec l'Occident, de la part de ces orthodoxes hésitant jadis dans la foi, dont on voulait bien satisfaire les désirs de communion mais à condition de ne pas sacrifier les droits acquis. Les Pères demandaient en conséquence la réunion d'un concile à Alexandrie (1). Les affaires concernant l'empire de Théodose y seraient traitées, les décisions sanctionnées par l'empereur et transmises aux Occidentaux. Le ton de cette lettre était passablement dur pour l'épiscopat oriental auquel, d'un geste mal gracieux, on tendait la main. Le choix d'Alexandrie comme lieu de réunion manifestait sans doute l'estime et la confiance que l'épiscopat italien gardait aux successeurs de S. Athanase, mais s'y arrêter c'était bien mal connaître les dispositions des Asiatiques et les nécessités de la situation. Leurs yeux étaient désormais fixés sur Constantinople qui, d'ailleurs, appelait avec urgence l'œuvre du relèvement. Damase (2)

i) Ambr., ep. 12, h et G montrent qu'il ne s'agit pus d*un concile général, f^ lettre Fidci ne peut donc %'y ropporter.

(2) M. Rade le reconnaît. I! ojoute à tort qu'il y avait d'ailleurs sur toutes les questions entente parfaite entre Ambroise et Damase. L'affaire de Maxime prouve le contraire. Pas plus pour cette lettre que pour les deux suivantes (13, 14\ on ne peut faire intervenir Damase. Son rôle, faute de documents, reste obscur jusqu^au concile de 382, à Rome. L'action prépondérante et inattendue de S. Ambroise est bien éclairée par les considérations de Mgr Duchesne {Orig, cuit. chréf., ch. 1, § 4, 32-37; sur la tendance qu'il y avait alors à considérer Milan comme une succursale de Rome et à s'adresser directement à Tévéque. C'est un cas particulier du fait général que la hiérarchie ecclésiastique tendait à s'orgoniser sur le modèle de la hiérarchie civile (cf. Duchesne, i6id, ch. I, 3-4 et maintenant LObeck, Reichsrinteilung... En Orient la chose alla sans trop de difficulté ; en Occident la primauté pontificale fut un obstacle invincible. • II y a donc, en Occident, vers la fin du iv« siècle une tendance universelle k considérer l'évèquc de Milan comme une autorité de premier cirdre, à l'associer au pape dans les fonctions de magistrat ecclésiastique suprême, de juge des causes majeures et d'interprète des lois disciplinaires générales. Cette iniportanceextrac»rdinaire,révéque de Milan ne la doit pas

INTERVENTION DB S. AMBROISB 2517

ne semble pas être intervenu dans cette première négociation où d'ailleurs on priait Théodose de faire aboutir la solution pacifique proposée pour le schisme d*Antioche.

Aucun de ces vœux ne fut rempli. Paulin avait repoussé l'accord; le concile se réunit à Constantînople et Damase informé ne semble y avoir fait aucune objection (1}. Il se contente de mettre en garde Acholios contre la violation possible des canons. Je ne pense pas que S. Ambroise ait pris la chose avec autant de philosophie.

Lorsque la nouvelle de l'élection de« Flavien lui parvint, il présidait un concile réuni à Aquilée et qui semble dans sa pensée avoir eu d'abord une portée œcuménique (2). D'une plume aussi énergique que la première fois, l'cvéque de Milan écrit

à r&ntiquité de son Eglise, qui remonte tout au plus à la fin du II* siècle, ni à rillustratîon de ses fondateurs qui sont parfaitement inconnus. Les premiers faits relevés se placent sous l'épiscopat de saint Ambroise, mais le mérite personnel de ce grand évèque ne peut suffire à expliquer une telle orientation de Tépiscopat latin. Il ne manquait pas alors en Occident de prélats en grand renom de zèle de sainteté, de lumières ; saint Martin et saint Augustin sont de ce temps-là. La vraie raison, c*est que Milan était la résidence impériale officielle, la capitale de Tcmpirc d'Occident. Cette situation remontait à la fin du siècle précédent, à la réorganisation de Tempire sous Dioctétien et Maximien... (Duciiesnb, Origines du culte chrétien^ 2* édit., cb. V*, p. 35).

