CHAPITRE III
soumission. Bientôt il en vint à lutter ouvertement contre l’empereur et à remplacer les conseils par des injures *. » Telle est l’explication de cette parole « franche et hardie » qui, d’après Psellos, amena la discorde entre l'empereur et le patriarche 1 2. Psellos, ajoute que « l’empereur se retint d’abord, renfermant la blessure dans son cœur; mais dans la suite il médita secrètement un stratagème pour venir à bout de lui 3 4 5 ».
Une lutte de tous les instants commença donc entre Isaac Comnène et Michel Cerularius : sous une forme voilée et pleine d’allusions, Psellos la décrit dans son Oraison funèbre. « L’empereur, dit-il, voulait s’emparer de lui comme des autres, mais il restait invincible; il osa alors tenter de lui fermer la bouche, mais ses paroles furent plus hardies encore et il s’emporta contre les circonstances. L’un conservait sa droiture et combattait pour les mesures qu’il croyait d’intérêt général ; l’autre trouvait cette fermeté suspecte et en vint à craindre pour ses affaires \ » Michel Cerularius essayait d’agiter l’opinion des Byzantins en sa faveur. Il s’appuyait, dit la chronique anonyme, « sur l’aide qu’il avait donnée à l’empereur pour entrer dans la ville et sur sa lutte contre le pape de Rome ° ». Ce texte est d'un grand intérêt et nous montre que Michel Cerularius devait en grande partie sa popularité à la lutte qu’il avait soutenue contre l'Église latine. Il était resté, aux yeux de ses compatriotes, le champion de l’orthodoxie contre les erreurs des Occidentaux. D’autre part, l’attitude hardie qu’il avait prise dans la révolte de 1057, l’autorité qu’il s'était arrogé de lui-même et qu’il avait exercée en véritable empereur, achevaient d’augmenter son prestige. Isaac Comnène, au contraire, qui devait