‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 80 sur 96 · IX. FLAVIEN ET éVAGRIOS · texte numérisé non relu

IX. FLAVIEN ET éVAGRIOS

gents ou plutôt il vaudrait mieux que les autres ne fussent point négligents ni vous ce que vous êtes. Je ne parle pas des gens présents mais des transfuges. « Cest commettre un adultère », vous ne supportez pas qu*on le dise d'eux, ne le supportez pas de nous ; Tune des deux situations est illégitime. Si vous nous soupçonnez, nous sommes prêts à céder la charge à d'autres; que l'Eglise seulement soit une. Si nous existons légitimement, procurez la déposition de ceux qui contrairement à la loi sont montés sur le trône épiscopal.

f J'ai dit cela non pour vous commander mais pour vous prémunir et vous garder. Chacun est en Age et rendra compte de ce qu'il a fait, je vous exhorte à ne pas tout rejeter sur nous, à ne pas vous estimer irresponsables ; ainsi vous ne vous tromperez point inutilement vous-mêmes et vous n*aurez pas' à pleurer. Nous rendrons compte de vos &mes, mais seulement si notre office n'est pas rempli, si nous n'exhortons point, ne réprimandons point, n'adju*rons point. Cela fait, permettez-moi de dire moi aussi : « Je suis pur de tout sang » (Actes, XX, 26) et « Dieu sauvera mon âme » (II Tim. IV, 18). Dites ce que vous voudrez, justifiez votre séparation et je vous répondrai. Mais vous ne parlerez point. Aussi je vous y exhorte, tâchez de rester vousmêmes fermes ici et de ramener les transfuges; alors tous unis nous rendrons grâces à Dieu. »

Si un prêtre de Flavien tenait un langage aussi énergique, que ne devait pas dire Tévêque lui-même, cet « autocrate (1) » si souvent dénoncé par S. Am-

(1} Comparer les expressions que Théodore! ;V. 23) prête au pope : Flavien est on tûpawoc, avec le passage de S. Ambroise, ep. 54. 4 : Interea solus exiex Flavianus...

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broise et les Occidentaux! Il a lui aussi prêché sur le schisme, mais, agréable surprise, il réserve toutes les sévérités de sa parole à ses propres fidèles, trop ardents à jeter Tanathème sur leurs frères séparés. Les éloges que S. Jean Chrysostome prodigue si libéralement à son vénéré maître peuvent paraître suspects ': rien ne réhabilite Flavien comme le sermon consacré à Tanathème (1). L*homme assez maître de lui pour imiter avec tant de grandeur d'Ame la mansuétude de Celui qu'il représentait à Antioche, n'obéissait pas, dans sa résistance, aux impulsions d'un orgueil incorrigible. Comme son prédécesseur Mélèce, mieux connu des Occidentaux, il aurait gagné toutes leurs sympathies. S. Jean Chrysostome et Flavien, par un curieux rapprochement, insistent tous les deux sur leur responsabilité. Mais tandis que le premier s'en croit dégagé s'il proclame la nécessité de rester uni à TEglise et d'abandonner le schisme, le second avertit ses fidèles de laissera Dieu le soin déjuger les consciences; à eux d'observer le grand précepte de la charité. L'un et l'autre ont d'ailleurs une très haute idée de la charge qui leur est confiée. Et c'est un spectacle réconfortant de voir que dans ces misérables'dissensions, où la force des choses plus que leur propre volonté séparait tant de nobles Ames, malgré les apparences, les adversaires étaient beaucoup plus unis qu'ils ne le croyaient. En Orient comme en Occident, la vertu chrétienne pouvait reconnaître encore de grands pontifes.

Après avoir rappelé un discours précédent sur

(1) Sur Tattribution de ce sermon à Flavien cf. Tintroductlon. Il se trouve parmi les œuvres de S. Jean Chrjrsostome PG. 4S, 9^52.

