CHAPITRE
Mais les Latins s'arrêtèrent sur cette pente dangereuse, satisfaits de retourner contre les Grecs les reproches qui leur étaient faits et de dénoncer leur intolérance, accusation à laquelle ils n’échappèrent d’ailleurs pas eux-mêmes. La bulle d’excommunication et le Dialogue d’Humbert reprochent aux Grecs de baptiser de nouveau des Latins déjà baptisés, « ce qu'aucun catholique ne fait, même à des hérétiques 1 », « Comme les Donatistes, ajoute la bulle, ils affirment qu'en dehors de l’Église grecque il n’y a au monde ni Eglise du Christ, ni véritable sacrifice, ni baptême 2. » Michel Cerularius ripostait en accusant les Latins, bien injustement, de ne pas se prosterner devant les images, de mépriser les saints et les Pères grecs, les Grégoire de Nazianze, les Basile et le « divin Chrysostome 3 ».
Si l’on prend en lui-même chacun de ces arguments, il semble évidemment bien mince, il ne paraît même pas discutable : le simple bon sens de bien des hommes du xie siècle suffit à faire justice de ces griefs. Mais ce qui était grave, c’était d’abord leur accumulation qui ne tendait à rien moins qu’à discréditer les usages de l’une et de l’autre Église dans l’esprit du peuple. C’était ensuite l’habileté avec laquelle ils avaient été choisis parmi les usages extérieurs et les plus susceptibles de frapper la foule, en lui inspirant la haine des Latins. Si les hommes raisonnables n’y attachèrent pas d’importance, le peuple qui ne réfléchit pas en garda le souvenir et, malgré leur fragilité, ils rendirent plus profond le malentendu qui augmentait chaque jour entre les deux Eglises.