CHAPITRE III
du cardinal Humbert, les laïques ne s’étaient pas immiscés dans les affaires de l’Église ; les évêques n’étaient plus mariés et les prêtres, à qui le mariage était permis, devaient se soumettre à des règles rigoureuses; enfin, l’ascétisme qui fleurissait en Occident était l’idéal de beaucoup d’esprits et de Michel Cerularius lui-même. Mais, justement, parce que le mal était moindre ou absent, la réforme clunisienne n’avait aucune raison d’être, et l’ancienne discipline de l’Église paraissait suffisante aux prélats grecs. Telle était la raison qui les avait décidés, en 692, à reconnaître solennellement le droit des clercs au mariage, au concile in Trullo et qui avait poussé Photius à attaquer les Latins de ce côté. Devant de pareils exemples, Michel Cerularius ne pouvait pas hésiter ; en reprochant aux Latins d'interdire le mariage des prêtres, il ne faisait que suivre les traditions de l’Église grecque, mais de plus, il portait à Léon IX un des coups qui devaient lui être le plus sensibles, puisqu'il avait pour résultat de mettre obstacle à la réforme que le pape voulait imposer à l’Église.
Michel Cerularius ne fit donc, en somme, que reprendre contre les Latins un des nombreux reproches que leur avait adressés Photius. Seulement en 868 tout s’était borné à des observations réciproques. Photius ne consacra que quelques lignes à cette question dans son Encyclique *, et Ratram, moine de Corbie, se borna dans sa réponse à vanter l’excellence de la chasteté et à énumérer quelques décrets des conciles et des empereurs1 2. Au xie siècle, la polémique prit plus d’extension, car il s’agissait pour l’Église d'une question vitale. Toute concession faite sur ce point à l Orient par des papes aurait eu en Occident un contre-coup assez fort pour ruiner toute leur politique : aussi les deux adversaires gardèrent-ils leurs positions, sans chercher même la moindre conciliation.
Ce ne fut pas dans la lettre de Léon d’Achrida, mais dans