‹ Le schisme oriental du XIe siècleChapitre 211 sur 324 · I. — LA THÉORIE ROMAINE · texte numérisé non relu

I. — LA THÉORIE ROMAINE

Une première remarque nous permet de juger combien profonds étaient au xtc siècle les dissentiments entre Grecs et Latins à ce sujet. Dans aucun de ses écrits de polémique Michel Cerularius ne discute la question de l’autorité du pape. Aussi bien dans les lettres de Léon d’Achrida que dans les pamphlets de Nicétas ou dans l’Edit synodal, il s’agit de difficultés qui touchent à la théologie, à la liturgie, à la discipline ; mais jamais la primauté de Rome n’est attaquée. Estce là de la modération? Il faudrait peu connaître les hommes • t les choses pour le croire. Si Michel Cerularius n’aborde pas le problème, c’est qu’il le Suppose résolu, et en sa faveur. Il ne croit môme pas que la question de son indépendance dogmatique vis-à-vis de Rome puisse être agitée; mais, selon son habitude, par son silence môme, il se retranche comme dans une position inexpugnable et aussi bien dans ses négociations avec l’empereur qu’avec le pape, il prend l’attitude d’une puissance souveraine. Il écrit au patriarche d’Antioche que, depuis l’excommuniation du pape Vigile à la suite du cinquième concile œcuménique en 553, les papes sont en

dehors de l’Eglise chrétienne *. Ce n’est pas là de la mauvaise foi, le procédé serait trop grossier : c’est de l’indifférence hautaine pour la réalité; c’est une méthode de polémique qui consiste à ignorer son adversaire pour le renverser par le mépris. Mais le pape Léon IX comprit le but de cette tactique et la dévoila dans ses lettres au patriarche.

Ce fut lui qui, laissant à ses légats le soin d’aplanir les difficultés religieuses auxquelles Michel Cerularius affectait de s’attacher exclusivement, établit dans sa première lettre les éléments du problème sur lequel ni Rome ni Constantinople ne pouvaient s’entendre. Il marcha droit au combat et, sans vouloir s’arrêter aux subtilités de symbolique qui for-

Page 1