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lY. FLAVIEN ET KVAGKIOS

rincompréhensibley Flavîen aborde brusquement son nouveau sujet :

. « Eh bien ! parlons maintenant de Tanathème, montrons rétendue de ce mal, auquel on n'attache aucune importance^ faisons-le disparaître des bouches effrénées; dévoilons la maladie de ceux qui s*y abandonnent sans plus 3' penser. Notre état a tellement empiré que nous méconnaissons ce qui nous est le plus nuisible... Et ne vais-je pas me rendre risible à certains et paraître avoir perdu le sens? ne va-t-on pas crier parce que je traite ce sujet désagréable et digne de larmes? Mais que fais-je? Mon &me est affligée et déchirée; mes entrailles se brisent devant votre insensibilité telle que la superstition judaïque et l'impiété païenne l'emportent sur notre état. Je vois des hommes dont la raison n'est pas instruite par la divine Ecriture, qui ne la comprennent même pas. Je me tais, le rouge au front, quand je vois tant de gens furieux et moqueurs qui ne savent ni ce qu'ils disent ni ce qu'ils affirment, qui dogmatisent en ignorants sur ce point et anathématisent ce qu'ils ne connaissent pas. C'est rendre ridicule, aux yeux des infidèles, notre situation* puisque nous n'avons aucun souci d'une bonne conduite et n'avons pas appris à faire le bien. »

Et pourtant la loi nouvelle recommande avant tout la charité : c'est sa perfection propre. Flavien le montre par la parabole du bon Samaritain et surtout par lexcmple même du Dieu fait homme : « Voilà ce qu'il a montré par ses œuvres, quand il est mort non pas pour .ses seuls amis et les bons, mais pour ses ennemis, pour ses bourreaux, pour les imposteurs, pour les haineux, pour ceux qui le crucifièrent, toutes gens, dont il savait, avant la

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constitution du monde, qu'ils seraient tels. Malgré cette connaissance» il les créa, triomphant de sa prescience par sa bonté, pour eux il a versé son propre sang, pour eux reçu le coup de la mort... Mais alors d'où vient ton audace de parler ainsi; que signifie ton anathème? • Et l'évêque montre que si Tanathème peut être pris en bonne part, comme dans l'Ecriture, au sens d'offrande à Dieu, il faut se garder de le transformer en offrande au diable : « Que signifie ton anathème sinon coasé-» cration d'un chrétien au diable : qu'il n'ait plua d'espoir de salut, qu'il devienne étranger au^ Christ! Et qui es-tu, pour jouir d'une pareille autorité et de cette puissance? » C'est usurper la fonction des apôtres et de leurs successeurs. « Conformément a.u précepte, ils paraissaient s'arracher l'œil droit, quand, ils rejetaient hors de l'Eglise les hérétiques, ce qui montre leur compassion et leur douleur... Ils condamnaient et repoussaient les hérésies mais n'infligeaient cette peine à aucun hérétique. Ainsi S. Paul ne lance l'anathème qu'en général... Quoi donc ! ce que nul de ceux qui en avaient le pouvoir n'a fait, toi tu oses le faire, tu agis en opposition avec la mort du Seigneur et tu préviens le jugement de Dieu!

« Voulez-vous apprendre ce qu'a dit un saint qui, avant nous, fut l'héritier des apôtres et fut aussi honoré du martyre? Pour montrer combien ce mal est intolérable, il emploie cet exemple (1) : « Celui

1) Flavien fait ici nllusion à Ignat. ad Sm^rnenses (interpolée) PG. \'. 8.T1 B. cf. Barontus ad a. 382). Tillemont n*adinet pat cette identification, mais Montfaucon a raison d'accepter et de conOrmer le jugement de Baronius : la pensée est onalogue quoique les mots soient divers. Cette citation a son importance pour fixer Vépoqae 6 laquelle remonte Tinterpolation des lettres de S. Ignace.

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