CHAPITRE
Grecs. Ce sont eux, dit-il, qui judaïsent, puisque le jour du sabbat ils se réjouissent avec les Juifs au lieu de jeûner comme les Latins. Ceux-ci, d'ailleurs, ne regardent pas le samedi comme un jour de fête : ils travaillent ce jour-là comme tous les autres et suivent ainsi les préceptes de l’Évangile \ Aucune réponse n’était mieux méritée et Humbert pouvait conclure en se moquant du pédantisme des Grecs : « Parturiunt montes, nascetur ridiculus mus. »
A la question du jeûne de samedi se rattache celle de la nourriture à laquelle Photius n’avait pas songé. Léon d’Achrida reprochait aux Latins de manger de la chair saignante des animaux suffoqués au lieu de les saigner comme le veut la loi de Moïse. « Ne savez-vous pas, dit-il, que l’âme de tout animal est son sang et que qui mange le sang mange aussi l’âme 1 2? » Humbert consacra quelques lignes de son Dialogue à justifier les Latins de ce grief. Il reprocha d'abord avec raison à ses adversaires tantôt de rejeter la loi mosaïque, tantôt de se mettre sous son patronage 3 4, puis il leur rappela à propos le mot de saint Paul : « Nemo vos judicet in cibo \ » La règle à suivre est, d’après le conseil de l'apôtre, de ne pas manger ce qui peut choquer notre frère encore faible dans sa foi 5. Mais, ajoute-t-il, il ne faut pas faire un crime à des malheureux qui meurent de faim de manger ce qu’ils trouvent : les Grecs vont bien jusqu’à manger du porc et de l’ours 6. D’ailleurs, il ne veut pas justifier ceux qui mangent des viandes saignantes, mais seulement les excuser7. Il avoue même que les Latins imposent de graves pénitences à ceux qui se sont rendus coupables de cette erreur, « car, dit-il, nous regardons comme lois apostoliques les coutumes anciennes et les traditions qui ne sont pas contraires à la foi ».