CHAPITRE II
ne purent jamais faire plier; ou plutôt ces idées absolues sur le pouvoir patriarcal, ne sont que l’expression du caractère entier qui fut sa principale force d’action dans toutes les luttes qu’il eut à soutenir. Il avait résisté à l’exil et aux menaces de Jean l’Orphanotrophe ; il sut, chose plus difficile encore, résister à l’amitié et aux flatteries de Constantin Monomaque, et plus tard il supporta avec une fermeté stoïcienne son dernier exil et la trahison de son allié, l’empereur Isaac Comnène. Il ne faut donc voir qu’une calomnie dans l’accusation que Psellos lui jette à la face d’avoir eu le caractère « bas, souple, digne d’un flagorneur et d’un parasite..., aussi éloigné du caractère d’un archevêque que la méchanceté de la vertu 1 ». Nul, au contraire, ne fut moins souple et moins accommodant que ce patriarche. S’il dut parfois faire des concessions, ce ne fut jamais que devant la force, et encore il ne tarda guère à les reprendre. Psellos est, au contraire, plus près de la vérité, lorsqu’il lui reproche les haines vigoureuses qu’il portait à ses ennemis et l’orgueil qu’il affectait parfois ; quels que soient ces défauts, ils s’accommodent mal, on en conviendra, avec la bassesse du caractère.
« Si quelqu’un lui avait résisté une seule fois, même plus ou moins de dix ans après, même s’il était confondu au milieu du peuple, la colère et la rancune du patriarche le poursuivaient. Ses souvenirs étaient ineffaçables; chaque fois qu’il voyait l’homme, sa mémoire revenait. Et il n’y eut jamais aucun apaisement, aucune atténuation possible 2. » Sa haine poursuivait l’ennemi avec une rigueur impitoyable. « S’il appartenait au clergé, il était immédiatement chassé de toutes les églises et excommunié, comme s’il eût commis un
1. Bibl. nat., ms. grec 1182, fol. 187 : « Bivau aov xiva xal ^Etpiivaxxa [icEXXov j3ii)|j.cAô}£(jt>v xal eùxpaitéXwv ÆvSpwv oùSèv Siacpep'iv-ca • xal itpôç dp^iepoauvïi; dtÇ Cto jxat xoaoüxov àcpear^xÔTa i; (àvxtxEifuvov 8aov itpàîx^v ipér^v f} xaxia... »
2. Bib. nat., ms. grec 1182, fol. 147 : « Ei os xi; aùx<T> SitaÇ iroxs itpoxExpoû-
xei • ÔTtdxe 8exixr,ç tt’X^ov t, ÈXaa<»>v Èxûyyavsv wv xal xw -oXXw ôripup avive^xiÇexo, •fl [AfjVi; èvxotuÔDÏ • xal ô è yxe (} xevoç xdxo^. Kal t, àvEiuf^axoç ■ xal 6<râxiç 13ol
xàv d!v0p(üicov, àvtaxôpe’. xal àvepitpLVTiaxî. Kal oùSejxta oùSap.o0îv oüx ’àito[AEi7c!;'.<;, oüx’ éSjiXéwatç. »
acte défendu par la loi. S’il s’agissait d’un sénateur, il était accusé d’avoir violé les lois et, s’il se plaignait à l’empereur, le fouet, l’exclusion du sénat et l’emprisonnement étaient, au prix du patriarche, tout ce qu’il méritait *. » Quelle que soit l’exagération de ces paroles, on est forcé de reconnaître qu’elles sont justifiées dans une certaine mesure. Rempli d’ardeur pour soutenir ses convictions, Michel Cerularius était capable de briser sans pitié tous les obstacles devant lui. La position qu’il prit à Byzance lui suscita de nombreux ennemis; il fut souvent attaqué, d’une façon détournée, il est vrai. L’évêque d’Euchaïta a composé une pièce pleine d’indignation contre un certain pamphlet où l’empereur n’était guère plus épargné que le patriarche 1 2. Michel Cerularius combattait ses ennemis avec âpreté. Il fit ainsi sentir le poids de sa haine au Lombard devenu patrice d’Italie sous le nom d’Argyos, qui venait à Constantinople réveiller le zèle de Constantin IX pour ses possessions d’outre-mer 3. L’empereur même qui l’avait fait patriarche éprouva ce que valait son inimitié. En un mot, il savait exercer ses vengeances avec la même ténacité qu’il mettait à réaliser ses projets.
Un tel homme, en effet, ne pouvait exciter que l’amour ou la haine ; il devait être entouré d’amis dévoués ou d’ennemis décidés. Aussi convient-il de faire des réserves lorsque Psellos, continuant son analyse du caractère de Michel Cerularius, va jusqu’à l’accuser de n’avoir jamais aimé personne. « Il n’y a pas un homme, ajoute-t-il, qu’il n’ait détesté. Il était pourtant en relation avec plusieurs d’entre eux ; mais il avait une humeur si funeste et si ingrate que ni ses parents, ni ses familiers, ni ses voisins, ni ceux dont le temps aurait dû consacrer l’amitié, ni même ceux qu’il avait honorés
1. Bibl. nat., ms. grec 1182, fol. 147 : « Kai et fxév tu -coûta)'/ tü xXripa)
xatetXexto, itasüv eù0ù<; tüv exxV/)<i£a>v àicTjXaûve'o • xaiwairép tt tüy ànTiYopeu|icVO>v tu vo;aa) SgSpaxûf àtpaiptÇeto . Et 8è tf,ç tJuyxXTjtou pot/Xf,; étûy/avev ûv, ypatpaf; aùtôv itapi vop-ov ÈSiuxaç. Kat ôsâx tç tâ> xpatoüvtt êvtuyot (j.aatiyoûv -f,Çtou tôv ôfvGpo)— ov, xal àiceXaûvetv tfjç yspoya-taç .