CHAPITRE
de voir un empereur combattre ses idées. Il est presque certain, en effet, qu'Isaac Comnène fut favorable au schisme, du moins par politique ; sans quoi, lorsqu’eut lieu plus tard le procès de Michel Cerularius, il n’aurait pas manqué de lui reprocher la conduite qu’il avait tenue en 1054 et on ne voit pas qu’il en ait rien fait. Aussi Michel Cerularius ne suivit-il nullement le conseil que lui donnait Pierre d’Antioche, de négocier avec le successeur de Léon IX. Victor II était passé sur le trône pontifical sans avoir eu le temps de s’occuper du schisme, lorsque le 3 août 1057, quelques jours avant la révolution de Constantinople, un des anciens légats de Léon IX, Frédéric de Lorraine, fut élu pape sous le nom d’Etienne IX. Dépositaire des idées de Léon IX, il était l’ennemi des Normands et avait le vif désir de se rapprocher de l’Église grecque. Le danger eut donc été grand pour Michel Cerularius si l’empereur, au lieu de lui être attaché comme Isaac Comnène par les liens de la reconnaissance, eût été alors son ennemi.
Mais Etienne IX ne vécut même pas assez pour entreprendre l’exécution de ses projets. Au commencement de l’année 1058, il désigna trois ambassadeurs : Didier, abbé du montCassin; le cardinal Étienne etMainard, plus tard évêque de Silva-Candida, et les chargea d’aller à Constantinople afin d’y négocier une nouvelle alliance contre les Normands L Une sorte de fatalité voulut que l’état de la mer empêchât longtemps les ambassadeurs de partir ; ils perdirent un mois à Bari et ils allaient se mettre en route sous la conduite du vieil ennemi de Michel Cerularius, du magister Argyros 1 2, lorsqu’un messager vint leur apprendre la mort d’Étienne IX, le 12 avril 1058 3. Us suspendirent aussitôt leurs préparatifs; Didier avait hâte d’entrer en possession effective de l’abbaye du Mont-Cassin que le pape, ancien abbé lui-même, avait