(1) Damnsc, ep. 5, PL. 13. ,'^)7-C8 : « De cetero commoneo sanctitatem uestram ut quia cognoui dispositum esse Constantinopoli concilium fiert debere, sinccritas uestra det operam quemodmodum praedictae ciuitatis episcopus eligatur qui nullam habeot reprehensionem... • Même si on met Taccent sur Constantinopoli, le ton est assez indifférent. Acholios d'ailleurs ne fut point appelé pour Télection de Grégoire, qui, lui-même, semble dire qu'elle se fit assez inopinément, Carm. Vit. 1509 sq. La lettre Snnctum reconnaît d'outre part qu' Acholios, occidental, n'avait aucun droit à intervenir dans l'élection et tire de l'invitation ultérieure qu'on Ii^i fit un orgumcnt a fortiori pour l'intervention de tous les Occidentaux (Ambros. ep. 13. 7).

(2; Ambros. ep. 13 i. Sanctum » Sept. 3Si); cf. note 1 sur la lettre Sanctum et le concile d' Aquilée.

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258 VIII. FLAVIBN BT PAULIN

à Théodose ses doléances sur les événements d'Antioche et de Constantinople. Malgré les prières et les avis des Occidentaux, Ton a ordonné un évéque contre Paulin et cela s'est fait sur le conseil de Nectaire, nommé à Constantinople u la place de Maxime dont les droits ont paru aux Pères d*Italie incontestables! Cependant, Ton veut bien éclaircir tout cela à l'amiable. Qu'il y ait enfin réunion des évêques d'Orient et d'Occident à Rome ; on s'expliquera et on s'entendra. Il ne s'agit pas de décision prise d'avance, mais de jugement porté en commun. L'empereur Gratien partageait cette manière de voir (1).

Y avait-il eu revirement en faveur de Maxime, ou, tandis qu'à Rome on l'avait condamné dès le début, à Aquilée, le Cynique en avait-il imposé à l'Assemblée? Nous ne pouvons le savoir. Cette défense inattendue de l'intrus chassé ignominieusement de Constantinople confirmait singulièrement les préjugés des Orientaux sur l'ignorance et la partialité de l'Occident. La lettre d'invitation au concile de Rome leur fut communiquée lors d'une nouvelle réunion qu'ils tinrent à Constantinople, au printemps de 382 (2).

Aux récriminations d'Ambroise, ils répondirent par des protestations très polies et un avertissement

(1; Gratîen promulgua les lettres de convocation au concile de Rome. Hier. ep. 106. U. Soz. VU. 11.

(2) S^nodique de 3S2 dans Tbeodoret V. 9. Les Orientaux avaient d'ailleurs donné une preuve de bonne volonté vis-à-vis des Pauliniens comme en témoigne le canon V (œuvre du 2* concile de Constantinople en 362, selon Topinion commune» cf. Hefele, discussion de ce canon) : Ilcpl toO x^j&ou twv Sutixûv xsi to&; cv 'Avtio/iC^ àzi$c;dl)if6s toO; )i{sv ô}ioXcr7o0vxx; Uz-sf^i «si TtoS xsl 'Ayiou nvtu}i.zTo; Ok^tt^ts. Le canon semble clôturer oinsi la querelle des hypostases. On reconnaît Torthodoxie des Pauliniens. Quant au « tomos » des Occidentaux, Ton ne s*entend guère sur la désignation du document, peut-être ne vise-t-il aucun de ceux qui nous sont restés.

