CHAPITRE II
rieurs, la conversion du peuple russe au christianisme *. Des questions aussi palpables avaient chance d’émouvoir le peuple mieux que les querelles abstraites sur la procession du Saint-Esprit. Les Byzantins ne pouvaient tolérer le scandale qu’offraient chaque jour sous leurs yeux les prêtres latins qui consacraient le corps du Christ avec du pain azyme. Il faut même voir, dans l’indignation excitée chez eux par ce spectacle, la cause des violences populaires qui ensanglantèrent, à plusieurs reprises, la lutte entre Michel Cerularius et Rome.
La meilleure preuve de l’importance que les contemporains attachaient à une question qui nous paraît aujourd’hui si mince, c'est la place qu’elle tient dans les négociations relatives’ au schisme. Si quelques esprits, que leur largeur rendait clairvoyants, comme Dominique, patriarche de Venise, et Pierre, patriarche d’Antioche, n’y virent pas un obstacle à l’union des deux Eglises, il n’en fut pas de même des principaux combattants, c’est-à-dire de Léon IX et de Michel Cerularius. Ce fut avec acrimonie que Léon d’Achrida soumit la question à l’évêque de Trani, et ce ton devint de plus en plus marqué dans les polémiques suivantes. Les lettres de Léon IX gardèrent encore une certaine mesure, mais nous avons vu avec quelle violence le cardinal Humbert et le moine Nicétas en vinrent aux mains. Ils avaient, en effet, la conviction profonde qu’ils combattaient pour les intérêts les plus sacrés de l’Église. A côté de la question de forme, se posait un problème dont la solution leur paraissait être la vie ou la mort. « C’est donc en vain, écrit le patriarche de Grado à celui d’Antioche, que les bienheureux Pierre et Paul ont prêché en Italie, si l’Église occidentale est privée de la béatitude de la Vie Éternelle... Car si l’oblation du pain non fermenté n’est pas le corps du Christ, nous sommes privés de la Vie 1 2. » Enfin, une autre raison, détermina Michel Ce*