CHAPITRE IV
d’inquiétude qu’une manifestation permanente de leur victoire. Comment traiter sur un pied d’égalité un pape dont l’autorité s’étendait jusqu’en Norvège, un patriarche de Constantinople qui régnait du détroit de Messine aux bords du Dniéper et de pauvres évêques condamnés pour vivre à supporter toutes les vexations et les caprices des infidèles ? Il y avait bien encore un patriarche d’Alexandrie et un patriarche do Jérusalem, mais les nombreuses églises qu’ils dirigeaient autrefois étaient devenues un bien mince troupeau, à la merci de toutes les persécutions. Quant au patriarche d'Antioche lui-même, sa ville patriarcale était bien rentrée dans le giron de l’Empire, depuis les conquêtes de Nicéphore Phocas en 939, mais il était loin d’avoir recouvré la puissance de ses prédécesseurs. Relégué dans une seule province de son patriarcat, avec quelques lambeaux de domination spirituelle en territoire musulman, il n’était plus que l'ombre de ces puissants évêques qui étendaient leur autorité de la Méditerranée au golfe Persique. Pierre d'Antioche se fait illusion à lui-même quand il rappelle au patriarche de Grado l’antiquité et le caractère vénérable de l’Eglise d’Antioche b II fait preuve d’une présomption encore plus naïve lorsqu'il disserte sur le titre de patriarche, se plaint avec amertume de le voir usurpé par son correspondant et insinue que ce titre superbe est, à vrai dire, la propriété exclusive du siège d’Antioche. « C’est par abus que les autres pontifes prennent cette dénomination; celui de Rome a le titre de pape ; celui de Constantinople d’archevêque ; celui d’Alexandrie de pape. ; celui de Jérusalem d’archevêque ; seul l’évêque d’Antioche a le droit de s’appeler proprement patriarche 2. »
Il était impossible de s’aveugler davantage et de ne pas voir que cette vieille théorie des cinq patriarches, qui n’avait