I. - PATRIARCAT DE CONSTANTINOPLE
Un premier fait est d’abord incontestable : dans sa lutte avec Rome, Michel Cerularius marcha d’accord avec tous les évêques du patriarcat de Constantinople. Aucun d’eux ne songea à élever la voix pour se ranger du côté de Rome; l’abjuration de Nicétas Pectoratus est la seule défection que l’on puisse citer et encore ne fut-elle due qu’à la force. D’une trace d’opposition à la politique de Michel Cerularius il ne peut être question. A l’époque de Photius, l’épiscopat grec s’était divisé en deux camps; en 1054, il semble bien qu’il n’en forme qu’un seul. C’est en vain que l’on a voulu chercher dans les lettres de Jean d’Euchaïta, publiées récemment, des tendances au blâme \ La lettre où l’on a vu des allusions acrimonieuses semble, au contraire, pleine d’affection pour Michel Cerularius. Jean d’Euchaïta s’y plaint de ne pouvoir oublier les douceurs de Constantinople et il adjure le patriarche de lui garder son amitié. « Pour le moment, lui dit-il, nous t’envoyons le présent messager à notre place, afin que tu reconnaisses en lui ton cher Jean, s’il y a encore en toi une pensée d’amitié semblable à celle qu'il a pour son
cher Michel 1 2. » Si cette lettre adressée à son « très honoré
maître et ami, T!.|ji.',wTaT£ cpü.ov v; àpyôwwv èpol » a été écrite au moment du schisme, elle indique une approbation plutôt qu’un blâme 3. On ne peut trouver non plus dans le parti des philosophes, Psellos, Lichudès, Xiphilin qui, d’ailleurs, était à ce moment en disgrâce, un foyer d’opposition contre les
1. Abhandlung der kôniglichen Gesellschaft zu Gottingen, 1881, t. II, p. 80.
2. Abhandlung der kôniglichen Gesellschaft zu Gottingen, 1881, II, p. 80 :
« npôç 8’ O'JV TO Xûtpôv Tàv TïapdvTa COI TTpO<TdtYO|JUV <ÜV0' T,[JLU)V, ïva yvûç èv aÙTÜ) TÙV cb') ’I (ddvV7)V, El TIÇ è'xi CO'. TOU IpDlOU ippOVTLÇ ÈlEElSïlltcp XOOCEÏVOÇ TGV ÉaUTOÜ Mlyc.-r\k . »
3. Drâseke, Jean Mauropus , évêque d'Euchàita, Rev. Byzant., II, 485 et suiv.
actes de Michel Cerularius 1 ; tous lui ont au contraire donné des gages de leur amitié et Psellos lui-même, dans le réquisitoire où il accumule sur lui les accusations les plus terribles, se garde bien de lui faire un grief de sa conduite à l’égard de Rome. Il passe sous silence, comme pour ne pas exalter l’accusé, les faits qu’il racontera plus tard avec transport dans son Oraison funèbre. A part l’opposition de l’empereur, Michel Cerularius ne trouva donc dans son patriarcat aucun obstacle à ses desseins.
Bien au contraire de tous les diocèses qui lui étaient soumis, il tira de précieux auxiliaires. La lutte avec Rome fut engagée par Léon d’Achrida, métropolite de Bulgarie, c’est-
à-dire par le chef d’une Eglise, sinon indépendante du patriarche, du moins plus libre que les autres Églises en face de son pouvoir. Lorsqu’il s’agit d’accomplir l’acte solennel de séparation, si Michel Cerularius ne rassembla pas un concile de tous les évêques du patriarcat, du moins il fit venir à Byzance des délégués des principales provinces. Si l’on examine les deux listes d’évêques qui souscrivirent à l’excommunication des partisans du pape et à l’Édit synodal, on voit qu’ils appartenaient aux provinces les plus diverses et même les plus lointaines de l'Empire. L'Asie était représentée par quatorze métropolitains ou archevêques. Du diocèse de Pont étaient venus Léon, évêque de Trébizonde, Nicolas, évêque de Pessinonte, et Nicétas, évêque de Chalcédoine 2. Pour le diocèse d’Asie, Léon, évêque de Cotradia, représentait la province d’Isaurie 3 ; Antoine, évêque de Sides 4, et Michel, évêque de Sylée 5, les deux provinces de Pamphylie; Léon, évêque de Myrrhes, celle de Lycie6; voilà pour le sud. A l’ouest, nous trouvons le métropolite de Chonai (ou Colosses) pour la
1. Id. M. Drâseke essaye de chercher les traces de cette opposition, mais ce n’est là qu’une conjecture.