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RÉPONSB DU CON'CILB DE 382 250

<:haritablemcnt donné de ne pas se laisser aveugler par une inclination partiale pour certaines personnalités. Malgré leur vif désir, les Pères ne pouvaient se rendre à Rome : la besogne était trop urgente dans leurs diocèses où Tennemi était encore en armes et ne profiterait que trop de leur absence. La nécessité d*un pareil déplacement n'était d*ailleurs pas absolue (i) ; il y avait entente complète pour la foi, comme on pouvait en juger parle bref résumé qu'ils donnaient de leur croyance sur la Trinité. Les exposés plus longs et accompagnés d*anathèmes contre Thérésie, composés peu auparavant à Antioche et, Tannée précédente, à Constantinople même, les satisferaient de tout point (2). Puisque le temps pressait et ne leur permettait pas de retourner dans leurs provinces pour être dûment autorisés par leurs collègues à les représenter, ils manifestaient leur bonne volonté en envoyant trois légats les évéques Cj'riaque, Eusèbe et Priscien (3). Par eux les Occidentaux apprendraient comment tout s'était passé selon les règles de Nîcée pour les élections épiscopales, notamment pour celles de Nectaire à Constantinople, de Flavien à Antioche et de CA^rille depuis longtemps évêque à Jérusalem (4). Si Tamour de l'Eglise ! passait avant les relations et les affections parti-

I culières, il n'3' aurait plus de gens à Céphas et

* d'autres à Apollo mais tous appartiendraient au

Christ, dont le corps ne serait plus divisé (5).

Cette lettre si ferme au fond et trahissant un mécontentement pareil à celui des Occidentaux n'avait

: l; Thcod. V*. 9 c. 1212-1216 A.

(2 Jbid, 1210A1217 A.

(3) Jbid. 1213 BD.

(4) Ibid. 1217 AC.

(5) Ibid, 1217 D.

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260 VllI. FLAVIBN BT PAULIN

rien du ton quelque peu rude de Tévèque de Milan» Tout y était dit avec beaucoup de mesure, de grandes démonstrations d'amitié et un art incontesté de présenter des observations désagréables. Quelque degré d'ironie qu'on y découvre, il faut bien y reconnaître un désir sincère de vivre en paix avec l'Occident, si celui-ci veut ne pas soutenir des exigences peu conformes avec l'état réel des choses. Les raisons alléguées pour décliner l'invitation ne sont pas toutes spécieuses. A considérer l'état des partis en Orient, l'insistance avec laquelle, longtempsencore, les prédicateurs réfutent l'arianisme sous ses diverses formes, surtout l'anoméisme, de beaucoup la plus redoutable, il apparaît bien qu'un voyage en masse à Rome n'était guère possible. Les Occidentaux qui reconnaissaient volontiers la sécurité absolue où se trouvait chez eux la religion, auraient peut-être avec avantage repris le projet dont parlait la première lettre de S. Ambroise (1). Autrefois, avant les incursions des Goths, ils avaient pensé à aller en Orient assez nombreux, pour y visiter les Eglises, se rendre compte sur place de leurs besoins et tâcher, de concert avec leurs collègues, d'y supprimer les causes de dissensions et d'y établir une paix stable. Tous y auraient gagné et l'œuvre d'union si précaire aurait certainement été confirmée.

Les trois légats du concile de Constantinople trouvèrent à Rome d'autres Orientaux. Pour gagner sa cause, Paulin, malgré sa vieillesse, n'avait pas reculé devant le vo3'age. Il était arrivé en compagnie de S. Epiphane et de S. Jérôme (2). La véné-

[i, Atnb. cp. 12. « Quomlibet • n* 5.

