INTERVENTION DES OCCIDENTAUX
tion, on voulut peut-être la faire constater juridiquement par une assemblée conciliaire et surtout, comme on avait contesté dès le début l'élection de Flavien, on pensa qu'en le citant à comparaître avec un adversaire dont les droits étaient si douteux, il s'expliquerait enfin sur sa propre conduite. On invita donc les deux compétiteurs à justifier leur élection. Evagrios comptant sur ses anciennes relations avec TOccident accepta sans hésitation. Il espérait sans doute que la discussion se terminerait par une sentence analogue à celle proposée dix ans plus tôt pour Mélèce et Paulin, et qu'on lui assurerait, sa vie durant, la jouissance de l'épiscopat. Tout autre fut la pensée de Flavien : comparer son élec* tion, faite du consentement de tout l'Orient et suivant les formes canoniques, avec celle d'Evagrios où la loi ecclésiastique était si outrageusement violée» c'était lui faire une injure trop ouverte pour l'atteindre. A toutes les instances faites pour le décider à soumettre sa cause au tribunal conciliaire, il opposa une résistance passive invincible (l). L'intervention de Théodose lui-même s y brisa. Une première fois déjà sur la prière des Occidentaux, l'empereur avait mandé Flavien à Constantinople et l'avait exhorté
(1) Nous sommes assez mal renseignés sur tous ces faits. Aucun historien n*cst absolument sûr et il y a ^hcz Théodoret, qui donne le plus de détails, de graves erreurs chronologiques. Dans son récit des démêlés entre Evagrius et Flavien (V. 2d.\ Damase (4- 384) et Anastase (élu en SUU} sont de trop. La deuiièmc intervention de Théodose, par suite d*unc allusion à la tyrannie de Maxime, doit se placer après la victoire sur ce dernier. (388 été). La troisième qui se serait produite « longtemps après « (Théodorct, 1. cit.) se rapporte au séjour de Tbéodose à Rome juin-août 38U. Elle n*cut pas le résultat quindîque Théodoret (réconciliation de Flavien avec Rome), mais aboutit peut* être à la réunion du concile de Capoue (3111). La date de la première entrevue de Flavien avec Tempercur est difficile à déterminer. Ce n'est évidemment pas mars-avril 387, quand Tévèque se rendit à
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à se rendre en Italie pour s'y justifier. L'évêque d'Antioche fit remarquer que la saison était peu favorable pour le voA'age et qu'il valait mieux attendre au printemps de l'année suivante. L'affaire en resta là. Quelque temps après, le pape fit de nouvelles remontrances. Théodose essaya encore de déterminer Flavien à se présenter au synode. C'était probablement celui de Capoue : « Volontiers, répondit l'évèquc, si ma foi ou la dignité de ma vie est en cause, je me soumettrai au jugement et accepterai la sentence. Mais je ne puis consentir à laisser discuter mon élection. Je préfère abandonner mon siège à qui voudra le prendre. » Théodose qui avait admiré la haute vertu et le dévouement de Flavien, lors de la sédition des statues, se rendit compte qu'il n'avait pas affaire à un ambitieux vulgaire; l'évêque croyait être dans son droit et il était inutile de mécontenter les habitants d'Antioche en lui imposant par la force ce qu'il ne voulait pas accepter. Il permit donc à Flavien de ne pas répondre à l'invitation qui lui était faite.
Une lettre écrite peu de temps après par S. Ambroise à Théophile, évêque d'Alexandrie, découvre l'irritation que causait en Occident une pareille attitude (i). On pensait agir très équitablement eh proposant de terminer une bonne fois toutes ces discussions qui entretenaient une fAcheuse agitation et de mutuelles rancœurs entre les Eglises prenant
Constantinople, lors de l*aifaîre des statues. Or, dès le début de 388, Théodose est à Thessalonîque et toute son attention est consacrée aux préparatifs de la guerre contre Maxime. Il y eut peut-être échange de lettres entre Théodose et Ambroise ou Sirice d*une part, Théodose et Flavien de Tautre. A Rome et à Milan, le pape et S< Ambroise parlèrent de vive voix à Tempereur. (1) Ambr., ep. &'i, ad Theoph. (392 après le synode).
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parti les unes pour Flavien, les autres pour Evagrios. Mais Flavien se dérobait toujours et passait par-dessus toutes les lois. Plus on s'ingéniait à faire cesser ce scandale et plus il croissait: « Evagrios a tort d'insister et Flavien a raison de craindre, aussi évite-t-il la discussion. Que ces frères pardonnent à une juste douleur ; à cause d'eux tout Tunivers est troublé et eux pourtant n*ont aucune compassion pour notre peine. Qu'ils se laissent un peu blâmer par ceux que leur contention fatigue depuis si longtemps. Parce que tous deux n'avaient aucun souci de la paix du Christ, le monde était en proie à une lamentable discorde. »
La discorde, nulle part plus qu'à Antioche, ne divisait les orthodoxes. Nous pouvons en saisir sur le vif les manifestations et les effets dans un vigoureux sermon que S. Jean Chrysostome, alors simple prêtre, y prononça contre le schisme. Que de petitesses et de misérables calculs il révèle et comme il stigmatise l'influence prépondérante exercée par les femmes dans ces querelles où les dissensions dogmatiques ne servent même plus de prétexte ! Il appuie avec insistance sur la nullité des ordinations chez les dissidents : cela explique l'opposition faite à Paulin et à Evagrios par les Orientaux, mais aussi les mesures imposées plus tard par Innocent I^ au sujet des clercs pauliniens. L'orateur commente une parole de S. Paul aux Ephésiens sur l'unité de l'Eglise (1) :
« Il y a deux manières, dit-il, de se'séparerdu corps ecclésiastique : quand la charité se refroidit^ et quand, par ses actions, on se rend indigne d'appar-
(Il s. J. Chrys. in ep. ad Ephe». h. XI, n* 4 sq. PG. G2. c 85 sq.
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