CHAPITRE V
De même que le patriarcat tirait son origine de la prépondérance politique de Byzance, de même le patriarche tenait son pouvoir de l'empereur dont il était en quelque sorte le plus haut fonctionnaire. Ce n’était pas sur la tradition apostolique (car nul ne prenait au sérieux la légende de Saint- André), mais bien sur l’omnipotence du pouvoir impérial qu’il lui était possible d’appuyer ses titres. Il était, avant tout, l’évêque de l'empereur, et c’est ce qui explique que les souverains eux-mêmes aient travaillé à faire de leur évêque le puissant personnage que nous voyons au xie siècle. Ils pensaient par là accroître leur pouvoir; d’ailleurs, si un conflit s’élevait parfois entre le chef de l’Etat et le chef de l’Eglise, les exils et les persécutions de toute sorte laissaient toujours le dernier mot à l’empereur. Michel Cerularius lui-même avait été créé patriarche par la grâce de Constantin IX. Il était plus que son subordonné : il était son obligé et ce fut de cette condition qu’il résolut de sortir. Avant de devenir le maître à Byzance, il lui fallait secouer la dépendance dans laquelle le retenaient les traditions de ses prédécesseurs et les obligations de sa propre reconnaissance. Il devait se poser en puissance indépendante du pouvoir impérial ; de là vint l’attitude nouvelle qu’il prit et dans la révolte de Léon Tornicios 1 et surtout dans ses rapports avec Rome.
A la puissance impériale, en effet, il fallait opposer une force équivalente et indépendante d’elle. Cette force, Michel Cerularius crut la trouver dans l’opinion du peuple, et voilà pourquoi il essaya d’agir sur les Byzantins en les précipitant dans des querelles religieuses. Déjà, il avait autour de lui un cercle d’amis et de partisans 2, capables de faire de la propagande en faveur de ses idées et de diriger au besoin cette force, aussi redoutable qu’inconstante, qu’on appelle la foule. 11 avait surtout pour lui le clergé de la Grande Eglise et les moines de tout l’empire qui avaient intérêt à accroître sa