;2; Hicron. cp. 108. 0 [en 402] : • Camque OrienUs et Occidentis épiscopis ob quasdam ecclesiarumdisscnsioncsRomam impériales litterae

CONCILG ROMAIN DG 382 261

ration qu'il inspira par sa vertu rendit sa cause plus sympathique encore et Jérôme devenu secrétaire du pape Damase n'était pas homme à plaider tièdement en sa faveur (1). Au concile, l'afTaire de Maxime fut abandonnée, à supposer même qu*on l'ait reprise (2), celle de Flavien eut le sort qui était à prévoir. Paulin fut reconnu comme le seul évèque légitime, Flavien rejeté de la communion des Occidentaux (3). Il nous est impossible de savoir quel retentissement eut cette condamnation de Flavien sur les re-

contraxissent, uidit (S* Paule) admirabiles uîros Christfque pontifices Paulinum Antiochcnae urbis episcopum et Epiphanîum Salaminiaa C^pri, quae nunc Constantîa dicîtur, quorum E. etiam bospitem habuit, P. in aliéna manentem domo quasi proprium humanitate possedit. Quorum accensa utrtutibus per momenta patrîam deserere cogitabat... Tandem exncta bieme (3^-83;, aperto mari, rcdeuntîbas ad ecclesîas suas episcopîs, et ipsa uoto cum eis ac desiderio nauîgauit. • Peu après même, elle partit efTectivement pour les I jeux Saints et s*arréta quelques jours soit à Salamine soit à Antioche {ibid, 6.) — Hier. ep. 127 [en 412] : « Cum et me Romam cum sanctis Pontiâcibus Paulino et Epiphanio ecclcsiastica traxisset nécessitas. •

1; Rufini Apolog. PG. 17, 029 B. Cest alors que S. Jérôme rédigea la formule que devaient signer les Apollinaristes, où se trouvait Texpreasion dominicua homo,

(2^ Il faut, je pense, rapporter à cette époque et à la légation des trois évéques orientaux, le fait dont parle Boniface 1 (Ep. 15. 6 en 422) : m Clementissimae recordationls princeps Tbeodnsius Nectarti ordinationem propterea quia in nostra notione non esset, babeire non existimans firmitatem, missis e latere suo uulicis cum episcopis, formatam buic a sede Romana dirigi regulariter depoposcit quae eius sacerdotium roboraret. » PL. 20. 782-3. Cest un acte bien difficile à expliquer dans Th^potbèse de ce qu*on a appelé la politique religieuse orientale de Tbéodose.

(3) Nous sommes mal renseignés sur les décisions de ce concile. Sozomène (VII. 11) dit que Rome et les Occidentaux ignorèrent Flavleii et excommunièrent ses d^ux ,'il y en avait trois) consécrateurs, Diodore de Tarse et Acace de Bérée ; mais il a Tair de placer ce fait avant le concile réuni d'Orient et d'Occident pour juger définitivement. Socrate (V. 10) fait seulement allusitin à des dissensions au concile de 383 à Constantinople. Théodoret (V. 23) écrit : « xoûxo U Tm}ix(ok xal .\t7'j;:Tiotç T,^fj^ Tt,v *Kwiv tiax^OTitr.v (la dissension; ilpvi^jto. La mort de Paulin même ne fit pas cesser leur mécnntentemenl contre Flavien. J*ni longtemps pensé qu'il y avait eu rupture réelle de communion

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2f>2 VIII. FLAViEN ET PAULIN

lations générales entre l'Occident et l'Orient. La décision du concile romain fut acceptée par les anciens partisans de Paulin, Egyptiens et Chypriotes, auxquels se joignirent quelques évoques d'Arabie. En revanche la Palestine, la Phénicie, la Syrie, le Pont, l'Asie Mineure, la Thrace même restèrent fidèles à Flavien (1). S'il faut en croire Socrate (2), de violentes discussions eurent même lieu à ce propos au concilede 383, réuni encore à Constantînople. Flayien qui n'avait pas voulu aller à Rome pour y défendre ses droits, prit dès lors l'attitude passive qu'il garda jusqu'au bout. 11 pensait que le temps userait l'opposition qui lui était faite et procurerait une solution équitable du conflit. Discuter avec son adversaire c'était laisser supposer que son droit fût en question. Cela, il ne voulut jamais le reconnaître. Les événements qui avaient amené une situation aussi complexe expliquent comment il put allier cette conduite avec une piété et un zèle pour le bien de l'Eglise que nul n'a jamais contestés.

