‹ Le schisme oriental du XIe siècleChapitre 201 sur 324 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

on Orient, alors qu’elle est exaltée en Occident? 11 s’en faut de beaucoup, et les règlements sévères toujours en vigueur, aujourd’hui relatifs au mariage des prêtres, montrent que l’Eglise d’Orient suivit celle d’Occident, quoique d'une marche plus lente dans la voie de l’ascétisme.

Et d’abord, même au xie siècle, il était admis, en Orient comme en Occident, que le prêtre par excellence, l’évêque, ne

pouvait être marié. Au temps de l’Eglise primitive, écrit Pierre d’Antioche au patriarche de Grado, « les archevêques avaient des épouses ; cet usage a disparu, car l’Eglise de Dieu, comme il est dit, a accru ses forces et s’est avancée vers la perfection 1 ». Et dans sa lettre à Michel Cerularius, tout en blâmant l’interdiction faite aux prêtres latins d’avoir des femmes légitimes, il reconnaît que ce qui peut être toléré chez un simple prêtre ne saurait l’être chez un évêque 2. Même les membres du clergé inférieur n'ont pas, à l’égard du mariage, la même liberté que les laïques. Une novelle de Léon le Sage, adressée au patriarche de Constantinople Étienne et observée encore sans nul doute au xie siècle, décide que le mariage d'un prêtre ne peut avoir lieu qu’avant son ordination. Elle a pour but d'interdire toute espèce d’union, dès qu’elle est consommée. « Ceux qui se disposent à arriver au sacerdoce, dit l’empereur, doivent ou bien promettre pour la vie entière, s’ils sont assurés de ne pas mentir à leur serment, de garder le célibat, ou bien, s’ils en sont incapables, épouser une femme légitime et exercer ainsi leur ministère. L’usage dominant aujourd’hui veut que ceux qui désirent se marier reçoivent les ordres avant leurs fiançailles et attendent jusqu’à deux ans sans accomplir leur dessein. Vu qu’il ne convient pas d’autoriser cette pratique, nous ordonnons que les consécrations aient lieu d’après l’usage ancien de l’Eglise. Il est indigne que ceux qui sont élevés au-dessus des misères corporelles par l’élé-

LES QUESTIONS DE DISCIPLINE

vation de l'esprit retombent sous l’empire de la chair, et l’on doit, au contraire, élever les ordres sacrés à des hauteurs inaccessibles, loin de la bassesse corporelle l 2. »

Ainsi, loin d’être recommandé par l’Église grecque, le mariage des prêtres n’était que toléré comme un mal inséparable des conditions de l’humanité; de plus, il était soumis à des règlements sévères. L’Eglise acceptait le prêtre, même s’il était marié, mais lui défendait de contracter aucune union dès qu’il était revêtu du caractère sacerdotal. Une autre constitution de Léon le Sage vint compléter la précédente, tout en adoucissant l’ancienne législation qui exigeait que le prêtre marié, durant son sacerdoce, retournât à la vie laïque. L’empereur décida que le coupable serait privé des fonctions qu’il exerçait dans l’Église sans cesser pour cela de porter l'habit ecclésiastique \ C’était là, il est vrai, une concession, mais non une approbation. Le prêtre marié après la réception de son sacerdoce était toujours considéré comme coupable ; le célibat était non seulement permis, mais honoré ; seul il pouvait conduire aux fonctions épiscopales et l’on voit déjà se dessiner en Orient les deux clergés qui y existent aujourd’hui et qui sont si différents par leur esprit et leur éducation.

La même législation se retrouve, d’ailleurs, sans modification au début du xie siècle. Un prêtre de l’Italie grecque écrit à l’archevêque de Calabre, Léo Grammaticus, vers 1013, pour lui demander s’il doit donner les ordres à un prêtre qui veut se marier après sa consécration 3. L’archevêque lui répond qu’un tel mariage serait illicite, « x^e^apov saoTov 7ïapta,T7|3,t,v ». « Si, dit-il, ce prêtre a promis au Christ de rester vierge, qu’a-t-il besoin de s’unir à une vierge ; rien ne l’empêche d’être reçu dans le sacerdoce sans épouse, en état de chasteté. Que si la faiblesse de la nature et l’essaim

1. Léon le Sage. Novelles III (Migne, Pat. gr., t. CVII, p. 430).

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