CHAPITRE V
LES CAUSES POLITIQUES DU SCHISME
Le schisme du xie siècle a-t-il été à la fois un événement politique et religieux? Faut-il croire que les adversaires qui semblaient dans leurs discussions s’élever au-dessus des pensées d’ici-bas et qui s’injuriaient au nom de leur salut éternel gardaient, au milieu de leurs spéculations, le souci des intérêts terrestres? On a souvent fait un tel abus des causes politiques pour expliquer les événements religieux qu'il ne convient de les admettre qu’avec la plus grande prudence. Il est trop évident qu’entre l’idée et l’acte se glissent des intermédiaires sans lesquels ces deux termes seraient longtemps isolés. S’il est rare que les hommes d’action ne participent pas à la fois au monde des idées par leurs doctrines et au monde des faits par leurs actes, il est plus rare encore qu’à leurs desseins ne se mêlent pas des pensées d’intérêt personnel et d’ambition, inconscientes dans beaucoup de cas, mais assez développées pour que l’historien puisse trouver des causes politiques aux grands mouvements d’idées. Trouvons-nous ces pensées chez les auteurs dü schisme de 1054?
Une explication parait d’abord plausible, car elle a été donnée pour expliquer tous les conflits entre l’Occident et l’empire byzantin. La cause du schisme religieux ne serait autre que le schisme politique qui s’est produit, depuis Pépin le Bref et Charlemagne, entre Rome et Constantinople. Du jour où les papes, appuyés sur les princes occidentaux, se sont séparés violemment de l’empire, dès qu ils n ont pas