CHAPITRE IV
(ôiSàSovTs; xxl toitov-s; *). » Telle fut sa réponse aux objurgations de Léon IX; il ne chercha pas lui-même un seul instant à discuter les arguments par lesquels le pape essaye de justifier la primauté de saint Pierre; il leur opposa purement et simplement une lin de non recevoir. Il était donc persuadé que son pouvoir était indépendant de celui du pape.
Mais il s’avança dans cette voie plus loin que Pierre d’Antioche ; l'ancienne organisation ecclésiastique ne lui parut pas être une solution du problème; pour l’admettre il avait et un sens trop vif des réalités et un trop grand désir de domination. Parce qu’il ne voulait pas rester soumis au pape il chercha à devenir le chef de toute l’Eglise grecque. Léon IX avait deviné cette tendance même avant l’accomplissement du schisme et elle n’avait pas été sans exciter son inquiétude. Afin de mettre un frein à l’ambition universelle de Michel Cerularius, il prit, dès le début de son règne, l’attitude de protecteur des patriarcats orientaux et se flatta de défendre leurs privilèges contre les convoitises de Constantinople. Tel était le sens des allusions contenues dans la réponse qu'il adressa à la lettre du patriarche d’Antioche vers 1053. Il lui promettait de défendre les privilèges du patriarcat d’Antioche contre quiconque essaierait de les attaquer et il invitait Pierre à ne rien ménager pour les conserver 1 2. De là vint aussi le reproche qu’il lança à Michel Cerularius dans sa seconde lettre. « Dévoré d’une ambition nouvelle, lui dit-il, tu t’efforces de priver les patriarches d’Antioche et d’Alexandrie des antiques privilèges de leur dignité; contre toute espèce de droit tu veux les soumettre à ton pouvoir 3 », et il
1. Will, pp. 183-184 : « Tà SèTuâvTiav [Japùxepov xaî àvuTtoidTÔTSpov, xai ô~ovotav aÙTÜv Ëx xoü Tîsptdvto; Ëp-jaïvov, toütô ëttl • ^Ëyoujt y io oxt où SiaXTi/Oyo-ô- [xevoi, "ci ËvcaOOa xaxËAaêov, à)>Xà 8tôâ;ov-s; p.xX'Xov xat ixsiaovxs; xpaxeïv xi SoyixaTa •coùtov. »
2. Will, p. 169 : « Pro cujus excellentia tertiam a Romana ecclesia dignitatem retinct Antiochena, quain te defendere summopere monemus. .. Quod totum ideo dicimus, quia quosdam conari minuere antiquam dignitatem Antiochenæ Ecclesiæ audivimus. »
3. Will, p. 90 (30-34) : « Ilinc nova ambitione Alexandrinum et Antiochenum
LA HIÉRARCHIE
répéta cette accusation dans la lettre qu'il envoya à Constantin IX. Le danger, en effet, était grand, car Michel Cerularius allait tenter de recueillir à son profit les résultats des entreprises de tous ses prédécesseurs.
Ce patriarcat de Constantinople avait été créé jadis pour des raisons politiques. Son chef était vraiment l'évêque impérial, le président du synode permanent qui servait au pouvoir à dominer l'Eglise. Il n’est donc pas étonnant que toute la politique des empereurs ait eu pour but l’élévation et l’accroissement de cette puissance spirituelle qui leur servait à tenir en échec aussi bien le pape que les autres églises de l’empire. Les conciles ont enregistré les diverses étapes des archevêques de Byzance vers le pouvoir suprême. Tant que les patriarcats d'Ûricnt ont été forts, ce mouvement est resté lent; il ne s’est accentué qu’après les conquêtes des Arabes au vne siècle et il a atteint son apogée au concile in Trullo. Ce concile reconnut au patriarche le droit que lui avait accordé Justinien de porter le titre d'œcuménique l. C’était non seulement en faire l’égal du pape, mais consacrer sa supériorité sur les autres patriarches d’Orient; ainsi naquit le germe de la nouvelle doctrine qui fut élaborée entre le vme et le xie siècle, celle de Photius et de Michel Cerularius. Du moment que l’évêque de la nouvelle Rome a droit aux mêmes honneurs que celui de l’ancienne, la pentarchie patriarcale devient une dyarchie. Comme l’Empire, l’Eglise est divisée en deux sphères, celle des régions latines, « plongées dans l’obscurité 2 » et celle de l’hellénisme toute éclatante de lumière. Les autres patriarches sont destinés à devenir les subordonnés de ce nouveau pouvoir qui régnera en Orient, comme celui du pape règne en Occident.
Telle est la théorie du patriarcat œcuménique qui apparaît en Orient au vne siècle et se développe aux époques suivantes.
patriarchas antiquis suæ dignitatis privilegiis privare contendcns , contra omne fas et jus tuo dominio subjugare conaris. »