avec tout 1*0 rient mais je ne vois pas que les documents autorisent suffisamment à porter une si grave accusation. 11 faudrait pour cela que la lettre Fidel (Ambros. ep. l'i) fut sûrement, comme le voulait Merenda» de 31U. Or, quelle -que soit la probabilité de cette opinion, très peu en faveur aujourd'hui, il reste toujours un doute légitime qui interdit de tenir compte de ce document. La date qu*on lui fixe d'ordinaire est Vannée 381. Il serait donc antérieur au concile de Rome. D*autre part, la lettre 54 à Théophile après le concile de Capoue n*est pas assez explicite : « grauis toto orbe stabat dis* cordia. Cui bonne pacis naufragio sancta S^nodua Capuensis tandem obtulerat portum tranquillitatis ut omnibus per totum Orientem darctur communio catholicam confitentibus fidem et duobus istis I Flavien et Evagrios) tuae sanctitatis examen impertiretur. »

(1) Comparer Soc. V. 10; Soz. Vil. 11; Thcod. V. 23 (PG. 82, 12Ï0 BC).

(2) Soc. V. 10. Rufin 11. 21 parle sans préciser de grands troubles occasionnés dans tout TOrient par cette rivalité de Paulin et de Flavien.

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Note I.

lia lettre Sanctum et le Ck>ncile d'Aqnllée

{Septembre 381)» ^

J*ai montré plus haut que la lettre Quamlibet ne pouvait pas être attribuée au même concile que la lettre Sanctum : celle-ci connaît déjà la mort de Mélèce, l'élection de Nectaire et de Flavien, la tenue du concile de Constantinople ; la première ignore tout cela. Les rapports de la lettre Sanctum avec le concile d*Aquilée où furent condamnés Palladius et Secundianus peuvent être établis d*une façon certaine par la comparaison des renseignements tournis par la lettre elle-même^ les Gesta Concilii (PI. 16. 916 sq) et la synodique du deuxième concile de Constantinople (382).

D'après ce dernier document, les Orientaux réunis de nouveau dans la capitale de Tempire d*Orient (printemps 3S2) ont reçu communication d*une lettre que les Occidentaux ont envoyée d*Aquilée, Tannée précédente, à Tempereur Théodose. Ils le priaient d*inviter les Orientaux à se rendre à Rome pour un concile général (Theod. V. 8. PG. 82. 1213 BC). Il est difficile de ne pas reconnaître ici la lettre Sanctum où Ton écrit à Théodose (n. 6) : « Aut certe super duorum (Nectaire et Flavien) ordinatione ait in urbe Borna nostrum Orientaliumque concilium. »

Mais ce concile d'Aquilée est-il le même que celui où furent condamnés Palladius et Secundianus? Un certain nombre d'indices pe/mettent d'identifier sûrement le concile où fut écrite la lettre Sanctum et le concile des Gesta. Au n. 4 de la lettre Sanctum se lit un passage assez énigmatiquc, dont le texte est en partie corrompu, mais suffisant pour là discussion : « Nos igitur in synodo ea quae totius orbis episcopis uidebatur esse praescripta nihil temere statuendum esse censuimus. Adeo ipso tcmpore (corr : at eo ipso) qui générale concilium dedinauerunt, Constantinopoli[que] gessisse dicuntur. » Le concile dans la pensée de S. Ambroise était donc, au moins à un moment, un concile général. Cela convient parfaitement au concile des Gesta et précisément en explique la marche. Au début Gratien convoque tous les évoques, sans distinction, puis les Orientaux faisant savoir directement ou indirectement qu'ils ne comptent pas y prendre part, sur les conseils de S. Ambroise, Gratien modifie son premier décret et déclare que les

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