CHAPITRE IV
do maux dont l’amertume rachetait suffisamment toutes les humiliations qu'au temps de sa puissance il avait infligées à ses ennemis. Le vœu de Michel VI n’avait pas tardé à être exaucé 1 et un coup de main l’avait renversé, comme autrefois le Stratiotique. Lui, l’oint du Seigneur, avait été traité comme un misérable criminel ; mais, pour ajouter encore à tous ses maux, il avait vu ses amis ou ses flatteurs d'autrefois l’abandonner lâchement, et leur coryphée, Psellos, accumuler contre lui des calomnies suffisantes pour le perdre à jamais. Au milieu de cet océan de douleurs, il était resté inébranlable et avait refusé fermement de souscrire à tout acte qui lui faisait acheter sa liberté au prix de son honneur. Habitué depuis sa jeunesse à faire trembler les empereurs dans leurs palais, parfois abattu, jamais dompté, sa mauvaise fortune ne lui servait qu’à s’élever toujours plus haut et sa dernière disgrâce même fut pour lui comme le couronnement de toute sa vie. En effet, dans l'Église il était le champion de l’orthodoxie, dans l’Etat le faiseur de rois, l’arbitre suprême des partis. Il ne lui manquait qu’une auréole : ses ennemis la lui donnèrent et firent de lui un martyre. Ce fut ainsi qu’il entra dans la postérité.
A peine, en effet, eut-il rendu le dernier soupir que ce patriarche indigne, cet hérésiarque, ce meurtrier, se transforma en saint. Tous les historiens, sans exception, nous disent qu’à la nouvelle de sa mort, Isaac Comnène versa des larmes abondantes et regretta toutes les mesures qu’il avait prises 2. Ces larmes étaient-elles sincères ou le bruit du peuple qui grondait dans les rues les inspirait-clles ? Toujours est-il que l’empereur affecta désormais pour le défunt une vénération aussi grande que la dureté avec laquelle il l’avait traité pendant sa vie. Il ordonna de ramener son corps en grande pompe à Constantinople 3 et le fit ensevelir solen-